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mercredi 10 décembre 2014

La proie d'Hugo Strange (Urban Comics - Septembre 2014)


Encore un récit de la collection ''DC Nemesis'' de chez Urban, me direz-vous ? C'est vrai que c'est une collection que j'affectionne tout particulièrement, un peu comme ''Marvel Dark'' chez Panini, en raison de ses histoires plus sombres qu'ailleurs. Et les vilains de DC Comics sont tout de même, pour ceux de Batman, bien plus emblématiques et passionnants que la plupart de ceux de Marvel ! C'est d'ailleurs le cas de celui-ci, le professeur Hugo Strange, docteur en psychiatrie officiant à Gotham City et grand obsédé par Batman depuis l'apparition du justicier. Ennemi de ses premières heures, Strange a tout tenté pour briser psychologiquement la Chauve-Souris, l'amener à se trahir et découvrir son identité secrète, dans le but de le démasquer publiquement mais surtout de prendre sa place, symboliquement parlant. Pour faire cesser son obsession, Strange doit tuer le Batman, le personnage construit de ce héros trop parfait, de cet idéal inaccessible pour lui. Et si pour cela il doit également tuer l'homme sous la cape, qu'à cela ne tienne ! Doug Moench et le dessinateur Paul Gulacy nous replongent avec brio et intelligence dans les premières années d'aventures de Batman, revisitées pour les décennies suivantes (celles de la série Legend of the Dark Knight), en tâchant de retranscrire le ton très sombre et violent de l'époque, cette fin des années '30 où les récits pulps étaient encore la norme et où les enquêtes se terminaient souvent de triste manière.

Ainsi, dans cette histoire, nous assistons aux toutes premières apparitions du Batman à Gotham, comme dans Année Un. Tandis que l'opinion publique se divise rapidement sur les motivations et la valeur de l'action d'un tel justicier, le professeur Hugo Strange apparaît comme un sérieux détracteur du Chevalier Noir et propose ses services à la mairie afin de le démasquer et de le livrer à la police, en établissant son profil psychologique et en menant à la création d'une brigade d'intervention spéciale chargée de traquer et d'arrêter Batman par tous les moyens. Gotham devient alors le théâtre d'une sanguinaire lutte d'influence, entre Strange qui gagne peu à peu du terrain et Gordon qui tente tout son possible pour protéger son allié, quitte à se mettre lui-même dans une situation très délicate vis à vis des autorités. Sans parler du justicier, qui en vient doucement à douter de sa propre santé mentale et qui se perd dans les fantômes de son passé, les ombres de ses traumatismes et de la création du personnage de Batman à partir de l'enfant brisé que fut Bruce Wayne. Strange monte alors sa campagne d'un cran en faisant sien le pouvoir des médias, et lance une véritable propagande de harcèlement à l'encontre de Batman, arrachant un à un tous les détails le conduisant vers son inévitable conclusion, la véritable identité du Chevalier Noir. Dès lors, il ne peut plus y avoir qu'un dénouement possible : la disparition de la Chauve-Souris, ou celle d'Hugo Strange. Le duel psychologique entre les deux hommes prend une tournure de plus en plus violente à mesure que la fin se rapproche, inexorablement, et que les premières victimes collatérales s’amoncellent... et sur toutes les lèvres, y compris celles des protagonistes, la même question se pose encore et encore : qui est vraiment sain d'esprit ?
Après la conclusion brutale de la première histoire, nous avons droit à un second récit d'envergure, se déroulant quelques années plus tard, avec le retour d'Hugo Strange et la mise en place de son implacable vengeance, déterminé à détruire Batman une fois pour toutes et à se libérer de sa dangereuse obsession. Pour cela, il commettra l'irréparable et s'arrangera pour faire sortir d'Arkham le tristement célèbre Jonathan Crane, alias l'Epouvantail, psychologiquement brisé par ses premiers affrontements avec la Chauve-Souris, et que Strange va entreprendre de regonfler à bloc pour se servir de son gaz de terreur, tout en le maintenant sous son emprise thérapeutique. Mais cette fois, le psychiatre semble avoir trouvé plus fou que lui, et très rapidement la situation échappe totalement à son contrôle et l'Epouvantail se rebelle, ivre de rage et du désir de vengeance envers toutes les personnes l'ayant torturé et humilié durant sa jeunesse, jusqu'à Batman et Strange eux-mêmes. Ce qui était jusque là une machination bien huilée se transforme alors en véritable cauchemar, qui poussera Batman dans ses derniers retranchements et le plongera dans la folie de l'Epouvantail ainsi que dans ses propres peurs les plus secrètes et profondément enfouies, là d'où nul ne revient indemne. Quoi qu'il arrive, quelle que soit l'issue de ce combat désespéré pour la survie, les blessures infligées au héros ne se refermeront sans doute jamais complètement et feront de lui le justicier que nous connaissons...

Deux très très bonnes histoires, j'ai tout particulièrement aimé la seconde je dois dire, même si la première est vraiment magistrale de bout en bout, une sorte de thriller psychologique absolument intense qui nous tient en haleine jusqu'à la résolution finale, et même au-delà. Un véritable chef-d’œuvre d'écriture et de mise en scène, comme on en voit trop rarement depuis. Quant à la seconde histoire donc, c'est tout simplement sans doute la meilleure histoire que j'ai pu lire avec l'Epouvantail, ainsi que sur la relation naissante entre Batman et Catwoman (qui apparaît dès le premier récit) qui déterminera nombre des éléments futurs pour ces deux personnages. C'est une plongée merveilleuse dans le passé du héros et de son univers, de ses plus intimes combats, qui permet à un public plus jeune de comprendre un peu mieux les doutes et les faiblesses de l'homme chauve-souris et de s'enfoncer dans la noirceur de ses origines les plus douloureuses. Le dessin vieillot de la première histoire, Proie, est un bon moyen de voyager entre les époques et de retrouver l'ambiance feuilletonnesque des premières années des parutions sur Batman, tandis que le style graphique de la seconde, Terreur, est digne d'un film (vous noterez par ailleurs les petites références à la Gotham de Tim Burton, j'ignore qui est venu en premier mais tout est lié c'est assez clair) et est extrêmement agréable à regarder.
N'hésitez donc pas longtemps avant de vous prendre cet album, La proie d'Hugo Strange est une véritable mine d'informations pour les lecteurs les plus anciens comme les plus récents, il vous permettra de vous familiariser avec l'un des ennemis les plus acharnés et intimistes de Batman et vous proposera une virée dans la psyché du héros que vous n'êtes pas prêts d'oublier de sitôt. Toutes les promesses faites par Urban au dos de l'album lors du résumé et de sa présentation sont donc tenues selon moi !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

vendredi 5 décembre 2014

L'héritage de Deathstroke (Urban Comics - Août 2014)


La collection ''DC Nemesis'' de chez Urban Comics continue de nous fournir chaque mois un récit de qualité sur l'un des méchants emblématiques de l'éditeur. Ici nous avons le plaisir de retrouver le scénariste Kyle Higgins (Nightwing) aux commandes d'une seconde série des New52, sur le personnage de Deathstroke le mercenaire impitoyable aux capacités augmentées, capable de tenir tête à la Ligue de Justice à lui seul en combat comme en stratégie. C'est en fait plus une mini-série qu'autre chose, arrêtée après 7 numéros, mais ça nous permet d'avoir un tome unique d'une histoire complète, un one-shot très sympathique à lire, plutôt bien rythmé et dessiné avec talent par Joe Bennett.

Tout le monde connaît le nom de Deathstroke. Mercenaire, tueur, guerrier. Sa réputation parle pour lui, et chacun tremble en pensant à ce qui pourrait se produire si d'aventure le combattant borgne décidait de se choisir une nouvelle cible. Du moins c'était encore le cas il y a quelques années, car à présent Deathstroke est un homme d'un certain âge, malgré ses capacités physiques améliorées, et il commence à ressentir le poids de l'usure et de la lassitude. Les missions qu'on lui vend ne sont plus aussi ''épiques'' qu'autrefois, il n'est plus aussi craint qu'avant, respecté, redouté. Une situation intolérable pour le mercenaire, surtout lorsqu'on l'oblige à faire équipe avec un commando de bleus à peine adultes pour une mission très décevante, qui aura le don de mettre ses nerfs à rude épreuve. Trois carnages plus tard, Deathstroke se montre clair auprès de ses employeurs potentiels : des missions de qualité, de son niveau, sinon rien. Seulement voilà, rien ne va se passer comme prévu après cela et le guerrier sera poursuivi partout où il se rendra par un mystérieux tueur tout entier dévoué à la cause de sa mise à mort, en guise de châtiment et de vengeance pour un crime récent dont les victimes refuseront à jamais de le laisser en paix. Bien vite l'on se rend compte qu'il s'agit de bien plus qu'une simple vengeance, car les commanditaires de ces tentatives d'assassinats semblent bien connaître Deathstroke et ses habitudes, sa mentalité et ses forces et faiblesses, comme s'ils l'avaient étudié en profondeur... ou qu'ils le connaissaient, intimement. Le passé revient doublement hanter Slade Wilson, en proie à une sensation qu'il déteste profondément pour la première fois de sa carrière : le sentiment de ne pas pouvoir, peut-être, aller jusqu'au bout. Son corps le trahit, ses forces s'amenuisent sensiblement, et ce nouvel ennemi acharné n'abandonnera pas avant de lui avoir tranché la tête. Dos au mur, le mercenaire devra affronter son passé et celui de sa famille, ainsi que les conséquences de la seule action qu'il ait jamais regretté au cour de sa vie.

Excellente histoire, très divertissante, pas forcément d'une qualité à tout casser mais au moins c'est un récit plaisant et agréable à lire, on ne se prend pas la tête, à l'image du ''héros'' de l'histoire on fonce dans le tas au cœur de l'action et on se contente de se laisser porter au fil des pages et des chapitres. Une bonne lecture pop-corn, pas forcément marquante ni même cruciale pour ce personnage en particulier, juste une bonne moyenne dans ce qui se fait dans l'industrie des comics. C'est loin d'être parfait partout, cette première série New52 sur Deathstroke a même laissé à désirer quelques fois, d'où son arrêt, mais qu'à cela ne tienne, ne nous privons pas de la lire en format one-shot qui n'engage à rien et qui permettra de passer le temps en bonne compagnie durant une petite heure. Le dessinateur est inspiré par ce qu'il fait, le scénariste sait de quoi il parle pour avoir bien étudié le personnage du fait de ses relations passées avec Nightwing. Laissez-vous tenter, ça pourrait bien vous plaire comme à moi et se révéler plus intéressant qu'il n'y paraît de prime abord.
Petite énigme, quant à la fabrication du tome : c'est à ma connaissance le seul et unique de tout le catalogue Urban à bénéficier d'une reliure cartonnée lisse/plastifiée, d'un très bel effet mais ressortant terriblement dans la bibliothèque au milieu du reste des albums de l'éditeur. Si quelqu'un a l'explication là-dessus, sur cette petite différence, je serais ravi de la connaître !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

jeudi 18 septembre 2014

Les patients d'Arkham (Urban Comics - Juillet 2014)



Vous allez finir par penser que je ne lis que ça, des tomes de la collection ''DC Nemesis'' d'Urban Comics, mais non c'est une simple coïncidence ! Et puis vu les récits de qualité qui s'y trouvent, j'aurais tort de me priver de vous en parler non ? On est bien d'accord.
Sortie en Juillet 2014 chez nous et scénarisée par Dan Slott (oui, le monsieur très décrié aux commandes depuis très longtemps des séries Amazing Spider-man, puis Superior Spider-man puis de nouveau Amazing Spider-man actuellement), cette mini-série intitulée Les patients d'Arkham nous plonge dans le quotidien terrifiant et angoissant du fameux Asile d'Arkham, en périphérie de Gotham City, inquiétante bâtisse ancienne abritant les pires psychopathes de l'univers DC et semblant tout faire à part les soigner. Avec l'aide de Ryan Sook au dessin, Dan Slott nous propose une virée saisissante et malsaine auprès des plus grands criminels de la ville, et de ce qui fait sans doute de l'Asile d'Arkham un endroit à éviter à tout prix.

Warren White est un homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire et normal. Pas de super-pouvoirs, pas d'origines traumatisantes, pas d'accident, pas de mauvaise journée, rien. Si ce n'est que Warren White est sans doute le trader le plus insensible qui existe, et qu'il est jugé pour escroquerie à grande échelle, ayant fait perdre à cause de ses manipulations boursières des sommes considérables à de pauvres épargnants anonymes. Aussi riche que Bruce Wayne, dit-on, il s'arrange pour éviter la prison à vie en soudoyant ses avocats et en plaidant la folie passagère pour expliquer ses actions. Ca marche, et le jury le considère comme coupable mais non-responsable de ses actes. Warren est soulagé, il évite donc la prison... mais pourquoi le juge semble-il si satisfait malgré tout de ce verdict ? Après tout, ce n'est vraiment pas si grave, on décide simplement de l'envoyer dans un genre de maison de repos, un sanatorium ou quelque chose du même genre, où il passera quelques mois voir juste quelques semaines à discuter avec des gens avant de sortir comme si de rien n'était et de reprendre sa vie de débauche. A l'aise donc. Oui mais pourtant, tout le monde autour de lui, ses avocats comme ses proches, tous semblent paniqués à la seule prononciation du nom de l'établissement : l'Asile d'Arkham. Quoi, ce n'est pas grand chose enfin ! Rien qu'un endroit où sont soignés en douceur les gens ayant un peu perdu le sens des réalités... n'est-ce pas ?
Evidemment, nous lecteurs qui sommes aussi sains d'esprit que Warren, nous savons déjà combien il se trompe et dans quel enfer il vient de se condamner lui-même par ses manœuvres juridiques. Ce n'est pas un hasard si ce bon plan paraissait un si bon plan : personne, à Gotham, n'oserait plaider la folie pour échapper à la prison. Car cela voudrait dire qu'on serait immédiatement envoyé à Arkham, auprès de cinglés véritables comme Double-Face, Killer Croc, le Chapelier Fou, Poison Ivy, l'Epouvantail... le Joker. Tout cela, Warren l'ignorait ou ne s'en rendait pas vraiment compte. Les choses vont bien changer lors de son arrivée, obligé de passer la nuit dans la même cellule qu'un dangereux gourou de secte persuadé de parler aux morts et vivant avec les âmes de ses victimes. Qui occupent une bonne partie de la pièce et des couchettes. La nuit promet d'être longue... d'autant que tout le monde se réjouit de l'arrivée de ce nouveau patient, les autres lui ont même tout de suite trouvé un surnom adéquat. Dehors, Warren White l'insensible était le Grand Requin Blanc, prédateur de la finance, impitoyable. Ici, dans les murs d'Arkham, il est... Viande Fraîche. Et il n'aura jamais autant eu l'impression d'être un bout de viande sur pattes, cible de toutes les attaques, souffre-douleur de gens comme Killer Croc, esclave de Double-Face, compagnon de douche du Joker... et si cet enfer finissait par faire de lui, un homme sain et respectable, un véritable monstre à son tour ? Car en plus des patients et de la violence ambiante, Arkham dissimule bien des secrets atroces en son sein, de sombres origines et une histoire des plus glauques, propre à instiller la folie dans les cœurs les plus faibles...

Les patients d'Arkham, où une plongée effroyable du lecteur dans ce lieu que l'on a toujours préféré éviter, surtout depuis le passage de Grant Morrison. Dan Slott relève le défi de nous livrer un récit encore plus sombre et malsain, avec succès, nous présentant avec force détails la chute lente et inexorable d'un homme ''sain d'esprit'' qui deviendra un monstre semblable à ses nouveaux compagnons d'infortune. Mais Warren n'est pas le seul personnage que le lecteur suivra dans cette histoire, puisque l'Asile lui-même peut être considéré comme un personnage à part entière. Une grande partie de son passé sera reprise de ce que Grant Morrison avait déjà établi, mais de nouveaux éléments vont entrer en jeu et notre vision de l'endroit en sera à jamais changée. Pour les gamers, vous apprécierez de retrouver dans ce récit les prémices du jeu-vidéo Arkham Asylum, du moins les personnages clés de l'aventure qui vous serons ici présentés pour la première fois.
Une petite histoire en six chapitres, sans grande conséquence pour le reste de l'univers Batman, agréable à lire et qui fait réfléchir sur le destin des criminels de Gotham lorsque le Chevalier Noir n'est plus dans les parages pour les protéger. Oui, les protéger.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 10 septembre 2014

La saga de Ra's al Ghul (Urban Comics - Juillet 2014)


Attention, là c'est du lourd. Dans la collection ''DC Nemesis'' jusqu'à présent nous n'avons eu que des récits de qualité, sur les plus grands méchants de l'univers de Batman principalement, de Bane à Double-Face en passant par Deadshot ou le Pingouin. Avec cet album-ci, très imposant et tout aussi bien fourni, nous avons le plaisir de découvrir non pas un mais trois récits parus à la fin des années 1980 et au début des années 1990 sur le personnage de Ra's al Ghul, écoterroriste immortel dont le génie rivalise largement avec celui du Chevalier Noir. Trois histoires qui nous présenteront tour à tour les origines, les failles et les plus grandes réussites de ce vilain créé en 1971 et qui reste encore de nos jours l'une des plus grandes et des plus terribles menaces qui pèsent sur Batman et son entourage, ainsi que sur notre monde. Un personnage torturé, tourmenté par son passé, en lutte perpétuelle contre l'évolution et contre l'humanité, se plaçant en bienfaiteur de la planète tout autant qu'en meurtrier de masse pour le bien commun. Egalement un père soucieux de sa descendance et de son héritage, un homme vieux et fatigué qui refuse de rendre les armes tant que sa vision ne se sera pas accomplie ou que son rêve ne soit en sécurité entre les mains d'un digne successeur. Un temps ce rôle aurait pu être tenu par Batman lui-même, amant de Talia, la fille de Ra's, et que l'immortel considère toujours malgré leurs différends et oppositions morales comme son fils spirituel.

Grâce au travail d'Urban Comics, nous avons la joie de pouvoir lire en un seul recueil trois récits légendaires sur le personnage et sa relation avec Batman. Tout d'abord, dans La naissance du Démon (Birth of the Demon), les secrets des origines de Ra's al Ghul nous serons enfin dévoilés, par la bouche de sa fille Talia se confiant au Chevalier Noir avant que l'heure de l'affrontement final entre son père et son amant ne sonne. Les mystères de celui qui s'affranchît de la Mort elle-même et devint pire qu'un démon, de l'homme qui perdît toute humanité par la faute de la cruauté des hommes. Un scénario de l'écrivain Dennis O'Neil, ayant officié de nombreuses années à la tête du destin des séries de Batman et connaissant ses personnages sur le bout des doigts, un récit à la fois touchant et horrible, qui se finit en apothéose par un duel impitoyable entre les deux antagonistes, à la vie à la mort. Le dessin et les couleurs de Norm Breyfogle sont incroyablement beaux, chaque case ressemble à une petite peinture et l'ambiance du Moyen-Orient médiéval est parfaitement retranscrite. Saisissant, on ne peut qu'admirer les efforts colossaux pour la création de ce style si particulier au service d'une histoire toute aussi magnifique !

Ensuite, dans Le fils du Démon (Son of the Demon), récit de Mike W. Barr sur un dessin très clair et détaillé de Jerry Bingham paru initialement en 1987 (et merci à Urban par ailleurs d'avoir laissé la sublime préface de l'époque signée Mark Hamill, oui oui, grand fan de Batman devant l'éternel depuis sa plus tendre jeunesse et qui participera à de nombreuses adaptations animées en prêtant sa voix au Joker), retour au présent avec Batman enquêtant sur l'assassinat d'un scientifique, dont les recherches semblent liées à Ra's al Ghul. Découvrant finalement que le véritable assassin désire en réalité détruire Ra's et sa Ligue des Assassins ainsi que tous ses projets, Batman décide de s'allier avec le terroriste immortel afin de retrouver Qayin, ancien fils adoptif de Ra's dont les parents ont été tué dans le bombardement nucléaire du Japon en 1945 sur les ordres de ce dernier et qui désire depuis se venger, avant qu'il ne mette son plan à exécution et ne provoque une catastrophe diplomatique sans précédent en pleine Guerre Froide, qui pourrait déclencher un hiver nucléaire sur toute la planète. L'occasion pour Batman de se rapprocher comme jamais de Ra's et de sa fille Talia, nouant une idylle amoureuse avec elle et concevant même un enfant. Les heures sombres semblent alors s'éloigner et les esprits sont la fête, à l'union.
Mais bien vite la cruelle réalité refait surface et emporte avec elle son lot d'espoirs et de rêves brisés. L'enfant à naître n'est plus et Batman, dévasté par cette perte, s'embarque dans une croisade d'une violence rare aux côtés de Ra's al Ghul pour mettre un terme définitif aux agissements de Qayin. L'occasion pour Ra's de lui aussi connaître un changement très important, en choisissant pour la première fois de renoncer à ses idéaux et à ses rêves d'une planète libérée du fléau de l'humanité, se posant exceptionnellement en sauveur de celle-ci et faisant preuve d'un héroïsme dont on ne le croyait plus capable depuis bien des siècles. La preuve, peut-être, que tout le monde peut un jour changer, et qu'il reste toujours un espoir quelque part ? Malgré le côté très sombre de cette fin, un rayon d'espoir subsiste bel et bien car l'on découvre que l'enfant n'est pas mort en réalité et qu'il a été confié aux bons soins d'un orphelinat par sa mère, désirant conserver le secret dans un but des plus mystérieux (Grant Morrison, je t'ai vu !)...

Enfin, dans le troisième et dernier volet de cette saga, La fiancée du Démon (Bride of the Demon), c'est une nouvelle facette de Ra's al Ghul qui nous est dévoilée, celle d'un homme recherchant encore et toujours le grand amour, la femme digne de partager sa vie et ses rêves et également de porter sa descendance. Mike W. Barr et Tom Grindberg nous racontent comment Ra's développe son plus grand projet en parallèle de sa quête sentimentale, réalisant l'un et l'autre dans le même temps et faisant reposer autant d'espoirs sur chacun. Une fois encore aidé, de façon ambiguë, par Talia, Batman va remonter la piste de Ra's jusqu'à le dénicher dans sa base d'opérations secrète, où il découvrira avec horreur le projet le plus terrible et le plus grandiose de l'immortel pour rendre à la planète son aura d'antan, sa pureté d'avant la souillure de l'humanité industrialisée. Une œuvre démentielle qui rassemble la somme des rêves et des espoirs du terroriste, un désir farouche de rendre le monde meilleur quel qu'en soit le prix et quelles qu'en soient les conséquences, pour que son héritage perdure à jamais et que la nouvelle humanité à naître puisse être guidée par ses descendants éclairés. C'est le point d'orgue de plus de 600 ans d'existence pour Ra's al Ghul, son plus grand achèvement et sa plus grande entreprise, pour laquelle il est prêt à se sacrifier corps et âme sans réserve. Quitte pour cela à perdre l'amour de sa vie et l'affection de sa fille... mais un rêve ne connaît aucune limite, si ce n'est la folie.

Trois histoires magnifiques, toutes d'une façon différente, avec un style précis et unique à chaque fois. A ma connaissance jamais aucun personnage de cette envergure n'aura eu une telle aura auprès tant de ses auteurs que de ses lecteurs, et ces histoires d'anthologie rassemblées par Urban Comics sous le titre La saga de Ra's al Ghul forment une fresque presque parfaite, à laquelle rien ne manque, et qui constitue selon moi l'un des meilleurs albums que j'ai pu lire depuis Janvier 2012 et la création de l'éditeur français de DC Comics. Vraiment, jetez-vous dessus et ne regardez pas à la dépense, car ce gros album vaut largement son prix nettement plus cher que la moyenne pour cette collection. Si vous ne devez lire qu'un seul volume des ''DC Nemesis'', alors que ce soit celui-là, par pitié ! C'est une œuvre fascinante, prenante, triste, intense et tragique, qui ne vous laissera pas indifférent quoi qu'il arrive et qui vous fera découvrir une vraie qualité d'écriture et de représentation dans le monde des comics, de quoi faire taire les mauvaises langues pour un bon bout de temps.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 17 août 2014

Les tourments de Double-Face (Paul Jenkins & Jae Lee - Urban Comics - Mai 2014)


Il n'y a pas à dire, la galerie de vilains de Batman est de loin la plus impressionnante et la plus charismatique de toutes. C'est d'ailleurs pour cela que la collection ''DC Nemesis'' d'Urban Comics est pratiquement entièrement consacrée à ceux-ci, depuis son lancement avec La revanche de Bane. Et aujourd'hui je vais vous parler d'un récit particulièrement poignant et dérangeant, que j'ai eu l'occasion de lire pour la première fois dans les pages de la revue Batman de Panini Comics à l'époque, sous le titre Jekyll & Hyde, et qu'Urban a publié en album cartonné en tant que Les tourments de Double-Face.

Tout le monde connaît désormais l'histoire tragique du procureur général de Gotham City, Harvey Dent, aspergé d'acide lors d'un procès crucial contre l'un des parrains de la ville. La moitié de son visage a été gravement touchée par cet attentat et Dent a depuis développé une double-personnalité obsessionnelle et anarchique, obnubilé par le chiffre 2 et la dualité en toutes choses, se servant de sa pièce fétiche comme moyen de prendre ses décisions, toujours à cheval entre le Bien et le Mal. Dans cette histoire, Paul Jenkins décide de nous entraîner au plus profond de la détresse de Harvey Dent, nous faisant enfin découvrir le coeur de ses blessures moins physiques que psychologiques. Ici le personnage principal n'est pas, une fois n'est pas coutume, le Chevalier Noir de Gotham, mais bel et bien Harvey lui-même, en lutte perpétuelle et permanente contre ses mauvais instincts et son autre personnalité, plus vivante que jamais et bien décidée à prendre enfin le dessus. Au travers d'une chasse à l'homme angoissante, nous plongerons dans les tréfonds du sombre passé de Dent, du crime atroce qu'il cache depuis toujours au plus profond de sa mémoire et qui fut la première pierre de sa folie présente. Et tandis que Batman et Gordon tentent le tout pour le tout afin d'empêcher une série de meurtres de masse, Harvey se débat seul au coeur de sa psychose, affrontant à la fois son passé et ses tourments, y faisant face avec la seule arme qui lui reste encore : l'espoir. L'espoir que tout cela finisse un jour, qu'il puisse enfin trouver la paix et abandonner ce monde si douloureux, qu'importe les moyens. Et lors de l'affrontement final entre Batman et Double-Face, c'est surtout un combat entre la vie et la mort qui se joue dans le coeur de Harvey, et même Batman ne pourra lui venir en aide alors que l'ancien procureur prend enfin seul la décision de sa vie, qui le changera à jamais.

Les tourments de Double-Face est un récit poignant, triste, tragique et assez glauque. Il méritait vraiment sa place au sein des ''DC Nemesis'', histoires plus sombres que la normale, un peu comme dans ''Marvel Dark'' chez la concurrence. Si vous aimez les personnages et l'univers de Batman, vous ne ressortirez pas totalement indemnes de cette lecture, un peu à l'image de son héros (mais lequel est-ce vraiment ?). C'est ici le chant du cygne d'un vilain on ne peut plus charismatique et important du Chevalier Noir, l'un de ses plus grands ennemis et sans doute sa plus grande faute selon lui. Le dessin de Jae Lee rend un immense service au scénario complexe de Paul Jenkins, souvent mal compris par le grand public. J'aimerais pouvoir vous en dire davantage au sujet de cette histoire mais il s'agit vraiment de celles que l'on doit lire soi-même pour comprendre comme il le faut, sans se faire spoiler ni gâcher le grand final. En tout cas, une chose est sûre, vous aurez peu lu d'histoires de Batman comme celle-ci dans votre vie, alors accrochez-vous.

Sur ce je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !