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dimanche 7 septembre 2014

Médaka-Box tome 15 (Tonkam - Août 2014)



« Qu'est-ce qu'une ''victoire'' ? »

C'est par ces quelques mots que débute ce 15ème tome du manga Médaka-Box, paru le 22 Août dernier. Un tome qui une fois encore surprend son lectorat en prenant le contre-pied total des attentes et se permet une nouvelle mise en abîme, décrivant cette fois les difficultés et les enjeux d'un héros victorieux, posant tout simplement cette question : qu'est-ce qu'une ''victoire'' ? Et en effet, qu'est-ce donc ? L'aboutissement d'une histoire ? Celui d'une quête ? La finalité du héros du récit et de ses compagnons ? Ou bien n'est-ce qu'une étape parmi d'autres sur un parcours bien plus long et complexe ? Lorsqu'on écrit une histoire sur un laps de temps assez long, doit-on convenir que la victoire du héros sur ses opposants doit marquer le point final du récit, ou bien ne servir qu'à l'arrivée dans une nouvelle phase ?

Tandis que Médaka paraît de plus en plus isolée, à la veille de l'affrontement voulu par Ajimu, son ancien compagnon Zenkichi poursuit son entraînement intensif pour tenter de comprendre la vraie nature d'un héros, afin de supplanter son amie de toujours à ce titre au sein de l'histoire. Un entraînement qui le poussera à de profondes réflexions personnelles, de grandes remises en question qui lui permettront de comprendre enfin la vérité sur son attachement sans failles à Médaka depuis tant d'années... une révélation-choc qui aura pour effet de totalement changer la stratégie du futur héros, ainsi que la direction du manga lui-même ! Et pendant ce temps bien entendu, Kumagawa entreprend de saboter toute l'opération en réunissant autour de lui l'ensemble des présidents de comités de l'établissement dans un jeu de hasard qui devra décider de l'avenir : s'ils perdent, les présidents devront suivre les consignes de Kumagawa et prendre position dans l'affrontement entre Médaka et Zenkichi, chose qu'en tant que personnages secondaires ils ne veulent absolument pas. En revanche, s'ils remportent la victoire, c'est Kumagawa et l'ensemble de son Union des Fétichistes qui devront disparaître et laisser l'histoire suivre son cours normal. Que les jeux commencent !

Encore une fois Médaka-Box prouve que derrière le rideau d'un shonen classique sans surprises se cache en réalité un récit plein de réflexions sur la nature profonde du milieu du manga au Japon et sur la situation des auteurs. Ici nous retrouvons le double, voir triple ton de narration que nous avions déjà dans le tome précédent. Ici, il sera question de la place des auteurs vis à vis de leur œuvre et du pouvoir qu'ils conservent dessus une fois qu'elle est publiée et suivie par de nombreux lecteurs, mais aussi de la nécessité parfois de changer radicalement la direction d'un récit (passer d'un shonen de combats improbables et spectaculaires à une comédie romantique un brin déjantée) pour séduire un nouveau lectorat et renouveler les idées. Et comme toujours le personnage de Kumagawa, comme celui d'Ajimu désormais, servent à briser le quatrième mur et à intégrer le lecteur dans cette réflexion tout en suivant la fiction elle-même, dans le même temps. Un manga de qualité qui tranche agréablement avec le reste des parutions shonen récentes, et qui fait réfléchir. Un exploit en soi !
Bon... inutile de préciser que ce tome confirme ce que l'on pouvait déjà observer dès les deux ou trois précédents : la fameuse Médaka-Box, la boîte aux idées, a complètement disparu de l'histoire dont elle était censée être le cœur au départ. Preuve s'il en est de l'évolution d'une série de ses débuts à sa fin, et du développement considérable qu'elle peut connaître grâce à ses lecteurs mais aussi à son éditeur et sa volonté de brasser plus large. Gardez à l'esprit que dans ce manga, depuis un bon moment, tout élément cache plusieurs sens de lecture !
Pour finir sur la réflexion principale de ce tome, à savoir « qu'est-ce qu'une ''victoire'' ? », on peut aussi constater que les auteurs, à travers le personnage d'Ajimu et ses motivations, donnent cette réponse : la victoire, c'est la fin. La fin de l'histoire, la fin de l'écriture, le point où le lecteur s'arrête et où il se considère satisfait. La fin du manga, qui n'a déjà que trop duré et qui doit toucher au dénouement dans les tomes à venir sous peine de perdre son lectorat et de s'égarer dans les intrigues secondaires. Un message que certaines grandes séries feraient mieux d'entendre, de nos jours, comme Bleach ou Naruto en leur temps, quand il le fallait.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 16 juillet 2014

Médaka-Box tome 14 (Tonkam - Mai 2014)


S'il y a un manga ces derniers temps qui selon moi sort nettement du lot de la production actuelle, c'est bien Médaka-Box. Et pourtant rien n'était joué, lors de son arrivée dans nos contrées ! Manga au design très ''technique'', comme de nombreux titres depuis quelques années, un shonen paraissant assez classique dans sa conception comme dans son développement, bref il n'y avait rien qui puisse permettre d'affirmer que cette histoire serait exceptionnelle à plus d'un titre.

C'est là que nous arrivons à ce 14ème tome, riche en rebondissements mais pas que ! Car avec ce tome, la série prend un tournant décisif qui en fait une sorte d'oeuvre presque métaphysique, se penchant sur les conditions de publication des mangas au Japon ainsi qu'à l'économie de ce milieu, son avenir et les crises qu'il traverse, mais également le procédé d'écriture d'un ou plusieurs auteurs sur les séries les plus suivies et donc les plus exigeantes. Toujours devoir innover, toujours chercher à surprendre en jouant avec les mêmes codes... Médaka-Box choisit délibérément de transcender sa condition de manga, d'histoire fictive, pour devenir une triple mise en abîme de notre monde et de la culture de la bande-dessinée Japonaise. Voici d'ailleurs les trois niveaux que j'ai perçu à la lecture de ce tome :
 Situation économique et éditoriale des mangas
 Difficultés du procédé créatif/narratif
 Auto-critique et auto-réflexion sur l'importance d'une bonne fin au bon moment

Pour l'histoire, après les épreuves imposées par Médaka à ses futures successeurs pour les endurcir et les préparer à prendre la relève, il s'avère que Zenkichi, son ami le plus ancien et le plus fidèle, n'est finalement pas à la hauteur de ses espérances. Dépité, déçu, il sera approché par Anshinin qui souhaite faire de lui un nouvel adversaire pour Médaka, une nouvelle opposition, en le transformant en héros véritable et en centrant l'intrigue autour de lui désormais, lui donnant toutes les chances de l'emporter lors de leur affrontement qui promet déjà d'être mémorable. Alors que les deux camps se forment et que les alliés se divisent entre les deux grandes figures que sont Médaka et Zenkichi, Kumagawa entend bien évidemment mettre son grain de sel dans l'affaire et ''foutre le bordel'' dans les plans d'Anshinin, en créant pour sa part une troisième faction indépendante et destinée à empêcher l'affrontement entre les deux amis de toujours pour rendre caduque ce nouveau rebondissement de l'histoire. Une nouvelle ère et de nouveaux combats s'annoncent, et pour Médaka c'est l'occasion de se retrouver enfin face à elle-même et de réfléchir au destin de l'établissement Hakoniwa, mais aussi d'apprendre à affronter seule ses propres démons et sa part d'ombre...

Il faut vraiment s'accrocher lors de la lecture de ce tome pour tout suivre et comprendre correctement, et j'ai plusieurs fois du repartir en arrière pour être bien sûr d'avoir saisi tous les sens de lecture cachés. Au final on a non seulement droit à un changement magistral de direction dans la trame du récit, mais aussi à une critique assez cinglante et réaliste du système en place dans le monde du manga au Japon, c'est d'ailleurs étonnant qu'une telle prise de position et de risques soit aussi mise en avant là-bas. Les Japonais aiment l'autodérision ce me semble, moi aussi ça tombe bien. Merci à vous !
J'espère maintenant vivement retrouver ce triple ton dans le prochain volume, à paraître dès le mois prochain.
Ah, et pour celles et ceux qui se demanderaient ce que devient le fil rouge du récit, la fameuse Médaka-Box du Conseil Étudiant... eh bien ne la cherchez pas, elle n'a plus du tout d'importance. Preuve une fois encore de la volonté de changement et de toujours prendre le contre-pieds des attentes du lectorat pour ces auteurs assez remarquables que sont Nisioisin et Akira Akatsuki.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un prochain article !