lundi 14 janvier 2019

Les contes interdits - Blanche Neige (ADA Éditions - Janvier 2018)


Émilie est internée dans un institut psychiatrique pour cas assez pointus et désespérés, Fort Orée. Droguée et amnésique, elle ne se rappelle d'aucun élément de son passé, ni des raisons qui l'ont faite interner ici. Elle est d'une grande beauté dit-on, vulnérable également et soumise aux caprices et attouchements du Docteur Charron, le psychiatre en charge de lui faire avouer ses crimes. Car apparemment, Émilie aurait tué plusieurs personnes par le passé, mais elle ne s'en souvient pas. Tout est flou, et même les viols répétés du Docteur Charron ne parviennent pas à la tirer de sa transe, quand bien même un infirmier sensible à sa détresse parviendrait de justesse à lui permettre de s'évader. Commence alors pour Émilie une échappée belle dans une forêt qu'on pourrait dire hantée, où les chemins sont trompeurs et où tout peut se produire, à commencer par la rencontre avec une terrible sorcière noyée cherchant à assouvir son impitoyable désir de vengeance. Là, au cœur des bois, notre infortunée va se retrouver dans un luxueux manoir sorti de nulle part, vide, qui lui servira de refuge contre les éléments et contre la sorcière des bois... mais elle découvrira rapidement que l'endroit renferme lui aussi son lot de lourds et inavouables secrets, des horreurs sans nom qui s'y sont produites et s'y produisent encore à la nuit tombée. Émilie sera prise au piège et forcée de jouer à ce jeu pervers du chat et de la souris, remontant peu à peu le cours des événements et assistant aux meurtres sanglants des tortionnaires habitant le manoir, avant d'être de nouveau la proie de la sorcière et de sa lugubre histoire. Mais tout au long de ce récit, une question se pose : qui est réellement Émilie ? Blanche colombe égarée, ou psychopathe sanguinaire ? Au lecteur de trancher, si tant est qu'il puisse survivre lui aussi à cette plongée dans les eaux tumultueuses de la folie furieuse...

J'ai été attiré dès le départ par ces Contes interdits, cherchant tout d'abord des renseignements en librairie sur leur parution, les auteurs, l'éditeur... ils viennent du Québec, douce province à l'accent chantant, et se proposent de revisiter avec un niveau de langue assez soutenu les contes d'autrefois, les belles histoires de notre patrimoine de l'imaginaire, celles-la mêmes qui ont fait le succès des studios Disney entre autres. Ici, L. P. Sicard nous entraîne dans une relecture moderne et macabre de Blanche Neige, où tout le merveilleux cède la place à l'horreur et à l'effroi pur. La perdition du personnage principal, son errance dans la folie, les tourments dont elle est victime ou bien bourreau... rien n'est jamais vraiment certain dans ce conte cruel et sanguinolent, et même arrive à la toute fin le lecteur devra encore se poser bien des questions pour tenter de donner un sens à cette aventure au bord du gouffre. Comme je le disais plus haut, le niveau de langue est assez soutenu, les mots choisis avec soin et poésie, une certaine habileté venant de l'habitude, et même dirai-je une virtuosité à nous faire naviguer au cœur de la tempête. Si certains passages sont d'un cru cruellement réaliste, ce n'est que pour mieux mettre en valeur la structure du conte dans toute son horreur. Âmes sensibles s'abstenir, jeune public également, car il faut avoir le cœur bien accroché pour rester jusqu'au bout, quand l'unique flamme de raison finit par s'éteindre et nous plonge dans une nuit sans fin...

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

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