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mardi 6 novembre 2018

Love is Love (Bliss Comics - Octobre 2017)


Le 12 Juin 2016 dans la ville d'Orlando en Floride, un tueur assassine 49 personnes dans la boîte de nuit le Pulse à cause de leur identité sexuelle. Gay, lesbiennes, trans, bi, queer, homos, hétéros... 49 personnes ont disparu brutalement de la vie de leurs proches et de celles et ceux qu'ils aimaient, tout ça par la faute de la haine et de l'incompréhension qui règnent encore bien trop souvent dans notre société à l'égard des personnes ayant un genre, un comportement et des goûts différents de la masse dirigeante bien pensante.

Cela se passe dans notre monde. J'aurais préféré vous écrire un article sur quelque chose de fictif, quelque chose avec un super-héros qui viendrait in-extremis au secours de ces pauvres gens et apporterait un message de tolérance à travers les pages colorées de ses aventures. C'est généralement ce que je vous chronique et présente sur ce blog. Mais là, il s'agit de faits réels, d'une vraie tuerie, d'un vrai drame humain. Comment dès lors en parler ? Comment extérioriser toute la peine que l'on ressent ?

Les artistes travaillant pour l'industrie des comics aux USA ont trouvé une solution bien à eux et ont, par l'intermédiaire des éditeurs DC et IDW qui ont formidablement joué le jeu, réussi à réunir des dizaines de témoignages d'amour et d'intelligence affective, à travers des textes ou des dessins de leurs amis et collègues, parfois gays, parfois non, toujours touchés et toujours volontaires pour exprimer ce qu'ils ont ressenti et ressentent encore en pensant à ce massacre encore trop ordinaire et récent. Ca ne ramènera pas les victimes du Pulse, ça ne changera peut-être pas la conscience de la masse, mais ça portera le plus beau des messages : l'amour est et restera toujours l'amour, quelle que soit sa forme ou son moyen d'apparaître. Grâce à ces artistes d'horizons et d'éditeurs différents et parfois concurrents, c'est un album rempli d'ondes positives qui émerge de leurs efforts conjugués et l'on reconnaîtra par-ci par-là tantôt Superman et sa cousine Supergirl, tantôt Wonder Woman, tantôt Kevin Keller de chez Archie Comics, et bien d'autres encore.

Je l'ai dis, qu'ils viennent de chez Marvel, DC ou d'autres éditeurs plus petits, des États-Unis ou d'Europe, tous les artistes ont accepté de participer à ce fabuleux recueil de sentiments et d'expériences positives en l'honneur et en hommage aux victimes du Pulse à Orlando, Floride, ce 12 Juin 2016. Il serait bien inutile de vous faire un résumé de ce que l'on y trouve, chaque page étant une histoire différente des autres et s'adressant à vous, lecteurs, de bien des façons toutes très personnelles suivant votre sensibilité et vos goûts. Pour ma part, la modeste participation de Jim Lee m'a beaucoup touché, j'espère qu'elle vous parlera également, mais toutes forment de toute façon un ensemble parlant de la même chose, à l'intention des rageux, haineux, amoureux, timides, excentriques... tout le monde se reconnaîtra et comprendra le message. Et c'est ça la magie de cette œuvre de coopération spontanée. Je souhaite que vous la découvriez comme moi, mieux vaut tard que jamais. Love is Love est un magnifique comic-book, contenant ce qu'il peut y avoir de meilleur dans ce monde de papier et d'encre que nous aimons tant parcourir. Un très bel ajout à vos bibliothèques et à vos collections, à mettre bien en avant. Chez nous c'est l'éditeur de Valiant qui a réussi à sortir cet album, Bliss Comics, mais tout le monde aura participé pour ce qui concerne la V.O. en tout cas.

Ajoutons pour finir qu'acheter cet album n'est pas un geste anodin. Ça ne changera peut-être pas le monde, ça ne fera pas prendre conscience à tout le monde du message de tolérance véhiculé, mais sachez au moins que l'intégralité du prix d'achat est reversé à des œuvres caritatives et engagées autour de la communauté LGBTQ, ainsi que chez nous à SOS Homophobie. De quoi apporter un peu de soutien et de compassion tout en vous faisant plaisir et en faisant une bonne action qui enrichira votre culture et votre collection personnelle. Qu'attendez-vous pour sauter le pas ?

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

lundi 20 mars 2017

La question du lundi n°33 : Des animés inspirés d'oeuvres littéraires classiques ?


Il n’est pas rare de voir qu’une nouvelle série puisse s’inspirer, de manière plus ou moins libre, d’une autre œuvre plus ou moins connue.
Dans le cas présent, nous allons nous poser la question : quelles œuvres, issues de la culture occidentale, ont servi de point de départ ou d’inspiration dans les animés japonais ?
Ce petit tour d’horizon ne citera que quelques exemples.

Le comte de Monte-Cristo/Gankutsuou
La célèbre œuvre d’Alexandre Dumas a servi de base pour l’animé Gankutsuou par le studio japonais Gonzo diffusé de 2004 à 2005. Il reprend les différents personnages du roman mais se distingue en se déroulant dans le futur et par conséquent l’intégration d’éléments de science-fiction dans son histoire. L’animé se compose de 24 épisodes de 25 minutes chacun. L’intrigue se suit sans déplaisir et permet de découvrir sous un jour nouveau ce classique de la littérature française.

20000 lieues sous les mers/ Nadia, le secret de l’eau bleue
Voilà un anime qui ne va pas nous rajeunir ! Fushigi no umi no Nadia en vo, a été réalisé en 1990 par le studio Gainax. La série possède sa propre histoire, une jeune fille du nom de Nadia est pourchassée par des brigands qui convoitent la mystérieuse pierre bleue dont elle est en possession. Elle sera aidée par un jeune garçon, Jean, ce qui marque le début de leurs aventures. Cependant, on y trouvera de nombreuses inspirations et références à l’œuvre de Jules Verne, l’exemple le plus frappant étant la présence d’un personnage appelé le capitaine Nemo et du sous-marin le Nautilus.
A noter, que le film Atlantide, l’empire perdu, sorti en 2001 et réalisé par Disney s’inspirera de cette série et en reprendra de nombreux éléments.

La légende de Blanche Neige
Série de 1994 de 52 épisodes, elle est issue d’une association italienne et japonaise. L’histoire reprend l’univers du conte mais en y apportant de nombreuses aventures ainsi que de nouveaux personnages.


Parce que ça marche dans les 2 sens et qu’il n’aurait pas été équitable de ne parler que de l’influence occidentale sur les œuvres nippones, l’inverse est vrai et se retrouve facilement, un des exemples les plus frappants étant le Roi Lion de Disney qui s’est librement inspiré de l’œuvre d’Osamu Tezuka nommé le Roi Léo.
À noter que de nombreux films d’horreur japonais ont donné lieu à des remakes américains (Juon->The Grudge, The Ring-> Le cercle, etc.).

Il est intéressant de voir que deux cultures puissent s’influencer mutuellement et ainsi permettent de faire découvrir à de nouvelles générations, ou pour les plus vieux de redécouvrir, certains classiques de la littérature en les adaptant avec leurs propres codes ou idées.
Voici quelques exemples parmi tant d’autres, n’hésitez pas à chercher par vous-mêmes dans un sens comme dans l’autre, vous pourriez trouver quelques idées en matière de visionnage !

jeudi 23 octobre 2014

Le Sang d'Immortalité / Voyage avec les Morts (Barbara Hambly - Mnémos, collection Icares - Mars 2010)


C'est sans doute l'une des meilleures histoires de vampires qu'il m'ait été donné de lire, et je tiens vraiment à vous la faire partager car on trouve très peu de récits de cette qualité et de ce niveau d'excellence (selon moi). Écrite par Barbara Hambly (une femme extrêmement active et intelligente, partageant à l'époque son temps entre sa carrière d'écrivain, de scénariste pour séries littéraires telles Star Wars, Star Trek ou son bébé Darwath, professeur d'Histoire Médiévale en faculté à ses heures et également de karaté, ainsi que modèle. Respect.) en 1988, Le Sang d'Immortalité nous entraîne dans un récit captivant de bout en bout, où se mêlent intrigues romanesques et fantastiques, au diapason de l'horreur dans sa plus pure tradition héritée de l'ère Victorienne. Avec aussi beaucoup de mise en abîme, de réflexion interne sur le récit vampirique en cette fin de siècle et sur toute cette culture folklorique dont il est issu, ainsi qu'une farouche volonté de briser les clichés et les facilités du genre dans lesquels il s'enfonce depuis des décennies. Oubliez les vampires qui brillent, oubliez les amours à l'eau de rose, ici nous entrons dans un univers sombre, cruel, cynique et froid dans lequel les vampires sont de redoutables prédateurs jouant sur leur anonymat parmi nous, au sein de notre société civilisée ; dans lequel la séduction tient un rôle primordial, presque hypnotique, et où chaque parole exprimée peut dissimuler une toute autre vérité. Un monde de charisme, aussi, un monde de manières et de charme, de prestance, d'éducation.

Début du XXème siècle, l'an 1907. James Asher, autrefois ''agent de renseignement sous couverture'' pour le gouvernement britannique, aujourd'hui simple professeur d'ethnologie et linguistique à Oxford et marié à une jeune femme admirable en tous points, découvre en rentrant chez lui un soir une singulière surprise. Toute sa maisonnée est profondément endormie, comme envoûtée, un silence de mort plane sur la demeure et une aura ténébreuse semble émaner de l'atmosphère, inspirant tout en même temps la peur et l'apathie. Dans son bureau, un homme, d'aspect tout à la fois jeune et ancien, très ancien même, des plus distingué et élégant, l'invite à écouter une étrange proposition, qui commence d'emblée par cette révélation :

« Mon nom est Don Simon Xavier Christian Morado de la Cadena-Ysidro, et je suis ce que vous appelez un vampire. »

Délire d'un psychopathe jouant avec sa victime avant de massacrer tous les habitants de la maison au couteau ? Jeune imbécile cherchant à faire peur ? Mauvaise blague ? Ou bien n'est-ce, comme Asher craint de le ressentir, que la stricte vérité dévoilée sans aucun artifice ? Celui qui se fait ainsi appeler Ysidro dit tenir en son pouvoir tous les proches d'Asher, sous son emprise mentale, et être disposé à les relâcher s'il consent à lui rendre un service, un service que seul un homme possédant ses compétences et ses connaissances, un esprit ouvert par ses années d'espionnage et de recherches folkloriques dans toute l'Europe, puisse appréhender sans détaler en hurlant de terreur. La communauté des vampires de Londres, relativement ancienne et très bien implantée dans la cité, dans le plus grand secret cela va de soit, est en émoi depuis quelques temps après la découverte de plusieurs corps carbonisés dans leurs cercueils. La conclusion première : quelqu'un entreprend de tuer les vampires un par un en découvrant leurs cachettes et en les exposant à la lumière du soleil, sans aucun moyen de se défendre ou de se protéger. Ysidro se tourne vers Asher, contre l'avis de ses semblables, pour lui demander de mener l'enquête sur ces meurtres et de retrouver l'assassin avant qu'il ne frappe à nouveau, ou du moins avant qu'il ne commence à faire des dégâts trop importants. Pourquoi lui ? Pourquoi pas un vampire pour exercer cette vengeance ?
Eh bien parce que ce mystérieux tueur, qui sait exactement où chercher et comment atteindre ses victimes, exerce ses méfaits de jour, lorsque les vampires sont plongés dans leur sombre sommeil au sein de leurs antres, attendant la nuit prochaine pour revenir à la vie et se nourrir. Et donc, il faut un mortel pour pouvoir traquer ce tueur durant la journée, mais aussi et surtout pour veiller à ce qu'aucune autre cachette de vampire ne soit violée durant ce laps de temps. Ysidro remet entre les mains d'Asher le destin et la survie de son espèce à Londres, lui révélant coup sur coup que les vampires existent bel et bien, se nourrissent chaque nuit du sang et de la mort de dizaines d'innocents, et que cela dure dans le plus grand secret depuis bien des siècles. Chacun est à lui seul responsable de plusieurs milliers de décès, de disparitions et d'horribles assassinats à travers l'Histoire. Ce sont des monstres, de vrais monstres, des prédateurs, soudainement menacés par quelque chose qu'ils ne comprennent pas et qui les effraie. Bien entendu, Asher songe tout d'abord à laisser ces infernales créatures payer le prix de leurs crimes et brûler toutes au soleil, avec la grâce du tueur, pour libérer le monde de leur présence et du mal qu'ils infligent. Mais le jeu est double : si Asher possède toutes ces informations sur les vampires désormais, remises par l'un des leurs, il est vrai également que les vampires connaissent désormais tout de lui en retour : sa vie, ses foyers, ses proches, sa famille, sa femme. Si Asher fait mine de vouloir s'enfuir, ou de trahir les vampires et de rejoindre la noble quête du tueur diurne, il suffira d'un seul d'entre eux pour détruire toute sa vie en l'espace d'une seule nuit. Ysidro s'en remet ainsi à Asher, semblant se confier à lui, mais ses crocs ne sont jamais loin de sa gorge et n'attendent qu'un seul dérapage pour agir et ôter la vie, à lui comme à toutes les personnes qui l'entourent et qui ignorent tout de cette situation. Ce mortel jeu d'ombres, entre vérité et mensonges, entre dissimulations et tromperies, quelles qu'en soient les conséquences, va changer la vie de James Asher à jamais. Car à présent, il sait ce qui rôde la nuit, dans les ténèbres. Il sait que les légendes sont en parties vraies, qu'un prédateur impitoyable se terre dans le noir et attend sa pitance chaque fois que la Lune se lève. Et aujourd'hui, il sait aussi qu'il devra protéger ces créatures, quitte à y perdre son âme.

Tout est de très haut niveau dans ce roman, qu'il s'agisse des personnages (Ysidro est sans doute le vampire le plus charismatique qui soit, incarnant et déjouant à la fois la plupart des idées reçues et des stéréotypes, et souvent mis en contradiction avec ses pairs plus frustres et brutaux), de l'atmosphère lourde de cette ère d'industrialisation massive en cette veille de Première Guerre Mondiale, des ''décors'' que l'on imagine avec la plus grande aisance tant les descriptions sont à la fois précises et discrètes, du fonctionnement de cette société du début du XXème siècle, de l'extrême précision apportée à certains détails et aux réflexions d'Asher sur son dilemme et sur la vraie nature des vampires, etc. Il s'agit d'un thriller, d'une enquête presque policière dans un contexte fantastique voir horrifique, où rien n'est jamais vraiment ce qu'il paraît et où tout peut basculer d'un instant à l'autre. C'est une histoire qui m'a totalement passionné, par tous ces aspects et bien d'autres encore que je vous laisse découvrir si jamais cette lecture vous intéresse. On sent l'influence de la professeur d'Histoire de niveau universitaire, de la chercheuse autant que de la romancière, qui se demande comment fonctionnent et évoluent ces créatures irréelles qu'elle met en scène, qui lève le voile sur les mystères dans l'ombre de ces êtres maléfiques et nous apprend, en même temps qu'Asher, à mieux les connaître, ou à les craindre davantage. On découvrira que les vrais monstres ne sont pas forcément ceux que l'on croit, ou pas totalement, et que rien n'est tout blanc ou tout noir.

Pour en revenir spécifiquement aux personnages, qui sont la plus grande force de cette histoire, ils sont développés dans le digne héritage de l'auteur Anne Rice et de ses célèbres chroniques, dont je vous parlerai bientôt. Tous sont uniques, ont leur propre caractère et leur propre fonctionnement, tous jouent à différents niveaux au même jeu mortel du chat et de la souris avec Asher ou entre eux ; ils sont tous extrêmement complexes et étudiés, en somme, et tous criants de naturel. Mention spéciale aux personnages féminins, et pas forcément les vampires, puisque Lydia la femme de James Asher aura également un grand rôle à jouer au sein de ces deux histoires. Femmes fortes, indépendantes, intelligentes, douces comme terrifiantes, elles représentent à elles-seules toute la complexité de ces récits et de leur écriture, des multiples intrigues qui se croisent et s'entrecroisent sans cesse. Ce n'est pas forcément un hasard si l'auteur a choisi de donner à son vampire principal, Don Ysidro, des traits de caractère et de comportement que l'on pourrait fort bien attribuer à l'esprit féminin dans tout son génie critique.

Qu'ai-je écris, au juste ? Plusieurs histoires ? Eh oui, car dans cette édition (parue chez Mnémos dans leur collection ''Icares'' en Mars 2010) se trouve aussi le roman faisant suite au Sang d'Immortalité, intitulé Voyage avec les Morts et développant de nouvelles relations entre les mêmes personnages, Asher, Lydia, Ysidro et d'autres vampires Londoniens, dans un contexte encore plus sombre et tortueux que précédemment et en approfondissant encore davantage toutes les qualités et voies de réflexions du premier. Un diptyque excellent, complet et fort sympathique au demeurant, qui se lit assez facilement malgré sa complexité et qui a le mérite, en plus de bien d'autres, de poser au lecteur des questions d'ordre éthique et intellectuel sur la littérature vampiriques et ses personnages, ses clichés et ses mauvaises habitudes. A la place d'Asher, par exemple, qu'auriez-vous fait ?
C'est donc un récit de très grande qualité, toujours selon mon avis bien entendu, que j'ai vraiment adoré et que je recommande chaudement, c'est peut-être même mon gros coup de cœur parmi ces 9 articles que je vous livre ce mois-ci sur les vampires. Enfin, l'un de mes plus gros en tout cas, car le meilleur reste encore à venir.

« Take my hand, the best is yet to come. »

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une excellente lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !