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dimanche 7 décembre 2014

Sexe tome 1 - L'été du hard (Delcourt - Juillet 2014)


Les comics, ce n'est pas que Marvel ou DC. C'est aussi une myriade d'éditeurs moins imposants mais tout aussi importants dans l'industrie, ceux que l'on appelle les Indépendants, et dont le plus gros reste à ce jour et depuis sa création Image Comics. C'est chez eux que l'on trouve de petites merveilles telles que Saga, par exemple. Ou encore le comics dont je m'apprête à vous parler, sorti chez nous en Juillet dernier chez Delcourt, et sobrement intitulé Sexe. Scénarisé par Joe Casey et dessiné par Piotr Kowalski, ce récit passionnant nous propose un concept atypique : imaginez un super-héros semblable à ce bon vieux Bruce Wayne, ayant traversé un soudain passage à vide et décidant de raccrocher sa cape et son masque pour se consacrer entièrement à sa vie civile, au sein de sa cité idéale de modernisme ?

C'est le cas de Simon Cooke, milliardaire et PDG d'une compagnie internationale basée à Saturn City, la ville du progrès. Simon a aussi été connu pendant des années sous le nom du Saint en Armure, un justicier combattant le crime à l'aide de gadgets et d'un entraînement intensif, dans le but de nettoyer Saturn City de la vermine qui la gangrène dans l'ombre. Mais voilà, suite au décès d'une personne très proche de lui, Simon décide, après un temps de réflexion, de remiser son costume et d'abandonner sa vie de super-héros pour revenir sur le devant de la scène en tant que Simon Cooke, et rien de plus. Avec l'idée de changer les choses en plein jour et à la vue de tous dans le domaine public, il n'était cependant pas préparé à ce qui allait suivre : la difficulté de se réadapter au milieu des civils. Et surtout, en côtoyant chaque jour le vice et la décadence de cette ville trop parfaite où les pauvres sont livrés à eux-mêmes et où les riches ne demandent qu'à s'encanailler pour se distraire. Difficile de comprendre tout cela lorsque l'on a été l'un des êtres les plus vertueux de la ville durant des années, mais il faut pourtant faire bonne figure et accepter bon gré mal gré de se ''mettre à la page''. Il pourrait même y avoir de bonnes surprises, comme de retrouver une ancienne alliée costumée sous son visage civil également et commencer un nouveau genre de jeu du chat et de la souris avec elle, un peu comme au bon vieux temps finalement. A ceci près qu'il faut ajouter le stress de la position à temps plein de PDG d'une entreprise si renommée et cruciale pour l'économie locale et nationale, ainsi que la recrudescence du crime qui désormais ne se cache même plus pour mener ses affaires. Comme si finalement, l'action du Saint en Armure n'avait servie à rien durant tout ce temps, et que son départ n'ait fait qu'accélérer les choses. Dans ces conditions, à quoi bon rester droit et immaculé alors que tout fout le camp et que la tentation s'intensifie d'enfin connaître le mauvais côté de la vie, la décadence, le laisser-aller lascif des soirées mondaines, l'exercice du pouvoir social, celui de l'argent... le sexe. Sous bien des formes. Une nouvelle vie commence pour Simon Cooke, bien loin du héros qu'il était et qu'il persiste à vouloir rester, quoique moins vivement à mesure que le temps passe. Une vie dans laquelle il a encore tant de choses à apprendre, à découvrir... et dont il tâchera de profiter.

Grandeur et décadence d'une idole, non pas déchue cette fois-ci mais l'idée est bien présente. Que devient un héros lorsqu'il prend sa retraite, comment revenir à la vie civile et comme appréhender toutes les facettes de cette existence, partagée entre le bien et le mal, entre le vice et la vertu, où rien n'est tout blanc ou tout noir mais tout en nuances de gris (tiens tiens...) ? Sexe, c'est le récit inédit et novateur de cette chute morale, qui n'en est vraiment une que selon le point de vue que le lecteur choisira d'adopter durant son expérience de découverte. Beaucoup de questions morales et sociologiques, psychologiques, seront posées au lecteur dans ce premier tome, en guise de sous-texte faisant réfléchir à notre propre société et à ses valeurs si facilement déformables voir oubliables. Simon, après toutes ces années de droiture et de service aux autres, n'a-t-il pas le droit aujourd'hui de s'éclater comme une bête lui aussi et de bouffer la vie à pleines dents ? Un héros doit-il forcément s'interdire de connaître le plaisir, charnel ou autre, pour avoir le droit d'être appelé ainsi ? Est-ce vraiment la société qui fait chuter nos idoles, ou bien est-ce inscrit bien plus profondément dans notre nature ? Et bien d'autres questions possibles encore, suivant vos propres impressions et votre caractère.
Pour ma part ce fut une bonne surprise que ce premier tome, acheté un peu sur un coup de tête après de petites recherches, dans un moment de creux l'été dernier. Et je ne le regrette nullement à présent que je (crois) saisir les enjeux et questionnements de cette série, et tout le potentiel d’innovation et d'exploration qu'elle nous réserve encore. Comme quoi, et ça rejoint mine de rien le thème central de l'histoire, ce n'est jamais mauvais de vouloir tester de nouvelles choses et de découvrir de nouveaux horizons par curiosité, tant que l'on sait ce que l'on veut et ce que l'on aime !

Avertissement toutefois, Sexe se destine clairement à un public de préférence adulte ou du moins assez mature et averti pour en comprendre les images ainsi que la volonté, au-delà du choquant. A ne pas mettre entre toutes les mains et à ne conseiller qu'à celles et ceux qui sont prêts à appréhender correctement tout cela.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 17 août 2014

Les tourments de Double-Face (Paul Jenkins & Jae Lee - Urban Comics - Mai 2014)


Il n'y a pas à dire, la galerie de vilains de Batman est de loin la plus impressionnante et la plus charismatique de toutes. C'est d'ailleurs pour cela que la collection ''DC Nemesis'' d'Urban Comics est pratiquement entièrement consacrée à ceux-ci, depuis son lancement avec La revanche de Bane. Et aujourd'hui je vais vous parler d'un récit particulièrement poignant et dérangeant, que j'ai eu l'occasion de lire pour la première fois dans les pages de la revue Batman de Panini Comics à l'époque, sous le titre Jekyll & Hyde, et qu'Urban a publié en album cartonné en tant que Les tourments de Double-Face.

Tout le monde connaît désormais l'histoire tragique du procureur général de Gotham City, Harvey Dent, aspergé d'acide lors d'un procès crucial contre l'un des parrains de la ville. La moitié de son visage a été gravement touchée par cet attentat et Dent a depuis développé une double-personnalité obsessionnelle et anarchique, obnubilé par le chiffre 2 et la dualité en toutes choses, se servant de sa pièce fétiche comme moyen de prendre ses décisions, toujours à cheval entre le Bien et le Mal. Dans cette histoire, Paul Jenkins décide de nous entraîner au plus profond de la détresse de Harvey Dent, nous faisant enfin découvrir le coeur de ses blessures moins physiques que psychologiques. Ici le personnage principal n'est pas, une fois n'est pas coutume, le Chevalier Noir de Gotham, mais bel et bien Harvey lui-même, en lutte perpétuelle et permanente contre ses mauvais instincts et son autre personnalité, plus vivante que jamais et bien décidée à prendre enfin le dessus. Au travers d'une chasse à l'homme angoissante, nous plongerons dans les tréfonds du sombre passé de Dent, du crime atroce qu'il cache depuis toujours au plus profond de sa mémoire et qui fut la première pierre de sa folie présente. Et tandis que Batman et Gordon tentent le tout pour le tout afin d'empêcher une série de meurtres de masse, Harvey se débat seul au coeur de sa psychose, affrontant à la fois son passé et ses tourments, y faisant face avec la seule arme qui lui reste encore : l'espoir. L'espoir que tout cela finisse un jour, qu'il puisse enfin trouver la paix et abandonner ce monde si douloureux, qu'importe les moyens. Et lors de l'affrontement final entre Batman et Double-Face, c'est surtout un combat entre la vie et la mort qui se joue dans le coeur de Harvey, et même Batman ne pourra lui venir en aide alors que l'ancien procureur prend enfin seul la décision de sa vie, qui le changera à jamais.

Les tourments de Double-Face est un récit poignant, triste, tragique et assez glauque. Il méritait vraiment sa place au sein des ''DC Nemesis'', histoires plus sombres que la normale, un peu comme dans ''Marvel Dark'' chez la concurrence. Si vous aimez les personnages et l'univers de Batman, vous ne ressortirez pas totalement indemnes de cette lecture, un peu à l'image de son héros (mais lequel est-ce vraiment ?). C'est ici le chant du cygne d'un vilain on ne peut plus charismatique et important du Chevalier Noir, l'un de ses plus grands ennemis et sans doute sa plus grande faute selon lui. Le dessin de Jae Lee rend un immense service au scénario complexe de Paul Jenkins, souvent mal compris par le grand public. J'aimerais pouvoir vous en dire davantage au sujet de cette histoire mais il s'agit vraiment de celles que l'on doit lire soi-même pour comprendre comme il le faut, sans se faire spoiler ni gâcher le grand final. En tout cas, une chose est sûre, vous aurez peu lu d'histoires de Batman comme celle-ci dans votre vie, alors accrochez-vous.

Sur ce je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !