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lundi 4 décembre 2017

La question du lundi n°61 : La Warner a-t-elle tout foiré avec DC au cinéma ?


C’est le retour de votre feuilleton sur la Warner et DC, Justice League étant récemment sorti au cinéma, il est temps de faire un bilan de la première vague de films et comme vous pouvez vous en douter celui-ci n’est pas très bon… alors, la Warner a-t-elle tout foiré après une belle trilogie The Dark Knight et un bon reboot de Superman dans Man of Steel ?

Ceux qui nous lisent depuis de nombreux mois le savent : la production des films DC n’a pas été un long fleuve tranquille. Justice League à bien des égards, était en cela attendu au tournant pour voir de quel côté la balance penchait… et le constat est plutôt amer.
En soi le film ne souffre pas de réels défauts lorsqu’on le regarde mais si l’on gratte un peu le vernis, le tout n’est pas bien folichon : une intrigue banale, sans saveur, ni rebondissements, un méchant en CGI lambda, le retour d’un personnage iconique assez mal géré, des changements de caractère drastique dans les personnages sans réelle explication, aucune scène/plan mémorable pour nos héros, une musique aux abonnés absents, une fin archi-convenue... bref la liste est hélas longue.

Alors oui on peut se rassurer en se disant que le film n’est pas la catastrophe annoncée au vu de ses problèmes de production (la volte-face suite à Batman v Superman, le départ de Snyder au profit de Whedon, le remplacement de Junkie XL par Dany Elfman, le troncage du film) mais il est bien triste de se satisfaire d’aussi peu : nous sommes quand même en face du film qui réunissait pour la première fois la Justice League au cinéma ! L’équivalent pour DC du Avengers de Marvel. Un film qui par conséquent aurait dû être mémorable alors qu’il est juste divertissant.
Nous sommes ici en face de l’anti Batman v Superman qui était un film cherchant à nous faire réfléchir avec des personnages ancrés dans notre monde, des questionnements sociétaux et de vrais enjeux dramatiques et narratifs. Ici nous sommes devant un film n’osant prendre aucun risque et ne froisser personne, qui fait fi des bases posées depuis plusieurs films au profit du seul divertissement.

Au vu de ce bilan il est bien difficile de ne pas conclure que la Warner, de par ses ingérences, à tout fait capoter. A trop vouloir se trouver une nouvelle poule aux œufs d’or maintenant que Harry Potter est fini (et que les animaux fantastiques peinent à prolonger la magie) elle en a oublié de faire de bons films et de respecter à la fois son matériau d’origine et son lectorat et public.
Il reste à se convaincre que cette mauvaise passe est définitivement derrière nous et que le futur s’annonce plus serein, réponse dans un an dorénavant avec le film Aquaman de James Wan !

lundi 6 mars 2017

La question du lundi n°32 : Quel avenir pour DC au cinéma ?


Décidément rien ne va plus chez Warner Bros ! Depuis que celle-ci s’est lancée dans l’aventure d’un univers partagé pour les héros DC sur le modèle désormais bien huilé de Marvel Studios et son cinematic universe, elle enchaîne faux pas sur faux pas.

Entre le trop ambitieux Batman v Superman et le semi-ratage Suicide Squad de l’année dernière, l’incertitude pour Wonder Woman et les changements drastiques effectués sur Justice League pour cette année, c’est tout le calendrier du futur DC Extended Universe qui s’assombrit avec les informations peu encourageantes nous parvenant au fil de ces dernières semaines...

Ainsi, le film The Flash s’est retrouvé en un court laps de temps dépourvu de son second réalisateur et la Warner a demandé la réécriture de son script ! Preuve s’il en est que le projet n’est pas sur les bons rails, alors qu’il est attendu pour l’année prochaine. Souhaitons bonne chance aux scénaristes et réalisateur qui écoperont du chantier, car en l’état si le studio ne bouscule pas son planning, il leur faudra réaliser une véritable prouesse et achever le film in a flash* ! (*en un éclair)

Mais l’autre projet qui prends l’eau, nous donne de grosses sueurs froides et qui est au centre de la tempête médiatique en ce moment est un film bien plus prépondérant et emblématique à notre sens pour l’avenir du DCEU au cinéma. Il s’agit ni plus ni moins de The Batman, projet initialement prévu comme étant sous le contrôle créatif de Ben Affleck et de Geoff Johns.
Le sujet est ici plus épineux car source de nombreuses rumeurs, nous nous en tiendrons donc aux déclarations officielles et aux rumeurs qui nous semblent les plus fondées en guise d’extrapolation.

Les deux principales informations dans un premier temps, sont le désengagement de Ben Affleck au poste de réalisateur et l’annonce d’un remplaçant en la personne de Matt Reeves (Cloverfield, La Planète des Singes : l’Affrontement) après moult atermoiements !
Il est extrêmement préoccupant de voir que quelqu’un d’aussi attaché au projet que Ben Affleck, à la fois acteur, co-scénariste, réalisateur et producteur du film se retrouve à être remplacé. L’on pourrait éventuellement penser que la tache était trop ardue et qu’il souhaitait se concentrer sur son jeu d’acteur (raison officiellement annoncée) afin de piloter le projet en sous main, comprenez par là que rien ne l’empêche de donner des directives au nouveau réalisateur, qui serait alors un homme de paille, un « yes man » comme on dit dans le milieu.
Et c’est là que la deuxième annonce laisse songeur... car Matt Reeves, en plus d'enfiler la casquette de réalisateur a obtenu celle de producteur. L’orgueil d’un réalisateur qui commence à se faire un nom à Hollywood et souhaiterait imprimer son empreinte sur le projet a t-il pesé dans la balance des négociations ? Écartons cette hypothèse un peu utopiste au profit de deux possibilités plus envisageables : comme évoqué précédemment, Affleck aurait en fin de compte la main mise totale sur le film et Reeves ne serait qu'un homme de paille. L’autre, bien plus alarmante, serait l’ingérence des pontes de la Warner, qui en arriverait à dégoûter Ben Affleck, ceci au profit d'un Matt Reeves à qui l'on a promis monts et merveilles avant de se retrouver dépossédé du projet en cour de tournage (cf : article sur les director's cut).
A ce moment il nous paraît intéressant d’évoquer deux rumeurs persistantes et crédibles car relayées par des sources multiples et souvent fiables dans le milieu. La première, c’est que Ben Affleck souhaiterait purement et simplement abandonner le rôle de Batman, la deuxième est que la Warner aurait demandé la réécriture au moins partielle du scénario à l’instar de The Flash !

Si ces rumeurs s’avèrent fondées, nous serions donc dans le deuxième cas de figure, il s’agirait bel et bien d’une ingérence du studio, et au vu du passif sur des films comme Batman v Superman et Suicide Squad ainsi que ceux qui sortiront cette année, il y a quand même de bonnes raisons de penser que l’avenir est loin d’être rose pour le DCEU…

lundi 19 septembre 2016

La question du lundi n°11 : Que fait Warner avec le DCEU ?


Nous voici désormais avec 3 films sortis pour le DCEU : Man of Steel, Batman v Superman, Suicide Squad. Dont les deux derniers rien que sur cette année. Au programme de l'année prochaine : un film solo sur Wonder Woman typé ''origin story'' et le premier Justice League (le Avengers de chez DC) dont BvS n'était que le prologue. Doivent ensuite suivre les années suivantes des films solos de nos héros, Flash, Aquaman et Cyborg les petits nouveaux du groupe, ainsi qu'une suite à Justice League déjà planifiée et les nouveaux Superman et Batman qui sont pour le moment sans date fixe. Ouf ! Voici un planning déjà fort chargé dans lequel doit encore s'insérer un spin-off de Suicide Squad sur le personnage populaire d'Harley Quinn... d'où la question de cette semaine : Que fait la Warner avec le DCEU ?

Il est bon de rappeler en guise d'introduction que DC Comics et la Warner Bros., c'est une histoire qui dure. Bien avant l'avènement du genre super-héroïque au cinéma au début des années 2000, les premières adaptations cinématographiques à succès remontent à la fin des années 70 avec Superman, puis le personnage de Batman popularisé dix ans plus tard par Tim Burton.
Oui mais voilà, la Warner a toujours envisagé ces films comme des entités uniques, sans univers partagé jusqu'à ce que le modèle s'impose avec Marvel Studios. Voici une différence majeure qui a toujours distingué les Big Two au cinéma. Et jusque récemment on pensait (à tort ?) que la Warner, même en annonçant un Extended Universe à DC, continuerait de proposer des films qui se suffisent à eux-mêmes, avec une qualité de production supérieure à la majorité du genre, des thèmes plus graves et profonds traités ''avec sérieux'', de manière réaliste, au premier degré.
C'était le cas sur Man of Steel et Batman v Superman, mais déjà beaucoup moins pour Suicide Squad qui a fait le grand écart entre approche sérieuse et blagues, clins d'oeil et punchlines à tous les étages. Comme si la Warner se mettait à copier grossièrement la méthode de Marvel/Disney... et ce n'est maintenant un secret pour personne si tant est que l'on s'intéresse au genre : BvS a été mal reçu par la critique, sa production fut chaotique et des décisions malheureuses furent prises. Mais la chose est encore plus criante pour Suicide Squad qui a reçu peu ou prou le même accueil. L'ingérence de la Warner fut probablement plus importante puisque le réalisateur David Ayer n'a pas l'ancienneté ni l'aura d'un Zack Snyder. On ne peut reprocher à Suicide Squad de tenter des choses, mais il se prend souvent les pieds dans le tapis.
Le studio dit avoir compris le message, mais est-ce bien pour les bonnes raisons ? L'essentiel des critiques porte à la fois sur un ton très (trop ?) premier degré qui a beaucoup dérangé mais aussi et surtout sur le montage des deux films qui n'est pas une franche réussite. En cela la Warner a probablement à la fois laissé trop de liberté à ses scénaristes et réalisateurs tout en pratiquant un interventionnisme de dernière minute qui a massacré le propos originel des films.
Le doute pour les prochaines productions estampillées DCEU est donc de mise. Surtout que les choses changent en coulisse et qu'il est à l'heure actuelle difficile de savoir si ce sera une bonne ou une mauvaise chose. La principale annonce d'importance étant la nomination de Geoff Johns a un poste de superviseur/consultant/producteur des adaptations cinématographiques de DC. Une sorte de gardien du temple que l'on pourrait grosso modo rapprocher d'un Kevin Feige, le grand manitou chez Marvel Studios.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Geoff Johns, il est l'un des plus importants scénaristes de l'écurie DC, a remis au goût du jour des personnages comme Green Lantern et Aquaman et est aussi l'un des principaux responsables éditoriaux de la firme depuis des années au côté de Dan Didio et Jim Lee. Voilà pour l'aspect positif du bonhomme, quelqu'un du sérail qui aura à cœur d'avoir de bonnes adaptations du papier à la pellicule. Il n'est donc pas étonnant que la communauté de fan soit majoritairement confiante et satisfaite par cette annonce. Maintenant pour le côté plus sceptique : c'est quelqu'un de novice au cinéma et il n'est pas donné que son expertise suffise à faire de bons films... gardons en mémoire le film Green Lanterna priori le monsieur fut assez impliqué pour le four au box-office qu'on lui connaît. Mais restons optimistes et gageons que Johns a appris de ses erreurs, ou du moins qu'il est bien entouré pour ne plus commettre pareille boulette.

Selon les récentes déclarations de Geoff Johns, les futurs films DC se montreront plus optimistes et légers. D'aucun on commencé à se plaindre d'un virage à 180° et d'une ''marvelisation'' du DCEU. Cette impression est renforcée par le teaser de Justice League un brin maladroit et bien sûr Suicide Squad. Mais ce dernier reste un ovni, avec une production encore plus chaotique que BvS et il serait donc de bon ton de ne pas le considérer (du moins espérons le) comme la norme des nouveaux films. Optimisme et légèreté ne veut pas forcément dire second degré permanent avec les blagues afférentes. Le DCEU se cherche encore et les nombreux films en projet et en production ne doivent pas nous faire oublier que la logistique à mettre en place ne doit pas être évidente et l'équilibre est donc encore précaire, chacun doit trouver sa place dans cette gigantesque machine. Rappelons que par le passé toutes les adaptions DC ne furent pas des réussites non plus : les 4e films Batman et Superman, Green Lantern, Superman Returns... et que DC et Warner ne sont pas synonymes de films sombres et pessimistes en permanence, il suffit de revoir le tout premier film Superman de Richard Donner pour s'en convaincre (ou encore Batman & Robin ou Green lantern, qui ne sont certes pas les meilleures exemples au vu de leur qualité discutable -avis personnel du rédacteur-).
Souhaitons donc que c'est ce qu'entendait Geoff Johns dans sa déclaration et qu'après des débuts difficiles, le DCEU prenne son envol et son ampleur avec les films de l'année prochaine. Rendez-vous en juin 2017 pour un début de réponse avec notre Amazone préférée.

lundi 8 août 2016

La question du lundi n°6 : Les fans sont-ils trop exigeants ?


La question de la semaine peut paraître éculée, l'on parle communément sur le net de sujet ''tarte à la crème'' ou de ''marronnier'' pour ce genre de problématique. Ici loin de nous l'idée de partir dans des débats stériles, mais de faire un simple état des lieux par le prisme d'un événement récent de la geekosphère : la présentation des premières images du Justice League de Zack Snyder.

 Dans le cadre de la San Diego Comic-Con, célèbre convention américaine des loisirs geek -et plus spécifiquement des comics et du cinéma- fut dévoilé par la Warner Bros. un teaser d'environ 2 minutes 30 de la suite du controversé Batman v Superman (sous-titré à juste titre Dawn of Justice – l'Aube de la Justice en français). Précisons pour le contexte que le film est encore en cours de tournage et que sa sortie n'est prévue que pour Novembre 2017. De fait il s'agit seulement d'un bref aperçu de la direction prise et annoncée par la Warner : Justice League se veut plus léger, moins sombre que son prédécesseur.
Réaction des fans suite à cet extrait sensé les aguicher (nous nous limitons ici bien sur au web français) ? Très tranchées et controversées, en dehors des éternels enthousiastes qui s'extasient devant la moindre image l'accueil fut plutôt froid. Voici en résumé les principaux commentaires négatifs qui ressortaient : "La Warner copie la méthode Marvel et veut tout aseptiser", "Ils n'ont rien compris et changé complètement de direction", "Bruce Wayne fait de l'humour ! On dirait une pâle copie de Tony Stark (Iron-Man) ! C'est inadmissible", " Les effets sont pourris, les blagues tombent à plat et n'ont rien à faire dans un film DC » etc, etc.

Pour comprendre ces critiques, il faut expliquer que les fans et les gens en général ont des préjugés assez ancrés sur les films des écuries concurrentes Marvel et DC. Ainsi Marvel se doit d'être fun et spectaculaire tout en débitant des vannes au kilomètre tandis que DC se doit d'être plus sérieux et réaliste, plus cérébral. Dans le cas de DC cette impression est accentuée par la trilogie très premier degré de Christopher Nolan sur Batman et sur les cinq dernières années de comics DC baptisées New52 qui tranchaient avec la continuité de l'éditeur avec une atmosphère résolument plus sombre dans chacune de leurs séries et personnages phares. Pourtant au regard des 75 ans d'Histoire et d'histoires de DC Comics, les adaptations cinématographiques devraient être amenées à pouvoir adopter une pluralité de ton, ce qui semble d'ailleurs se dégager du prochain film Suicide Squad.
Le cœur du problème à notre sens sur l'exigence des fans et leur promptitude à tout critiquer (la fameuse minorité bruyante face à la majorité silencieuse...) dans le cadre de cet exemple précis, c'est que ce sont aussi les premiers à avoir critiqué le travail de Zack Snyder sur Batman v Superman ! Les mêmes sont à se plaindre que celui-ci était résolument trop sombre et à fustiger la direction qui semble être prise à l'heure actuelle par le studio et leurs prochaines productions, à savoir un ton plus nuancé sans être forcément un copié-collé de la formule Marvel Studios. Autant ces critiques sur un film étant sorti sont légitimes (et dont la version longue a d'ailleurs rasséréné nombre de mécontents et déçus depuis), autant il est étonnant de voir ces mêmes personnes s'emporter devant des images qui sont pour le moment plus de l'ordre d'intention que d'un véritable trailer (et dont il faut se méfier de toute façon, dans un sens comme dans l'autre). L'on touche ici à l'exagération typique des commentaires sur internet, cette véhémence qui pousse chacun à donner son avis sur tout et toutes choses sans être dans la retenue et avoir le recul nécessaire.

Mais le fan a par essence le sang chaud, il est de nature à s'emporter face à un sujet qu'il affectionne et croit connaître. Car au final cette exigence parfois déplacée de ces passionnés vient simplement de leur profonde méconnaissance ou compréhension globale du sujet. Il est même à se demander pour les plus bornés s'ils n'en oublient pas la thématique abordée pour virer dans le conflit permanent (alors source de satisfaction pour eux) et à qui on attribue le nom peu élogieux de troll sur les forums et autres fils de discussion.
Ne généralisons toutefois pas ces adeptes de la rhétorique stérile, fort heureusement il ne s'agit pas de la majorité des internautes. Certains fans ont simplement tendance à réagir sur le coup de l'émotion avant de se calmer rapidement par eux-mêmes et de pouvoir alors entamer un vrai débat de fond. Mais dans l'optique de notre exemple, il apparaît bien tôt pour se forger un avis sur ce que sera la Justice League au cinéma, qui semble pour l'instant pâtir surtout du bad buzz émanant encore de Batman v Superman, film certes imparfait mais qui a le mérite d'être à la fois une adaptation intéressante de l'univers comics DC mais aussi une vraie œuvre de cinéma. Rendez-vous en Novembre 2017 pour la réponse définitive !
 
Si cet article vous a plu ou déplu, merci de le faire savoir dans les commentaires et de le partager ! Le débat reste toujours ouvert, et les nouvelles idées sont toujours les bienvenues ! Merci en tout cas de nous avoir suivi jusqu'à la fin, et rendez-vous une prochaine fois pour un autre sujet !

lundi 11 juillet 2016

La question du lundi n°2 : La ''director's cut'', quézako ?


Suite à la récente sortie aux États-Unis de Batman v Superman Ultimate Edition, comprenant un montage allongé de près de 30 minutes par rapport à la version cinéma, Radiophogeek revient sur cette pratique spécifique du 7ème Art.

Il convient dans un premier temps de définir le terme ou plutôt les différents termes l'illustrant.
Difficile de dater précisément quel film fût le premier à bénéficier d'un tel traitement, car il n'était pas rare que les réalisations du début du XXème siècle sortent en plusieurs versions. Eut égard de la production de l'époque, cette pratique semble donc relativement courante, mais sur ce point difficile de dire s'il s'agissait d'une norme. Il est à noter que dans ces premières années le cinéma est expérimental à plus d'un titre, il va donc falloir un certain temps avant que celui-ci ne se codifie.

Datons globalement ses origines dans les années '20 (Metropolis, Fritz Lang, 1927) où il peut exister plusieurs versions d'un même film (parfois 4 à 5). Ces versions s'avèrent donc plus longues voire courtes que l'originale, si tant est que l'on puisse en désigner une de la sorte. L'on peut donc parler dans ce cadre de remontage, qui se faisant va raccourcir certaines séquences voire même les remplacer par d'autres scènes et donc aboutir dans certains cas à un tout autre film (Alien le 8ème passager de Ridley Scott dispose par exemple d'une director's cut plus courte de quelques minutes tout en comportant plusieurs scènes inédites).

Il faut rajouter à cela que certains films étrangers voyaient leur montage modifié pour l'exportation à l'internationale (Les 7 Samouraïs, Akira Kurosawa, 1954. Ou récemment Les 3 Royaumes de John Woo en 2008, diptyque de 4h40 qui s'est trouvé réduit à un seul film de 2h20 pour l'occident...)
Petit bon dans le temps maintenant pour parler des director's cut (à ne pas confondre avec le final cut) qui se définit comme la vision idéale du réalisateur sur son œuvre. Aux États-Unis ce sont les producteurs qui gardent la prérogative du montage définitif (final cut) du film, et les cas de désaccord entre réalisateurs et producteurs sont légion dans le cinéma américain moderne des années '70-'80. Bien sûr il existe des cas bien plus anciens avérés de director's cut, mais c'est avec l'apparition du blockbuster, de la célébrité croissante des réalisateurs et de l'exploitation vidéo (VHS, Laserdisc puis DVD) que cette pratique va tendre à se banaliser.

Nombreux sont les exemples à partir de cette époque, citons principalement les cas de désaccord profond (Brazil de Terry Gilliam, Blade Runner de Ridley Scott, Dune de David Lynch) qui aboutiront parfois bien plus tard à la rediffusion de ces œuvres soit au cinéma, soit directement en vidéo. Mais aussi les réussites critiques et/ou commerciales qui auront donc le feu vert pour présenter la vraie vision du réalisateur (en cela James Cameron est coutumier du fait avec Aliens, Abyss et Avatar. Ainsi bien sur que George Lucas qui n'aura de cesse de modifier ses films à chacune de leur ressortie, l'exemple le plus flagrant étant l'édition spéciale 20ème anniversaire de la trilogie Star Wars). Cas un peu particulier dans ces réussites qu'il nous faut évoquer : la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson qui profita en son temps du support DVD pour proposer des versions longues conséquentes, véritable hommage aux livres de J.R.R. Tolkien.

Il existe aussi des exemples où le remontage du film a transfiguré la version cinéma. Alien 3, qui se voit être la première réalisation d'un certain David Fincher, est un véritable cas d'école d'une production chaotique sur un film appelé à devenir culte. Les nombreuses directions prises par la préproduction firent que le script n'était même pas achevé lors du début du tournage ! La Fox voulant tenir les délais du calendrier et Fincher n'ayant pas les épaules nécessaires pour imposer son point de vu, le film fut charcuté par rapport à ce qu'il aurait dû être. Et pourtant déjà le talent du réalisateur rend la version cinéma tout à fait honnête. Fincher refusa toujours de reprendre le montage et ce furent ses collaborateurs qui proposèrent une version alternative plus proche du script d'origine, long de 30 minutes supplémentaires dans le cadre de la sortie DVD. L'on voit alors un film à la fois radicalement différent sur de nombreux points, mais aussi très proche dans son ossature et le cheminement de l'histoire. On se retrouve ici avec un cas à part qui n'est pas sans rappeler les prémices du cinéma où les films disposaient de nombreuses versions parfois différentes de plusieurs heures.

Venons-en maintenant à un film de Ridley Scott qui porte des similitudes avec Batman v Superman : Kingdom of Heaven (2005). Sa production ne fût peut être pas aussi houleuse mais lors du montage final, les opinions divergèrent : le studio craignit la trop grande complexité du film et l'expurgea grandement de sa substance. Le résultat nous a donné un film moyen, dont les nombreuses ellipses narratives nuisent à la compréhension de l'intrigue (un comble vu l'intention première des producteurs !). Mais Scott monta en parallèle sa propre version pour une sortie DVD : avec près de 50 minutes supplémentaires le film s'en trouve métamorphosé, les personnages gagnent en consistance, les enjeux sont clarifiés. L'on a ici l'exemple parfait du film massacré par les volontés commerciales du studio dont la version longue (ici director's cut) réhabilite entièrement l’œuvre auprès des cinéphiles.
Ce cas de figure fait directement écho au film de Zack Snyder, qui a d'ailleurs par le passé pu fournir pas moins de 3 versions à un comics réputé inadaptable : Watchmen (Version cinéma de 143 minutes, director's cut de 180 minutes et ultimate cut de 215 minutes).

Revenons en maintenant au fait : à la sortie de Batman v Superman, les critiques sont pour le moins controversées. Nombreux sont ceux, fans comme détracteurs, à être d'accord sur le fait que le rythme du film est pour le moins étrange, perclus d'ellipses qui cassent la fluidité de la narration et sa compréhension générale. Clairement il manque quelque chose au film. Il est de notoriété publique que la production de Batman v Superman fût compliquée, la Warner voulant rattraper au plus vite la concurrence dans le genre super-héroïque. Et ce quitte à aller trop vite ? Probablement, tant la version cinéma semble avoir été sacrifiée sur l'autel de la sacro-sainte rentabilité : la durée originelle du film permettant plus de séances dans une journée que sa version étendue. Mauvais calcul de la Warner ? Difficile à dire mais les mauvaises critiques, le bouche à oreille négatif qui s'en est suivi et la relative déception quant au score au box-office pour un film de cette envergure tendent aujourd'hui à l'affirmer. Ce qui est certain c'est que ces mauvaises critiques sont en partie dû au montage cinéma, ce que tente de corriger cette version longue.

En cela la position du studio est pour le moins curieuse puisqu'en pleine promotion du film, il communiquait déjà sur ce nouveau montage ! Aveu de faiblesse ? Tentative d'éteindre l'incendie ? Stratégie marketing pour vendre les Blu-Ray et DVD ? La réponse se trouve ici sûrement directement dans les questions posées. Mais de mémoire de cinéphile, c'est la première fois qu'un film de cette ampleur se voit proposer d'office la version longue avec l'originelle, quand les studios de cinéma ont plutôt tendance à proposer les deux séparément afin de vendre plus.
Et que vaut cette version longue dans les faits ? Indéniablement elle clarifie de nombreux points de l'intrigue et l'évolution psychologique des personnages. Mais, et il s'agit d'un avis personnel encore dépourvu de recul, il rend aussi le film trop plat. Comme beaucoup de blockbusters aujourd'hui cette version longue ne propose pas de respiration, tout est en flux tendu, ce qui empêche d'en apprécier pleinement les moments forts. 

  
Batman v Superman Ultimate Edition est donc le parfait représentant, à la fois de versions longues qui apportent un regard neuf sur l’œuvre mais aussi paradoxalement la desservent. Car s'il est vrai que fréquemment ces versions alternatives peuvent transcender leurs matériaux d'origine, il arrive tout aussi bien que l'ajout de séquences puisse diluer l'intérêt de l'intrigue. C'est là tout l'art du cinéma, fragile équilibre que la durée d'un film, dont le rythme peut vous captiver ou au contraire vous assoupir dans votre fauteuil.

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