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mercredi 13 mai 2015

Devil's Lost Soul (Pika - 2014/2015 - série complète en 6 tomes)


Démarrée chez nous en Février 2014 et venant de se terminer avec son sixième tome paru en Mai 2015, la nouvelle série de Kaori Yuki, la reine du shojo gothique, aura entraîné ses lecteurs dans un fantastique voyage au cœur des thématiques chères à cette auteur et qui font remonter les souvenirs de ses plus grandes œuvres, telles qu'Angel Sanctuary ou les Comte Caïn.

A l'époque du Japon Impérial du début du XXème siècle, nous suivons la tragédie entourant l'illustre famille Kamichika. Le fils et seul héritier, Garan, recueille un jeune homme sévèrement blessé à l'issue d'un tremblement de terre qui a dévasté la capitale impériale, et auquel semble mêlé son père, le baron Kamichika à la sinistre réputation. Le jeune rescapé, du nom de Sorath, se lie d'une profonde et sincère amitié pour Garan et surtout pour la jeune fille engagée par son père pour devenir sa fiancée, Kiyora. Les trois compères vivent des jours heureux et complices, malgré leurs sentiments les uns envers les autres qui commencent à évoluer pour former un triangle amoureux, jusqu'au jour où les méfaits du baron sont dévoilés et où le véritable rôle de Kiyora la rattrape : devant servir de prêtresse et de sacrifice lors d'un rite d'invocation pour une créature malfaisante dont le baron espère obtenir les faveurs et pouvoirs, la jeune fille est partagée entre son destin inéluctable et la vie qu'elle ne pourra jamais connaître auprès de ses amis.
A la suite de l'intervention de Sorath, voulant sauver Kiyora, Garan est laissé pour mort tandis que le baron disparaît dans une brèche avec le démon majeur qu'il a voulu invoquer. Sorath, déterminé à protéger l'alter-ego de Kiyora, Noëla, s'embarque avec le démon Méphistophélès pour un voyage à travers le temps et l'espace jusqu'à notre époque, où dans la ville de Tokyo soumise aux maléfices d'une horde de démons au service du baron il devra défendre la jeune fille et tout faire pour retrouver l'âme de Kiyora avant que le Seigneur de la Terreur, l'entité ayant fusionné avec le baron Kamichika, ne revienne sur Terre pour annoncer la destruction du monde et l'avènement des Ténèbres.

Entre complots, révélations et trahisons, Kaori Yuki nous entraîne dans un récit haletant prenant place à notre époque, sur des bases plus anciennes, et dans lequel on retrouve tout le savoir-faire de cette auteur de génie. Ses thèmes de prédilection sont bien là : l'inceste, la critique de la mode et des dérives d'Internet, la connaissance élevée des mythes judéo-chrétiens et de la kabbale, les destinées entrecroisées, l'amour, la haine... et surtout l'amitié. En un condensé de 6 volumes, nous retrouvons tout ce qui a fait le succès de Kaori Yuki par le passé et qui l'a hissé au rang de reine du shojo gothique, de ce qu'on appelle aujourd'hui la ''Dark Fantasy''. Rien à redire sur cette histoire, à la fois complexe et facile à lire, rapide, claire, et terriblement bien écrite et mise en image comme toujours. Une histoire tragique, belle, émouvante et qui comme toujours joue sur les tabous et les interdits de notre société pour mieux nous surprendre et nous étonner. Une très bonne découverte selon moi, qui confirme si besoin était pour la jeune génération de nouveaux lecteurs que Kaori Yuki est et reste une auteure à suivre absolument !

Petite remarque, pour la première fois une série de Kaori Yuki n'est pas éditée par Tonkam chez nous mais par Pika, exceptionnellement. Cela tient au fait qu'en V.O. Kaori Yuki a été éditée pour cette histoire chez une maison autre que celle de ses débuts qui la suit encore actuellement. Du coup, chez nous aussi les droits ont pu passer chez une autre maison d'édition. J'avais un peu peur au départ de ce changement, me demandant comme un autre éditeur que Tonkam pourrait bien servir correctement un récit de Kaori Yuki... et j'ai été très agréablement surpris. Nous avons droit en France à une très belle édition, de qualité, avec de gros efforts fournis par Pika. Jaquettes (comme de juste pour un manga me direz-vous), couvertures dorées/chromées avec plusieurs teintes, marque-page fantasy très original à l'image de la série et fournit avec le premier tome, format agréable, les fans sont gâtés et il n'y a au final aucun regret sur le fait qu'il ne s'agisse pas de Tonkam. Si l'expérience se reproduit un jour, j'espère que Pika saura maintenir ces efforts et nouveaux standards de qualité !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 18 février 2015

L'Epouvanteur tome 10 - Le Sang de l'Epouvanteur (Joseph Delaney - Bayard Jeunesse - Février 2014)


Petite perle de la fantasy jeunesse relativement peu connue jusqu'à il y a peu, la saga des chroniques de L'Epouvanteur fait toujours plaisir à lire dès que sort un nouveau tome. En attendant celui prévu pour ce mois, je vais vous parler du précédent, sorti il y a tout juste un an de cela et récemment acquis.

L'heure est grave pour Tom Ward et ses alliés. En effet, s'il rentre victorieux de son long périple à l'étranger pour combattre les forces de l'obscur, et s'il s'apprête à retrouver la douce chaleur d'un foyer, le Malin est loin d'en avoir terminé avec lui, déchaînant tous ses serviteurs aux trousses de l'Epouvanteur et de son jeune apprenti. Son but est toujours le même : triompher de la sorcière Grimalkin, gardienne de sa tête, et reprendre possession de son corps et de l'ensemble de ses terribles pouvoirs pour régner sans fin sur le monde. Mais pour cela, il lui faudra obligatoirement vaincre Tom, et il n'a que deux solutions pour y parvenir : le rallier à sa cause, ou le faire assassiner. Tandis que Tom retrouve Alice et la vie de Chipenden, un terrible complot voit le jour à l'Est du Comté. De sombres créatures venues de la lointaine Roumanie s'appliquent à terroriser la population de la ville de Todmorden et convoquent nuit après nuit les énergies les plus noires de l'obscur pour attirer dans notre monde le plus puissant de tous ses hérauts : le dieu-vampire Siscoï, le seul à même de rendre au Malin toute son intégrité et de le débarrasser une fois pour toutes de ses ennemis. Tom sera alors soumis à de nombreux dilemmes et sa route sera semée d'embûches redoutables, à mesure qu'il progresse vers le titre d'Epouvanteur et qu'il prend connaissance des ultimes révélations faites par sa mère depuis l'au-delà sur son destin et celui d'Alice, sa plus proche amie et alliée. Pour sauver le monde, Tom devra faire un choix et prendre une très lourde décision. Sera-t-il prêt à sacrifier tout ce qu'il possède et ce qu'il aime le plus sur Terre pour vaincre définitivement le Malin ? Ou bien cédera-t-il aux angoisses et la terreur qui chaque jour le minent davantage et sapent ses forces ? Quoi qu'il en soit, une chose est sûre désormais : son maître, le vieux John Gregory, risque de ne plus pouvoir lui être d'un grand secours, lui-même terrassé par son âge et ses adversaires chaque jour plus puissants et plus déterminés. Une nouvelle ère est en marche, l'ère d'un nouvel Epouvanteur... ou du règne de l'obscur. Et le temps est compté.

Un tome très riche en nouvelles informations et révélations, mais aussi beaucoup d'action ! On commence à se diriger dans la dernière ligne droite de la saga, le combat final entre Tom et le Malin s'approche à l'horizon même s'il reste encore beaucoup à faire et à résoudre avant d'y arriver. Toujours est-il que Joseph Delaney ne retient pas ses efforts et nous livre encore une fois une histoire captivante et très facile à lire et à comprendre, de la fantasy pur jus pour la jeunesse (et aussi les jeunes adultes). L'intrigue principale gagne à chaque nouveau chapitre en intensité et l'intérêt ne se relâche pas le moins du monde à mesure que la fin approche. Ce savant dosage d'humour et d'horreur allégée fait toujours mouche, et heureux doivent être les lecteurs qui comme moi suivent ces chroniques depuis les débuts ! Vivement la suite, et pas vivement la fin !

Oh, et si d'aventure vous entrez dans cette saga par la porte défoncée par le regrettable film Le Septième Fils, désolé du choc que la lecture des premiers tomes a du causer en vous. Si vous attendiez un Seigneur des Anneaux pour enfants, passez votre chemin. Ou alors faites l'effort de lire cette histoire de bout en bout malgré le peu de situations ''épiques'' par rapport au film, je pense que vous ne serez pas tout à fait déçus du voyage. Rarement œuvre littéraire de fantasy aura été violée davantage que L'Epouvanteur au cinéma, à la grande déception des fans des romans. Je ne vois guère que L'Epée de Vérité comme autre exemple, pour la télévision cette fois. Donc si j'ai un seul bon conseil à vous donner, c'est de laisser les livres tenter leur chance auprès de vous si le film vous a plu et de voir si ça vous plaît toujours sous le format originel. Je suis prêt à parier que peu reviendront insatisfaits, mais comme je dis toujours :

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 31 janvier 2015

The Crow - Midnight Legends tomes 1 et 2 (Delcourt - Février 2014 et Janvier 2015)


Si vous suivez les articles de ce blog depuis Juin 2014, vous avez du lire celui sur la série originale The Crow de James O'Barr, en Août de la même année ce me semble. Sinon, bienvenus et prenez le train en marche, tout en tâchant de rattraper votre retard si possible !

Je vais vous parler ici des séries dérivées du phénomène The Crow. Après l'histoire première, de nombreux auteurs et dessinateurs ont eux aussi voulu apporter leur pierre à l'édifice en créant de nouveaux récits autour de cette légende brutale et tragique. C'est en partie ce qui donne la collection Midnight Legends, où l'on retrouve certaines de ces nouvelles histoires. Toutes ne sont pas de qualité, loin s'en faut, et le moins que l'on puisse dire c'est que par moments on a surtout l'impression de voir un mauvais pastiche d'un chef-d'oeuvre globalement incompris par ces nouveaux auteurs désireux de rendre hommage à leur façon. C'était le cas notamment pour les second et troisième films de la saga au cinéma, ainsi que pour la médiocre série-télévisée des années '90, dont le souvenir s'efface heureusement un peu plus chaque année.
Delcourt nous fait donc paraître depuis un an cette collection, et voici le moment pour moi de vous parler des deux premiers tomes, très inégaux.

Je vais passer rapidement sur le premier, signé Jerry Prosser au scénario (comics Alien ou encore Predator) et Charlie Adlard au dessin (Walking Dead aujourd'hui, est-il besoin de le préciser). Parue en 1994, cette histoire raconte le retour à la vie de Michael Korby, assassiné au cours d'un braquage de voiture sur la route avec sa femme alors qu'ils venaient de se marier depuis peu. 15 ans après, deux corbeaux viennent le tirer des limbes et le ramènent dans le monde des vivants pour qu'il exerce sa terrible vengeance sur les responsables de son meurtre et de celui de sa femme. L'un des deux, Darryl, sort justement de prison après avoir purgé sa peine suite à ce crime, et désire plus que tout refaire sa vie et repartir sur de meilleures bases, entouré de sa famille et de ses amis, voulant à tout prix se racheter. Mais ses projets de rédemption vont tourner court quand Michael surgira de la nuit pour s'en prendre à lui et à son complice, leur apportant la peur et la mort en paiement de leurs actes passés. Une tragédie en trois temps, trois morceaux de vie relatés en parallèle les uns des autres : Michael, Darryl et l'inspecteur de police chargé de cette enquête, qui se retrouvera mêlé au carnage en tentant de protéger son suspect.
J'ai dis que je passais rapidement sur ce premier tome, car selon moi il est d'une médiocrité affligeante et reflète exactement le phénomène dont je parlais dans mon introduction : l'incompréhension crasse par de nouveaux auteurs du concept d'origine et son inévitable déformation. Ici nous n'assistons qu'à un récit brutal, violent, moche et sans réelle profondeur, sans personnages auxquels s'attacher ou s'identifier. Rien. Rien de ce qui faisait la grandeur et la beauté d'une tragédie aussi poignante et douloureusement sentimentale telle que le The Crow d'origine. C'est donc une sacrée déception en ce qui me concerne, en plus je trouve que le dessin de Charlie Adlard est vraiment... pas terrible, pour rester poli, et m'empêche complètement d'entrer dans le récit. C'est une récupération très maladroite et malhabile, essayant même de donner de nouvelles ''origines'' au mythe, mais ne parvenant pas à nous y faire croire. Il en faut pour tous les goûts, c'est sûr, et certains aimeront sûrement cette direction et ces choix de narration, mais pas moi, et surtout pas en comparaison de l’œuvre d'écorché vif de James O'Barr. Un mauvais point donc, et un assez mauvais départ pour cette collection. Voyons maintenant si la suite rattrape cela...


Et là je dirais que l'essai est transformé. Le tome 2, Temps mort, est d'une justesse quasi-parfaite et d'une beauté rappelant agréablement celle de la toute première histoire. Joshua, Amérindien assassiné avec toute sa famille peu après la Guerre Civile américaine, revient 100 ans plus tard parmi les vivants pour traquer les réincarnations des rebelles sudistes en fuite qui prirent sa vie, celles de sa femme et de son fils. Le corbeau lui donne l'occasion de retrouver les descendants de ses sauvages assassins, dans une traque sans merci qui fera naître la peur en leur cœur et permettra également d'empêcher une nouvelle nuit d'horreur de se produire.
La douleur est bien là, enfin, celle qui donne naissance à un récit comme The Crow, la tragédie mêlée de poésie et surtout d'amour, le seul véritable moteur de toute l'histoire. Comment est-il possible que ce second tome soit à ce point meilleur et mieux dans le ton que le premier ? Tout simplement parce que cette fois c'est James O'Barr en personne qui signe le scénario, assisté par John Wagner (Judge Dredd), et que les dessins (toujours en noir et blanc, marque de fabrique de The Crow) sont l’œuvre d'Alex Maleev (Daredevil). Un casting de choix qui sait y faire et ne nous déçoit absolument pas, comment cela aurait-il pu être possible de toute façon sachant que l'auteur d'origine revient aux commandes ! On reconnaît immédiatement son style, sa souffrance et sa beauté d'écriture. Un des signes distinctifs est la présence entre les différents chapitres de morceaux de poèmes ou de légendes tribales, tournant toujours autour du thème de la vengeance, de l'amour et du corbeau, messager de l'au-delà.

Alors, peut-être suis-je un peu dur avec le premier tome. C'est vrai que je ne peux pas être objectif lorsqu'il s'agit de quelque chose touchant à The Crow (et je rappelle que le principe même de l'objectivité veut qu'il soit impossible de l'atteindre, on ne peut que s'en rapprocher), et qu'une déception me reste vraiment en travers de la gorge. Il y a sûrement des qualités que je n'ai pas su apprécier ou voir, dissimulées pour moi derrière les trop grossiers défauts. Mais le fait est que la différence est là : lisez le tome 1, lisez le tome 2, vous la verrez par vous-mêmes assez facilement. D'ailleurs je vous enjoins comme à chaque fois de vous faire votre propre avis et votre propre ressenti de lecture, je ne suis là que pour vous donner le mien, non la vérité absolue, et que jamais je ne serai ''dictateur du bon goût'' comme on dit. Ces goûts et préférences appartiennent à chacun, je n'émets donc ici qu'un simple conseil personnel si l'on peut dire.
Fort heureusement il n'est absolument pas nécessaire de lire le premier tome pour pouvoir ensuite lire le second, chaque histoire est parfaitement unique et indépendante de l'autre. Il n'y a guère pour ma part que l'esprit du collectionneur qui m'oblige à avoir les deux dans ma bibliothèque. Série à suivre et qui je l'espère contiendra dans les prochains tomes davantage d'histoires de l'acabit de Temps mort, avec ou sans James O'Barr.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !