La quête du prince Vérité et de ses rares partisans encore en vie touche presque à sa fin, alors que le petit groupe mené tant bien que mal par Kettricken et Fitz à travers les Montagnes débouche enfin sur le vaste et étrange territoire des Anciens. Gigantesques dragons statufiés, comme profondément endormis depuis des siècles, ces nobles créatures ne semblent pourtant pas pouvoir être tirées de leur transe rocheuse, au grand désarroi de la reine qui ne songe qu'au prix impossible que doit payer le peuple des Six-Duchés pour cette quête insensée d'un souverain désormais presque oublié.
Mais, alors que le moral est au plus bas, le groupe parvient enfin à retrouver Vérité lui-même, au cœur d'une monumentale carrière de pierre noire, occupé fanatiquement à sculpter son propre dragon dans la roche avec ce qui reste de son épée et de son pouvoir d'Art. Ses pensées dérivent constamment, et tout ce qui faisait de lui un être exceptionnel semble avoir été sacrifié au dragon pas encore né, somme irréaliste de toutes ses espérances les plus folles.
Devant un tel aveu d'échec, Kettricken ne peut qu'accuser le coup et tenter de faire bonne figure pour servir son époux loyalement même dans la folie, alors que Fitz découvre bien vite que leurs ennemis sont bien à leur poursuite et presque à leur portée désormais. Les sbires de Royal sont plus nombreux, mieux armés et mieux organisés, menés par les membres du Clan fidèle de l'usurpateur, et terribles seront également les révélations faites par cette tragique situation.
Alors que tout espoir raisonnable semble bel et bien anéanti, le petit groupe décide de céder à la folie ambiante et de tout donner pour Vérité et sa quête, sinon tout est perdu. Aucune bataille ne sera victorieuse sur l'escadron ennemi, aucun sauvetage de dernière minute n'est à attendre, ni aucune preuve de raison véritable de la part du souverain déchu... Ne restent alors que les ultimes relents de pure humanité de quelques êtres brisés par le sort qui s'acharne, et qui s'échinent eux-mêmes à se maintenir en vie coûte que coûte pour réaliser un rêve de plus en plus inaccessible alors qu'ils en prennent la pleine mesure.
Lentement, patiemment, le dragon de Vérité prend forme et consistance, et le regain de foi en sa quête semble emporter toute la compagnie. Mais Fitz, quant à lui, réalise que son propre destin ne lui appartient pas et ne lui a sans doute jamais appartenu dans toute cette histoire. Selon les prophéties du Fou, le Catalyseur doit périr pour que le monde soit à jamais changé. Jamais le pauvre orphelin ne pourra poser les yeux sur sa tendre descendance, sur la femme tant aimée, sur l'avenir qu'il offrira au reste de l'Histoire... et devant ce gigantesque, ce titanesque sacrifice qui lui est encore une fois demandé au seuil de toute raison, l'assassin du roi se met à hésiter, ce qui pourrait bien leur être fatal à tous !
Pendant ce temps, les Six-Duchés sont la proie des Pirates rouges, qui non contents d'avoir dévasté les bastions de la côte s'en prennent désormais aux territoires de l'Intérieur, qui ne s'attendaient certainement pas sous le règne de Royal à subir pareille vague de violence et de terreur. Le monde tel qu'on le connaît est à feu et à sang, l'usurpateur livre une guerre insensée à son voisin des Montagnes tout en commanditant en secret les troupes envoyées aux trousses de son propre frère et de son neveu, pour s'approprier toute la puissance qui découlerait éventuellement d'un éveil des Anciens afin de maintenir coûte que coûte son emprise sur les ruines du royaume.
Dans de telles conditions, est-il encore aisé et raisonné de rêver ? D'espérer, contre toute logique des faits ? Un geste de pure foi, c'est tout ce qu'il faudrait... mais sera-ce suffisant ?
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Wahou ! Je ne m'attendais certainement pas à une telle fin de cycle pour ce morceau des aventures de L'Assassin Royal de Robin Hobb ! Je suis agréablement surpris par la profondeur si intense du récit, de sa portée et de ses ambitions morales et narratives, ainsi et surtout que par ce que je considère être une véritable prouesse de la part de l'autrice d'avoir réussi à achever toutes ces intrigues en une quinzaine de chapitres seulement. Un grand bravo admiratif pour saluer tout cela !
Quand on se retrouve à la dernière page du dernier chapitre de ce dernier tome, on se retourne soudain et on contemple tout le chemin parcouru depuis le tout premier des premiers, et la vue est simplement vertigineuse. Tellement de vie, de puissance, de symbolique et aussi plus simplement d'histoires entrecroisées, si humaines, si menues par rapport aux grands enjeux qui nous sont enfin présentés dans toute leur majesté, si terribles, si impardonnables. J'avais beaucoup d'appréhension et d'hésitation à démarrer cette lecture, parce que peut-être que je ne souhaitais tout simplement pas en arriver à la conclusion... mais j'avais grand tort !
Je trouve la façon dont Fitz parvient à démêler toute cette intrigue et sa propre participation à cette longue aventure vraiment rafraîchissante, et pourtant bon sang ça fait presque un quart de siècle que ce récit a été publié ! Il y a tellement à dire, et en même temps tellement à taire pour conserver le mystère intact jusqu'au bout !
Tout simplement, je pense me contenter de vous dire que contre toute attente le personnage qui souffre le plus ici est certainement la reine Kettricken, pour bien des raisons... que le cœur ignore aussi bien que l'esprit la plupart du temps. Ses tourments sont au moins égaux à ceux de Fitz, et ce tome porte très justement son titre je crois. Mais là encore, je ne peux que vous laisser tout découvrir et espérer ne pas trop en divulguer dans ma béate crise d'admiration.
Prochaine étape, la saga des Aventuriers de la Mer, dans le même format si possible (et je sais que ça l'est). Mais je suis plus que volontaire et partant pour la suite du cycle de l'assassin du roi quelle qu'elle puisse être ! Pour l'instant c'est un sans faute sur six tomes, Robin Hobb peut m'emporter où elle le veut, je tâcherai de profiter de chaque chapitre et de chaque instant de pure découverte et de pure magie, magie de l'écriture autant que de l'esprit. Tout mon respect, c'est un final en apothéose qui se savoure aussi délicatement et âprement qu'un fugace instant de bonheur au milieu de la tempête. Vraiment, bravo, juste bravo. Wahou. Quelle aventure ! Et ce n'est encore qu'un commencement...
Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

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