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vendredi 27 mars 2020

La V.O. du vendredi n°146 : Harleen (DC Comics - Février 2020)


Jeune diplômée en psychiatrie, le Dr. Harleen Quinzel a élaboré une théorie concernant la nature de la folie et de ses différentes incarnations pathologiques. Pour la mettre à l'épreuve et enchaîner sur des protocoles de soins et d'accompagnements des patients différents de ce que l'on trouve habituellement, elle a besoin d'un financement et surtout d'un lieu d'exercice.

Elle trouvera finalement les deux grâce à la validation de son idéologie par Lucius Fox, et au-delà par Bruce Wayne, qui lui accorde des fonds et un droit d'exercice dans l'institut local le plus célèbre : l'asile d'Arkham. Là-bas, Harleen va côtoyer au quotidien les pires spécimens que la criminalité a à offrir, dans l'espoir de mieux les comprendre et surtout de sauver ceux qui peuvent l'être via une thérapie spéciale et toujours adaptée au mieux à leur handicap. Mais bien vite, entretien après entretien, l'idéalisme de la jeune psychiatre va se flétrir et rencontrer un obstacle de taille : l'immobilisme et le cynisme du milieu. Qu'il s'agisse de son supérieur direct, le Dr. Hugo Strange, ou bien des gardes en faction à l'asile, personne ne semble partager sa vision des patients.

Jusqu'au jour de la rencontre fatale, celle qui va petit à petit tout bouleverser : Harleen fait face au Joker. Un lien spécial les rapproche, un lien de psy à patient mais aussi entre deux êtres humains brisés qui se trouvent enfin. Harleen est fascinée par le degré de folie présent chez son patient préféré, un puits qui semble insondable selon les différentes expertises mais qu'elle entend bien explorer et combler de son mieux avec toute l'énergie dont elle dispose. Le Joker quant à lui se prend à s'ouvrir peu à peu, à délaisser l'humour froid pour des échanges un peu plus sains, plus humains.

Autour d'elle, tout le monde la met en garde, de ses amis jusqu'au Batman en personne. Le Joker est dangereux, un expert en manipulation, capable du pire à tout instant. Mais rien ne changera la vision qu'en a Harleen : un homme malade qu'elle peut sauver, elle le sait ! Et si elle parvient à sauver le Joker, tout le monde pourra l'être et sa théorie sera validée et acceptée par tout le corps médical ! Mais bien vite la psychiatre s'amourache du patient, qui sait la toucher exactement où il le faut pour la rallier à sa vision du monde...

En parallèle de ce plongeon vers les tréfonds de la folie sentimentale, nous assistons également à la chute brutale du procureur général Harvey Dent, véritable héros de la Justice à Gotham, qui après un horrible attentat contre lui en plein public deviendra peu à peu l'un des pires monstres qui hante cette ville si sombre. Bientôt rendu fou par la douleur et par ses propres convictions ébranlées, Harvey va déclencher quelque chose qui aura des répercussions sur l'ensemble des habitants de Gotham City... et unir à jamais le Joker et sa désormais célèbre compagne Harley Quinn, pour le meilleur et surtout le pire.

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VOILA un comic-book que j'attendais avec beaucoup d'ardeur depuis son annonce il y a quelques années, un travail de maître de la part de Stjepan Sejic qui illustre comme à son habitude avec brio mais également ici scénarise le tout avec une science de la narration et de l'étude du comportement à couper le souffle.

C'est vraiment une histoire magnifique sur tous les plans et tous les points. Le graphisme est ce qui se fait de meilleur chez l'artiste, ce pour quoi on l'aime depuis tant d'années, et le récit est très fort et touche en plein cœur le lecteur et le fan qui connaît pourtant déjà cette histoire par cœur depuis la création de Harley Quinn par Paul Dini et Bruce Timm dans la série d'animation Batman des années '90. Ici l'on revisite cette histoire devenue rapidement culte, mais entièrement du point de vue de Harleen, à la fois victime et partie prenante dans son propre drame personnel.

Les inspirations sont nombreuses et très bien respectée, Sejic rend hommage aux plus grands récits du genre sur le Batman. J'ai notamment retrouvé du Long Halloween et Amère Victoire, ainsi et surtout que Mad Love restée célèbre pour avoir posé les bases du personnage et de sa propre démence. C'est véritablement une plongée comme jamais auparavant très loin dans la tête de la pauvre Harleen, et le personnage est ici travaillé comme peu savent la mettre en valeur à ce point, au-delà de la bimbo cinglée qu'elle est devenue depuis quelques années. Harleen est humaine, très humaine, et faillible. Mais tout le monde l'est, n'est-ce pas ?

A ce sujet, le rapprochement le plus crucial n'est pas celui que l'on pense ! Si d'entrée de jeu c'est bien le Joker qui fait battre le cœur et chavirer la morale de la psychiatre émérite, c'est en revanche le parallèle observé de sa trajectoire avec celle de Harvey Dent qui sera le plus important dans cette histoire. Harley et Harvey sont pratiquement deux facettes du même problème, et ont chacun une solution personnelle à y apporter qui aura de lourdes conséquences pour tout le monde, eux avant tout. On finit même par se demander qui est véritablement aux commandes... est-ce le hasard, cruel et froid, ou bien le Joker qui s'amuse avec ses illusions ? A moins que ce ne soit Harleen elle-même dans ce qu'elle a de plus secret au fond de son esprit...

Bref vous l'aurez compris cette histoire est un véritable coup de cœur pour moi, elle doit arriver en VF chez Urban dans quelques mois si tout va bien donc un peu de patience et vous pourrez savourer vous aussi pour pas très cher ce chef-d’œuvre de la collection ''Black Label''. Gardez à l'esprit qu'il s'agit d'un récit à part de tout le reste, c'est une vision particulière de Gotham, de ses personnages et de leurs tourments, et il ne faut absolument pas tenter de raccrocher les wagons avec les séries actuelles. Amusez-vous simplement en lâchant la bride de votre imaginaire et en tâchant de repérer les références ici et là, vous verrez ça ne fait que du bien !

Petit mot enfin sur la qualité de l'album en soi : c'est parfait. Une taille supérieure à la norme, du papier de qualité et une couverture qui s'amuse avec vous comme vous vous amuserez avec elle grâce à un petit découpage dans le plastique souple du plus bel effet. Pas évident à caser dans sa collection, le livre va forcément sortir du lot au milieu des dos réguliers dont on a l'habitude, mais ça vaut largement le coup et vous ne serez pas déçus, au contraire ! J'espère vraiment que l'édition d'Urban nous proposera une qualité similaire voire supérieure pour profiter pleinement de l'expérience dans tout ce qu'elle a de pensé et d'étudié. Rendez-vous dans quelques mois pour la grande présentation officielle sur notre marché !

lundi 10 septembre 2018

Thanos - La Quête de Thanos (Panini Comics - Mai 2018)


Thanos, le titan fou. Thanos, l'impitoyable fléau de l'univers, revenu de l'au-delà par la seule volonté de sa maîtresse la Mort en personne, afin d'accomplir son vœu le plus cher : éliminer la moitié des êtres vivants de l'ensemble du vaste univers, afin de rétablir le grand équilibre cosmique. Pour cela, Thanos passe un temps immense à scruter les profondeurs du Puits de l'Infini, qui en vien à lui révéler une source de pouvoir à nulle autre pareille. Désormais, avec l'accord et le soutien de sa maîtresse, Thanos va se lancer dans une quête à travers le cosmos et frayer avec le tissu même de la réalité. Son but ultime : réunir entre ses mains les six Joyaux de l'Infini, qui détiennent chacun un pouvoir déjà pratiquement sans limites. Ensemble, ils feront de lui un Dieu. Ensemble, il feront de lui l'égal de la Mort, et lui permettront de régner sur l'univers à ses côtés comme il en a toujours rêvé. Mais cette quête de longue haleine ne sera pas de tout repos, et bien des fois notre titan fou risquera jusqu'à sa vie nouvellement acquise pour aller jusqu'au bout de son projet dément. La récompense en sera-t-elle satisfaisante ? Devenir Dieu est-il la fin de tout... ou bien n'est-ce encore que le commencement ?

Panini nous réédite dans une version luxueuse et très bien servie la célèbre Quête de Thanos, qui voit le titan s'emparer les unes après les autres des gemmes de l'infini en affrontant et triomphant de leurs anciens propriétaires. Une source d'inspiration qui a grandement contribué au développement du récent Avengers – Infinity War au cinéma, et un classique de la bande-dessinée américaine que chaque collectionneur ou simple amateur se devrait de posséder dans sa bibliothèque. Jim Starlin et Ron Lim, les deux talents à qui l'on doit cette ouverture en grande pompe des sagas de l'infini, nous régalent de merveilles et de concepts cosmiques presque impossibles à appréhender, tandis que notre ''héros'' de circonstance poursuit son projet dément. Le dessin date un peu il est vrai, l'histoire est issue du tout début des années '90 après tout, mais il est toujours terriblement actuel par son énergie et sa virtuosité narrative. On aurait du mal à trouver mieux à notre époque, et ce mince comic-book mérite largement sa place de chef-d’œuvre intemporel. A vous de franchir le pas désormais et de plonger dans La Quête de Thanos, afin de vous retrouver au cœur des événements qui provoqueront très bientôt la grande saga de l'infini...

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !


vendredi 27 avril 2018

La V.O. du vendredi n°100 : REM:8 tome 1 (Rothic Comics - A Rothic Novel)


Pour la 100ème chronique d'une œuvre en Version Originale sur Radiophogeek, j'ai eu beaucoup de mal à vous sélectionner quelque chose d'unique, d'assez original et neuf pour vous intéresser et vous offrir quelque chose d'incroyable en terme d'expérience de lecture. Et je crois avoir trouvé avec ce premier tome d'une œuvre de la désormais assez connue JP Roth, entourée par le meilleur de ce qui se fait dans le monde des comics comme dessinateurs et encreurs.

REM:8, c'est... comment dire, c'est une histoire d'amour assez classique, un amour passionnel et fusionnel entre deux jeunes femmes ayant enduré une douloureuse expérience génétique pour devenir de parfaites exécutrices des fantasmes des hommes assez riches et puissants pour se les payer. Elles possèdent un pouvoir particulier, le REM, qui leur permet d'entrer dans l'esprit de leurs maîtres pour leur faire connaître la meilleure expérience possible suivant leurs désirs et leurs ordres. Véritables poupées sexuelles pour certains, objets d'intérêt pour d'autres, les jeunes femmes et jeunes hommes ayant survécu au processus de transformation en REM sont très demandés. Mais celles qui nous intéressent ici tout particulièrement ont une histoire bien à elles en commun : un amour sincère, une envie de vivre à toute épreuve, qui sera malheureusement le début de leur perte. Un homme, un puissant Senji, se sert de la jeune Beck comme moyen de pression afin d'obtenir de Tae, son amie et amante, qu'elle mette ses pouvoirs à son service pour assassiner un rival. Mais une fois la mission achevée (ou bien abandonnée, nous n'en savons guère plus) le Senji trahit sa parole et tue Beck dans une mise en scène savamment orchestrée et devant les yeux impuissants de Tae, qui dès lors jure de se venger. Son désir le plus cher est désormais de trouver un moyen de ramener Beck dans le monde des vivants, en dehors des rêves qu'elles partagent encore par leur connexion spirituelle, et surtout de faire payer le prix du sang à tous ceux responsables de cette situation et de ce crime abject. Pour cela, Tae va devoir plonger loin dans les profondeurs nocives et cachées de cette société idéalisée, afin de trouver ceux qui comme elle rejettent le système et qui seront peut-être capables de l'aider à exaucer ses deux souhaits. Mais peut-être y aura-t-il un prix à payer, à nouveau, pour obtenir justice...

C'est avant tout une œuvre poétique extrêmement forte et puissante, vibrante dans les cordes sensibles de chaque individu, faisant s'éveiller tantôt la passion tantôt la crainte, en une succession de tableaux vraiment magnifiques mis en images par Dawn McTeigue et Collette Turner, avec une recherche graphique vraiment au top de ce que l'on trouve dans le milieu des comics. C'est une véritable œuvre d'art que nous tenons là entre nos mains, à plus d'un titre, et il faut clairement lui laisser sa chance et partir à fond dans cette aventure spirituelle et émotionnelle très intense. Si le style tant graphique (disposition des cases, agencement des dialogues, poèmes disséminés en pleine histoire) que scénaristique peut en déboussoler plus d'un, c'est malgré tout un pas nécessaire à franchir pour profiter pleinement de cette expérience. JP Roth est une auteur magnifique et de grand talent, accompagnée des meilleurs de la profession, et elle mérite bien qu'on lui consacre cette 100ème chronique V.O. ! Rendez-vous dans quelques semaines pour d'autres histoires si celle-ci vous a intrigué et plu.

mercredi 6 décembre 2017

Batman - The Dark Prince Charming tome 1 (Dargaud - Novembre 2017)


Alors que le Joker refait à nouveau parler de lui en accomplissant un casse sanglant dans une bijouterie de luxe, Batman s'efforce de le neutraliser mais parvient seulement à limiter les dégâts durant la fuite du vilain. Ce dernier se rend alors à son repaire pour l'anniversaire d'Harley Quinn, pour qui il avait prévu un magnifique collier de perles qu'il a malheureusement perdu. Mais qu'à cela ne tienne, une autre idée de cadeau lui vient à l'esprit en regardant les informations... d'ailleurs, autre chose le frappe quand il entend les ragots de la ville selon lesquels Bruce Wayne serait attaqué en justice par une femme voulant faire reconnaître son enfant de huit ans par le milliardaire et exigeant dédommagement. Le Joker va alors mettre sur pieds un plan comme lui seul à le secret et kidnapper la jeune fille, tandis que Batman va alors s'efforcer de remuer ciel et terre pour la retrouver à tout prix, quitte à brutaliser davantage ses méthodes et son éthique. Une chasse commence à Gotham City, un dangereux jeu d'ombres entre le Chevalier Noir apparemment pas si exemplaire et le Clown Prince du Crime aux idées tordues. Qu'adviendra-t-il de la petite fille, Alina, entre les mains du fou furieux ? Qui est réellement son père ? Batman parviendra-t-il à la sauver ?

Une excellente histoire sur Batman et son univers, autorisée par DC et confiée à Enrico Marini, le dessinateur de génie derrière les bandes-dessinées Les Aigles de Rome et Scorpion. Carte blanche pour l'auteur-dessinateur qui met alors en scène les personnages dans une magnifique course-poursuite acharnée à travers une Gotham hors normes, tellement belle et envoûtante. Le dessin est tout à la fois détaillé et abstrait, juste ce qu'il faut à chaque fois, l'univers et l'ambiance autour des aventures de Batman sont très bien respectés, aucune fausse note. Cette histoire pourrait totalement s'insérer dans la continuité normale du Chevalier Noir, plutôt dans les années post-Silence de Jim Lee. Tout y est excellent, tout s'imbrique, tout est parfaitement fluide, bref un vrai plaisir à lire et à offrir en cette période de fêtes qui commence. Ne le boudez pas, c'est vraiment exceptionnel ! Et vivement la suite et fin de cette histoire dans la seconde partie ! C'est la rencontre privilégiée et parfaite entre les comics et la bande-dessinée, un graphic-novel unique en son genre et tellement bien réussi et travaillé. Merci Dargaud pour cette chouette bonne idée et ce format si grand et confortable.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 3 août 2014

The Crow - Edition Définitive (James O'Barr - Delcourt - Octobre 2012)


A travers mes différents articles vous avez certainement du vous dire que je suis quelqu'un de fort sensible, pour m'émouvoir devant autant de récits qui n'en valent pas tous la peine il est vrai. C'est vrai aussi finalement que je suis assez sensible et émotif, surtout lorsque l'on joue sur des thèmes qui me sont chers. C'est le cas avec The Crow, une histoire véritablement poignante teintée d'une tristesse absolue, à ne lire que si vous avez le moral, sinon vous finirez plus bas que terre.
Beaucoup connaissent sans doute le film d'Alex Proyas sorti en 1994 avec le regretté Brandon Lee dans le rôle principal, qui signa son destin tragique et ajouta une nouvelle couche de drame sur cette oeuvre. Certains connaissent peut-être aussi la série-télé Canadienne de Bryce Zabel, en 24 épisodes et diffusée entre 1998 et 1999, au succès mitigé voir absent.
Si c'est votre cas, alors tant mieux pour vous, mais sachez que vous ratez l'essentiel, le coeur-même de la tragédie gothique/romantique qui se joue dans cette oeuvre, si vous n'avez pas lu le comics. Le graphic novel devrais-je dire, puisque nous atteignons ici des sommets de qualité et de technique dans l'art séquentiel et qu'il convient de lui rendre justice en le sortant du lot.

The Crow, c'est l'histoire de Shelly et Eric, un jeune couple s'apprêtant à se marier et à se lancer dans la vie, brutalement assassiné par un gang de malfrats sur la route après avoir subi les pires sévices. De cette tragédie naît une force vengeresse que rien ne semble pouvoir stopper, lorsqu'un an plus tard un corbeau (les gardiens des portes du royaume des morts) ramène Eric de l'au-delà afin qu'il puisse se lancer dans une traque sans merci, dans le but de rendre la justice et de faire payer à ces criminels le mal qu'ils ont pu faire. Si cette présentation de l'intrigue paraît simpliste vue comme ça, il n'en est rien car à cela s'ajoute une quête mystique de souvenirs et de rédemption, nous traverserons les épreuves d'Eric comme si nous étions les témoins privilégiés de son désir de retrouver sa bien-aimée ou tout du moins de la rejoindre bientôt, une fois sa tâche accomplie, et tout simplement d'enfin trouver la paix. Eric est une âme en peine, un revenant vengeur en proie à une terrible mélancolie et à une tristesse insondable, que le récit et les illustrations parviennent à nous faire ressentir au plus profond de notre coeur (pourvu que vous soyez de nature sensible et un brin romantique, bien entendu). Le présent sera entrecoupé régulièrement par des scènes tirées du passé et de la mémoire d'Eric, des scènes d'une incroyable tendresse qui permettent aussi au lecteur, tout comme au héros, de se réfugier l'espace d'un instant loin de la violence et de l'horreur de l'épreuve qui lui est imposée. Vous pourrez vibrer à la vue de ces moments intimes et doux, emplis d'amour et de partage à deux, avant de sombrer de nouveau dans la folie de la vengeance.

En somme, ce sont là des émotions que tout à chacun ressent normalement lorsqu'il lui arrive une telle tragédie. Et c'est bien là le véritable coeur de cette oeuvre : l'auteur, James O'Barr, a personnellement affronté le deuil de sa propre petite-amie suite à un accident qu'il se sentît très longtemps coupable d'avoir provoqué. Après une très longue période de dépression, assez grave et on le comprend bien, il a fini par trouver le moyen d'extérioriser du mieux qu'il pouvait toute la rage qu'il contenait et qui le dévorait de l'intérieur, ainsi que d'exprimer au passage l'infinie tristesse qu'il ressentait après la perte de son aimée. Cela donne The Crow, une histoire aux vertus thérapeutiques, une plongée dans les abysses de l'âme humaine rongée par le chagrin et la colère, mais également, et ce contre toute attente, un cri passionné pour la vie et la force de rester en vie, même après les pires épreuves. Certes au premier degré on peut voir le parcours d'Eric comme une sorte de renonciation progressive, après une lutte acharnée et une fois son but atteint, mais il est aussi question d'aimer la vie telle qu'elle est, tout simplement, et de ne jamais se laisser aller à y renoncer, même sous le coup de la plus affreuse des douleurs. Le retour d'Eric dans notre monde après sa mort, même si ce n'est que pour un temps très court, est non seulement un retour à la vie du personnage mais aussi un retour à la vie pour l'auteur lui-même, qui en extériorisant sur le papier ses souffrances et ses émotions peut enfin commencer à s'affranchir de ces mêmes souffrances et aller de l'avant, tout en gardant toujours un souvenir douloureux mais cher au coeur, une nostalgie mélancolique avec laquelle il devra apprendre à vivre.

Beaucoup n'ont pas réellement su voir tout cela dans le graphic novel magnifique qu'est The Crow, peut-être à cause du fait que les films suivant le premier furent moins bons et plus axés sur la violence, ou peut-être parce que la série-télé a bien dénaturé le propos de base tout en conservant une atmosphère familière, toujours est-il que l'impact artistique de ce récit reste encore à ce jour trop méconnu. Voir mésestimé. Et pourtant ! Plongez-vous au coeur de ces pages en noir et blanc, de ce graphisme sidérant de netteté et de réalisme ! Les impressions de mouvement sont vives, naturelles, on a parfois la sensation d'observer un ballet de danse (ce qui est le but recherché de certaines scènes au passages), Eric évolue dans son environnement aussi dignement que majestueusement, l'on parvient à ressentir autant sa grâce naturelle que sa puissance terrifiante. Les décors sont également somptueux dans le genre réaliste, un travail titanesque est fourni quant aux détails qui pullulent sur chaque planche, dans chaque case, même les plus épurées. Quand on voit cela, on ne peut douter de l'implication corps et âme de l'artiste à réaliser son oeuvre, comme à rendre le meilleur hommage possible à ses souvenirs de l'être aimée. Là où le noir et blanc de Sin City passe souvent pour une prouesse du genre, à côté des nuances ultra-précises de The Crow cela fera office de grossière ébauche. Par endroits on pourrait presque rapprocher ce travail de celui que l'on doit exercer avec les trames dans l'art du manga, tout un dosage à maîtriser.

Enfin, car cela constitue le petit plus qui m'a décidé à rédiger cet article, il faut saluer l'énorme performance éditoriale réalisée par Delcourt, qui a réédité ce récit malgré les risques de ne pas réussir à intéresser une nouvelle clientèle pour se rentabiliser, mais en fournissant un travail somptueux et léché qui nous donne un petit bijou que nous sommes fiers de posséder et d'exposer dans notre bibliothèque comics/bds, en bonne place. Cette ''Edition Définitive'' comporte des bonus informatifs jusque là peu connus, une nouvelle préface de l'auteur lui-même, des poèmes sélectionnés par ses soins au sein de la littérature française pour appuyer chaque chapitre, ainsi qu'une scène totalement inédite dessinée par James O'Barr exclusivement pour cette édition, qui fait alors office d'ultime finition apportée au récit. Si vous avez l'occasion de la trouver, et que cette petite présentation vous a intrigué voir séduit, surtout n'hésitez pas à le feuilleter et à vous le procurer par la suite, à condition bien sûr que vous aimiez ce genre d'histoires, ce qui n'est pas le cas de tout le monde malheureusement, même ici au sein de notre rédaction !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !