samedi 23 août 2014

Les Supers Nanas, le film ! (Craig McCracken - Warner Bros. & Cartoon Network - 2002)


Du sucre, des épices, et des tas de bonnes choses... tels étaient au départ les ingrédients choisis pour créer une série-animée parfaite. Mais fort heureusement, sa popularité dépassa très largement les espérances et nous pûmes tous connaître ce dessin-animé merveilleusement drôle, irrévérencieux et aussi mignon que violent que fut Les Supers Nanas ! Mais si, vous vous en souvenez certainement, cette série avec trois adorables petites filles de maternelle dotées de super-pouvoirs à faire pâlir les héros de comics, combattant les forces du mal dans la ville de Townsville de jour comme de nuit mais sans pour autant oublier d'aller à l'école et de se comporter en gentilles petites filles avec leur cher père et créateur, le Professeur Utonium. Belle, Bulle et Rebelle nous ont offert, jusqu'en 2005, de très nombreuses heures de bonheur et de rires devant nos téléviseurs, sur Cartoon Network comme sur France 3, acquérant un statut d'oeuvre culte pour toute une génération en compagnie d'autres séries du même genre telles que Le Laboratoire de Dexter par exemple. Et c'est tout presque tout naturellement qu'en 2002, le monde du cinéma est lui aussi atteint d'adoration pour ces trois petites chipies, avec un film d'animation d'un peu plus d'une heure retraçant les origines et la toute première aventure des Supers Nanas, confrontées à la découverte d'un monde qui les craint et qu'elles ne comprennent pas totalement.

Le récit des origines en lui-même est archi-connu, on l'a tous entendu et récité en boucle via le générique inoubliable de la série. Un épisode nous apprenait même que derrière le fameux accident de laboratoire se trouvait le facétieux singe Mojo Jojo, alors simple animal de compagnie du Professeur, ayant chahuté une fois de trop durant l'expérience fatidique et provoqué le mélange de l'agent chimique X avec la mixture de filles. D'une certaine façon, la Némésis des filles est aussi leur créateur ! Ce fut un choc pour le vilain autant que pour le public, une sacrée révélation ! Eh bien le film va plus loin, non seulement en nous présentant le fameux accident et l'implication directe du futur Mojo Jojo dedans, mais aussi en nous racontant les tous premiers jours d'existence des filles et la découverte de leurs pouvoirs, ainsi que de leurs responsabilités peu à peu. Craintes, redoutées, rejetées par la population apeurée, les filles sont alors approchées par Mojo Jojo, devenu un singe d'une immense intelligence et dévoré par le désir de revanche sur ce monde qui l'a lui aussi rejeté. Utilisant les pouvoirs et la naïveté des filles, Mojo Jojo développe une machine infernale (qui deviendra sa fameuse base d'opérations sur le volcan au centre de la ville, dans la série) qui lui assurera la domination complète de Townsville, et bientôt du monde entier. Rongées par la culpabilité d'avoir participé à une telle horreur, les filles quittent la Terre et abandonnent ses habitants à leur triste sort, jusqu'à ce qu'une étincelle d'espoir vienne ranimer la flamme et fasse d'elles les héroïnes que tout le monde attendait.

Un récit qui, à l'image de la série, mêle habilement thèmes de l'enfance et humour adulte, situations et personnages adorables avec violence gratuite (voir ultra-violence), le tout servi par une animation presque entièrement revisitée pour l'occasion et d'une fluidité assez impressionnante pour l'époque, quand on voit d'où c'est tiré. Les musiques ne sont pas en reste et l'ambiance sera résolument girly et rock, prévoyez la montée d'adrénaline ! Un bon petit film très sympathique qui peu être vu et re-vu et re-re-vu encore et encore sans faiblir, par découverte ou pure nostalgie, seul ou entre amis ou encore en couple.

Mon petit regret personnel ? C'est trop court, on en veut davantage !! Et j'aurais beaucoup apprécié un petit clin d'oeil à Lui, autre terrible élément de la galerie de vilains des filles, le Mal personnifié dans tout ce qu'il y a de plus malsain et dément. Mais bon, récit d'origines, donc la part belle est faite à Mojo Jojo le premier et le plus grand des adversaires des Super Nanas, à jamais.
Si vous désirez le voir ou le revoir, le film existe bien entendu sur support DVD et est encore trouvable sans chercher trop loin, mais vous pouvez aussi essayer de le trouver en ligne au format purement numérique. Dans tous les cas, ne vous privez pas d'une petite piqûre de rappel de votre enfance, je vous assure que revoir les Supers Nanas avec un oeil et un esprit adulte vous ouvre une toute nouvelle dimension qui n'en est pas moins fun, loin de là ! Il y a aussi tout un tas de références, visuelles ou directes, à de grands films de genre que l'on serait bien incapable de reconnaître enfant mais une fois adulte qui sautent au yeux. Parmi elles, citons King Kong, La Planète des Singes, Superman, Frankenstein, Pygmalion, James Bond, etc.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 20 août 2014

Justice League tome 3 - Le Trône d'Atlantide (Urban Comics - Avril 2014)


Eh oui on l'attendait depuis le début de la série, après deux tomes de présentation et d'introduction des personnages et de leurs relations (très bons tomes bien entendu), voici enfin le premier grand arc d'envergure pour la Justice League, rien de moins qu'une guerre impitoyable menée sur plusieurs fronts et avec son lot de tragédies, il s'agit du Trône de l'Atlantide, par Geoff Johns et Jeff Lemire, avec au dessin les talentueux Ivan Reis, Paul Pelletier, Tony Daniel et bien d'autres !

L'histoire reprend juste après la fin du tome 2, le fameux baiser céleste entre Superman et Wonder Woman. A partir de là, nous allons suivre le rapprochement de ces deux personnages pendant deux chapitres, la traque autour du monde d'une ennemie intime de Diana, Cheetah, autrefois sa plus précieuse amie. L'occasion pour la princesse des Amazones d'enfin faire confiance à ses alliés et surtout d'accepter leur aide, ainsi que cet amour naissant pour cet être aussi unique et solitaire qu'elle, qui veille sur l'humanité tel un dieu anonyme.
Mais Cheetah n'était que la première étape, et bien vite les choses sérieuses commencent, lorsqu'un porte-avion de la marine américaine perd le contrôle de ses missiles et tire accidentellement sur le royaume de l'Atlantide, déclenchant alors une crise mondiale sans précédent et de violentes représailles de la part de la nation sous-marine, pour qui chaque coup donné doit être rendu au centuple. Dès lors, Aquaman sera placé au coeur de la tourmente et devra tenter l'impossible pour raisonner son frère cadet, celui que l'on appelle Ocean Master, doté de la couronne de l'Atlantide et du pouvoir de commander aux flots déchaînés, afin de l'empêcher d'anéantir les plus grandes villes des Etats-Unis par vengeance et aveuglement. Mais tandis que la tension monte, quelqu'un libère les créatures infernales qu'Aquaman avait combattu et scellé au plus profond de l'océan Atlantique (dans le premier tome de la série Aquaman, Peur Abyssale) et les utilise comme arme secrète afin d'envenimer le conflit. Ce mystérieux individu semble très bien connaître les protocoles de combat de l'Atlantide ainsi que le passé et la personnalité d'Aquaman. Est-ce son frère, jouant double-jeu et préparant un véritable génocide de la population de la surface ? Est-ce au contraire un être humain, avide de gloire et de revanche ? Quoi qu'il en soit les choses se compliquent encore lorsqu'il apparaît évident que l'arme antique du légendaire roi Atlante, le Sceptre (dérobé dans Aquaman tome 2 – L'autre Ligue), risque d'être lui aussi utilisé durant cette guerre, pour couler une ville humaine. Quel est donc le lien entre toutes ces affaires ? Qui se cache derrière tous ces fronts et manipule allègrement les membres de la Ligue ainsi que les forces Atlantes ? L'ennemi invisible est bien plus proche que l'on ne le pense, et la révélation finale sera un choc retentissant pour tous. D'autant que, quelque part, une organisation criminelle commence à sortir de l'ombre et à recruter des membres parmi quelques uns des plus terribles super-vilains connus, à des fins encore inconnues mais qui n'augurent rien de bon pour l'avenir proche. Peut-être serait-ce l'occasion, pour lutter contre cette nouvelle menace, de fonder une nouvelle ''Ligue'' secrète...

Le Trône d'Atlantide pourrait tout à fait être une pièce de la plus pure tradition Shakespearienne. Il y a de la tragédie, du drame familial, des trahisons, une certaine fatalité combattue envers et contre tout par les héros... j'ai adoré ! A la fois plus intimiste que les deux premiers arcs et en même temps encore plus spectaculaire et étendu, celui-ci parvient à faire d'un personnage encore trop souvent méprisé et mal compris comme Aquaman le coeur d'un récit fort et poignant, impliquant toutes les facettes de l'univers DC des New52, et ce depuis le lancement de sa propre série. De quoi rendre ses lettres de noblesses à un héros qui le mérite amplement !
Pour couronner le tout, les dessinateurs livrent au fil des différents chapitres une prestation presque sans fautes, faisant en sorte de synchroniser leurs styles pour le plus grand bonheur du fan. Le scénario, écrit à quatre mains (peut-être plus, on ne sait jamais), réserve quelques surprises et parvient à prendre de court le lecteur, qu'il s'agisse des retournements de situation au coeur de l'histoire ou bien plus simplement de l'évolution des personnages, touchants et sincères dans leur écriture. Ce fut donc une vraie bonne surprise pour moi que la lecture de ce troisième tome de Justice League, qui confirme qu'elle est plus que jamais le coeur de l'univers New52 et qu'il faut compter avec elle !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 17 août 2014

Les tourments de Double-Face (Paul Jenkins & Jae Lee - Urban Comics - Mai 2014)


Il n'y a pas à dire, la galerie de vilains de Batman est de loin la plus impressionnante et la plus charismatique de toutes. C'est d'ailleurs pour cela que la collection ''DC Nemesis'' d'Urban Comics est pratiquement entièrement consacrée à ceux-ci, depuis son lancement avec La revanche de Bane. Et aujourd'hui je vais vous parler d'un récit particulièrement poignant et dérangeant, que j'ai eu l'occasion de lire pour la première fois dans les pages de la revue Batman de Panini Comics à l'époque, sous le titre Jekyll & Hyde, et qu'Urban a publié en album cartonné en tant que Les tourments de Double-Face.

Tout le monde connaît désormais l'histoire tragique du procureur général de Gotham City, Harvey Dent, aspergé d'acide lors d'un procès crucial contre l'un des parrains de la ville. La moitié de son visage a été gravement touchée par cet attentat et Dent a depuis développé une double-personnalité obsessionnelle et anarchique, obnubilé par le chiffre 2 et la dualité en toutes choses, se servant de sa pièce fétiche comme moyen de prendre ses décisions, toujours à cheval entre le Bien et le Mal. Dans cette histoire, Paul Jenkins décide de nous entraîner au plus profond de la détresse de Harvey Dent, nous faisant enfin découvrir le coeur de ses blessures moins physiques que psychologiques. Ici le personnage principal n'est pas, une fois n'est pas coutume, le Chevalier Noir de Gotham, mais bel et bien Harvey lui-même, en lutte perpétuelle et permanente contre ses mauvais instincts et son autre personnalité, plus vivante que jamais et bien décidée à prendre enfin le dessus. Au travers d'une chasse à l'homme angoissante, nous plongerons dans les tréfonds du sombre passé de Dent, du crime atroce qu'il cache depuis toujours au plus profond de sa mémoire et qui fut la première pierre de sa folie présente. Et tandis que Batman et Gordon tentent le tout pour le tout afin d'empêcher une série de meurtres de masse, Harvey se débat seul au coeur de sa psychose, affrontant à la fois son passé et ses tourments, y faisant face avec la seule arme qui lui reste encore : l'espoir. L'espoir que tout cela finisse un jour, qu'il puisse enfin trouver la paix et abandonner ce monde si douloureux, qu'importe les moyens. Et lors de l'affrontement final entre Batman et Double-Face, c'est surtout un combat entre la vie et la mort qui se joue dans le coeur de Harvey, et même Batman ne pourra lui venir en aide alors que l'ancien procureur prend enfin seul la décision de sa vie, qui le changera à jamais.

Les tourments de Double-Face est un récit poignant, triste, tragique et assez glauque. Il méritait vraiment sa place au sein des ''DC Nemesis'', histoires plus sombres que la normale, un peu comme dans ''Marvel Dark'' chez la concurrence. Si vous aimez les personnages et l'univers de Batman, vous ne ressortirez pas totalement indemnes de cette lecture, un peu à l'image de son héros (mais lequel est-ce vraiment ?). C'est ici le chant du cygne d'un vilain on ne peut plus charismatique et important du Chevalier Noir, l'un de ses plus grands ennemis et sans doute sa plus grande faute selon lui. Le dessin de Jae Lee rend un immense service au scénario complexe de Paul Jenkins, souvent mal compris par le grand public. J'aimerais pouvoir vous en dire davantage au sujet de cette histoire mais il s'agit vraiment de celles que l'on doit lire soi-même pour comprendre comme il le faut, sans se faire spoiler ni gâcher le grand final. En tout cas, une chose est sûre, vous aurez peu lu d'histoires de Batman comme celle-ci dans votre vie, alors accrochez-vous.

Sur ce je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !


mercredi 13 août 2014

La Planète des Singes - L'Affrontement (Matt Reeves - 20th Century Fox - 2014)


Suite de l'excellent La Planète des Singes – Les Origines sorti en Août 2011, ce nouveau film est sorti sur nos écrans le mercredi 30 Juillet dernier et se pose en vraie bonne surprise du genre. Réalisé par Matt Reeves, il prend place quelques dix ans après les événements du précédent opus, dans un monde totalement chamboulé.

Dix ans après la révolte des singes menés par César et leur évasion, le virus qui les a muté a également pratiquement décimé l'humanité. Quelques survivants vivent en communautés serrées dans les ruines des grandes villes, sans électricité ni capacité de communication avec le reste du monde, isolés et apeurés. Pendant ce temps, les singes ont établi une société similaire à celle des hommes de la préhistoire mais avec un degré d'intelligence supérieur, vivant en harmonie les uns avec les autres et s'organisant autour de la chasse et de l'éducation, sous l'oeil bienveillant de César, qui prône la paix entre ses frères et soeurs ainsi qu'avec les humains, pour peu qu'il en reste quelque part. Car les singes ne sont pas comme les humains, ils n'ont pas leurs mauvais côtés ni leurs défauts, ils sont capables de créer un monde meilleur et de ne pas reproduire les erreurs de leurs cousins. Du moins est-ce là la vision de César, car dans les faits une poignée de singes reste convaincue que l'homme demeure une menace et qu'il faut prendre les devants et exterminer cette espèce avant qu'il ne soit trop tard. Et justement, lorsqu'un petit groupe d'humains pénètre dans la forêt où vivent les singes, à proximité de San Francisco, les choses dérapent et un singe est grièvement blessé. Utilisant cet accident à son avantage, un singe du nom de Koba, que César considère comme un frère pour l'avoir sauvé parmi les premiers de ses compagnons, entreprend alors de fédérer autour de lui tous ceux qui seraient gagnés par la peur de l'Homme et désireux de l'éliminer, malgré le fait que César soit partisan d'aider les humains à survivre dans leur refuge, à condition que la paix et le statu-quo ne soit jamais bouleversé. Bien vite, c'est l'escalade dans la violence et Koba parvient à réunir assez de fidèles pour mettre en branle son ''coup d'état'', lui permettant de destituer César par la force et de monter les singes contre les humains, menant une véritable expédition génocidaire sur San Francisco, tandis que les Hommes de leur côté se préparent à la guerre et s'équipent d'armes militaires de pointe encore en état. Le destin du monde est entre les mains de Malcolm et de César, l'humain et le singe, les deux partisans de la paix entre leur deux espèces, seuls contre tous, seuls contre la peur collective et la haine viscérale qui dominent les esprits. Quelle que soit l'issue de ce conflit, il changera à jamais la nature des relations entre les humains et les singes, ainsi que l'avenir de toute la planète...

Avec beaucoup d'intelligence et relativement peu d'action gratuite, Matt Reeves nous livre un film exceptionnel qui éclaire d'un nouveau jour cette oeuvre culte qu'est La Planète des Singes. On peut déjà saluer la performance hallucinante d'Andy Serkis dans le rôle de César, qui nous prouve une fois de plus qu'il est fait pour permettre aux êtres de synthèse de prendre vie à l'écran. Mais le reste du casting n'est pas en reste et tous les acteurs jouent vraiment de leur mieux, portant tous une partie de l'histoire sur leurs épaules et nous entraînant parfaitement dans le récit et tous ses enjeux. La musique composée par Michael Giacchino reprend le célèbre thème des singes tout en l'adaptant aux circonstances, la naissance d'une nouvelle ère, la chute ou la survie d'une espèce au détriment d'une autre. Si elle ne reste pas forcément en tête après la séance, elle sait se faire présente jusque ce qu'il faut pour soutenir le film dans sa globalité.

J'ai dis qu'il y avait relativement peu d'action gratuite. Cela ne veut pas dire que le film est ''mou'' mais au contraire que chaque scène d'action qu'il contient est parfaitement réfléchie et maîtrisée, rien n'est inutile ou purement démonstratif. Tout a un sens et une fonction précise et s'emboîte parfaitement dans l'ensemble, ce qui fait que nous ne voyons absolument pas passer les quelques deux heures et dix minutes que dure la séance. A l'image des singes, c'est un blockbuster qui a su devenir et rester intelligent et garder son identité propre, et l'on en ressort avec une foule de questions et d'attentes pour la suite, sans une once de déception en ce qui me concerne. Et même si l'on pourrait objecter que la ''fin'' est déjà courue d'avance, via les films classiques, il se pourrait bien que cette nouvelle saga nous surprenne.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 9 août 2014

Superior Carnage - Complexe de supériorité (Kevin Shinick & Stephen Segovia - Panini Comics - Juillet 2014)


La collection ''Marvel Dark'' de Panini Comics a été initiée il y a maintenant plus d'un an, avec Venom vs. Carnage – Un enfant est né. Depuis, nous avons eu droit à de nombreux récits sur le devenir de ces symbiotes, et tout particulièrement Carnage. Deux tomes dans la collection ''100% Marvel'', une mini-série dans la revue trimestrielle Spider-man Universe. Et à présent, ''Marvel Dark'' revient avec son dernier récit paru en date, à l'ère du Spider-man Supérieur : voici Superior Carnage – Complexe de supériorité.

Après avoir été lobotomisé par Kaine (Scarlet Spider) durant la mini-série Minimum Carnage (à lire dans Spider-man Universe n°7), Cletus Kasady est enfermé dans une prison de très haute sécurité pour super-vilains. Neutralisé et apathique, il ne représente plus une réelle menace pour les autres, mais la crainte qu'il suscite est toujours présente dans les esprits. Notamment dans celui du Sorcier, un adversaire historique des Quatre Fantastiques, qui monte une opération visant à faire s'évader Carnage de sa prison afin de prendre ensuite le contrôle de son esprit et de l'intégrer à la toute nouvelle version de l'équipe des Terrifics, en tant qu'arme secrète. Malheureusement tout ne se passe pas comme prévu et le Sorcier découvre bien vite que l'esprit du symbiote comme celui de son hôte sont totalement imperméable à toute forme de contrôle mental, et uniquement avides de sang et de mort. Alors, pour mener à bien son projet, le Sorcier décide de transférer le symbiote dans le corps d'un autre hôte, un scientifique paralysé des jambes qui offrira un esprit plus facile à manipuler. La fusion réussie, le résultat dépasse les espérances du vilain, qui enclenche alors la vitesse supérieure avec ce Carnage Supérieur. Mission : prendre d'assaut la mairie de New York pour en déloger J. Jonah Jameson et faire main basse sur la ville. Si aucune force de police ne semble en mesure d'arrêter ces nouveaux Terrifics, il faudra toutefois compter sur le Spider-man Supérieur qu'est Otto Octavius, bien déterminé à ne pas laisser sa ville finir entre les mains de fous dangereux. L'affrontement sanglant qui s'en suit sera le théâtre de trahisons, d'espoirs brisés et de retournements de situations des plus dangereux, surtout lorsque Cletus Kasady est amené sur le lieu des combats pour que son symbiote puisse le retrouver. Il faudra toute la ruse d'Otto et le sacrifice d'une noble et profonde amitié pour permettre de remporter la victoire, lourde de conséquences pour l'avenir de certains personnages. Mais la tempête semble bien passée à présent et les choses reprennent leur cour normal... jusqu'au prochain carnage !

Les couvertures magnifiques de Clayton Crain ne sont pas vraiment représentatives du style de dessin à l'intérieur des chapitres, c'est ce que l'on remarque en premier lieu. Mais le dessinateur Stephen Segovia livre tout de même une belle performance, agréable à regarder et facile à suivre, plutôt bien réalisée et dynamique. Si le récit en lui-même n'est pas forcément fondamental ni d'une importance cruciale dans l'univers du Tisseur et des symbiotes, il permet cependant de se placer du côté du vilain pour une fois. Le Sorcier est en effet le vrai personnage principal de l'histoire, lui qui paraît dépassé en raison de son âge et de la folie naissante que sa tumeur au cerveau propage. Reformer pour la énième fois les Terrifics, attaquer la mairie de la ville... tout cela paraît de prime abord l'oeuvre d'un vilain classique et has-been, est en réalité le dernier acte désespéré d'un père pour retrouver l'attention de son fils, qui lui a été enlevé par ses ennemis et qui le méprise. Se sachant inconsciemment condamné par sa maladie, le Sorcier veut simplement laisser une trace mémorable de son passage dans l'Histoire, ne pas disparaître pour rien et que l'on se souvienne de lui, que son propre fils se souvienne de lui et soit fier de lui. Qu'importe si pour cela il faut faire appel au mal personnifié, à ce symbiote dégénéré qui sème la mort et la désolation partout où il passe. Derrière le rideau du comique facile et de la série un brin déjantée, c'est bien une tragédie sentimentale qui se joue sous nos yeux et entre les pages de cet album, le dernier coup d'éclat désespéré d'un homme brisé qui refuse de rendre les armes, aux portes de la mort et de la folie. Voilà qui permet donc aisément à cette mini-série de figurer au sein du catalogue de la collection ''Marvel Dark'', conçue pour abriter des récits d'une profondeur plus intense que les parutions habituelles, plus sombres aussi et surtout plus violents. Des récits qui vous restent en tête, d'une façon ou d'une autre.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 6 août 2014

L'art des super-héros Marvel, l'expo ! (Art Ludique, le Musée - Paris - 2014)


 C'est l'été, il fait bon il fait chaud et vous ne savez pas quoi faire, coincés chez vous ou en mal d'inspiration ? Envie de se divertir avant la rentrée et le retour du stress ? Pourquoi ne pas faire une petite virée à Paris, au Musée Art Ludique près de la gare d'Austerlitz, et visiter l'exposition portant sur ''L'Art des super-héros Marvel'' ? Des années 1960 à nos jours, des comics aux films, passé et avenir, entrez dans le monde merveilleux de Stan Lee et prenez-en plein la vue !


Je m'y suis rendu courant juillet, par curiosité et sur les conseils de gens avisés. Le cadre est extrêmement agréable, aéré (et surtout climatisé !), les responsables sont très sympathiques et souriants, jeunes et moins jeunes, tous passionnés. Avant même de pénétrer dans le bâtiment vous êtes accueillis par une fresque gigantesque et de toute beauté représentant les Avengers en plein combat titanesque. Vous démarrez ensuite la visite par une salle entièrement consacrée au personnage de Captain America, sa genèse, la Seconde Guerre Mondiale, Timely Comics, etc. Puis vous entrez dans la partie dédiée à Iron Man / Tony Stark, puis Thor, puis les Avengers au complet, ainsi que les Quatre Fantastiques, les X-Men, Spider-man, Hulk, Daredevil, le Punisher, Dr. Strange, Ghost Rider, Fatalis, Magneto, Galactus, le Surfer d'Argent, Crâne Rouge, Loki... pas besoin d'en dire plus, vous trouverez à peu près tout le monde ! Tous représentés et exposés de façon claire et agréable à suivre, vous n'avez qu'à suivre le chemin et à observer les murs autour de vous, couverts de planches originales en noir et blanc, encrées ou simplement crayonnées, issues de toutes les décennies depuis les années 1940 jusqu'à maintenant. De magnifiques peintures, des covers, des sketchs, des illustrations en couleurs et parfois taille réelle, des story-boards (nombreux) en images de synthèses et peintures 3-D réalisées par l'artiste Ryan Meinerding pour Marvel Studios et chaque film que nous avons eu le plaisir de découvrir au cinéma depuis le premier Iron Man en 2007, et de très nombreux artistes dont je tairais les noms pour plus de suspense (sachez seulement qu'il y a des Français dans le lot, et en bonne place !).

Car il ne s'agit pas uniquement des comics, une bonne partie de l'expo porte aussi sur les films de Marvel Studios et vous trouverez de nombreux éléments présents dans ces films, accessoires, tenues, décors entiers ! La moto de l'Hydra, le bouclier de Cap, les costumes successifs, le casque d'Iron Man, le marteau de Thor, un buste de Groot ou des géants des glaces, le trône d'Odin, et plein, plein d'autres surprises du même genre toutes plus incroyables les unes que les autres. Et toutes issues véritablement des tournages, ce sont les objets authentiques que vous pouvez voir à l'écran maniés ou portés ou fréquentés par les acteurs et les personnages !

Chaque mur arbore aussi de petits textes informatifs sur tel ou tel artiste majeur de Marvel, de Stan-the-Man en personne jusqu'aux dessinateurs et scénaristes actuels qui font le quotidien de la maison d'édition. Mais vous aurez aussi droit à intervalles réguliers à des écrans incrustés dans les murs qui vous diffuseront en boucle des reportages exclusifs réalisés pour l'expo, avec Stan Lee vous expliquant les dessous de la création de chaque grand personnage et de chaque grande série, les coulisses d'un scénario et de la collaboration avec les dessinateurs, de l'importance de la ''patte'' personnelle d'un artiste sur l'avenir et l'aspect d'un héros comme d'un vilain, des inspirations qui se cachent derrière Iron Man, Captain America, Spider-man... parfois assez inattendues ! Vous l'aurez compris, cette expo est une gigantesque mine d'informations et de divertissement, au milieu de vos héros favoris. Prenez bien tout votre temps pour observer tout ce qu'il y a à voir, ne vous pressez pas, profitez de l'instant, vous aurez de belles surprises !

La visite se termine sur une salle portant sur l'univers cosmique de Marvel, les Gardiens de la Galaxie en bonne place. Leur histoire, les différentes formations du groupe, l'avenir au cinéma, quelques petits éléments tirés du film à sortir tout prochainement, et si vous cherchez bien, une petite alcôve quelque part consacrée à un vilain amené à avoir une énorme et cruciale importance dans la suite des films Marvel Studios. Vous aurez aussi un petit espace où vous pourrez regarder une vidéo rendant hommage à chaque film depuis 2007.

Et comme toute bonne exposition, celle-ci se termine sur la boutique. Assez peu de choses à y voir au final, quelques goodies rigolos et fort sympathiques (portes-clés, mugs, magnets), des figurines de collection de la gamme Marvel Select de Diamond (fabriquant très réputé et apprécié), des statuettes et bustes exposés dans des vitrines centrales et murales, un album regroupant toutes les infos et illustrations de l'expo. Pas de films en DVD ou Blu-ray, mais des affiches de ces films ainsi que des covers cultes des comics à acheter en format poster. Toutefois, malgré ces voluptueuses apparences vous serez sans doute un peu déçus car vous ne trouverez aucun vilain parmi les figurines comme les autres goodies, tout est entièrement consacré aux Avengers des films. Les fans de Loki, de Magneto ou de Fatalis (moi le premier, snif) devront ainsi faire avec cette frustration. Enfin, ça ne gâche en rien le plaisir d'avoir assisté à cette expo du début à la fin et de l'avoir visité en prenant son temps, avec curiosité, méthode, et oeil critique en veille.

Et devinez quoi, bande de petits veinards, vous avez encore l'occasion d'aller y faire un tour car l'exposition dure jusqu'au 31 Août ! Ah, et le billet d'entrée ne coûte que 10€, c'est franchement une occasion en or. En comparaison, l'exposition sur Tim Burton en 2012 coûtait plus cher et était bien moins agréable et fournie (à part la boutique, suivez le guide).
A tous les fans de Marvel, comics comme films, aux amateurs d'art séquentiel comme d'art tout court, rendez-vous à cette adresse :

Art Ludique – le Musée
34, Quai d'Austerlitz
75013 Paris
(http://artludique.com/marvel.html)

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une excellente visite, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 3 août 2014

The Crow - Edition Définitive (James O'Barr - Delcourt - Octobre 2012)


A travers mes différents articles vous avez certainement du vous dire que je suis quelqu'un de fort sensible, pour m'émouvoir devant autant de récits qui n'en valent pas tous la peine il est vrai. C'est vrai aussi finalement que je suis assez sensible et émotif, surtout lorsque l'on joue sur des thèmes qui me sont chers. C'est le cas avec The Crow, une histoire véritablement poignante teintée d'une tristesse absolue, à ne lire que si vous avez le moral, sinon vous finirez plus bas que terre.
Beaucoup connaissent sans doute le film d'Alex Proyas sorti en 1994 avec le regretté Brandon Lee dans le rôle principal, qui signa son destin tragique et ajouta une nouvelle couche de drame sur cette oeuvre. Certains connaissent peut-être aussi la série-télé Canadienne de Bryce Zabel, en 24 épisodes et diffusée entre 1998 et 1999, au succès mitigé voir absent.
Si c'est votre cas, alors tant mieux pour vous, mais sachez que vous ratez l'essentiel, le coeur-même de la tragédie gothique/romantique qui se joue dans cette oeuvre, si vous n'avez pas lu le comics. Le graphic novel devrais-je dire, puisque nous atteignons ici des sommets de qualité et de technique dans l'art séquentiel et qu'il convient de lui rendre justice en le sortant du lot.

The Crow, c'est l'histoire de Shelly et Eric, un jeune couple s'apprêtant à se marier et à se lancer dans la vie, brutalement assassiné par un gang de malfrats sur la route après avoir subi les pires sévices. De cette tragédie naît une force vengeresse que rien ne semble pouvoir stopper, lorsqu'un an plus tard un corbeau (les gardiens des portes du royaume des morts) ramène Eric de l'au-delà afin qu'il puisse se lancer dans une traque sans merci, dans le but de rendre la justice et de faire payer à ces criminels le mal qu'ils ont pu faire. Si cette présentation de l'intrigue paraît simpliste vue comme ça, il n'en est rien car à cela s'ajoute une quête mystique de souvenirs et de rédemption, nous traverserons les épreuves d'Eric comme si nous étions les témoins privilégiés de son désir de retrouver sa bien-aimée ou tout du moins de la rejoindre bientôt, une fois sa tâche accomplie, et tout simplement d'enfin trouver la paix. Eric est une âme en peine, un revenant vengeur en proie à une terrible mélancolie et à une tristesse insondable, que le récit et les illustrations parviennent à nous faire ressentir au plus profond de notre coeur (pourvu que vous soyez de nature sensible et un brin romantique, bien entendu). Le présent sera entrecoupé régulièrement par des scènes tirées du passé et de la mémoire d'Eric, des scènes d'une incroyable tendresse qui permettent aussi au lecteur, tout comme au héros, de se réfugier l'espace d'un instant loin de la violence et de l'horreur de l'épreuve qui lui est imposée. Vous pourrez vibrer à la vue de ces moments intimes et doux, emplis d'amour et de partage à deux, avant de sombrer de nouveau dans la folie de la vengeance.

En somme, ce sont là des émotions que tout à chacun ressent normalement lorsqu'il lui arrive une telle tragédie. Et c'est bien là le véritable coeur de cette oeuvre : l'auteur, James O'Barr, a personnellement affronté le deuil de sa propre petite-amie suite à un accident qu'il se sentît très longtemps coupable d'avoir provoqué. Après une très longue période de dépression, assez grave et on le comprend bien, il a fini par trouver le moyen d'extérioriser du mieux qu'il pouvait toute la rage qu'il contenait et qui le dévorait de l'intérieur, ainsi que d'exprimer au passage l'infinie tristesse qu'il ressentait après la perte de son aimée. Cela donne The Crow, une histoire aux vertus thérapeutiques, une plongée dans les abysses de l'âme humaine rongée par le chagrin et la colère, mais également, et ce contre toute attente, un cri passionné pour la vie et la force de rester en vie, même après les pires épreuves. Certes au premier degré on peut voir le parcours d'Eric comme une sorte de renonciation progressive, après une lutte acharnée et une fois son but atteint, mais il est aussi question d'aimer la vie telle qu'elle est, tout simplement, et de ne jamais se laisser aller à y renoncer, même sous le coup de la plus affreuse des douleurs. Le retour d'Eric dans notre monde après sa mort, même si ce n'est que pour un temps très court, est non seulement un retour à la vie du personnage mais aussi un retour à la vie pour l'auteur lui-même, qui en extériorisant sur le papier ses souffrances et ses émotions peut enfin commencer à s'affranchir de ces mêmes souffrances et aller de l'avant, tout en gardant toujours un souvenir douloureux mais cher au coeur, une nostalgie mélancolique avec laquelle il devra apprendre à vivre.

Beaucoup n'ont pas réellement su voir tout cela dans le graphic novel magnifique qu'est The Crow, peut-être à cause du fait que les films suivant le premier furent moins bons et plus axés sur la violence, ou peut-être parce que la série-télé a bien dénaturé le propos de base tout en conservant une atmosphère familière, toujours est-il que l'impact artistique de ce récit reste encore à ce jour trop méconnu. Voir mésestimé. Et pourtant ! Plongez-vous au coeur de ces pages en noir et blanc, de ce graphisme sidérant de netteté et de réalisme ! Les impressions de mouvement sont vives, naturelles, on a parfois la sensation d'observer un ballet de danse (ce qui est le but recherché de certaines scènes au passages), Eric évolue dans son environnement aussi dignement que majestueusement, l'on parvient à ressentir autant sa grâce naturelle que sa puissance terrifiante. Les décors sont également somptueux dans le genre réaliste, un travail titanesque est fourni quant aux détails qui pullulent sur chaque planche, dans chaque case, même les plus épurées. Quand on voit cela, on ne peut douter de l'implication corps et âme de l'artiste à réaliser son oeuvre, comme à rendre le meilleur hommage possible à ses souvenirs de l'être aimée. Là où le noir et blanc de Sin City passe souvent pour une prouesse du genre, à côté des nuances ultra-précises de The Crow cela fera office de grossière ébauche. Par endroits on pourrait presque rapprocher ce travail de celui que l'on doit exercer avec les trames dans l'art du manga, tout un dosage à maîtriser.

Enfin, car cela constitue le petit plus qui m'a décidé à rédiger cet article, il faut saluer l'énorme performance éditoriale réalisée par Delcourt, qui a réédité ce récit malgré les risques de ne pas réussir à intéresser une nouvelle clientèle pour se rentabiliser, mais en fournissant un travail somptueux et léché qui nous donne un petit bijou que nous sommes fiers de posséder et d'exposer dans notre bibliothèque comics/bds, en bonne place. Cette ''Edition Définitive'' comporte des bonus informatifs jusque là peu connus, une nouvelle préface de l'auteur lui-même, des poèmes sélectionnés par ses soins au sein de la littérature française pour appuyer chaque chapitre, ainsi qu'une scène totalement inédite dessinée par James O'Barr exclusivement pour cette édition, qui fait alors office d'ultime finition apportée au récit. Si vous avez l'occasion de la trouver, et que cette petite présentation vous a intrigué voir séduit, surtout n'hésitez pas à le feuilleter et à vous le procurer par la suite, à condition bien sûr que vous aimiez ce genre d'histoires, ce qui n'est pas le cas de tout le monde malheureusement, même ici au sein de notre rédaction !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 30 juillet 2014

Geoff Johns présente Green Lantern tomes 4 & 5 : La guerre de Sinestro (Urban Comics - Février et avril 2014)


Durant la dernière décennie, le règne de Geoff Johns sur l'univers de Green Lantern a permis aux séries de ce personnage de décoller et de connaître des sommets qui s'y refusaient jusque là. Durant ce run de 8 ans et plus, nous avons pu assister à nombre de fabuleuses histoires et vivre des récits passionnants, préparant le terrain pour le plus grand chamboulement de l'histoire de DC Comics. Parmi ces arcs, le premier et certainement le plus important pour l'avenir est celui de La Guerre de Sinestro, où le Corps des Green Lanterns va se retrouver confronté à son plus terrible adversaire en la personne du célèbre renégat, ayant fondé son propre Corps alimenté par l'énergie jaune de la peur pour combattre le vert de la volonté et imposer sa vision de la paix et de l'ordre à tout l'univers.

Bien sûr, les Green Lanterns ne vont certainement pas se laisser écraser sans rien dire, et une guerre d'ampleur cosmique se déclenche alors, qui couvait depuis quelques temps déjà. Enfin l'assaut est lancé, et les secrets des Gardiens menacent d'être révélés au grand jour, détruisant et la paix et la confiance qu'ils avaient en leurs capacités. Entouré par les pires créatures qui soient dans l'univers, Sinestro entend bien saper les forces des Lanterns sur leur propre terrain et se tracer une voie royale pour le coeur du Multivers : la Terre, laissée sans défenses. Ou presque, puisque Hal Jordan et ses compagnons peuvent toujours compter sur le soutien de la Ligue de Justice et de l'ensemble des héros de la planète, mobilisés pour prêter main forte et faire reculer la peur. L'heure des règlements de comptes a sonné entre les ennemis de toujours qui se retrouvent enfin face à face, entre Hal et Sinestro mais aussi le Superboy-Prime, le Cyborg Superman, la Ligue de Justice au grand complet et même le terrifiant Anti-Monitor en personne, signe que l'univers pourrait bien toucher à sa fin. Quoi qu'il se passe désormais, il sera impossible de revenir en arrière et il faudra assumer les lourdes conséquences des changements qui s'opèrent dans le Corps ainsi que chez les Gardiens eux-mêmes, mettant en branle un nouveau plan d'urgence pour maintenir leur contrôle sur l'univers connu, quel qu'en soit le prix.

Cette saga pousse les Lanterns de la Terre dans leurs derniers retranchements, et dévoile aussi des éléments-clés pour la suite des opérations prévues par Geoff Johns au sein de l'ensemble de l'univers DC (Blackest Night, dont les premières pierres sont posées durant cette guerre, et qui conduira directement à la Renaissance DC avec les New52 par la suite). Les bouleversements sont nombreux, les retournements de situation également, et jamais la lignée cosmique de DC n'aura été aussi attirante à la lecture, ce qui fait un bien fou ! En prime, Urban Comics vous fournit dans le second tome plusieurs pages bonus avec des croquis et sketchs originaux ainsi que les transcriptions des conversations entre les auteurs et l'éditeur, afin de vous permettre de mieux saisir l'importance de certains détails ou tout bonnement de connaître les circonstances particulières de la création de tel ou tel personnage pour l'occasion. On aurait tort de cracher dessus !

En plus des chapitres des séries principales, vous avez aussi ceux des petits ''à-côté'', surtout les Contes du Corps de Sinestro (Tales of the Sinestro Corps) qui vous plongent au coeur de l'horreur, dans les origines des membres les plus emblématiques de ces messagers de la peur. Certains vont vous mettre assez mal à l'aise ! Vous apprécierez également le nombre incroyable de références aux grandes oeuvres de la science-fiction moderne, Star Wars en bonne place, ainsi que beaucoup de bonnes blagues sur la culture-pop (Hal Jordan et Guy Gardner obligent), de quoi détendre un peu l'atmosphère après les moments de stress (cherchez pour vous amuser, il y a une belle référence au film des Simpsons). Au niveau du dessin, les artistes sont trop nombreux pour que je les cite dans le détails, mais vous retrouverez tous les noms dans les libellés de cet articles. En tout cas, sachez qu'ils sont tous sur la même longueur d'ondes et que les différences de styles se voient très peu la plupart du temps, ils sont globalement tous à la hauteur les uns des autres et forment une parfaite harmonie visuelle pour soutenir ce récit aux proportions épiques comme jamais. Du grand art, et surtout un véritable exemple de travail bien fait et de communication réussie entre les auteurs ! Chose dont on devrait s'inspirer plus souvent à l'heure actuelle, chez Marvel comme chez DC, ça permettrait d'éviter d'horribles cafouillages éditoriaux (suivez mon regard).

Comme beaucoup d'entre vous, j'ai maintenant grande hâte de pouvoir lire les deux derniers tomes de cette série Geoff Johns présente Green Lantern, qui nous conduirons normalement au seuil de Blackest Night et à la veille de la fin de l'univers classique DC. L'Histoire est en marche, et nous pouvons vraiment nous ravir de pouvoir la lire chez nous dans une belle édition qui lui rend parfaitement justice.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis (Thomas risque de vous fournir le sien sous peu !) et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 27 juillet 2014

Delivery (Tonkam - 2008 - série complète en 2 tomes)


Au Japon, comme dans des tas d'autres pays dans le monde, les conditions de vie des étudiants laissent souvent à désirer. Précarité, insécurité... il est facile dans ces circonstances de prendre un chemin de traverse qui nous amène à des actes dont on ne se serait jamais cru capable auparavant. Des actes comme le ''delivery health'' par exemple, le fait de délivrer à domicile aux clients qui payent bien et savent respecter les règles des soins de nature sexuelle, plus érotique qu'autre chose de préférence, mais les dérapages sont monnaie courante malheureusement. Qu'il s'agisse de filles ou de garçons, un certain nombre d'étudiants se retrouve à exercer cette activité à la limite de la légalité (bien plus qu'on ne voudrait le croire). S'apparentant à nos call-girls, les agences qui gèrent ces soins bien particuliers emploient tant des jeunes que des plus vieux, du moment que le travail est bien fait, les clients satisfaits et en redemandant, et les employés réglos et capables de se défendre au besoin.

Delivery, c'est une série en deux tomes de Tohko Ohta et surtout Shiori Teshirogi, que vous connaissez depuis quelques années maintenant grâce à ces formidables séries que sont Saint Seiya – The Lost Canvas et Saint Seiya – The Lost Canvas Chronicles en collaboration avec Masami Kurumada (de loin). Parue chez nous via l'éditeur Tonkam dans le dernier trimestre de l'année 2008, et aujourd'hui pratiquement introuvable car ayant vu sa commercialisation stoppée comme beaucoup d'autres séries depuis, c'est un véritable petit bijou qui n'a pas vocation de dénoncer ou de faire réfléchir, mais simplement de raconter. Raconter les histoires de trois, quatre, cinq personnes obligées à un moment de leur vie de recourir à la solution du Delivery Health pour s'en sortir, pour payer leurs études, ou tout bonnement par plaisir. Des vies entrecroisées, des récits entremêlés qui illustreront de façon magistrale le quotidien de ces jeunes et moins jeunes, dans tout ce qu'il y a à voir. Du bon comme du moins bon, voir du franchement mauvais, tout ce qui peut leur arriver autour de cette activité spéciale nous est dévoilé, nous les suivons presque pas à pas et nous assistons à leur évolution comme à leurs malheurs, aux dérapages comme aux coups en traître, mais surtout nous comprenons. Nous comprenons, à la lecture de ces vies plus ou moins brisées, quelles furent les motivations qui les poussèrent à en arriver là, par quels chemins ils y sont arrivés, de quelles façons, jusqu'à quel point, etc.

Le dessin de Shiori Teshirogi, pour celles et ceux qui connaissent grâce à The Lost Canvas, permet à la fois de contempler des personnages et des décors fabuleux, voir somptueusement beaux, tout en gardant une esthétique des corps et des expressions plutôt réaliste, dans le sens où chaque émotion passe à merveille dans les traits et surtout dans les regards des personnages. C'est l'alliance parfaite selon moi en manga du beau et de l'utile. C'est de l'esthétique pure et simple, avec un zeste de volonté de choquer le lecteur par moments, en illustrant de manière assez précise et là encore réaliste les actes pseudo-sexuels ou sexuels tout court. Je peux vous garantir que cela vous fera un certain effet, en bien ou en mal, mais vous ne resterez pas indifférents. Tout cela encore une fois allié à un soucis de la beauté proprement phénoménal, le soucis de rendre beau, magnifique, des actes et des scènes qui paraissent bestiaux ou primaires. La recherche de la dessinatrice est toujours méticuleuse, les dessins sont vivants et respirent le mouvement et la beauté tant spirituelle que physique.

Je disais tout à l'heure que cette oeuvre n'avait pas pour vocation de faire réfléchir. J'ai peut-être un peu menti. Fatalement en lisant tout cela, en vivant par le biais du récit les vies des personnages quels qu'ils soient, même les clients du Delivery Health, vous vous mettrez à réfléchir à tout cela. L'essentiel est de ne pas chercher à porter un jugement, ou à en discerner un à travers l'histoire que l'on vous raconte. Delivery vous fait réfléchir sans en avoir l'air, mais jamais ne portera le moindre jugement. C'est un miroir, une fenêtre ouverte sur plusieurs existences reliées entre elles, sur plusieurs destins qui vont se croiser et interagir, autour d'un même thème et d'une même nécessité, mais avec différentes motivations et différents intérêts. Si jugement il y a à la fin de votre lecture, il ne pourra venir que de vous. Delivery tâche de rester la plus neutre possible, et de ''simplement'' vous entraîner dans le quotidien de ces personnes, clients ou soignants, qui vivent tout cela chacun à son niveau. Une oeuvre choquante sur bien des points, qui ne manquera pas de vous faire gamberger, mais qui devrait aussi grandement séduire et votre curiosité et votre sens de l'esthétique dans l'art séquentiel. Pour moi Shiori Teshirogi est bien plus qu'une mangaka de talent, c'est une véritable artiste au sens le plus large et le plus complet du terme. Un jour je vous parlerai d'une autre de ses séries, en deux tomes également, qui vous arrachera d'autres sortes de larmes. Mais pour l'heure...

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 23 juillet 2014

Spider-man - L'Autre (Panini Comics - Février 2014)


Aujourd'hui, même s'il reste un auteur de plus en plus décrié et lâché par la profession en raison de ses difficultés à boucler ses récits convenablement, il n'en est pas moins que J. Michael Straczynski (je vous défie de l'épeler à l'oral correctement sans regarder) a au début des années 2000 livré un run proprement fascinant sur Spider-man, modifiant et son univers et ses clés de lecture habituelles, ajoutant une toute nouvelle dimension au destin du Tisseur et un sens nouveau à ses actes depuis l'obtention de ses fameux pouvoirs par la piqûre d'une araignée radioactive.

Après avoir séduit le public dans une large majorité avec le début de ce récit novateur et résolument anti-classicisme, Stracz s'associe avec Peter David et Mike Deodato Jr. pour en finir avec les modifications qu'il compte inscrire dans la durée sur Spidey et ses proches. Cela donne L'Autre, une bien étrange saga qui achève de développer la dimension mystique des pouvoirs de Peter Parker et de la source de son destin. Pour comprendre, et se comprendre lui-même, Peter devra une nouvelle fois affronter le terrible Morlun, ce vampire qui se nourrit de l'énergie vitale des ''totems'' qui confèrent leurs pouvoirs à plusieurs individus inspirés d'animaux, comme Spider-man bien entendu. Mais cette fois, le combat ne tournera pas à l'avantage de Peter car, en parallèle, voici qu'il est rongé depuis quelques temps par une bien étrange maladie, aux allures de cancer, qui sape ses forces et son énergie au point de se voir bientôt diagnostiquer comme mourant. Un coup dur pour Peter, qui devra alors trouver un moyen de protéger ses proches tout en combattant Morlun et d'autres adversaires encore. Peut-être que la solution se trouve là, de l'autre côté du voile, vers la lumière, vers l'abandon...
Du drame, de l'action, des larmes, de l'amour et de l'héroïsme, voici ce que vous trouverez dans cette histoire grandiose qui vous transportera sur des chemins encore jamais explorés à l'époque pour le Tisseur, et qui vous bouleverseront totalement, que vous aimiez ou non. Échelonnée sur plusieurs séries en même temps, cette saga a pour devise ''Évoluer ou mourir''. Une sentence qui résume à elle-seule tout le sel de cette histoire, tout ce qui fait de L'Autre un récit magistral mené de mains de maîtres par des auteurs passionnés par ce qu'ils font, explorant de toutes nouvelles pistes dont feraient mieux de s'inspirer certains auteurs actuels. Les dessins sont de plusieurs artistes mais les différences ne choquent pas, vous en avez pour votre argent.

Et puisqu'on parle de ça, il faut féliciter Panini Comics qui a eu la bonne idée de publier cette oeuvre dans sa collection Marvel Deluxe, certes assez coûteuse mais de très bonne qualité et qui ne dépareillera en rien votre bibliothèque. Si toutefois vous trouvez que c'est un peu cher, et vous aurez sans doute raison, vous pouvez encore attendre quelques mois (voir années) pour que cette histoire soit publiée dans une collection moins luxueuse mais plus abordable, comme il en est désormais de coutume chez Panini. Peut-être quelque chose comme du Marvel Select, ou du Marvel Gold. Bref, prenez votre mal en patience et ça finira par payer, ne vous inquiétez pas !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, j'espère vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 20 juillet 2014

Ekhö, monde miroir, tomes 1 & 2 (Arleston & Barbucci - Soleil - Mars 2013 & Novembre 2013)


Salut les aminches ! Envie de changer d'air, envie d'escapade dans l'inconnu et l'étrange ? Alors Ekhö est faite pour vous ! Cette bande-dessinée éditée chez Soleil depuis Mars 2013 nous entraîne dans les péripéties de la jeune Fourmille Gratule, se rendant à New York à l'occasion du décès de sa tantine, et se retrouvant soudainement projetée dans un autre monde, miroir du nôtre mais avec d'énormes différences. Par exemple, la technologique semble figée à l'ère industrielle des débuts, et le bestiaire fantastique occupe une place de choix dans cette nouvelle société dirigée par des écureuils intelligents et très organisés, où vous pourrez croiser des dragons et toutes sortes de monstres la nuit tombée, et où la pauvre Fourmille se voit possédée régulièrement par les esprits de personnes défuntes récemment, cherchant à rendre justice après leur mort souvent provoquée.
Mais Fourmille n'est pas seule, en effet durant le transfert entre les mondes son voisin de siège dans l'avion qui la menait à New York a lui-aussi été pris dans le passage, et ce pauvre Yuri Podrov n'avait pourtant rien demandé ni rien à voir avec Fourmille et sa tante ! Les voici donc contraints de vivre ensemble sans s'éloigner l'un de l'autre, sous peine de mort, le temps que les écureuils arrangent les choses. A eux deux ils vont vivre d'étranges aventures, dans un New York totalement onirique où les coups bas sont légions et la vie bien dure pour qui ne sait pas tirer son épingle du jeu. Un peu comme la vraie New York, remarquez.

Et ce n'est pas tout ! Dans le second tome, Fourmille et Yuri doivent se rendre à Paris, bien sûr le Paris de cet autre monde, qui ressemble à un délire bonapartiste qui n'en aurait jamais terminé avec notre bonne vieille France. Là, possédée par l'esprit d'un prince décédé brutalement (les fans reconnaîtront un clin d'oeil appuyé à Lady Diana) alors qu'il s'apprêtait à faire à l'empereur Napoléon VIII un rapport sur les agissements illégaux d'un important fournisseur d'armes, Fourmille va devoir non seulement mener les affaires de sa boîte de spectacles érotiques à bien dans cette nouvelle capitale où l'on ne vous fait pas de cadeaux, mais aussi parvenir jusqu'à l'empereur en personne pour lui remettre les informations capitales que son fils voulait lui faire entendre. Et bien sûr, cela n'arrange pas vraiment les affaires des écureuils, qui dirigent le monde dans l'ombre, et qui ne veulent pas de remue-ménage dans leur belle cité parisienne. D'autant que Yuri, l'éternelle anomalie du transfert entre les mondes, risque de plus en plus sa tête à mesure que le temps passe... une seule solution lui permettrait de rester en vie : coucher avec Fourmille pour ''unir leur destinée'' ou un truc comme ça. Plus de 20 ans d'écart entre eux, ça va pas bien la tête ?? Mais bon, c'est vrai qu'elle est bien jolie cette fille... alors pourquoi pas...

Vous l'aurez compris, niveau récit je suis entièrement sous le charme, c'est vraiment magique et plaisant, facile à lire et à suivre, chaque tome nous en donne pour notre argent sans nous laisser sur notre faim et nous attendons calmement la suite. Quant au dessin, il est tout simplement magnifique, plein d'énergie et de peps, une vraie bouffée d'air frais dans la production actuelle. Si les traits peuvent sembler assez cartoonies, il y a une myriade de petits détails dans toutes les cases et dans toutes les situations, l'atmosphère est très soignée et l'ambiance dystopique admirablement retranscrite et maîtrisée. Mention spéciale par ailleurs pour les vêtements, où l'on admire un travail de recherche absolument remarquable avec une pointe d'innovation personnelle. Soleil nous gâte avec ce petit bijou auquel il faut donner sa chance, absolument !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 16 juillet 2014

Médaka-Box tome 14 (Tonkam - Mai 2014)


S'il y a un manga ces derniers temps qui selon moi sort nettement du lot de la production actuelle, c'est bien Médaka-Box. Et pourtant rien n'était joué, lors de son arrivée dans nos contrées ! Manga au design très ''technique'', comme de nombreux titres depuis quelques années, un shonen paraissant assez classique dans sa conception comme dans son développement, bref il n'y avait rien qui puisse permettre d'affirmer que cette histoire serait exceptionnelle à plus d'un titre.

C'est là que nous arrivons à ce 14ème tome, riche en rebondissements mais pas que ! Car avec ce tome, la série prend un tournant décisif qui en fait une sorte d'oeuvre presque métaphysique, se penchant sur les conditions de publication des mangas au Japon ainsi qu'à l'économie de ce milieu, son avenir et les crises qu'il traverse, mais également le procédé d'écriture d'un ou plusieurs auteurs sur les séries les plus suivies et donc les plus exigeantes. Toujours devoir innover, toujours chercher à surprendre en jouant avec les mêmes codes... Médaka-Box choisit délibérément de transcender sa condition de manga, d'histoire fictive, pour devenir une triple mise en abîme de notre monde et de la culture de la bande-dessinée Japonaise. Voici d'ailleurs les trois niveaux que j'ai perçu à la lecture de ce tome :
 Situation économique et éditoriale des mangas
 Difficultés du procédé créatif/narratif
 Auto-critique et auto-réflexion sur l'importance d'une bonne fin au bon moment

Pour l'histoire, après les épreuves imposées par Médaka à ses futures successeurs pour les endurcir et les préparer à prendre la relève, il s'avère que Zenkichi, son ami le plus ancien et le plus fidèle, n'est finalement pas à la hauteur de ses espérances. Dépité, déçu, il sera approché par Anshinin qui souhaite faire de lui un nouvel adversaire pour Médaka, une nouvelle opposition, en le transformant en héros véritable et en centrant l'intrigue autour de lui désormais, lui donnant toutes les chances de l'emporter lors de leur affrontement qui promet déjà d'être mémorable. Alors que les deux camps se forment et que les alliés se divisent entre les deux grandes figures que sont Médaka et Zenkichi, Kumagawa entend bien évidemment mettre son grain de sel dans l'affaire et ''foutre le bordel'' dans les plans d'Anshinin, en créant pour sa part une troisième faction indépendante et destinée à empêcher l'affrontement entre les deux amis de toujours pour rendre caduque ce nouveau rebondissement de l'histoire. Une nouvelle ère et de nouveaux combats s'annoncent, et pour Médaka c'est l'occasion de se retrouver enfin face à elle-même et de réfléchir au destin de l'établissement Hakoniwa, mais aussi d'apprendre à affronter seule ses propres démons et sa part d'ombre...

Il faut vraiment s'accrocher lors de la lecture de ce tome pour tout suivre et comprendre correctement, et j'ai plusieurs fois du repartir en arrière pour être bien sûr d'avoir saisi tous les sens de lecture cachés. Au final on a non seulement droit à un changement magistral de direction dans la trame du récit, mais aussi à une critique assez cinglante et réaliste du système en place dans le monde du manga au Japon, c'est d'ailleurs étonnant qu'une telle prise de position et de risques soit aussi mise en avant là-bas. Les Japonais aiment l'autodérision ce me semble, moi aussi ça tombe bien. Merci à vous !
J'espère maintenant vivement retrouver ce triple ton dans le prochain volume, à paraître dès le mois prochain.
Ah, et pour celles et ceux qui se demanderaient ce que devient le fil rouge du récit, la fameuse Médaka-Box du Conseil Étudiant... eh bien ne la cherchez pas, elle n'a plus du tout d'importance. Preuve une fois encore de la volonté de changement et de toujours prendre le contre-pieds des attentes du lectorat pour ces auteurs assez remarquables que sont Nisioisin et Akira Akatsuki.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un prochain article !