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samedi 22 octobre 2016

Harry Potter et l'enfant maudit (Gallimard - Octobre 2016)


Après une longue attente pour les fans francophones la voici enfin, la version française du texte de la pièce de théâtre tirée de l'univers de Harry Potter, à partir d'une histoire originale de J. K. Rowling elle-même adaptée par John Tiffany et Jack Thorne.

Déjà, un premier point à aborder avant toute chose, il s'agit du texte de la pièce de théâtre tel quel, et non de la pièce en version romancée comme on aurait pu s'y attendre (du moins comme je m'y attendais personnellement sans savoir jeté un œil à la version anglaise, disponible plus tôt). C'est donc vraiment une pièce de théâtre que l'on aborde ici, et d'emblée cela représente une première barrière pour la lecture : fan de la saga littéraire, forte de sept romans, c'est assez difficile de se représenter un retour dans le giron de Harry Potter sous forme de pièce de théâtre. C'est davantage une histoire de préférences personnelles que de réelle mise en forme problématique, mais je sais que je ne suis pas le seul à avoir eu cette étrange impression de décalage en lisant le début du livre. Mais passons au résumé maintenant, il est fort simple :

L'histoire reprend où l'on en était resté à la fin du septième tome, le fameux épilogue écrit depuis de nombreuses années à l'avance. Harry accompagne son second fils, Albus Severus Potter, pour sa première année à Poudlard et son premier voyage à bord du train magique, le Poudlard Express. Il s'avère bien vite cependant que le jeune Albus connaît quelques difficultés à se hisser au niveau de son illustre paternel : en effet, il se retrouve à Serpentard et a comme meilleur et seul ami le fils de Drago Malefoy, Scorpius, dont la rumeur prétend qu'il pourrait être le fils de Voldemort ne personne. Mais alors que tout est sensé les opposer, les deux amis vont poursuivre ensemble leur scolarité jusqu'à un certain point de rupture avec leurs parents, surtout concernant Albus. Devenu distant à l'égard de Harry, ne parvenant pas à supporter un héritage aussi lourd, le jeune homme alors entré dans sa quatrième année envisage, par une suite d'événements bien déterminés, de voler un Retourneur de Temps au Ministère de la Magie et de l'utiliser pour revenir dans le passé, à l'époque du Tournoi des Trois Sorciers, afin de ramener Cédric Diggory à la vie dans leur présent en l'empêchant d'être tué par Voldemort. Albus et Scorpius vont dès lors se retrouver embarqués dans une suite d'aventures à travers le temps, tâchant tantôt de corriger le passé et tantôt de réparer leurs erreurs, tandis que dans le présent les adultes se lancent à leur poursuite pour les empêcher de commettre l'irréparable. Car, comme on le sait bien, modifier un seul petit détail dans le passé peut avoir d'énormes conséquences dans le présent et l'avenir. Une leçon que les deux jeunes garçons devront apprendre à la dure, avant qu'il ne soit trop tard.

Si le plaisir de retrouver l'univers de Harry Potter est toujours bien vif et présent, il n'est pas tout à fait intact. Certes ce huitième volume est officiel et il sert de suite à la saga elle-même (qui n'en avait pas forcément besoin mais passons), mais l'histoire fait davantage l'effet d'une fan-fiction assez aboutie plutôt que d'une vraie histoire officielle. La faute en premier lieu à une assez mauvaise présentation du temps écoulé, des pans entiers de l'histoire sont zappés pour nous amener le plus rapidement possible à la quatrième année d'Albus et de Scorpius et aux événements liés au Retourneur de Temps. Qu'on se comprenne bien, je ne juge pas la qualité du travail accompli autour de cette pièce de théâtre et de tous les efforts des metteurs en scène ainsi que de l'auteur originelle, mais à la lire comme ça on a surtout l'impression de passer à côté de quelque chose d'important par moments. En fait, l'expérience doit être bien plus vibrante, passionnante et surtout vivante quand elle est faite au théâtre, devant la scène, avec les acteurs et toute la mise en scène, les décors, les ''effets spéciaux'', que l'on ne retrouve ici qu'en didascalies assez appauvries qui ne parviennent pas à nous faire saisir toute l'ampleur du projet et toute son énergie.
Un autre mauvais point concernant les personnages, qu'il s'agisse des anciens comme des nouveaux. Tous ont plutôt l'air creux et assez différents du souvenir ému que l'on en a gardé à la sortie du dernier tome, dont on retrouve l'épilogue en ouverture de cette pièce. Harry, Ron, Hermione, Ginny et Drago tombent un peu à côté de la plaque par moments, certes ils sont devenus adultes et ont désormais de nouvelles préoccupations et responsabilités, mais certains passages nous font dire qu'ils n'ont pas été développés autant qu'il l'aurait fallu ou du moins qu'on l'aurait voulu. Passons tout de suite sur le personnage d'Albus Severus Potter, qui ne suscite malheureusement pas un grand engouement de sympathie (la faute à pas de chance) pour nous pencher sur le cas de Scorpius Malefoy, LA vraie réussite de cette œuvre. Ce personnage-ci est travaillé, profond, on ressent de la sympathie voir une forte empathie pour lui, c'est véritablement lui qui transporte le lecteur au cœur des aventures vécues dans cette histoire par les deux amis, et d'ailleurs les auteurs ne s'y sont pas trompés puisqu'ils ont pris le soin de le mettre toujours en avant. Qu'il s'agisse ou non du véritable ''enfant maudit'' du titre, c'est en tout cas celui auquel on s'attache le plus et qui nous pousse à continuer la lecture pour en savoir davantage.

Qu'on se comprenne bien, mon avis général sur cette pièce de théâtre est bon, voir plutôt bon. Le plaisir de retrouver Harry et ses amis et compagnons, de voir les familles évoluer et se développer, de retrouver tout l'univers des sorciers de J. K. Rowling, bref tout cela c'est du bon, c'est même pour le mieux quand on songe à certains personnages comme Scorpius qui nous accrochent immédiatement et nous entraînent derrière eux comme leurs parents l'ont fait en leur temps. Mais les thématiques ont changé, les intrigues sont plus complexes, sombres et adultes, c'est le mot juste. Il ne s'agit pas tant du retour potentiel de Cedric à la vie que de la relation compliquée et conflictuelle qui unit Harry et son fils, pareillement pour Drago et Scorpius. Le thème principal est bien la difficulté à être l'enfant d'un sorcier aussi connu et reconnu historiquement, le poids des rumeurs et de l'héritage, bref la rupture entre deux générations si on veut. Générations qui vont apprendre petit à petit à se rapprocher et à faire des concessions, à communiquer et à échanger, à établir une certaine complicité. Ce n'est pas tant Harry Potter et l'enfant maudit que Harry Potter et l'apprentissage d'être père, de nouer des liens forts avec son fils malgré le lourd héritage familial et surmonter les épreuves de la vie ensemble, l'un pour l'autre.

Beaucoup d'idées à traiter, à assimiler, beaucoup d'éléments à suivre et à découvrir. Beaucoup de nouveaux personnages, une histoire originale et une intrigue à plusieurs branches et dimensions, bref tout ce qu'il faut pour faire une bonne histoire sur le papier. Mais ça ne suffit pas forcément pour faire un bon Harry Potter, il y a également une certaine magie à mettre en œuvre qui se retrouve ici au travers des descriptions de ce qui se passe dans le théâtre durant le déroulement de la pièce, mais que nous lecteurs ne pouvons pas vivre pleinement et ça en devient assez frustrant.

Je ne déconseille pas cette lecture, elle ravira certainement de très nombreux fans de la saga et nouveaux lecteurs bienvenus, mais il faut s'attendre à une petite pointe de déception malgré tout, à cette légère imperfection qui en fait une histoire à part, à la fois plus adulte et construite et pourtant terriblement simpliste par endroits, voir naïve. A lire de toute façon, c'est rapide et efficace et ça ne demande pas beaucoup d'efforts !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 30 septembre 2015

Les Lames du Cardinal tome 1 (Pierre Pevel - Gallimard ''folio SF'' - Juin 2013)


Sous le règne de Louis XIII, au XVIIème siècle. Le Cardinal de Richelieu charge l'un de ses hommes de reformer un groupe de combattants aguerris afin de mener à bien une mission secrète pour le compte de la France mais aussi du royaume d'Espagne, une mission dont l'enjeu pourrait déclencher une guerre sans merci ainsi que la réapparition de forces magiques redoutables...
Le capitaine La Fargue rassemble alors autour de lui ses meilleurs hommes, dignes de confiance et ayant déjà fait maintes fois leurs preuves par le passé : les Lames du Cardinal sont de retour ! Il leur faudra retrouver la trace d'un gentilhomme Espagnol et empêcher qu'une antique société secrète n'implante une nouvelle loge au sein de la France en guerre. Mais comme tout ce qui tourne autour de Richelieu, ils seront plongés au cœur d'un complot bien plus vaste dans lequel les secrets et les trahisons sont monnaie courante...

Une excellente œuvre de fantasy de la part d'un auteur Français de renom, familier du genre et à la bibliographie bien fournie, véritable fierté nationale pourrait-on dire (pour rappel, c'est aussi un auteur de jeux-de-rôles) ! Les Lames du Cardinal rendent hommage aux meilleurs romans de cape et d'épée, tels bien entendu que Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas. Un hommage teinté de magie et de noirceur, dans un monde où les dragons existent bel et bien et où le fantastique se lie aux intrigues de la Cour. Des personnages attachants et immédiatement sympathiques, un langage fleuri et recherché, une grande qualité d'écriture et de mise en scène, bref un roman à lire absolument si vous aimez le genre ! Ce cycle en trois tomes se lit assez bien, pas trop vite ou trop facile, et est entièrement et facilement disponible, sous les éditeurs de renom que sont Bragelonne ou encore Gallimard pour la présente réédition fort jolie et agréable.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 8 juillet 2015

L'horreur de Dunwich (H. P. Lovecraft - Gallimard/Folio - Novembre 2014)


Dans le monde des auteurs de romans horrifiques, fantastiques ou angoissants, Lovecraft fait office de fondateur légendaire, de pionnier incontournable. On finit toujours par retomber sur une de ses nouvelles, une de ses œuvres, quelle que soit la direction dans laquelle on explore le genre. Le visionnaire créateur du désormais tristement célèbre Necronomicon, du terrifiant Appel de Cthulhu, des Grands Anciens des Montagnes Hallucinées... je pense qu'il n'est pas réellement besoin de s'attarder plus que de raison sur sa carrière prolifique et maudite, tout le monde a au moins déjà entendu parler d'un de ses récits à défaut d'en avoir lu. Dans la nouvelle L'horreur de Dunwich, le maître entraîne le lecteur dans une spirale infernale d'oppression et d'angoisse de laquelle il lui sera impossible de sortir jusqu'au point final, impuissant témoin des tragédies se déroulant dans ce petit village perdu en pleine campagne et proie de forces infernales dépassant la raison.

Dunwich est un petit village perdu au milieu des collines du nord du Massachusetts, en apparences paisible. En apparences seulement, car ses habitants vous conteraient une toute autre histoire si vous leur posiez les bonnes questions. Certaines nuits, les collines sont parcourues de cris horribles, d'atroces cérémonies sont conduites en secret sur des lieux impies, mêmes les oiseaux semblent guetter une catastrophe à venir. Et au centre de tout ceci, la ferme des Whateley, dont le patriarche est connu de tous comme étant versé dans la magie noire et les rites blasphématoires. La naissance du petit Wilbur aurait du être un événement joyeux, mais seulement voilà, l'enfant porte indiscutablement la marque du mal en son être, et bien vite les pires histoires se mettent à circuler sur lui et sa famille, sur les étranges travaux entrepris dans la ferme depuis sa venue au monde, sur les mystérieuses célébrations aux mêmes périodes de l'année sur l'antique autel païen... Il ne fait bientôt plus aucun doute pour les habitants comme pour les érudits enquêtant sur cette affaire que Dunwich s'apprête à connaître une horreur sans nom, que rien ne pourra stopper.

Cette nouvelle fait écho aux nombreuses autres tournant toujours autour du même ouvrage maudit, le terrible Necronomicon, en ajoutant à ses maléfices une dimension tragique et oppressante comme on en rencontre peu souvent pour une histoire de cette taille. Le lecteur entrera assez facilement dans le récit, se familiarisera très vite avec les personnages de cette petite bourgade, puis assistera avec effroi et consternation aux événements terrifiants survenant les uns après les autres avec l'effroyable régularité des cataclysmes que rien n'arrête. Comme le Dr. Armitage, d'Arkham, et ses deux collègues, vous apprendrez à craindre les mythes d'autrefois, les vestiges pas si oubliés d'un temps très reculé où l'humanité vénérait d'autres dieux, d'autres maîtres, le temps des Anciens, le temps de la Mort et de la Désolation.
Une nouvelle qui se rattache donc à de nombreux pans de la bibliographie de Lovecraft, globalement tout ce qui concerne le livre noir, les Anciens, et même Cthulhu l'espace de quelques instants de fugitive angoisse. Une sorte de compilation du meilleur de Lovecraft, lisible en très peu de temps et avec effet garanti. A lire même si vous ne connaissez presque rien de l'univers de l'auteur d'ailleurs, c'est une excellente introduction/présentation de ce que vous risquez d'y trouver.
Petite mention amicale à Gallimard qui a réédité cette nouvelle dans la collection Folio2€, un bien beau geste ma foi qui est fort apprécié. Vous pouvez également vous procurer le recueil éponyme, bilingue, rempli d'autres horreurs, à vos risques et périls...

J'aimerai pour finir vous laisser avec les quelques mots concluant la quatrième de couverture de ce petit livre : ''Verrouillez les portes, calfeutrez les fenêtres et allumez toutes les lumières avant d'ouvrir ce livre...'' vous voilà prévenus !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !