Ayant réussi à prendre le contrôle du champignon lamia qui infectait le corps de son adversaire, Jason Woodrue, alias l'Homme-Floronique, vient de triompher en renaissant littéralement du corps de celle qui l'avait abattu. Désormais presque tout puissant, Woodrue s'empresse de se venger de Poison Ivy, tandis que les zombies végétaux générés dans tout le pays par sa quête précédente assiègent la pauvre cabane dans les marais de Killer Croc et Solomon Grundy, qui protègent quant à eux de leur mieux la non moins pauvre Janet, compagne et témoin très involontaire de toute cette catastrophe.
Et ce qui devait arriver arrive finalement : Poison Ivy est vaincue. Mortellement blessée par Woodrue au sommet de sa puissance, elle sombre rapidement dans l'inconscience tandis que ses souvenirs remontent à la surface de sa mémoire troublée. Simple mais brillante étudiante en biologie végétale, Pamela Isley était promise à un grand avenir auprès des plus éminents chercheurs et doctorants, malgré son jeune âge. Son génie est d'ailleurs immédiatement repéré et exploité par Jason Woodrue, alors membre du corps professoral, qui mène des expériences très délicates sur l'hybridation animale/végétale.
Alors que ses binômes se concentrent rapidement sur leurs propres recherches, Pamela s'investit corps et âme dans celles de Woodrue, qui devient bien plus que son mentor, son amant. Le professeur l'introduit bien vite dans son laboratoire privé et pas tout à fait légal, où ses expérimentations les plus sensibles requièrent une attention presque exclusive. Mais rapidement là aussi les choses se corsent sans que Pamela ne fasse rien pour en sortir : Woodrue lui demande à présent de trouver par elle-même les financements et le matériel qui font cruellement défaut à son projet, autant dire de prendre tous les risques sur elle pour que lui puisse briller.
Faisant sa première véritable expérience de cambriolage semi-éthique, Pamela se rend bien compte que la situation est critique et véritablement anormale, mais elle ne peut s'en extraire par elle-même, totalement dominée par le caractère impétueux de son amant. Même quand une rivale potentielle rejoint leurs rangs après que son génie à elle aussi ait réussi à séduire Woodrue, au point qu'il ne parle plus que d'elle même dans les moments intimes, Pamela courbe le dos et se laisse entraîner toujours plus loin de la surface. Jusqu'au moment où elle se découvre des atomes crochus avec ladite rivale, Bella, qui en plus d'entamer une liaison secrète avec elle l'avertit aussi des dangers qu'elle encourt.
Mais c'est à cet instant précis, quand Pamela pourrait enfin avoir la force de voler de ses propres ailes, que Woodrue frappe encore plus férocement sa dignité et son moral. La mettant au pied du mur et l'enjoignant à participer de son propre corps à ses dernières expériences, le professeur a lui-même muté depuis bien longtemps en une forme autre que totalement humaine, et compte reproduire le processus avec sa disciple. En cobaye soumise et dévouée à ses recherches, Pamela accepte la procédure, au point de signer une décharge, et se laisse injecter un cocktail top-secret et extrêmement dangereux. Ce sera sa première expérience de mort imminente.
Bella la sauvera après que Woodrue lui ait lâchement tourné le dos pour s'enfuir, et l'emmènera à l'hôpital le plus proche où elle sera ranimée de justesse. Mais déjà son corps ne fonctionne plus comme les autres, l'humanité s'éloigne d'elle et Pamela se rapproche d'un état de conscience plus intense, plus vif... et plus bruyant encore. La Sève l'appelle en elle, lui partage son histoire pluri-millénaire et ses souffrances des mains des hommes. Faussant alors compagnie à son ancienne vie et à tous ses contacts, Pamela voyagera incognito jusqu'au cœur de ces souffrances intolérables : Gotham City.
La ville tentaculaire, faire de béton et d'acier, de lumières artificielles et alimentée par un constant appât du gain, lui fait aussitôt horreur. Elle décide alors de mettre ses toutes nouvelles capacités au service d'une noble cause, plus grande qu'elle : la sauvegarde et la défense de la Sève, par tous les moyens. Y compris répréhensibles, car elle est désormais au-dessus de ce genre de considérations. Devenant alors véritablement celle que l'on surnommera Poison Ivy, Pamela Isley enfile sa nouvelle peau et met à l'épreuve les forces de l'ordre de Gotham, jusqu'à trébucher en face de son champion attitré : le Batman.
Envoyée à Arkham pour la première fois, Poison Ivy y comprend bien vite qu'elle n'y trouvera aucun secours ni aucune aide concrète, et que si elle n'était pas déjà folle en y entrant, elle a toutes les chances d'en ressortir aliénée pour de bon. Manipulant les médecins et thérapeutes, elle parvient à obtenir une prescription médicale et l'autorisation de sortir de l'asile pour s'installer en ville, mais elle n'a déjà plus qu'une idée en tête : provoquer sa prochaine rencontre avec le Chevalier Noir.
Persuadée qu'elle peut le gagner à sa cause en se montrant honnête et sincère avec lui sur ce qu'elle ressent au fond d'elle et que lui communique la Nature en grand danger, Pamela essuie une nouvelle rebuffade quand Batman l'accuse de tenter de le manipuler avec ses phéromones modifiés, ce que pour une fois elle ne faisait pas. Ramenée au statu de simple criminelle par le détective à la cape, et désormais bien au fait de ce que sera leur future relation, Poison Ivy naît vraiment cette nuit-là. Le reste appartiendra bien vite à l'Histoire...
Revenant soudain à elle dans les marais, Ivy se rend compte qu'elle a frôlé la mort une fois de plus mais que les pouvoirs conférés par le champignon lamia la connectent à ce qu'est devenu l'Homme-Floronique, qui de son côté déchaîne sa fureur et ses nouvelles capacités en envoyant les zombies vague après vague sur les réfugiés de la cabane en ruines. Comprenant alors que seul un sacrifice total et inconditionnel de sa part pourra vraiment détruire Woodrue une fois pour toutes, Pamela fait ses adieux à ses acolytes et se jette dans la bataille pour de bon, laissant le lamia prendre le contrôle et consumer absolument toute vie dans son sillage.
Morte, Poison Ivy l'est à nouveau. Son ennemi est vaincu, pour de bon ce coup-ci, n'en demeurent que les cendres que Harley s'est chargée de répandre dans les marais. Mais ces fameux marais ont aussi un étrange pouvoir... après tout, c'est ici-même que la légende de Solomon Grundy a vu le jour il y a bien longtemps, et le zombie à la peau aussi pâle que le vocabulaire emporte le corps inerte de Pamela Isley avec lui dans les profondeurs des marécages.
A leur grand étonnement, Harley, Killer Croc et Janet assistent alors à une véritable renaissance, Ivy surgissant des flots et s'enveloppant dans la vie pure, débarrassée de l'influence néfaste et incontrôlable du lamia. La Sève accepte selon elle de lui laisser une nouvelle chance, mais plus question d'expérimenter des champignons toxiques désormais. Retour aux bases et au grand classique pour Poison Ivy, qui revient à Gotham pour changer les choses à sa façon !
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Bien que ce résumé soit assez long j'en conviens, l'album lui-même est de taille tout à fait ordinaire et se lit très bien, rapidement et tout en confort. Les dessins de Marcio Takara sont toujours aussi prenants et magnifiques, tout comme les nombreuses couvertures officielles et variantes, et le scénario de G. Willow Wilson est tout bonnement somptueux, l'autrice nous proposant de revisiter les origines jamais vraiment racontées de façon exhaustive du personnage de Poison Ivy.
Loin des clichés véhiculés par les œuvres précédentes -comme le film Batman & Robin de 1997 par exemple- et du regard masculin qui fait forcément d'elle une femme fatale et dangereuse, nous découvrons ici une Pamela Isley fragile, très intelligente mais introvertie et tout aussi dépendante de ses pairs et mentors, ayant eu le malheur de croiser la route du mauvais individu au plus mauvais moment de sa vie. Une femme comme beaucoup d'autres dans ce monde malheureusement, exploitée et bafouée pour et par sa condition, mais à qui la Vie va soudain donner les armes nécessaires pour rendre les coups et remettre les pendules à l'heure. Et il n'était que temps !
Si vous vous souvenez de mon article sur l'anthologie Batman Arkham – Poison Ivy il y a de cela quelques années, aussi bien en V.O. qu'en V.F. il me semble, les premières histoires consacrées à ce personnage la présentaient bien comme une voleuse de plus arrivée à Gotham, mais laissaient complètement de côté son passif et ses véritables motivations au-delà de l'appât du gain et de l'hyper-sexualisation. Même dans Batman – Silence, l'apparition d'Ivy ne la présente pas sous son meilleur jour, bien au contraire, quand bien même j'adore cette histoire et cette version. Comme nous le verrons un jour prochain, la longue saga sur la vengeance de Silence finira par réhabiliter un peu Poison Ivy mais il aura fallu attendre qu'elle soit vraiment entre les mains expertes d'une autrice de génie et de renom pour que son aura fleurisse pour de bon, si je puis m'exprimer ainsi.
Or donc nous y voilà, les nouvelles nouvelles origines définitives de Poison Ivy, racontées avec brio sous nos yeux et compilées en quelques chapitres à peine, suivies d'un combat épique jusqu'au sacrifice final faisant d'elle une héroïne méconnue et méconnaissable. C'est curieux comme chaque mort vécue par Ivy la renforce ensuite davantage... et je me demande maintenant jusqu'où iront ses ambitions !
Pas d'inquiétude nous le découvrirons ensemble dans les V.O. du vendredi sur le blog, sauf si vous suivez d'ores et déjà la série sous son format Infinite chez Urban Comics en Version Française, dans ce cas-là vous avez une large avance sur moi donc par pitié pas de spoils s'il vous plaît si vous décidez de laisser un commentaire.
J'aime toujours autant cette série et les artistes qui y travaillent activement, qu'il s'agisse des créateurs du cœur du contenu comme des nombreux illustrateurs et illustratrices qui s'emparent du personnage pour livrer des couvertures proprement sublimes à chaque fois et tellement inspirantes aussi. Et, pour finir sur une note culturelle relevée, la renaissance de Poison Ivy telle qu'illustrée dans ces pages à l'instant de son retour, dans les marais de la banlieue de Gotham, c'est très clairement un hommage appuyé à la célèbre Naissance de Vénus du non moins fameux Botticelli ! Comme quoi, les comics c'est aussi de l'art, pour de vrai !

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