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lundi 3 avril 2017

La question du lundi n°34 : Peut-on vraiment tuer un héros ?


Vaste question que celle-ci, les vilains du monde entier se la posent sans doute depuis des temps immémoriaux. Peut-on vraiment tuer un héros ? Un super-héros, qui plus est ?

Depuis les temps mythologiques, les héros de tous poils affrontent des dangers titanesques et sauvent la veuve et l'orphelin, rendant la justice et écrasant le Mal où qu'il se trouve. Les héros sont par définition les exemples que chacun s'emploie à suivre dans le cours de sa vie, les modèles auxquels on veut absolument ressembler et s'identifier car ils incarnent les meilleures valeurs humaines. Mais pour autant, chacun doit un jour mourir, et cela vaut même pour les héros. Mettre en scène la mort d'un héros est une tâche ardue, à laquelle s'emploient les metteurs en scène depuis l'Antiquité, notamment avec l'essort du genre de la tragédie grecque dont le principe est, je le rappelle, que le Bien finisse par triompher du Mal au prix de l'ultime sacrifice, n'échappant aucunement à la fatalité de son destin. Kurumada, si tu me lis, c'est pour toi.

À l'heure actuelle, ce sont les super-héros qui dominent le marché et l'imaginaire collectif, ce depuis bien avant les années '30 et la création du meilleur et plus iconique d'entre eux, Superman. De nos jours avec les films au cinéma, le genre est devenu grand public et séduit même les néophytes, les comics ont le vent en poupe depuis plusieurs décennies et générations. Aussi il devient plus compliqué de tuer un personnage iconique, hautement symbolique et adulé de tous. Pour autant les éditeurs ont essayé, dans les années '90 par exemple avec le très célèbre arc de La Mort de Superman, à lire absolument dans son entièreté. Batman, brisé par Bane durant le même temps, n'échappa pas bien longtemps à son triste sort puisqu'à la fin des années 2000 le voilà tué par Darkseid durant Final Crisis. Et même bien plus récemment, Marvel a réussi le pari fou de tuer l'intuable, Wolverine lui-même, dans La mort de Wolverine (à lire prochainement sur Radiophogeek). On comprend qu'après des années et des années de bons et loyaux services, il soit temps de tourner la page et de faire passer l'arme à gauche aux personnages ayant la plus longue carrière. Captain America n'y a pas coupé à la fin de Civil War (le comics, pas le film), lui qui officiait depuis la Seconde Guerre Mondiale. Au bout d'un moment, la continuité devient trop lourde à assumer, il y a trop de récits et d'aventures à prendre en compte pour comprendre l'évolution d'un personnage, aussi vaut-il mieux le faire partir sur une dernière note des plus héroïques et le remplacer durant un temps par un de ses acolytes (Nigthwing, X-23, Winter Soldier... choisissez, il y en a plein). Tuer un personnage familier et aimé des lecteurs, ça fait vendre également. Les récits les plus lus et achetés sont en général les premiers et les derniers d'un héros, quel qu'il soit. Mais la Mort est-elle vraiment le point final ultime des aventures d'un super-héros ? Là où nos héros de l'Antiquité mourraient avec dignité au combat, les super-héros de notre époque moderne eux se fichent de la Mort comme d'une vieille chaussette et en reviennent sans arrêt. Batman est en réalité transporté dans le passé, Superman n'est entré que dans un état ''proche de la mort'', Wolverine va bientôt revenir si l'on en croit les rumeurs et Thor a même vécu des aventures épiques dans l'au-delà en attendant sagement sa résurrection. Tous les super-héros qui ont un jour affronté la Mort, la vraie, en sont revenus pour vivre de nouvelles et passionnantes aventures. Parce que c'est ça que le public aime désormais, des héros qui se montrent plus forts que la Mort, plus forts que la fatalité, et capables de revenir d'entre les défunts pour reprendre leur éternel combat contre le Mal. Dans ces conditions, peut-on réellement tuer définitivement un personnage central tel que Batman, Superman, Wolverine, Thor, Captain America, Green Lantern, Flash, Charles Xavier, etc. ?

En vérité ce sont les éditeurs qui décident, du moins fonction du chiffre réalisé par la série de tel ou tel personnage. Lorsque le moment est venu, on tire le rideau sur l'un et l'on en met un autre en lumière, avant de mieux faire reparaître le précédent. Le système fonctionne et fait vendre, ce qui est le principal argument commercial de tout éditeur. Comment vendre le 958ème épisode des aventures de Untel ? En le tuant et en arrêtant la série... pour quelques temps, années ou mois, avant de le ramener à la vie et de recommencer presque à zéro, ramenant le public d'antan et permettant de faire découvrir le personnage tout neuf à une nouvelle génération.

Peut-on vraiment tuer un héros ? De nos jours bien moins aisément qu'autrefois, car son public le réclamera toujours et sa voix fait loi. La Mort devra se contenter de locataires temporaires de l'au-delà, car envers et contre tout nous aurons toujours besoin de nos héros pour nous éclairer et nous servir d'exemples. C'est ce qui fait qu'un héros, un vrai, reviendra toujours.

La question pourrait se poser pour les personnages secondaires, les acolytes... le cas de Jason Todd, le second Robin, fait école depuis les années '80 et 2000 qui virent sa mort et son retour. On oublie bien plus facilement un héros de second plan, et son décès peut même servir à renforcer le héros principal, qui ressortira plus fort de cette tragique expérience. Bucky Barnes revient ainsi des dizaines d'années après sa mort en tant que Winter Soldier, et Jason Todd en tant que Red Hood, soit pour seconder à nouveau leur mentor soit pour le tourmenter, mais dans tous les cas pour lui fournir une nouvelle épreuve dont il saura triompher.


Un jour qui sait, nous aurons peut-être l'occasion de voir mourir un héros pour de bon, qu'il soit secondaire ou principal, et ce jour sera à marquer d'une pierre blanche car réellement historique. À l'heure où la Fox décide de tuer Wolverine sur grand écran, mais où Marvel annonce son grand retour dans les comics pour bientôt, il serait plus que jamais temps de se décider et de prendre un vrai risque éditorial. Car à trop jouer avec la Mort, on finit par en dénaturer le concept, et la tragédie perd de son intérêt. À méditer.

mercredi 13 mai 2015

Devil's Lost Soul (Pika - 2014/2015 - série complète en 6 tomes)


Démarrée chez nous en Février 2014 et venant de se terminer avec son sixième tome paru en Mai 2015, la nouvelle série de Kaori Yuki, la reine du shojo gothique, aura entraîné ses lecteurs dans un fantastique voyage au cœur des thématiques chères à cette auteur et qui font remonter les souvenirs de ses plus grandes œuvres, telles qu'Angel Sanctuary ou les Comte Caïn.

A l'époque du Japon Impérial du début du XXème siècle, nous suivons la tragédie entourant l'illustre famille Kamichika. Le fils et seul héritier, Garan, recueille un jeune homme sévèrement blessé à l'issue d'un tremblement de terre qui a dévasté la capitale impériale, et auquel semble mêlé son père, le baron Kamichika à la sinistre réputation. Le jeune rescapé, du nom de Sorath, se lie d'une profonde et sincère amitié pour Garan et surtout pour la jeune fille engagée par son père pour devenir sa fiancée, Kiyora. Les trois compères vivent des jours heureux et complices, malgré leurs sentiments les uns envers les autres qui commencent à évoluer pour former un triangle amoureux, jusqu'au jour où les méfaits du baron sont dévoilés et où le véritable rôle de Kiyora la rattrape : devant servir de prêtresse et de sacrifice lors d'un rite d'invocation pour une créature malfaisante dont le baron espère obtenir les faveurs et pouvoirs, la jeune fille est partagée entre son destin inéluctable et la vie qu'elle ne pourra jamais connaître auprès de ses amis.
A la suite de l'intervention de Sorath, voulant sauver Kiyora, Garan est laissé pour mort tandis que le baron disparaît dans une brèche avec le démon majeur qu'il a voulu invoquer. Sorath, déterminé à protéger l'alter-ego de Kiyora, Noëla, s'embarque avec le démon Méphistophélès pour un voyage à travers le temps et l'espace jusqu'à notre époque, où dans la ville de Tokyo soumise aux maléfices d'une horde de démons au service du baron il devra défendre la jeune fille et tout faire pour retrouver l'âme de Kiyora avant que le Seigneur de la Terreur, l'entité ayant fusionné avec le baron Kamichika, ne revienne sur Terre pour annoncer la destruction du monde et l'avènement des Ténèbres.

Entre complots, révélations et trahisons, Kaori Yuki nous entraîne dans un récit haletant prenant place à notre époque, sur des bases plus anciennes, et dans lequel on retrouve tout le savoir-faire de cette auteur de génie. Ses thèmes de prédilection sont bien là : l'inceste, la critique de la mode et des dérives d'Internet, la connaissance élevée des mythes judéo-chrétiens et de la kabbale, les destinées entrecroisées, l'amour, la haine... et surtout l'amitié. En un condensé de 6 volumes, nous retrouvons tout ce qui a fait le succès de Kaori Yuki par le passé et qui l'a hissé au rang de reine du shojo gothique, de ce qu'on appelle aujourd'hui la ''Dark Fantasy''. Rien à redire sur cette histoire, à la fois complexe et facile à lire, rapide, claire, et terriblement bien écrite et mise en image comme toujours. Une histoire tragique, belle, émouvante et qui comme toujours joue sur les tabous et les interdits de notre société pour mieux nous surprendre et nous étonner. Une très bonne découverte selon moi, qui confirme si besoin était pour la jeune génération de nouveaux lecteurs que Kaori Yuki est et reste une auteure à suivre absolument !

Petite remarque, pour la première fois une série de Kaori Yuki n'est pas éditée par Tonkam chez nous mais par Pika, exceptionnellement. Cela tient au fait qu'en V.O. Kaori Yuki a été éditée pour cette histoire chez une maison autre que celle de ses débuts qui la suit encore actuellement. Du coup, chez nous aussi les droits ont pu passer chez une autre maison d'édition. J'avais un peu peur au départ de ce changement, me demandant comme un autre éditeur que Tonkam pourrait bien servir correctement un récit de Kaori Yuki... et j'ai été très agréablement surpris. Nous avons droit en France à une très belle édition, de qualité, avec de gros efforts fournis par Pika. Jaquettes (comme de juste pour un manga me direz-vous), couvertures dorées/chromées avec plusieurs teintes, marque-page fantasy très original à l'image de la série et fournit avec le premier tome, format agréable, les fans sont gâtés et il n'y a au final aucun regret sur le fait qu'il ne s'agisse pas de Tonkam. Si l'expérience se reproduit un jour, j'espère que Pika saura maintenir ces efforts et nouveaux standards de qualité !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 18 avril 2015

The Crow - Le scalp des loups (Delcourt - Septembre 2014)


The Crow, véritable série phénomène dans le monde des comics, n'a pas fini de faire parler d'elle. En effet, James O'Barr en personne est revenu aux affaires il y a quelques années et a repris les commandes de sa création, l'orientant vers une nouvelle direction artistique en compagnie du dessinateur Jim Terry. Sorti en Septembre dernier chez Delcourt, ce premier (je ne sais pas s'il y en a d'autres après) album d'un nouveau genre m'a laissé un peu froid à l'issue de sa lecture.

Europe, Seconde Guerre Mondiale. Quelque part dans un camp de concentration anonyme, un Juif est tué ainsi que sa femme et sa fille par un commandant sadique se plaisant à défier ses prisonniers les plus intelligents à une partie d'échecs où l'issue ne fait jamais aucun doute quel que soit le résultat. Comme de juste, pour réparer cette horreur, un corbeau ressuscite l'âme en quête de vengeance, pour une nuit d'horreur comme jamais il n'y en eu.

Si l'on retrouve bien la thématique principale chère à The Crow (la vengeance après une tragédie), l'on est quand même assez loin de la beauté romantique de la série originale, près de 20 ans auparavant. James O'Barr opte ici pour un déchaînement de violence plus ou moins gratuite, une suite de meurtres sauvages et sanglants et un sentiment de justice des plus ambigus. Cette fois-ci la vengeance est aveugle et froide, sans retenue ni remords d'aucune sorte. Clairement pas la meilleure histoire du Corbeau qu'il m'ait été donnée de lire, et je reste plutôt déçu de voir O'Barr prendre ce virage brutal et assez impersonnel en plus, créant davantage l'incarnation d'une vengeance fantasmée qu'une réelle histoire.
Nouveauté aussi pour cette série, le noir et blanc disparaît au profit de l'apparition de la couleur, des teintes pastels et assez ternes qui se marient avec une grisaille ambiante, dans la veine de The Walking Dead par exemple s'il y avait de la couleur dedans. Ça fait son petit effet mais ça accentue aussi l'impression de lire tout sauf du The Crow, au final.
Bref, une lecture un peu décevante mais tout de même intéressante en soi, il suffit de savoir faire abstraction de ce que l'on attendrait d'un titre de cette licence même s'il s'agit du retour de l'auteur d'origine, et de la prendre davantage comme un genre de one-shot que comme un réel ajout à la mythologie du ''personnage''. En plus l'album est assez court, moins de 10 minutes pour tout lire, donc ce n'est pas vraiment une perte de temps regrettable, même si je ne vous conseille pas forcément cette histoire-ci.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 1 octobre 2014

Vampire Hunter D - Bloodlust (Yoshiaki Kawajiri - Mad House - 2000)



Pour démarrer cette spéciale Halloween sur le thème des vampires, je vous propose d'ouvrir avec un film d'animation américano-japonais des studios Mad House, assez reconnus dans leur domaine, sorti en 2000 et adapté des aventures du célèbre chasseur de vampires, D.
Dans un monde post-apocalyptique, sur lequel ont jadis régné les vampires en maîtres absolus de l'humanité, au sein d'immenses forteresses et de complexes spatiaux aujourd'hui désaffectés, les choses ont fortement changé depuis le grand cataclysme. Les hommes vivent de nouveau comme à l'âge du Far West, les restes de technologies sont considérés comme des reliques plus ou moins sacrées et surtout les vampires et autres monstres sont pourchassés sans relâche par des Hunters, des experts de la traque et de la destruction de créatures surnaturelles, faisant payer leurs services un maximum. D est considéré comme le meilleur de tous les chasseurs de vampires existants, et pour cause car c'est un hybride humain/vampire, un enfant interdit, un Dhampire, fruit de l'union du légendaire Roi des Vampires avec une simple mortelle. Traversant le monde à la recherche de son passé, de son identité et du secret de ses origines, combattant un ennemi restant perpétuellement dans l'ombre, D se trouve parfois en mesure d'aider les populations à vaincre les monstres qui les oppressent encore.
C'est dans ce contexte que notre histoire commence, lorsqu'une jeune femme du nom de Charlotte Elbourne est enlevée de nuit par un vampire des plus puissants encore en vie, Meier Link, dont on dit qu'il déteste profondément l'humanité. D est chargé par la famille de Charlotte de la retrouver coûte que coûte et de la ramener vivante auprès de son père, sauf si Meier l'a mordu : dans ce cas, D devra la tuer et rapporter une preuve du succès de sa mission. Pour encourager l'efficacité des recherches, la famille Elbourne mandate également les célèbres Markus Brothers, une bande de chasseurs brutaux mais aux résultats excellents, qui entendent bien être les premiers à sauter sur le pactole et à massacrer du vampire. A travers tout le pays et la lande désolée la traque commence, il faut parvenir à récupérer Charlotte à temps avant que Meier ne décide de la tuer ou pire, de la transformer à son image. Pourtant, le cruel vampire semble bien attentionné et sensible avec la jeune femme, comme s'ils partageaient tous deux un lourd secret, un passé inavouable. Aidés dans leur fuite par une mystérieuse bienfaitrice qui les accueille dans son château, Charlotte et Meier vont vite s'apercevoir qu'ils sont eux aussi les pions d'une machination bien plus complexe qu'il n'y paraît, et que leur amour interdit risque de causer leur perte et celle de toute l'humanité en provoquant le retour d'une créature infernale, jadis bannie par le Roi des Vampires en personne pour ses méfaits. Une personne qui semble aussi connaître une partie du passé de D, ou du moins en savoir assez pour redouter que le Dhampire n'apprenne un jour la vérité sur sa propre nature. Le combat sera rude et intense, des sacrifices seront nécessaires, et par-dessus tout la vengeance sera de mise, la vengeance pour la mort d'un amour sincère, pour une société qui refuse cette union, pour un monde qui ne se comprend pas lui-même.

C'est un film vraiment magnifique, aux animations extrêmement détaillées et fluides, une vraie merveille du genre. Quand on voit certaines productions actuelles, on se demande ce qui a bien pu se passer pour en arriver à un rendu si pauvre alors qu'il y a presque 15 ans Mad House pouvait pondre un chef-d'oeuvre absolu de technique. Les textures sont merveilleusement retranscrites à l'image, les couleurs également, les décors sont tous plus somptueux les uns que les autres, témoins d'un passé d'une richesse phénoménale et d'un monde superbement développé. La musique, signée Marco D'Ambrosio, vous transportera dans un océan de sensations et de sentiments, allant de la colère à la tristesse, du bonheur à la peine et à la douleur, et même vous fera aimer les personnages, quels qu'ils soient. ''Sublime'' serait le mot idéal pour décrire ce film, mais en vérité il faut bien plus d'un seul mot pour arriver à lui rendre justice. Le meilleur conseil que je puisse vous donner c'est de tout faire pour réussir à le voir, rien qu'une fois, si vous aimez les belles histoires d'amour tragiques et les mythes vampiriques victoriens. En France le film est disponible grâce à TF1 Vidéo il me semble, mais pour ma part je préfère largement la version américaine car les voix sont juste magnifiques à entendre, les mots harmonieux et les dialogues si poignants et maîtrisés ! Si vous le pouvez, regardez-le en VOSTFR (version américaine toujours), ça vaut franchement le coup. Et vous verserez peut-être comme moi plus d'une larme à la fin, d'une poésie magistrale qui achèvera même les plus durs d'entre vous. Une beauté, une perle.

Un petit mot pour finir sur le manga, car oui Vampire Hunter D c'est aussi et surtout un manga, scénarisé par Hideyuki Kikuchi et dessiné par Saiko Takaki, disponible chez Kazé par chez nous si vous êtes curieux de découvrir d'autres aventures de D, poursuivant sa quête d'identité. Le tome 3 du manga correspond au film Bloodlust justement (tandis que le tome 1 correspond au tout premier film-animé daté de 1985, que je ne vous conseille pas du tout en VF), mais avec une histoire légèrement différente bien que toute aussi triste. A vous de voir !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 3 août 2014

The Crow - Edition Définitive (James O'Barr - Delcourt - Octobre 2012)


A travers mes différents articles vous avez certainement du vous dire que je suis quelqu'un de fort sensible, pour m'émouvoir devant autant de récits qui n'en valent pas tous la peine il est vrai. C'est vrai aussi finalement que je suis assez sensible et émotif, surtout lorsque l'on joue sur des thèmes qui me sont chers. C'est le cas avec The Crow, une histoire véritablement poignante teintée d'une tristesse absolue, à ne lire que si vous avez le moral, sinon vous finirez plus bas que terre.
Beaucoup connaissent sans doute le film d'Alex Proyas sorti en 1994 avec le regretté Brandon Lee dans le rôle principal, qui signa son destin tragique et ajouta une nouvelle couche de drame sur cette oeuvre. Certains connaissent peut-être aussi la série-télé Canadienne de Bryce Zabel, en 24 épisodes et diffusée entre 1998 et 1999, au succès mitigé voir absent.
Si c'est votre cas, alors tant mieux pour vous, mais sachez que vous ratez l'essentiel, le coeur-même de la tragédie gothique/romantique qui se joue dans cette oeuvre, si vous n'avez pas lu le comics. Le graphic novel devrais-je dire, puisque nous atteignons ici des sommets de qualité et de technique dans l'art séquentiel et qu'il convient de lui rendre justice en le sortant du lot.

The Crow, c'est l'histoire de Shelly et Eric, un jeune couple s'apprêtant à se marier et à se lancer dans la vie, brutalement assassiné par un gang de malfrats sur la route après avoir subi les pires sévices. De cette tragédie naît une force vengeresse que rien ne semble pouvoir stopper, lorsqu'un an plus tard un corbeau (les gardiens des portes du royaume des morts) ramène Eric de l'au-delà afin qu'il puisse se lancer dans une traque sans merci, dans le but de rendre la justice et de faire payer à ces criminels le mal qu'ils ont pu faire. Si cette présentation de l'intrigue paraît simpliste vue comme ça, il n'en est rien car à cela s'ajoute une quête mystique de souvenirs et de rédemption, nous traverserons les épreuves d'Eric comme si nous étions les témoins privilégiés de son désir de retrouver sa bien-aimée ou tout du moins de la rejoindre bientôt, une fois sa tâche accomplie, et tout simplement d'enfin trouver la paix. Eric est une âme en peine, un revenant vengeur en proie à une terrible mélancolie et à une tristesse insondable, que le récit et les illustrations parviennent à nous faire ressentir au plus profond de notre coeur (pourvu que vous soyez de nature sensible et un brin romantique, bien entendu). Le présent sera entrecoupé régulièrement par des scènes tirées du passé et de la mémoire d'Eric, des scènes d'une incroyable tendresse qui permettent aussi au lecteur, tout comme au héros, de se réfugier l'espace d'un instant loin de la violence et de l'horreur de l'épreuve qui lui est imposée. Vous pourrez vibrer à la vue de ces moments intimes et doux, emplis d'amour et de partage à deux, avant de sombrer de nouveau dans la folie de la vengeance.

En somme, ce sont là des émotions que tout à chacun ressent normalement lorsqu'il lui arrive une telle tragédie. Et c'est bien là le véritable coeur de cette oeuvre : l'auteur, James O'Barr, a personnellement affronté le deuil de sa propre petite-amie suite à un accident qu'il se sentît très longtemps coupable d'avoir provoqué. Après une très longue période de dépression, assez grave et on le comprend bien, il a fini par trouver le moyen d'extérioriser du mieux qu'il pouvait toute la rage qu'il contenait et qui le dévorait de l'intérieur, ainsi que d'exprimer au passage l'infinie tristesse qu'il ressentait après la perte de son aimée. Cela donne The Crow, une histoire aux vertus thérapeutiques, une plongée dans les abysses de l'âme humaine rongée par le chagrin et la colère, mais également, et ce contre toute attente, un cri passionné pour la vie et la force de rester en vie, même après les pires épreuves. Certes au premier degré on peut voir le parcours d'Eric comme une sorte de renonciation progressive, après une lutte acharnée et une fois son but atteint, mais il est aussi question d'aimer la vie telle qu'elle est, tout simplement, et de ne jamais se laisser aller à y renoncer, même sous le coup de la plus affreuse des douleurs. Le retour d'Eric dans notre monde après sa mort, même si ce n'est que pour un temps très court, est non seulement un retour à la vie du personnage mais aussi un retour à la vie pour l'auteur lui-même, qui en extériorisant sur le papier ses souffrances et ses émotions peut enfin commencer à s'affranchir de ces mêmes souffrances et aller de l'avant, tout en gardant toujours un souvenir douloureux mais cher au coeur, une nostalgie mélancolique avec laquelle il devra apprendre à vivre.

Beaucoup n'ont pas réellement su voir tout cela dans le graphic novel magnifique qu'est The Crow, peut-être à cause du fait que les films suivant le premier furent moins bons et plus axés sur la violence, ou peut-être parce que la série-télé a bien dénaturé le propos de base tout en conservant une atmosphère familière, toujours est-il que l'impact artistique de ce récit reste encore à ce jour trop méconnu. Voir mésestimé. Et pourtant ! Plongez-vous au coeur de ces pages en noir et blanc, de ce graphisme sidérant de netteté et de réalisme ! Les impressions de mouvement sont vives, naturelles, on a parfois la sensation d'observer un ballet de danse (ce qui est le but recherché de certaines scènes au passages), Eric évolue dans son environnement aussi dignement que majestueusement, l'on parvient à ressentir autant sa grâce naturelle que sa puissance terrifiante. Les décors sont également somptueux dans le genre réaliste, un travail titanesque est fourni quant aux détails qui pullulent sur chaque planche, dans chaque case, même les plus épurées. Quand on voit cela, on ne peut douter de l'implication corps et âme de l'artiste à réaliser son oeuvre, comme à rendre le meilleur hommage possible à ses souvenirs de l'être aimée. Là où le noir et blanc de Sin City passe souvent pour une prouesse du genre, à côté des nuances ultra-précises de The Crow cela fera office de grossière ébauche. Par endroits on pourrait presque rapprocher ce travail de celui que l'on doit exercer avec les trames dans l'art du manga, tout un dosage à maîtriser.

Enfin, car cela constitue le petit plus qui m'a décidé à rédiger cet article, il faut saluer l'énorme performance éditoriale réalisée par Delcourt, qui a réédité ce récit malgré les risques de ne pas réussir à intéresser une nouvelle clientèle pour se rentabiliser, mais en fournissant un travail somptueux et léché qui nous donne un petit bijou que nous sommes fiers de posséder et d'exposer dans notre bibliothèque comics/bds, en bonne place. Cette ''Edition Définitive'' comporte des bonus informatifs jusque là peu connus, une nouvelle préface de l'auteur lui-même, des poèmes sélectionnés par ses soins au sein de la littérature française pour appuyer chaque chapitre, ainsi qu'une scène totalement inédite dessinée par James O'Barr exclusivement pour cette édition, qui fait alors office d'ultime finition apportée au récit. Si vous avez l'occasion de la trouver, et que cette petite présentation vous a intrigué voir séduit, surtout n'hésitez pas à le feuilleter et à vous le procurer par la suite, à condition bien sûr que vous aimiez ce genre d'histoires, ce qui n'est pas le cas de tout le monde malheureusement, même ici au sein de notre rédaction !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !