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mercredi 8 avril 2015

Les 3 Fruits (Oriol & Zidrou - Dargaud - Janvier 2015)


Attention, perle rare trouvée ! Cette sortie chez Dargaud en Janvier dernier ne laissera je l'espère personne indifférent, nouvelle occasion de voir réunis les talents d'Oriol et de Zidrou, respectivement au dessin et au scénario. Superbe édition pour superbe histoire, 80 pages qui se savourent pleinement en un rien de temps !

Dans un lointain royaume, paisible et onirique, un roi eu quatre enfants : trois fils et une fille, tous dotés de qualités admirables et dévoués à leurs parents. Tout aurait pu très bien se passer, si seulement le roi ne dissimulait pas au plus profond de son esprit une terreur angoissante qui ne le quitte pas un seul instant : la peur de la Mort. Se sentant vieillir un peu plus chaque jour qui passe, le roi sombre de plus en plus dans le désespoir et fait mander en toute urgence les plus grands sages et savants de son royaume afin de lui apporter la réponse à la seule question qui selon lui en vaille la peine : que peut-il faire pour ne pas mourir ?
Grandement insatisfait par les différentes réponses que les sages lui délivrent avec crainte, le roi, au plus mal, est alors visité par un étrange individu aux cheveux de feu, qui lui apporte enfin la fameuse réponse. Pour ne point mourir, le roi devra dévorer la chair de son fils le plus vaillant. Pour prix de son labeur, l'étranger exige la main de la princesse, une fois l'accord arrivé à terme. Et dans un moment d'abandon, le roi accepte et scelle le pacte. Dès lors, il envoie ses trois fils accomplir des quêtes héroïques aux quatre coins du royaume, afin de déterminer lequel sera le plus vaillant, s'ils survivent. Et tandis que chacun des trois frères risque sa vie en bravant d'effroyables créatures, la princesse restée seule entreprend de percer les mystères de l'étranger et de la folie de son père, avant qu'il ne soit trop tard. Car l'heure fatidique approche, et douloureuses seront les pertes pour satisfaire l'ambition aveugle du vieux roi et la sombre volonté de l'étranger aux yeux jaunes. Mais dans tout ce mal, une étincelle de Bien persiste encore et toujours. Peut-être reste-t-il malgré tout encore un espoir de raison...

Une histoire magnifique, pas forcément originale dans le sens où elle est inspirée de nombre de contes populaires de notre enfance, les ficelles sont connues et parfois un peu usées, cependant les auteurs nous ménagent de belles surprises qui nous prennent soudain et nous emportent dans une direction nouvelle. Les dessins d'Oriol sont vraiment splendides, une atmosphère de peinture à la fois simpliste et en même temps très travaillée et surtout très expressive, un mélange de dessin pour enfants et de symbolique très adulte, de couleurs froides mais d'émotions chaleureuses ; tandis que le scénario de Zidrou regorge de thématiques fortes et de symboles profonds. Bref, un vrai petit bijou de bande-dessinée qui, s'il n'est pas forcément original en soi, reste très agréable et d'une qualité remarquable. A lire absolument !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 11 février 2015

Red Skin tome 1 - Welcome to America (Xavier Dorison & Terry Dodson - Glénat - Septembre 2014)


Que vous dire pour introduire cette lecture ? Imaginez : l'un des scénaristes les plus côtés et reconnus de la bande-dessinée franco-belge à ma gauche, et à ma droite l'un des dessinateurs de comics les plus soigneux et passionnés qui soient. Quand Xavier Dorison rencontre Terry Dodson, ça donne Red Skin, une bd aux accents de comics, fraîche et agréable à lire comme à regarder (on ne va pas se mentir, ceux qui ont lorgné sur la couverture ont tout de suite voulu voir l'intérieur), dont le premier tome est sorti chez Glénat en Septembre dernier pour notre plus grand plaisir. Le résumé en quelques mots :

Guerre Froide, les blocs de l'Ouest et de l'Est se toisent et se cherchent, mais l'heure est plutôt à la détente. En URSS, Véra est une agent très secrète des forces spéciales, au style de vie un rien débridé et avec un solide appétit pour la liberté. Le Kremlin décide de l'envoyer aux États-Unis, pays dont elle ne connaît rien, pour une mission très particulière : elle devra s'y forger une identité de super-héroïne et s'attirer les faveurs du public en combattant le crime à sa façon (au moyen d'un marteau et d'une faucille) afin de promouvoir une certaine idée du communisme dans un premier temps, mais surtout de recueillir le plus d'informations possibles sur un ''héros'' assez extrême se faisant appeler le Charpentier et luttant contre la dépravation d'Hollywood et de l'industrie du porno en crucifiant ses victimes. Le Charpentier n'est d'ailleurs que le reflet d'une mentalité puritaine extrémiste qui ne fait que se développer depuis quelques temps en Californie, avec à sa tête l'évangéliste illuminée Jacky Core, dont l'ambition risque de la porter jusqu'au Sénat voir au-delà et dont les valeurs risquent d'être un frein à la nouvelle entente entre l'Est et l'Ouest. Pour endiguer cette montée fasciste, Véra devra donc retrouver et neutraliser définitivement le Charpentier, fer de lance du mouvement, avant que le public n'adhère en masse à sa vision des choses et à celle de Jacky Core. La super-héroïne du peule est née, baptisée Red Skin ! Mais ce n'est pas tout, Véra, sous le nom d'Alabama Jane, devra aussi s'intégrer dans la vie civile américaine de son mieux, et quelle meilleure couverture pour cela qu'un poste de bonne auprès de la société de production pornographique la plus en vue du moment, et justement cible du plus gros des attaques du Charpentier ! Quelque chose lui dit que finalement, elle risque bien d'aimer sa nouvelle vie...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les deux auteurs se sont plutôt bien trouvés ! Chacun apporte sa propre patte au résultat final, on reconnaît bien les deux styles (je parle surtout pour celui de Dodson en ce qui me concerne), la bd se lit assez facilement et se contemple tout aussi aisément, on passe un très bon moment de lecture et on en redemande très vite une fois le tome achevé. De l'humour, du contenu travaillé, de beaux dessins et une écriture assez fine, de quoi faire durer le plaisir ! Le seul vrai reproche que l'on pourrait faire, en ne cherchant pas trop loin, serait le manque d'application de Terry Dodson par endroits, certains arrière-plans ou personnages secondaires sont assez peu soignés voir carrément anecdotiques, mais tout cela est très aisément rattrapé par le reste de l'album qui se maintient à un très bon niveau. On peut donc espérer que la suite sorte cette année et que cette collaboration s’avérera fructueuse et sur une durée plus longue que le précédent essai de franco-belge de Dodson (les deux tomes de Songes chez les Humanoïdes Associés). Un achat que je ne regrette absolument pas, et qui trouvera une belle place dans la bibliothèque et qui pourra convenir pour à peu près tous les goûts et curiosités !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 14 décembre 2014

Ekhö, monde miroir tome 3 - Hollywood Boulevard (Arleston & Barbucci - Soleil - Novembre 2014)


C'est après un certain temps maintenant mais toujours une joie immense que je reviens vous parler de la bande-dessinée Ekhö, monde miroir, de Christophe Arleston et Alessandro Barbucci, et dont le troisième tome tout nouveau tout beau a été édité par Soleil en Novembre dernier. Après le New York du music-hall, puis le Paris impérial, voici désormais les paillettes d'Hollywood pour une nouvelle enquête de Fourmille et Yuri dans ce monde si étrange et si séduisant, mais néanmoins dangereux.

En visite dans les plus grands studios d'Hollywood pour débaucher une actrice de renommée mondiale, Norma Jean, les membres de l'agence artistique Gratule vont se retrouver au cœur d'un phénomène médiatique sans précédent ! Norma Jean, celle que tout le monde aime et idolâtre, celle qui a chanté pour l'anniversaire du Gouverneur de Californie et l'a ému aux larmes, l'entêtée et délurée Norma Jean que rien n'arrête, est retrouvée noyée chez elle, dans sa piscine, avec à ses côtés plusieurs médicaments et une bouteille de champagne, vide. La conclusion tombe très facilement pour les autorités : suicide ou overdose. Mais ce serait plus simple si l'esprit de Norma n'habitait pas désormais le corps de Fourmille et ne continuait pas à mener sa vie comme elle l'entend, au détriment du bon sens et de la discrétion. Pour rendre à Fourmille son intégrité psychique, une seule solution, comme d'habitude : élucider le mystère de ce tragique décès. Qui aurait eu intérêt à ce que la belle idole de l'Amérique disparaisse de cette façon ? Les studios ? Des proches ? Une actrice rivale et jalouse ? Des questions assez habituelles dans ce genre de situation, mais qui cachent en réalité quelque chose de bien plus sombre qu'il n'y paraît. Cette enquête au final bouleversant laissera des traces et aura peut-être des conséquences dans l'avenir proche du tandem Fourmille/Yuri, pour le meilleur ou pour le pire. Déjà qu'ils ont... oups !

Un merveilleux troisième tome pour une bande-dessinée qui m'attire toujours autant, pleine de peps et d'énergie, de belles couleurs (grâce à Nolwenn Lebreton) et toujours cette apparente légèreté teintée de cynisme et de tragique, romancé bien entendu. Du très bon travail, qui se lit très facilement et s'en apprécie tout autant, et qui offre même au lecteur avisé de belles petites références à de nombreux films cultes du cinéma Américain (mais pas que !), en plus de traiter une fois encore d'une tragédie historique de notre monde réel en l'intégrant dans cet univers inversé et fantastique, tout comme dans le tome 2.
Je continue donc de vous conseiller de vous jeter sur cette série, prometteuse et très agréable, facile à lire et à appréhender, aussi adulte qu'il est nécessaire mais très positive et distrayante.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 21 septembre 2014

Succubes tome 2 - Roxelane (Thomas Mosdi & Adriano De Vincentiis - Soleil - Juillet 2011)



Et voilà, comme je vous l'avais promis me revoici à vous parler de la bd Succubes de Thomas Mosdi. Je ne me lasse pas de cette lecture, c'est proprement fascinant et j'espère parvenir à vous en faire partager mon intérêt !
Ce second tome est dessiné cette fois par Adriano De Vincentiis, dont le style tranche avec le tome précédent mais n'en est pas moins agréable et plutôt réaliste. Les corps féminins (puisque c'est là l'atout principal de l'histoire) sont correctement réalisés et représentés, rien de choquant ou d'exagéré à outrance, ça fait plaisir à voir pour une fois. De plus, l'atmosphère ici est radicalement différente puisque nous passons de la France de la Révolution aux fastes de l'Empire Ottoman de Soliman le Magnifique, quelques siècles plus tôt.

Alexandra Lissowska est une jeune femme vivant dans un petit village reculé de la Russie médiévale. Elle vit entourée des hommes de sa famille, et aspire à connaître autre chose que les frontières de son village enseveli sous la neige ou bien encore les préceptes religieux de son prêtre de père. Un soir, le village est attaqué par des pillards venant du Moyen-Orient, et Alexandra est capturée et violée après avoir vu son père assassiné sous ses yeux pour l'avoir défendue. Emmenée jusqu'aux sables de Crimée, elle est vendue comme esclave de plaisirs au grand vizir de Soliman, qui la destine à son sultan mais compte bien auparavant en profiter quelques peu pour la former. Accompagnée par Setkem, une Numide farouche elle-aussi destinée au harem du sultan, Alexandra va traverser les contrées menant au grand Empire Ottoman, en passant par Venise et les tractations politiques avec la Vieille Europe, tandis que dans l'ombre un complot se prépare. L'Eglise semble en effet s'intéresser de très près à ces femmes qui vont bientôt faire partie de l'entourage proche de Soliman, l'un des hommes les plus puissants et influents de son époque. Et si l'ordre des Filles de Lilith faisait ici une autre de ses tentatives pour prendre le pouvoir en manipulant les grands hommes ? Alors que le doute s'installe, Alexandra entend bien prendre son destin en mains : puisqu'elle sera désormais une courtisane condamnée à vivre dans le harem du sultan, elle sera la meilleure de toute et accaparera le souverain de ses charmes pour obtenir une place d'exception à ses côtés ! Mais, lorsque la véritable agent des Filles de Lilith est démasquée et échoue dans sa mission de se rapprocher de Soliman, Alexandra le vit comme un choc immense. Désormais, ses priorités sont réécrites et elle décide de prendre la relève de sa défunte amie pour poursuivre sa tâche et assurer la réussite et la survie des Filles de Lilith, en se rapprochant de Soliman pour doucement commencer à influencer ses décisions politiques... mais avant cela, il faudra l'isoler, le faire se méfier de ses conseillers et de ses proches, afin qu'il ne place sa confiance absolue qu'en sa favorite, celle que désormais l'on appellera Roxelane. Ainsi le jeu de la séduction opère-t-il à nouveau sur le monde politique, et la plus grande courtisane du monde s'apprête à instaurer un ''Règne des Femmes'' sur un Empire gigantesque et traditionnellement masculin. Les Filles de Lilith sont victorieuses, et ce n'est que le commencement...

Cette histoire se déroule donc quelques siècles avant celle de Camilla et de Robespierre durant la Révolution Française, dans le tome précédent. Ici, les prêtresses d'Isis sont quasiment à l'apogée de leur pouvoir et de leur influence sur le monde, l'Eglise les redoute et n'a pas encore les moyens de les traquer efficacement, et l'un des plus grands Empires au monde finit par tomber sous leur coupe. Un âge d'or qui se paiera très cher par la suite, comme on a déjà pu en être témoin dans le tome 1.
Succubes, malgré ou plutôt grâce à son titre racoleur, est une œuvre féministe assez intelligente qui séduit autant par ses protagonistes que par ses enjeux et sa qualité d'écriture.
Une fois encore ici un soin tout particulier est apporté afin de représenter les paysages et les lieux de l'époque, la culture Arabe et Moyen-Orientale de ce début de Renaissance, cet âge d'opulence et de merveilles à nulle autre pareilles. Les fastes de l'Orient, du désert, des palais du Sultan Suprême, les tenues, tout est extrêmement bien détaillé et a fait l'objet de nombreuses recherches pour paraître le plus réaliste possible. Si les systèmes politiques en eux-mêmes sont assez simplistes et finalement peu présents dans l'histoire, c'est aussi parce que l'enjeu se porte directement auprès du dirigeant tout en haut de la pyramide, celui qui est au-dessus de tout et ne joue pas dans la même catégorie que ses sujets. C'est maigre comme explication et ça peut laisser une certaine déception pour celui ou celle qui chercherait à retrouver les rouages si particuliers de tels systèmes politiques, mais finalement est-ce bien ce que l'on attend d'une bande-dessinée de cette sorte ? Saluons déjà les recherches et les efforts pour recréer un cadre historique plausible et jouer avec des personnalités ayant réellement exister, c'est déjà suffisant en soi !
En bonus avec ce tome nous avons droit à 8 pages de sketchs (déformation du monde des comics, excusez-moi), de croquis et d'esquisses pour le personnage d'Alexandra, son évolution et celle de son style et de ses attitudes. Agréable s'il on aime savoir d'où viennent les détails et les images que l'on admire, ce qui est mon cas. La somme de travail derrière une simple case vaut déjà à elle-seule un certain degré d'intérêt de reconnaissance (c'est vrai ici comme dans beaucoup d'autres bandes-dessinées et ça l'est surtout pour Wika, dont je vous ai parlé récemment).
Si l'on devait résumer par une phrase, une maxime, ce tome, ce serait sans doute celle-ci : finalement, l'exercice du pouvoir se joue surtout dans l'intimité.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 13 septembre 2014

Succubes tome 1 - Camilla (Thomas Mosdi & Laurent Paturaud - Soleil - Avril 2009)



Dans la collection ''Secrets du Vatican'' l'éditeur Soleil fait paraître des récits qui explorent des recoins cachés de l'Histoire, avec une forte connotation religieuse la plupart du temps. C'est le cas de cette bande-dessinée écrite par Thomas Mosdi et dessinée par Laurent Paturaud pour ce premier tome, Succubes.

Le tome 1 raconte ainsi les dessous de la Révolution Française et plus particulièrement la période de la Terreur, sous le ''règne'' de Maximilien de Robespierre, entre 1793 et 1794 ici. Au-delà de l'Histoire officielle que nous connaissons tous ou presque, nous découvrons qu'il s'agit avant tout d'un vaste complot orchestré par une secte religieuse connue sous le nom des Filles de Lilith, dernières héritières et conservatrices d'un antique culte égyptien de la déesse Isis qui tend à placer certaines femmes dans l'ombre de grands hommes à travers les époques, pour contrôler leur destin ainsi que leurs actes, dans un but très mystérieux. Dans ce tome, Robespierre alors au sommet de sa popularité et de son influence sur le Comité est régulièrement visité par la belle et envoûtante Camilla, émissaire des Filles de Lilith, venue lui révéler les secrets de son culte et faire de lui l'élu qui restaurera à jamais la gloire d'Isis et le pouvoir de ses prêtresses. Est-ce un mal, est-ce un bien, nous ne sommes pas en mesure de le savoir, mais il faudra cependant toujours des sacrifices pour parvenir à cet idéal. Et tandis que l'orage de la Terreur gronde sur une France aux abois, les Filles de Lilith doivent également faire face au Vatican et à son ordre des Frères d'Adam, qui entendent bien éradiquer la menace de ces femmes qu'ils nomment avec dédain ''succubes'' et dont ils ont juré de jeter les idéaux et valeurs dans l'oubli le plus total. Quel est donc ce terrible secret que le Vatican semble redouter et qui lui fait tant craindre les prêtresses d'Isis ? Et quel est le but qu'elles poursuivent dans l'ombre, perdant de nombreux pions et précieux élus dans leur combat mais ne renonçant pourtant jamais ?

Cette série commence vraiment très bien, le récit démarre tout de suite et les faits historiques sont plutôt bien traités et représentés, il y a relativement peu d'extrapolation et de fausses notes dans l'ensemble. Bien sûr, la Révolution et la Terreur ainsi que leurs instigateurs et meneurs sont ici au second plan et nous assistons d'un regard assez lointain aux événements fatidiques de la fin de vie de Robespierre, nous rendons ainsi compte qu'il n'était en réalité qu'un pion sacrifiable parmi d'autres entre les mains des Filles de Lilith et de cette ensorcelante Camilla, qui se choisit à la fin du tome un autre protégé on ne peut plus important pour l'Histoire en marche. Comme si, finalement, Robespierre et son culte de l'Être Suprême ne devaient servir que d'avertissement à ce nouvel élu pour lui montrer le droit chemin...
L'histoire a beau paraître assez simple, elle comporte nombre de références assez précises et pointues sur la période traitée ainsi que sur les différents protagonistes tirés du monde réel. De même pour les prières adressées à Isis par ses prêtresses, qui sont vraiment issues d'ouvrages religieux spécifiques. En somme, il y a une vraie qualité présente dans cette bd et ça fait plutôt du bien. Le récit ne prend pas trop la tête du lecteur, il suffit de se laisser porter et tout se suit parfaitement et s'enclenche de façon fluide. Reste à attendre de lire les trois autres tomes (je vous en parlerai, n'ayez crainte) pour savoir enfin ce qui se cache derrière les Filles de Lilith et leur vrai dessein. Et en parlant de dessin, justement, celui de Laurent Paturaud est des plus agréables à regarder. Un gros effort de documentation a été fait pour retranscrire le Paris de la Terreur et les modes vestimentaires de l'époque, ainsi que les influences égyptiennes et chrétiennes pour les deux camps. Quant aux personnalités historiques, elles sont aisément identifiables même sans êtres nommées, on les reconnaît tout de suite pour peu qu'on en ai déjà vu un portrait.
Il va sans dire que parmi les différents thèmes abordés et traités par cette bd, le sexe et la séduction ésotérique/érotique sont en bonne place. Cela donne des pages absolument magnifiques, où la magie provient principalement de l'imaginaire du lecteur et où la sensualité est de mise, dans de magnifiques atours. A conseiller, vraiment ! La beauté des personnages féminins est sans égale, Camilla la première mais ses ''sœurs'' ne sont pas en reste, loin de là. Même les hommes sont soignés, à l'image de Robespierre le dandy qui ne trahit en rien sa réputation de bel homme.
Je vous tiens au courant pour ce qu'il en sera des tomes suivants, mais croyez bien que mon intérêt pour cette bande-dessinée ne va pas décroître de sitôt !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 31 août 2014

Wika et la fureur d'Obéron (Thomas Day & Olivier Ledroit - Glénat - Mai 2014)


On change de registre le temps d'un article pour que je puisse vous parler d'un petit coup de coeur récent, une bande-dessinée écrite par Thomas Day et dessinée par Olivier Ledroit, parue chez Glénat il y a quelques mois à peine. Premier tome d'une série de quatre, Wika et la fureur d'Obéron s'annonce comme une oeuvre assez atypique tout en faisant preuve d'un certain classicisme. Pour plus d'informations sur les auteurs je vous renvoie directement à leurs bibliographies respectives, qui sont aisément trouvables, ici je ne vais m'intéresser qu'à l'oeuvre elle-même.

C'est une histoire teintée de magie, prenant place dans le monde féerique de Pan, un monde étrange, où magie ancienne et technologie steampunk se mêlent étroitement, dans lequel évoluent des créatures mythologiques aussi bien que folkloriques (l'on retrouve énormément de références aux contes et légendes de Bretagne, Nordiques, celtiques, antiques, etc.). Dans ce vaste royaume, une guerre fait rage. La guerre du prince Obéron, adeptes de ces nouvelles technologies mécaniques, contre les plus grands représentants de la magie classique et naturelle, l'essence-même de ce monde. Titania, reine des fées, a décidé de fuir Obéron son promis et de se marier au duc Claymore Grimm, maître d'arme historique de la famille royale, d'une honnêteté et d'une bonté sans réserve pour son entourage et défendant des valeurs plus traditionnelles que le Prince Blanc. Obéron décide alors de se venger et d'assiéger Castlegrimm, le château du duc, afin de réduire son armée et son fief à néant et de l'effacer totalement de l'Histoire. Titania se sait condamnée à endurer l'implacable vengeance d'Obéron et de sa maîtresse Rowena la Louve, et c'est la mort dans l'âme qu'elle décide de rester aux côtés de son époux jusqu'à la fin, en confiant son tout jeune enfant, la petite Wika, à son serviteur le plus dévoué afin qu'il l'emporte loin du conflit et qu'il la confie à des gens qui sauront lui fournir un abri et une vie en sécurité. Nul ne doit jamais savoir que Wika est la fille de Titania, l'enfant ''volée'' d'Obéron, aussi le bébé est-il privé de ses ailes pour que son secret demeure. Et tandis que le futur roi laisse libre court à sa fureur, Wika grandit dans une petite ferme d'Elfes, jusqu'à ce que l'âge de femme arrive et la pousse à partir à l'aventure, visitée dans ses songes par l'esprit de sa mère qui lui révèle sa véritable nature. C'est ainsi que Wika se rend à Avalon, la capitale, afin d'en apprendre plus sur les circonstances de sa naissance et de la mort de ses parents. Elle y fait la rencontre de Bran, jeune contrebandier des faubourgs, qui se prend d'affection pour cette jeune voleuse au caractère bien trempé. Ensemble, durant deux ans, ils vivent de presque rien, quelques rapines ici et là, et se laissent petit à petit porter par leurs sentiments l'un pour l'autre, d'abord amis, puis tels un frère et une soeur, et finalement plus que cela. Mais Obéron le cruel, Obéron le froid, sait que celle qui aurait du être son héritière a survécu et se trouve non loin de lui. Il envoie dès lors ses sept enfants illégitimes, les fils et les filles de Rowena la Louve, traquer Wika où qu'elle puisse se dissimuler, mettant ainsi fin à son bonheur et à son insouciance et poussant la jeune femme à fuir, perdant une nouvelle fois tout ce qui lui est le plus cher. Le sang appelle le sang, et la vengeance ne se fera pas attendre. La fureur d'Obéron fera face au chagrin de Wika, que les Fées Noires, grandes ennemies d'Obéron, désirent former et entraîner afin qu'elle puisse devenir une menace de poids pour le souverain...

Le plus gros atout de cette bd, outre son histoire qui fait appel à de nombreuses connaissances et références sur les mondes féeriques et légendes de tous horizons, c'est son graphisme. Pour celles et ceux qui connaissent Les Chroniques de la Lune Noire ou encore Les Arcanes de la Lune Noire, vous savez de quoi je parle. Les autres, imaginez simplement un décors enchanteur où les détails fourmillent dans tous les sens, où les structures mêlant magie, fantaisie et steampunk industriel fusionnent parfaitement et où le soin apporté à l'image est renversant.
Et là je parle des décors, mais ça vaut aussi pour les tenues extrêmement détaillées et élaborées des personnages (cf. la couverture) ! Partout ce ne sont que beauté, émerveillement et magnifique complexité. Vous passerez comme moi de longues minutes à scruter chaque case, chaque planche, simple ou double, à la recherche du moindre petit détail dans ces décors hallucinant de travail et de minutie. Sans pour autant perdre le fil du récit ! Et puisque je parle maintenant du récit (je vous laisse apprécier de vous-mêmes le dessin, je préciserai simplement que l'on peut déjà se faire une idée du niveau de recherche et d'étude dessus rien qu'en voyant la carte du monde de Pan au tout début de l'album, c'est bluffant), j'en viens au seul point faible selon moi de cette oeuvre : elle souffre de quelques facilités dans son écriture, et de quelques transitions malheureuses par moments qu'il aurait mieux valu approfondir davantage. Cela dit, une fois que l'on s'y est habitué ça passe finalement tout seul et on apprécie l'histoire autant que le dessin. Si vous connaissez un peu les écrits d'Edouard Brasey sur tout ce qui touche aux peuples magiques (fées, elfes, sorciers, lutins, démons, anges, etc.) vous ne serez pas dépaysés par cette bd, dont la préface est d'ailleurs signée par Pierre Dubois, un ''Elficologue'' très réputé lui aussi. Pour les autres, eh bien c'est l'occasion de vous plonger de plein pied dans ces mondes et légendes d'autrefois, remaniés à la sauce steampunk/dark fantasy. Vivement les trois autres tomes, que le voyage puisse perdurer le plus possible dans ce sens ! Glénat fournit un travail d'édition remarquable, et ce tome est un vrai bel objet à posséder dans sa collection, une certaine fierté je dois dire.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 20 juillet 2014

Ekhö, monde miroir, tomes 1 & 2 (Arleston & Barbucci - Soleil - Mars 2013 & Novembre 2013)


Salut les aminches ! Envie de changer d'air, envie d'escapade dans l'inconnu et l'étrange ? Alors Ekhö est faite pour vous ! Cette bande-dessinée éditée chez Soleil depuis Mars 2013 nous entraîne dans les péripéties de la jeune Fourmille Gratule, se rendant à New York à l'occasion du décès de sa tantine, et se retrouvant soudainement projetée dans un autre monde, miroir du nôtre mais avec d'énormes différences. Par exemple, la technologique semble figée à l'ère industrielle des débuts, et le bestiaire fantastique occupe une place de choix dans cette nouvelle société dirigée par des écureuils intelligents et très organisés, où vous pourrez croiser des dragons et toutes sortes de monstres la nuit tombée, et où la pauvre Fourmille se voit possédée régulièrement par les esprits de personnes défuntes récemment, cherchant à rendre justice après leur mort souvent provoquée.
Mais Fourmille n'est pas seule, en effet durant le transfert entre les mondes son voisin de siège dans l'avion qui la menait à New York a lui-aussi été pris dans le passage, et ce pauvre Yuri Podrov n'avait pourtant rien demandé ni rien à voir avec Fourmille et sa tante ! Les voici donc contraints de vivre ensemble sans s'éloigner l'un de l'autre, sous peine de mort, le temps que les écureuils arrangent les choses. A eux deux ils vont vivre d'étranges aventures, dans un New York totalement onirique où les coups bas sont légions et la vie bien dure pour qui ne sait pas tirer son épingle du jeu. Un peu comme la vraie New York, remarquez.

Et ce n'est pas tout ! Dans le second tome, Fourmille et Yuri doivent se rendre à Paris, bien sûr le Paris de cet autre monde, qui ressemble à un délire bonapartiste qui n'en aurait jamais terminé avec notre bonne vieille France. Là, possédée par l'esprit d'un prince décédé brutalement (les fans reconnaîtront un clin d'oeil appuyé à Lady Diana) alors qu'il s'apprêtait à faire à l'empereur Napoléon VIII un rapport sur les agissements illégaux d'un important fournisseur d'armes, Fourmille va devoir non seulement mener les affaires de sa boîte de spectacles érotiques à bien dans cette nouvelle capitale où l'on ne vous fait pas de cadeaux, mais aussi parvenir jusqu'à l'empereur en personne pour lui remettre les informations capitales que son fils voulait lui faire entendre. Et bien sûr, cela n'arrange pas vraiment les affaires des écureuils, qui dirigent le monde dans l'ombre, et qui ne veulent pas de remue-ménage dans leur belle cité parisienne. D'autant que Yuri, l'éternelle anomalie du transfert entre les mondes, risque de plus en plus sa tête à mesure que le temps passe... une seule solution lui permettrait de rester en vie : coucher avec Fourmille pour ''unir leur destinée'' ou un truc comme ça. Plus de 20 ans d'écart entre eux, ça va pas bien la tête ?? Mais bon, c'est vrai qu'elle est bien jolie cette fille... alors pourquoi pas...

Vous l'aurez compris, niveau récit je suis entièrement sous le charme, c'est vraiment magique et plaisant, facile à lire et à suivre, chaque tome nous en donne pour notre argent sans nous laisser sur notre faim et nous attendons calmement la suite. Quant au dessin, il est tout simplement magnifique, plein d'énergie et de peps, une vraie bouffée d'air frais dans la production actuelle. Si les traits peuvent sembler assez cartoonies, il y a une myriade de petits détails dans toutes les cases et dans toutes les situations, l'atmosphère est très soignée et l'ambiance dystopique admirablement retranscrite et maîtrisée. Mention spéciale par ailleurs pour les vêtements, où l'on admire un travail de recherche absolument remarquable avec une pointe d'innovation personnelle. Soleil nous gâte avec ce petit bijou auquel il faut donner sa chance, absolument !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 2 juillet 2014

Amour à mort (Jean-David Morvan & Huanqjiawei - Glénat - Décembre 2012)


Cette petite bd en tome unique fut un véritable coup de coeur pour moi lorsque je décidais de me l'acheter, sans rien en connaître au départ. Se fier à la couverture n'est pas vraiment la méthode la plus recommandée pour choisir ses lectures, bien au contraire même, mais quelques fois ça fonctionne et ce fut le cas ici.

L'histoire se passe dans un monde de fantasy, peuplé de royaumes féeriques en guerre et de créatures mystiques. Lorsque le futur roi des humains Anislaar, au terme d'une bataille épique, écrase la résistance des Elfes et tue leur souverain rebelle, il laisse derrière lui un témoin : la fille de ce roi, dernière héritière de sa lignée et unique survivante de ce massacre. Alors trop jeune pour faire quoi que ce soit, la petite Mianne Di'Vestall passe par toutes les horreurs possibles en temps de guerre : tour à tour fugitive, servante, esclave, prisonnière, mais toujours l'âme guerrière et le coeur brûlant du désir de venger les siens. Le temps passe et les victimes de Mianne commencent à se compter sérieusement, attirant l'attention des plus hautes autorités. Le roi Anislaar, subjugué par tant de passion et de beauté, accepte de prendre Mianne pour épouse afin d'instaurer durablement la paix entre leur deux peuples. Mianne se retire donc dans une tour du château, séquestrée sans l'être, afin de se préparer à ses noces et surtout de broder elle-même sa robe de mariée, dont elle veut faire un témoignage silencieux de sa vie et des épreuves qu'elle a pu traverser pour en arriver là aujourd'hui. Le jour de la cérémonie, tout le gratin des royaumes est présent, les langues se délient en attendant les voeux officiels des futurs mariés et les histoires circulent, bien des théories sont formulées sur l'avenir de ce couple, mais en attendant c'est surtout le récit de la vie de Mianne et les suppositions sur les véritables motivations d'Anislaar derrière ce mariage qui captivent l'assistance.
Mais au-delà de tout ça, les deux fiancés jouent une partie d'échecs grandeur nature, l'ultime affrontement de leurs personnalités et de leur passé, des fautes qu'ils ont commises l'un envers l'autre, des fautes de leur pères également. Quelle que soit l'issue de cette journée, jamais plus les choses ne seront comme avant. Mianne est partagée entre son devoir, son serment de tuer Anislaar pour venger sa famille, et cet étrange amour qu'elle a fini par ressentir pour lui, sincèrement. Anislaar est lui aussi en proie au tourment, il connaît le projet de Mianne et sait que sa vie est menacée, mais il l'aime également et se demande s'il ne devrait pas se laisser assassiner, si elle le décide finalement, afin qu'elle puisse être en paix. Tout se jouera sur un regard, un échange de voeux, un baiser. Le destin de ce couple maudit sera la pierre angulaire d'un nouveau monde, bon ou mauvais.

C'est une histoire poignante et vibrante de passion, une histoire d'amour tragique, avec un fond de tristesse, de guerre, d'horreurs et de vengeance, des personnages principaux aux psychologies poussées et recherchées, un dessin magnifique aux couleurs des plus séduisantes, fraîches et soutenues. Disponible chez Glénat pour moins de 15€, c'est un récit que vous pouvez vous permettre de lire sans craintes et d'apprécier pleinement. Pour les sentimentaux et les romantiques, de préférence.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, j'espère vous retrouver bientôt pour un nouvel article !