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mardi 19 novembre 2019

UN(e)SECTE (Albin Michel - Novembre 2019)


Tout commence par une série de mystérieuses disparitions, sur l'ensemble du territoire Américain. La détective privée Kat Kordell, basée à New York, est engagée par la mère d'une jeune femme angoissée et socialement inadaptée ayant cessé de donner le moindre signe de vie à sa famille pratiquement du jour au lendemain. Kat, qui pense tout d'abord à une sorte de suicide ou de fugue, se rend rapidement compte que quelque chose ne colle pas, le profil n'est pas totalement bon et ne rentre pas dans les petites cases. Quelque chose semble avoir pris le contrôle de la vie de la jeune femme, et la détective entend bien découvrir quoi et si possible retrouver sa cible avant qu'elle ne disparaisse définitivement.

En parallèle, à Los Angeles, l'inspecteur Atticus Gore est mis sur une affaire déroutante qui pourrait signer la fin de sa carrière : un cadavre retrouvé entièrement privé de ses organes et de sa chair, rien qu'un squelette avec de la peau... et toujours ses vêtements, poisseux de sang, comme si rien n'avait été déplacé durant la mise à mort. Car Atticus est bel et bien convaincu qu'il s'agit d'un meurtre, un homicide d'un nouveau genre qui glace le sang et qui pourrait bien avoir déjà eu lieu auparavant, sur d'autres personnes, principalement des marginaux et des rejetés de la société. L'enquête piétine dès son commencement, mais Gore ne lâchera rien et ira jusqu'au bout de ses hypothèses, quand bien même celles-ci lui vaudraient de se ridiculiser ou pire de perdre sa plaque.

Sans le savoir, les deux enquêteurs suivent en vérité une seule et même piste, qui les mènera jusqu'aux tréfonds de la noirceur de l'être humain et de son nihilisme sans commune mesure, alors que de plus en plus de signes tendent à prouver que notre règne sur cette pauvre planète bleue s'apprête à basculer...

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Maxime Chattam sort son tout dernier thriller juste à temps pour Halloween et profiter de l'ambiance de la fête des morts ! C'est évidemment grâce à Albin Michel, et toujours pour notre plus grand plaisir !

Dans cette histoire qui reprend beaucoup des éléments chers à l'auteur depuis ses débuts (la théorie Gaïa, la psychologie criminelle et humaine, les failles d'un système devenu bien trop important et intolérant, etc.) nous retrouvons donc deux enquêteurs aux méthodes et aux vies différentes mais avec une même conviction et un même amour du travail bien fait, jusqu'au bout, quitte à froisser les mauvaises personnes. Le lecteur ira de surprise en surprise, certains chapitres et rebondissements feront froid dans le dos et les notes ajoutées par l'auteur en guise de postface n'aideront pas à calmer la montée d'anxiété à la limite de la paranoïa qui se jouera dans votre cerveau, bien au contraire.

Des chapitres courts de préférence pour une immersion totale et aisée ainsi qu'un rythme assez vif, pratiquement sans pauses autres que celles permettant de souffler deux secondes avant de replonger dans l'horreur du quotidien. Niveau technique c'est là encore une belle réussite de la part de Maxime Chattam, qui nous régale comme d'habitude avec un humour tout particulier et des personnages intenses.

Petite déception personnelle toutefois, je pense que ce roman aurait pu se permettre une fin assez noire tout compte fait. Non que nous soyons en face d'un parfait happy ending, mais la résolution de toute l'affaire est un peu artificielle, bancale irais-je presque jusqu'à dire, car il y avait la nécessité d'offrir au lectorat désormais assez massif et étendu de l'auteur une fin digne de satisfaire le plus grand nombre, là où dans ses premières œuvres un Maxime Chattam encore peu connu n'hésitait pas à sauter la tête la première dans l'abysse. Peut-être un élément révélateur d'un changement de mentalité et surtout d'un léger regain d'espoir, qui sait, en tout cas j'imagine sans peine une fin plus amère dans son style de jeunesse.

Un très bon thriller malgré ces quelques observations qui je le rappelle sont entièrement personnelles, je n'ai pas lâché ce livre durant toute une semaine et je n'avais qu'une hâte c'était de le refermer après avoir fini la lecture afin de pouvoir réfléchir posément aux sujets et débats qu'elle entraîne immanquablement. J'espère que vous en profiterez pleinement vous aussi pour faire un point sur la situation de l'être humain dans ce monde en souffrance !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 14 janvier 2017

Autre-Monde tome 7 - Genèse (Maxime Chattam - Albin Michel - Novembre 2016)


Alors que le phénomène Entropia progresse de plus en plus sur les terres, vers le Sud, les membres de la dernière expédition de Neverland avancent vers l'Est à la recherche du dernier Coeur de la Terre, pour le soustraire à la terrible influence de Ggl, dont la noire présence se fait davantage ressentir à mesure que le monde ploie sous son emprise. Le Buveur d'Innocence est devenu le nouvel empereur des adultes d'Europe, et il compte bien satisfaire son nouveau maître ainsi que ses propres envies de vengeance. La dernière grande guerre de ce nouveau monde est sur le point de débuter, chacun fourbit ses armes et prépare le terrain. Ambre, Matt et Tobias mènent les leurs contre vents et marées jusqu'au dernier Coeur de la Terre, de loin le plus difficile à approcher. Car à l'Est, les choses sont bien différentes de ce à quoi ils ont déjà été confrontés. Le monde souterrain qu'ils traversent leur offrira à la fois de nouveaux amis et un nouvel espoir, mais également de nouvelles sources d'inquiétude quand il devient évident qu'un traître se dissimule parmi eux. Ce qui rend le rapprochement d'autant plus important, et Ambre et Matt le comprennent mieux que quiconque. Alors que leur union se fait de plus en plus proche, et qu'au Sud se prépare la grande bataille à venir contre les forces de l'empereur et celles bien plus redoutables encore de Ggl, les choses sont sur le point de changer à jamais pour ce nouveau monde et l'ensemble de ses habitants. Certains se battent pour l'avenir, pour qu'il y ait une chance de préserver la liberté et la singularité, alors que d'autres livrent le combat pour l'uniformisation et le contrôle total. Les derniers secrets d'Autre-Monde sont dévoilés, les enjeux fixés pour tous, et chacun devra maintenant se tenir prêt à jouer son rôle jusqu'au moment décisif. Quoi qu'il arrive désormais, la fin est proche !

Autre-Monde s'achève enfin, après plus de deux ans d'attente depuis le sixième tome, et Maxime Chattam nous offre une magnifique conclusion en forme de dernier baroud d'honneur pour ses personnages et leurs ennemis. Presque tous les secrets sont révélés, les liens entre les héros se resserrent de même que l'étreinte angoissante du grand ennemi sur le monde en pleine reconstruction. Comme depuis le début, Autre-Monde est une véritable ode à la liberté, au libre-arbitre et au respect de la nature et de l'environnement, mais pas seulement : il s'agit aussi d'un vibrant plaidoyer pour l'indépendance et l'imagination, un formidable réquisitoire contre les différents thèmes polémiques chers à Chattam dans ses autres œuvres : le contrôle absolu, l'hyper connectivité de notre société moderne, l'omniprésence du virtuel au détriment du concret, du réel. L'amour du meilleur de l'humanité contre ses pires inclinaisons. Un final magistral et plein de leçons tangibles, pour une saga exceptionnelle du début à la fin. Un grand merci monsieur Chattam pour ces sept tomes riches en émotions et en réflexions personnelles ! Et vivement les histoires développées et approfondies de certains personnages-clés de cette fin de récit, que nous attendrons sagement mais avec impatience.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 8 novembre 2014

Soleil Vert (Richard Fleischer - MGM - 1973)



Alors là, attention, on va parler d'un film dont je ne me suis toujours pas remis du visionnage, il y a trois semaines de cela, tandis que vous profitiez béatement de mes articles sur les vampires. Soleil Vert (Soylent Green), de Richard Fleischer, est l'adaptation cinématographique sortie en 1973 d'un roman de science-fiction/anticipation de Harry Harrison intitulé Make Room ! Make Room ! paru en 1966. Carrément dans les critères de Radiophogeek donc, et si je décide de vous parler de ce vieux film c'est avant tout parce qu'il m'a plu et qu'il porte énormément de réflexions qui sont encore, par anticipation, d'actualité de nos jours mine de rien, si ce n'est encore plus réalistes qu'à l'époque (un peu comme la faillite officielle de Detroit en 1987 dans RoboCop qui est devenue il y a quelques mois de cela une triste réalité).

En 2022, la population humaine a augmenté de façon drastiquement exponentielle, si bien que les ressources naturelles de la planète sont devenues des raretés s'arrachant à prix d'or et parfois de vie : la viande, les vrais fruits et légumes, le lait, les œufs... tout cela n'existe pour ainsi dire plus que dans les castes les plus aisées de la société, et encore en tant que produits de luxe. A New York, où l'on compte désormais près de 44 millions d'habitants dont 20 millions de chômeurs dans le dénuement le plus complet, le gouvernement n'a pas d'autre choix que d'organiser de grandes distributions publiques de nourriture aux foules affamées qui sont prêtes à déclencher une véritable émeute sanglante au moindre manque. La société Soylent commercialise et distribue des plaquettes de nourriture artificielle de substitution, baptisées Soleil Rouge et Soleil Jaune, sortes d'agglomérats de plancton et autres organismes primaires qui forment donc depuis des dizaines d'années la seule et unique nourriture connue des basses castes, au grand désespoir des rares anciens qui se souviennent encore vaguement du goût et de l'aspect de la vraie nourriture d'autrefois. Alors que sort un nouveau produit alimentaire baptisé Soleil Vert, l'un des dirigeants de la société Soylent est retrouvé assassiné chez lui dans sa résidence de luxe des quartiers riches de la ville, apparemment sans le moindre signe d'effraction ou de vol. Le policier Thorn va alors se charger de l'enquête, dans un premier temps par pur intérêt personnel afin de pouvoir prélever sur les lieux du crime tout ce dont il aurait envie et ainsi alimenter son petit réseau d'informateurs, mais bien vite il va commencer à s'intéresser de plus près à cette affaire qui dissimule une étrange conspiration du silence, où plusieurs grands noms se retrouvent mêlés et où l'avenir de l'humanité se joue peut-être. Est-ce un règlement de comptes ? Une vendetta ? Une menace ou un chantage sur Soylent et ses partenaires au sein du gouvernement ? Ou bien... une punition divine ? Thorn devra prendre toutes les précautions durant son enquête, car une fois cette vérité trop bien gardée enfin dévoilée, le monde pourrait bien basculer dans la folie la plus totale...

Je ne vous en dis volontairement pas davantage, je pense même en avoir déjà un peu trop révélé sans le savoir. Toujours est-il que la réflexion de ce film, et du roman qu'il adapte, est assez cynique et déshumanisée finalement, ce qui avait pour but de profondément choquer les penseurs de l'époque et de faire réfléchir aux conséquences possibles de l’appauvrissement de la planète et de ses ressources pour une humanité toujours plus nombreuse et exigeante. D'autres thèmes sont aussi traités, tels que l'esclavagisme moderne (au travers des femmes considérées comme du simple mobilier dans les appartements coûteux des riches et des profiteurs, destinées à convenir ou non à chaque nouveau locataire et à satisfaire ses moindres exigences), la crainte du peuple par ses élites dirigeantes, la vision de ce peuple comme une masse informe et terrible, grondante, qu'il faut considérer comme un animal sans libre-arbitre pour le priver de ce dernier et le manipuler. La mort assistée est aussi au nombre des thèmes abordés, de même que le suicide pur et simple, au début et à la fin du film et de différentes manières. Un bel hommage a d'ailleurs été rendu à ce film par Les Simpsons lorsque Grand-Père Simpson, humilié, décide de mourir et se rend alors dans un centre d'accompagnement spécialisé.
Soleil Vert, c'est un film qui fait réfléchir sur bien des choses, mais principalement sur les dangereuses dérives d'une société déshumanisée et au bord du gouffre, où tous les moyens sont bons pour subsister et se maintenir dans son rang. Et qui, par le fait, reste encore très vrai même de nos jours, malgré le petit côté arriéré des technologies que l'on imaginait à l'époque pour 2022. Ça pourrait limite être la petite touche d'humour involontaire et bienvenue du film si on le regarde aujourd'hui, pour permettre de détendre un peu l'atmosphère qui ne manquera pas de grandement s'alourdir devant cet ensemble de plans-chocs, d'idées-chocs et de propos-chocs. Et de toute façon ça ne fera aucun mal à votre culture, bien au contraire !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 9 juillet 2014

Transcendance (Wally Pfister - 2014)


 Jusqu'où l'humanité est-elle prête à aller pour dépasser ses limites et maîtriser son environnement ?
C'est l'une des nombreuses questions que se propose de soulever ce film, véritable OVNI du genre science-fiction, réalisé par Wally Pfister et au casting de poids avec un Johnny Depp très en forme, un Morgan Freeman dans un bon rôle de soutient comme on les aime avec lui, et une Rebecca Hall au jeu vibrant d'émotion.


L'histoire en quelques mots : à la veille de la création par une équipe de scientifiques de pointe d'une super-intelligence artificielle capable de reproduire le schéma mental humain, le meneur de ce projet, le Dr. Will Caster, est victime d'une tentative d'assassinat par des activistes, qui ne lui laisse malheureusement que peu de temps à vivre. Sa femme et ses plus proches collègues et amis décident alors de sauvegarder sa conscience et l'ensemble de son identité au sein de leur projet, faisant de Will le tout premier être humain capable de dépasser sa nature et sa condition et de devenir quelque chose d'autre, de supérieur. Mais très vite des questions assez graves se posent : Will est-il toujours l'homme que l'on a connu ou bien le transfert de son être a-t-il fait de lui une intelligence froidement calculatrice, qui ne s'arrêtera devant aucun obstacle pour concrétiser son projet de changer en profondeur le monde tel qu'on le connaît, loin de toute émotion humaine ?

Ce résumé est volontairement simpliste, car en réalité ce film soulève bien plus d'interrogations que cela à mesure que le temps passe. Vous y entrez avec quelques unes, vous en ressortez avec un tas d'autres, d'une portée philosophique assez poussée et aussi plutôt déprimante. C'est un film incroyablement intelligent dans sa narration autant que dans sa mise en scène, qui à aucun moment ne prend véritablement parti pour l'un des camps, ceux qui soutiennent Will et les activistes rebelles qui tentent de le détruire pour sauver l'humanité. Les uns comme les autres peuvent très bien être considérés comme les gentils ou comme les méchants de l'histoire, si tant est que l'on en soit encore à de telles considérations dans un film de cette trempe. Car en effet, tous les codes, les à-priori et les idées bien arrêtées que vous pourriez avoir sur ce genre de thèmes dans la science-fiction, attendez-vous à devoir les ranger bien au fond de votre esprit et à en prendre plein la vue et plein la conscience tout au long de ces quelques 113 minutes. Les acteurs sont très inspirés et donnent le meilleur d'eux-mêmes pour servir ce récit complexe et poignant, à la fois sentimental et philosophique, réflexion sur le transhumanisme dans une société qui n'est peut-être pas encore prête à accueillir cette évolution, et sur les dérives que cela peut entraîner. En outre, l'époque présentée ici est un futur très très proche, auquel nous pouvons fort bien nous identifier, ce qui entraîne un sentiment mêlé de malaise et d'attachement.

Mais Transcendance, ce n'est pas que cela ! C'est aussi en sous-texte une magnifique histoire d'amour qui dépasse les frontières de la vie et de la mort. Vous avez peut-être saisi maintenant : ce film transcende justement toutes les barrières, celles de la science-fiction comme celles de la pensée ou des sentiments. A mon sens il faudra plusieurs séances pour bien comprendre tout ce qui est présenté et tout ce qui est en jeu ici, et je ne m'estime pas assez calé dans toutes ces matières pour avoir tout saisi dans les moindres détails, je ne vous livre ici que ma petite impression personnelle et je vous invite très fortement à aller le voir et à vous poser ensuite pour réfléchir à vos propres ressentis.
Un petit mot sur la musique du film, composée par Mychael Danna, qui se montre très discrète, renforçant si besoin était l'intime impression de malaise devant la portée d'une telle oeuvre, comme si nous n'avions aucun refuge pour échapper aux lourdes problématiques que l'on nous présente.

Attention : si vous êtes d'un naturel facilement dépressif ou si vous avez le moral dans les chaussettes en ce moment, peut-être que vous devriez attendre un peu avant d'aller voir Transcendance au cinéma car je vous garanti que vous ne ressortirez pas en grande forme de la séance. Blindez-vous, prenez votre temps pour sortir et inspirez un grand bol d'air frais pour vous remettre les idées en place avant de discuter de vos impressions avec vos compagnons.
Est-ce que le fait que le producteur délégué soit Christopher Nolan peut expliquer cet effet ? Peut-être que oui, peut-être que non. On sent toutefois la ''patte'' Nolan au sein du film, cela pourrait en déranger certains mais je pense que cet homme est on ne peut plus adapté pour ce qui est de nous faire réfléchir en long en large et en travers.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !