Une grave crise économique et sociale frappe le monde depuis plusieurs années déjà, entraînant un chômage massif de la population et une précarité des plus sinistres par endroits. Alors que l'humanité semblait condamnée, les vampires sont soudainement sortis des ombres et ont proposé une nouvelle voie, renforçant la société partout où c'était possible et offrant sécurité et emplois contre une juste dose de sang. Si tout est encore loin d'être réglé, les choses semblent pourtant bien s'améliorer petit à petit et la société multinationale Visage Inc. représente les intérêts des vampires, devenus les nouveaux maîtres de l'économie.
Reyna Carpenter, jeune femme dans la vingtaine, ne peut se résoudre à laisser ses deux frères aînés trimer seuls pour assurer le revenu de leur maigre foyer. Décidée à faire sa part elle aussi, elle surmonte sa phobie des aiguilles et s'inscrit sur les listes de volontaires pour un nouveau genre d'expérimentation chez Visage, où les scientifiques tâchent de trouver des donneurs compatibles aux cadres dirigeants. En effet, il est rapidement apparu que si un vampire consomme régulièrement un sang de même type que le sien à l'origine, ses facultés mentales s'en trouvent améliorées et son caractère apaisé, loin de la sauvagerie monstrueuse d'antan.
Après quelques tests, Reyna est officiellement déclarée apte à devenir la compagne de sang de l'un des vices-présidents de Visage, le ténébreux Beckham Anderson, chez qui elle va désormais devoir emménager et se plier à ses moindres exigences. Mais contre toute attente, alors qu'elle redoutait de finir domestique ou pire, Reyna se retrouve dans un véritable conte de fée moderne. Carte de crédit illimitée, chauffeur à disposition, placards remplis de vêtements chics et affriolants, rien ne semble trop beau ni trop cher pour elle. Peut-être une façon de la mettre en condition ?
Cependant, si c'est trop beau pour être vrai c'est souvent qu'il y a anguille sous roche. Et effectivement, le problème majeur survient rapidement : Beckham refuse catégoriquement de se nourrir d'elle. Ne la touchant jamais, ne lui adressant la parole que laconiquement, ne lui accordant que quelques secondes de son temps précieux passé à pianoter sur son smartphone, le vampire colossal s'avère aussi absent dans cette relation qu'évasif quant à ses autres occupations. Reyna pourrait s'en accommoder... si le charisme magnétique de Beckham ne lui faisait pas tant d'effet !
Peut-être qu'être constamment rejetée par son ''compagnon'' provoque cette attirance malsaine, ou peut-être désire-t-elle simplement une vraie compagnie dans cette vie si solitaire, toujours est-il que Reyna va peu à peu décider de tout faire pour provoquer des interactions poussées avec Beckham, qui semble étonnamment y répondre à sa manière bourrue et maladroite. Bien vite cependant, le rapprochement s'opère et il devient de plus en plus difficile de résister à la tentation et de franchir le pas de l'intimité, au risque de devenir aux yeux d'une partie de ses pairs humains une ''pute de sang'' accro à la décharge d'adrénaline provoquée par une morsure.
Quand Beckham finit par s'ouvrir petit à petit à sa compagne, c'est pour lui dévoiler une facette qu'elle n'aurait jamais soupçonné chez lui. Vice-président de Visage Inc., il l'incite pourtant à user de ses ressources pour prendre des clichés chocs de la véritable condition de vie de l'humanité dans les bas quartiers, là où la crise frappe au plus fort et où le désespoir est omniprésent. Clichés qui se retrouvent ensuite mystérieusement sur un site de propagande et de résistance face à la mainmise des vampires !
Mais alors que les mentalités changent et que Visage s'empare peu à peu du monde politique dans un but encore mystérieux, Reyna est soudain enlevée à Beckham et séquestrée par un vampire bien plus âgé et cruel, avec qui il s'avère qu'elle est également parfaitement compatible. Commence alors une période de torture mentale, physique et psychologique, pour la briser et faire d'elle une parfaite poche de sang sur pattes. Ce qui permet à Reyna de tenir malgré tout ce qu'elle subit : l'espoir fou que Beckham la retrouvera envers et contre tout pour la sortir de là. Et aussi la résistance humaine, qui s'organise autour d'un étrange mouvement baptisé Elle qui envisage de dévoiler les plans de Visage une bonne fois pour toutes.
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Je m'arrête là dans ce résumé car vous l'aurez sans doute remarqué cet épais bouquin de 777 pages est en fait la compilation des trois tomes d'une trilogie entière, présentée comme de la romantasy quand je me le suis procuré mais qui en vérité se rapproche davantage de ce que pouvait être il y a quelques années encore le mouvement bit-lit. Pas de réelle dimension fantasy dans cette histoire-ci, mais de l'horreur et du surnaturel oui, juste comme dans les séries-télé préférées de l'autrice dont elle se revendique grandement influencée, telles que Buffy contre les vampires ou encore et c'est plus marquant selon moi dans son œuvre, Supernatural.
Si je devais définir le style global de cette trilogie, j'essaierais de vous présenter une œuvre hybride de diverses influences littéraires majeures. C'est un peu comme si Twilight et Cinquante Nuances de Grey rencontraient Hunger Games, un développement intéressant mais au final peu original je trouve du concept-clé de La Belle et la Bête.
Il m'apparaît surtout au bout de presque deux mois passés à lire cette intégrale tant bien que mal, que je n'ai pas tant accroché que cela à cette histoire, ce récit pseudo-sentimental où l'on tente de nous faire croire à l'âme-sœur à grands renforts de descriptions intenses, de scènes assez chaudes ou bien encore de démonstrations assez violentes d'affection primale. Et c'est bien ce qui m'embête je pense : tout ça est terriblement axé sous la ceinture, en permanence, et reste à un niveau quasi-bestial de ce que l'on peut se représenter comme étant de l'amour entre deux êtres attirés l'un vers l'autre de façon irrésistible et qui ne peuvent qu'entrer en collision de manière très frontale.
Beckham est une insupportable caricature de statue grecque colossale et sans le moindre relief émotionnel au départ, même s'il connaît une belle évolution par la suite. Reyna quant à elle passe d'une naïveté assez touchante à un plaisir pervers consommé de provoquer son compagnon et la morsure qu'elle redoute et attend tellement en même temps. Même le grand méchant (il y en a plusieurs autres mais ne retenez que le patron) vieux vampire au délire de conquête mondial n'est, à bien y regarder, pas si impressionnant ni dangereux que cela au final. Tout repose sur lui certes, il joue sans cesse avec Reyna pour tenter de la briser et de l'amener à devenir ce que lui veut qu'elle soit, certes, mais est-ce qu'il fera partie des grands méchants littéraires que l'on retiendra dans les années à venir ? Absolument pas. Juste un cliché de plus à graviter autour d'une figure féminine plus ou moins forte selon les circonstances et que l'on aura casé de force dans un parcours de vie autrement plus intéressant sans cette constante dimension érotique malsaine.
En fait, le personnage le plus intéressant de tous ne fait son apparition que dans le troisième et dernier roman, le temps d'un chapitre ou deux pas plus, avant de disparaître aussitôt son rôle rempli. Les ficelles sont très voyantes tout au long de la lecture, et pourtant là j'étais vraiment agréablement surpris et mis en haleine par un élément vraiment mystérieux et intriguant. Dommage que ça ne soit qu'un autre accessoire...
Deux mois environ à lire comme un forcené pour venir à bout de cette trilogie, en espérant contre toute attente moi aussi y trouver mon compte, ou à défaut au moins un final palpitant, mais tous les emprunts aux œuvres citées précédemment sont bien trop voyants aussi à mon goût et ne me permettent aucunement de m'attacher, ni au couple principal, ni aux antagonistes, ni même aux autres petites romances disséminées çà et là. C'était... finalement assez plat. A mon grand regret.
Après, si ce qui vous intéresse le plus dans ce genre littéraire ce sont les scènes de sexe, vous en trouverez de très bien décrites ici (bien qu'encore une fois je le rappelle, un peu trop bestiales et primales à mon goût), qui conviendront sans aucun doute à un public averti et en demande. Mais si c'est la seule vraie qualité de cette trilogie, à quoi bon ? Il aurait été intéressant de creuser davantage le passé et les motivations de certains personnages secondaires voire tertiaires, que je ne citerai pas ici afin de ne pas vous gâcher leurs quelques apparitions, mais franchement je ressors de là avec une impression de gâchis ambiant qui me frustre désagréablement.
J'en discutais avec une jeune autrice de ma connaissance et il nous a semblé que le meilleur qualificatif à retenir pour décrire cette trilogie c'est son côté fan-fictionnel : vous reconnaîtrez d'emblée et sans le moindre mal certaines grandes figures largement décalquées des œuvres où K. A. Linde puise son inspiration, et malgré un emballage assez stylisé il faut bien l'admettre on ne se retrouve en définitive qu'avec un récit passable, bourré de clichés déjà vus et revus, et une impression un peu sale par moments qui n'est pas vraiment ce que je recherche.
MAIS, j'encourage à la lecture de cette intégrale si vous souhaitez justement prendre votre pied sans trop réfléchir ni vous attacher plus que de raison à l'intrigue souterraine. Et je dois bien avouer que l'épilogue final, oui, était plutôt touchant. Quel dommage que ça ne soit pas comme ça le reste du temps !!
Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !
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