Devant l'intenable situation provoquée par la capture de la Vivacia par le pirate Kennit, et dans l'absence de toute demande de rançon pour son équipage ou son capitaine, les membres restants de la famille Vestrit se liguent autour d'une idée de la dernière chance, le genre d'idée totalement désespérée qui ne peut qu'aboutir sur un succès total ou un échec retentissant : renflouer le Parangon, le navire fou à lier et supposé assassin de ses précédents maîtres et équipages, pour tenter une mission de sauvetage comme Terrilville n'en a encore jamais vue.
Si Parangon est tout d'abord des plus réticents à l'idée de naviguer de nouveau, tout comme son nouvel équipage hétéroclite rassemblé parmi les proscris et les petites mains de la ville marchande, Ambre et Brashen savent bien vite le manœuvrer pour obtenir de lui des résultats prometteurs, tant que personne ne le met en colère ou ne l'insulte. De son côté, Althéa ravale sa fierté et accepte le poste de lieutenant à bord, alors qu'elle se pensait plus que capable d'être Second ! Il s'agit de mettre toutes les chances de leur côté pour retrouver et reprendre Vivacia, son propre navire injustement floué lors de son héritage, et pour cela la tempétueuse aventurière accepte la mise à l'épreuve.
Dans les îles pirates, le pavillon au corbeau de Kennit ne passe plus inaperçu. Chaque port dans lequel il fait relâche lui est débiteur, car il y délivre et installe tous les esclaves qu'il libère des trafiquants Chalcédiens vaincus sur sa route. Mais quand le principal port de fortune de ces êtres que rien ni personne ne réclame, Partage, se retrouve mis à sac en représailles par des galères chalcédiennes, la population demande soudain des comptes à celui qui apparaissait jusqu'ici en sauveur. Cependant, tout bascule soudain quand le jeune Hiémain prend ouvertement le parti de Kennit devant une foule mécontente et se place en prophète du futur roi des pirates. Tout à coup, les moins que rien ont une figure derrière laquelle se ranger, un homme fort qui leur veut du bien et leur dispense bien volontiers ses conseils pour fortifier les ruines et rebâtir une Partage nouvelle et plus forte ! Kennit n'en espérait pas tant, et sa gratitude pour Hiémain va le pousser à lui offrir une chance de connaître son propre oracle sur l'île des Autres...
Mais là-bas, au lieu de suivre le rituel préétabli, Hiémain découvre avec horreur qu'un serpent de mer gigantesque est retenu prisonnier par les étranges créatures humanoïdes, et fait alors tout son possible pour libérer le titan et le remettre à la mer. Pirates et Autres s'affrontent alors violemment et une fois encore les forbans ne doivent leur survie miraculeuse qu'à la chance insolente de Kennit, alors que Celle-Qui-Se-Souvient regagne enfin les eaux tumultueuses du Plein et entame sa longue quête de ceux de son espèce...
A Terrilville, pendant ce temps, les événements se précipitent dramatiquement. Le Gouverneur Cosgo est enfin arrivé, accompagné de ses galères chalcédiennes d'escorte, et le moins que l'on puisse dire c'est que l'atmosphère en ville est à couteaux tirés autour de sa personne. La Compagne Sérille, sentant le danger qui plane de plus en plus près, parvient à faire passer un message aux Marchands encore loyaux à l'idéal de Terrilville, dont Reyn Khuprus qui prend alors les choses en mains et organise l'enlèvement du Gouverneur pour exiger ensuite le retrait pur et simple de Chalcède des Rivages Maudits. Mais la situation s'envenime aussitôt et la ville est le théâtre d'affrontements sanglants entre les mercenaires étrangers et les Marchands, Nouveaux ou Premiers, qui doivent alors choisir leur camp. Les femmes Vestrit sont encore une fois prise au beau milieu de la tourmente et Keffria prend la lourde décision de partir dans le Désert des Pluies avec Reyn et sa famille, tandis que Ronica, la grand-mère, reste fermement dans sa demeure, désireuse d'assister à la fin de son monde.
La jeune Malta Vestrit, qui avait tout de l'enfant gâtée par excellence, s'est découverte depuis l'enlèvement de son père par les pirates une conscience toute nouvelle et déjà tourmentée par les rêves que lui envoie le dragon piégé dans le fût de bois-sorcier destiné à devenir à terme la toute dernière vivenef créée dans le Désert des Pluies par la famille Khuprus. Reyn, déjà hautement instable à cause des mêmes rêves, le devient encore davantage quand il apprend que sa promise est partie pratiquement seule dans les ruines de la cité des Anciens et que le dragon pourrait enfin obtenir d'elle ce qu'il veut depuis le début, à savoir sa liberté ou la mort. Une course contre la montre désespérée se lance alors, tandis que les secousses sismiques de plus en plus intenses menacent d'engloutir à jamais sous terre les précieuses ruines et leurs secrets...
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Comme je le pensais certains personnages jusqu'ici parfaitement insupportables (oui Malta c'est de toi que je parle) vont être amenés à changer drastiquement pour se conformer à la place qui devient la leur dans le récit qui évolue sans cesse vers le pire. Althéa elle-même, impétueuse et fière, doit trouver sa juste place au sein d'un équipage qui la méprise et sur un navire dont le moindre saut d'humeur un peu trop intense pourrait entraîner la perte de toute l'expédition.
Mais ce qui surprend le plus dans ce sixième tome (déjà !), c'est l'évolution vraiment impressionnante de la situation autour de Kennit et de Hiémain, dont l'intrigue commence à enfin rejoindre celle des gigantesques serpents de mer en quête de la mémoire de leurs vies passées. Le jeune adolescent naïf et maltraité par son tyran de père se découvre une nouvelle figure d'adoration dévote, et une mission sacrée sur cette terre et par-delà les mers, tandis que le capitaine pirate se prend à développer une affection sincère pour celui qu'il avait tout d'abord le projet de débarquer à la première occasion pour s'emparer totalement de Vivacia.
Vivacia qui, elle, reste étrangement en retrait je trouve dans ce tome, du moins jusqu'à son moment de bravoure face aux Autres pour sauver son nouveau capitaine et l'héritier du nom de sa famille Marchande. Il semble de plus en plus évident que les vivenefs vont devoir choisir elles aussi leur camp dans le terrible conflit qui s'annonce, face à Chalcède d'un côté et aux tours et détours du Destin de l'autre, tandis que les serpents et les dragons sont amenés à se rejoindre pour ne former plus qu'une seule espèce continue.
On en apprend aussi pas mal mine de rien sur la situation dans le royaume des Six-Duchés, bien plus au Nord des Rivages Maudits, et sur la fin de la guerre face aux terribles Pirates rouges. J'espère bien que les deux sagas vont se rejoindre elles aussi, à l'image de leurs créatures magiques affiliées, et je compte dévorer au plus vite les trois derniers tomes des Aventuriers de la Mer pour savourer le génie hors du commun de Robin Hobb comme il se doit.
Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !




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