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mardi 19 novembre 2019

UN(e)SECTE (Albin Michel - Novembre 2019)


Tout commence par une série de mystérieuses disparitions, sur l'ensemble du territoire Américain. La détective privée Kat Kordell, basée à New York, est engagée par la mère d'une jeune femme angoissée et socialement inadaptée ayant cessé de donner le moindre signe de vie à sa famille pratiquement du jour au lendemain. Kat, qui pense tout d'abord à une sorte de suicide ou de fugue, se rend rapidement compte que quelque chose ne colle pas, le profil n'est pas totalement bon et ne rentre pas dans les petites cases. Quelque chose semble avoir pris le contrôle de la vie de la jeune femme, et la détective entend bien découvrir quoi et si possible retrouver sa cible avant qu'elle ne disparaisse définitivement.

En parallèle, à Los Angeles, l'inspecteur Atticus Gore est mis sur une affaire déroutante qui pourrait signer la fin de sa carrière : un cadavre retrouvé entièrement privé de ses organes et de sa chair, rien qu'un squelette avec de la peau... et toujours ses vêtements, poisseux de sang, comme si rien n'avait été déplacé durant la mise à mort. Car Atticus est bel et bien convaincu qu'il s'agit d'un meurtre, un homicide d'un nouveau genre qui glace le sang et qui pourrait bien avoir déjà eu lieu auparavant, sur d'autres personnes, principalement des marginaux et des rejetés de la société. L'enquête piétine dès son commencement, mais Gore ne lâchera rien et ira jusqu'au bout de ses hypothèses, quand bien même celles-ci lui vaudraient de se ridiculiser ou pire de perdre sa plaque.

Sans le savoir, les deux enquêteurs suivent en vérité une seule et même piste, qui les mènera jusqu'aux tréfonds de la noirceur de l'être humain et de son nihilisme sans commune mesure, alors que de plus en plus de signes tendent à prouver que notre règne sur cette pauvre planète bleue s'apprête à basculer...

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Maxime Chattam sort son tout dernier thriller juste à temps pour Halloween et profiter de l'ambiance de la fête des morts ! C'est évidemment grâce à Albin Michel, et toujours pour notre plus grand plaisir !

Dans cette histoire qui reprend beaucoup des éléments chers à l'auteur depuis ses débuts (la théorie Gaïa, la psychologie criminelle et humaine, les failles d'un système devenu bien trop important et intolérant, etc.) nous retrouvons donc deux enquêteurs aux méthodes et aux vies différentes mais avec une même conviction et un même amour du travail bien fait, jusqu'au bout, quitte à froisser les mauvaises personnes. Le lecteur ira de surprise en surprise, certains chapitres et rebondissements feront froid dans le dos et les notes ajoutées par l'auteur en guise de postface n'aideront pas à calmer la montée d'anxiété à la limite de la paranoïa qui se jouera dans votre cerveau, bien au contraire.

Des chapitres courts de préférence pour une immersion totale et aisée ainsi qu'un rythme assez vif, pratiquement sans pauses autres que celles permettant de souffler deux secondes avant de replonger dans l'horreur du quotidien. Niveau technique c'est là encore une belle réussite de la part de Maxime Chattam, qui nous régale comme d'habitude avec un humour tout particulier et des personnages intenses.

Petite déception personnelle toutefois, je pense que ce roman aurait pu se permettre une fin assez noire tout compte fait. Non que nous soyons en face d'un parfait happy ending, mais la résolution de toute l'affaire est un peu artificielle, bancale irais-je presque jusqu'à dire, car il y avait la nécessité d'offrir au lectorat désormais assez massif et étendu de l'auteur une fin digne de satisfaire le plus grand nombre, là où dans ses premières œuvres un Maxime Chattam encore peu connu n'hésitait pas à sauter la tête la première dans l'abysse. Peut-être un élément révélateur d'un changement de mentalité et surtout d'un léger regain d'espoir, qui sait, en tout cas j'imagine sans peine une fin plus amère dans son style de jeunesse.

Un très bon thriller malgré ces quelques observations qui je le rappelle sont entièrement personnelles, je n'ai pas lâché ce livre durant toute une semaine et je n'avais qu'une hâte c'était de le refermer après avoir fini la lecture afin de pouvoir réfléchir posément aux sujets et débats qu'elle entraîne immanquablement. J'espère que vous en profiterez pleinement vous aussi pour faire un point sur la situation de l'être humain dans ce monde en souffrance !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 26 janvier 2019

Les contes interdits - Peter Pan (ADA Éditions - Janvier 2018)


Une sombre histoire d'enlèvement d'enfants et préadolescents tire soudain l'ancien officier de police Jacques Dolan de sa retraite anticipée, après avoir résolu une horrible affaire et arrêté avec succès mais non sans sacrifice un dangereux criminel cannibale baptisé le Crocodile. Ayant depuis gagné le surnom de Hook à cause de la prothèse qu'il arbore suite à cette rencontre, Jacques est contacté par une de ses anciennes amantes, éducatrice ayant adopté plusieurs enfants pour les sortir de la rue et de la misère criminelle dans laquelle ils vivaient jusque là. Sauf que ces trois enfants, Wendy, Jean-Philippe et Michaël, ont été enlevé par un individu extrêmement dangereux dont on ne connaît que le nom : Pan. Jacques accepte de mener l'enquête et s'intéresse de près à une nouvelle drogue faisant fureur dans la ville de Québec et ses environs. On l'appelle la Poussière. Elle donne l'impression à ceux qui en consomment de retomber en enfance, et à ceux qui en prennent trop l'impression qu'ils peuvent voler... ce qui finit immanquablement en suicides en série sur lesquels la police locale ne peut enquêter davantage. Convaincu qu'il existe un lien entre la Poussière et le kidnappeur des trois enfants, Jacques parvient à faire jouer ses contacts pour obtenir de précieuses informations qui le mèneront tout droit à la tanière de celle qui se fait appeler Clochette, nymphomane ayant le marché de la Poussière entre ses mains. Après un nouveau et douloureux sacrifice, Jacques s'en tire vivant et avec de nouveaux indices pour remonter la piste du mystérieux Pan, jusque dans le Grand Nord Canadien, où se trouve un chalet au milieu d'un lac paisible en apparence... théâtre d'horreurs sans nom, ce chalet est devenu le royaume d'une petite communauté d'enfants sauvages drogués et entièrement sous le joug de leur ravisseur, qui ne se lasse jamais d'inventer des jeux plus cruels les uns que les autres. Wendy, seule des trois encore consciente de ce qui lui arrive, a un plan pour tenter de séduire Pan et de s'échapper afin d'aller chercher des secours, mais encore faut-il que la psychologie détraquée de Pan le lui permette. Jusqu'à quand parviendra-t-elle à tenir dans ce jeu pervers de séduction enfantine ? Pour Jacques une chose est sûre, le temps est désormais compté pour les enfants perdus, et pour les retrouver il devra faire ce qu'il n'avait jamais osé auparavant : se confronter de nouveau au terrible meurtrier l'ayant mutilé autrefois... face à face avec le Crocodile, seul adulte à connaître l'emplacement de Neverland, et chérissant depuis un bon moment de terribles envies de revanche...

J'ai commencé ce récit avec une attention plutôt distraite durant les deux premiers chapitres... avant de m'accrocher et de le finir d'une traite en quelques heures de glaçante terreur. La version de Blanche Neige des Contes Interdits de chez ADA Éditions était déjà plutôt costaude dans son genre, mais là on atteint un tout autre niveau de sadisme et d'horreur, qui touche de près à l'enfance et au monde affreusement sombre et glauque qui peut graviter autour, avec son lot de prédateurs et de détraqués aux aguets. Très bien écrit -même si pour nous pauvres Français il faut faire avec la séduisante désuétude du langage purement Québecois- et mené de bout en bout à un rythme endiablé par un jeune auteur très talentueux, ce récit d'enquête policière vous dérangera autant qu'il vous fascinera, du moins je l'espère si vous êtes à peu près normaux. Vous reconnaîtrez sans peine les différents personnages de l'histoire originelle, et leurs interactions vous paraîtrons peut-être similaires et familières... mais vous verrez bien vite que ce court roman vous réserve encore bien des surprises auxquelles vous ne serez jamais préparés. Attachez vos ceintures et accrochez-vous bien à votre sens de la morale et à votre cœur, vous en aurez grand besoin pour pénétrer de plein pied dans cette histoire ténébreuse...

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

lundi 30 octobre 2017

La question du lundi n°59 : Comment un film devient-il culte ?


Depuis la création du cinéma, une myriade de films a été réalisée un peu partout dans le monde. Des films de catégories différentes (humour, horreur, dramatique, comédie, etc.). Chacun de ces films peut aller du très mauvais au très bon en prenant en compte plusieurs critères ainsi que les goûts de chacun.
Toutefois, certains de ces films atteignent le statut de film culte. Des œuvres de référence qui dans la catégorie à laquelle ils appartiennent deviennent des œuvres incontournables. La question du lundi sera donc : sur quels critères peut-on se baser afin de définir un film culte ?

L'originalité d'une œuvre : Cette originalité peut se définir sur de nombreux points. Son scénario qui peut traiter de quelque chose peu banal, à titre d'exemple, on peut citer la trilogie culte des Retour vers le Futur qui traite du voyage dans le temps, un sujet qui n'est pas forcément simple, et qui s'adresse à tous les publics. La façon d'être filmé (en noir et blanc, jeu d'ombres et de lumières, ambiance atypique) peut servir à se distinguer des autres. La manière dont l'histoire peut être racontée comme la narration dans Pulp Fiction qui ne suit pas l'ordre chronologique des évènements. Un film culte peut se caractériser par sa capacité à innover et à renouveler le genre auquel il appartient.

L'influence sur la culture populaire, le fait que les gens parlent du film pendant et après sa sortie. Des répliques, des scènes cultes qui restent gravées dans les mémoires et qui identifient tout de suite le film en question. Cela peut s'exprimer également par le biais de parodie humoristique. Également, un film culte peut influencer par la suite des réalisateurs dans leurs œuvres.

Le contexte de l'époque de la sortie du film peut également permettre de donner à certains une portée plus significative et un impact important sur le public et ainsi contribuer à sa notoriété.

Il est également difficile de dire si des chiffres élevés au box-office reflètent ce statut que peut acquérir un film. Un exemple notamment avec le cas de Blade Runner qui a couté 28 millions de dollars et qui a réalisé une recette de 33,8millions de dollars, ce qui est loin d'être un succès alors que par la suite le film a acquis une réputation indéniable dans l'univers de la SF et a donné lieu
à une suite sur les écrans cette année.

Le fait qu'on prenne plaisir à revoir un même film, que l'on parle encore de celui-ci des années après, c'est ce qui permet aussi aux films cultes de garder ce statut. Il est également plus simple d'identifier un tel statut pour des films anciens alors qu'à l'heure actuelle avec la profusion de films et de blockbuster projetés sur les écrans, il n'est pas forcément aisé de savoir ce qui restera dans les mémoires ou pas. Ainsi si les épisodes 4, 5 et 6 de Star Wars sont des œuvres cultes, en sera-t-il de même pour les épisodes 7, 8 et 9 ? Seul le temps nous le dira.

Bon visionnage, lecture, jeux à tous et à bientôt !

samedi 3 septembre 2016

Instinct de survie (Jaume Collet-Serra - Ombra Films - 2016)


Nancy est une jeune étudiante en médecine qui décide de faire un break en allant voyager au Mexique, à la recherche d'une plage idéale dont sa mère décédée récemment lui a beaucoup parlé. Une fois arrivée sur place, Nancy se prépare et va surfer sur des vagues de rêve à n'en plus finir... du moins jusqu'à ce que le rêve ne se transforme en cauchemar. Nancy se retrouve soudain piégée alors que la nuit va tomber, près d'une carcasse de baleine dont un grand requin blanc a fait son territoire de chasse. Isolée de tout sur un petit rocher à quelques centaines de mètres à la nage de la plage, Nancy va devoir survivre jusqu'à ce que des secours éventuels puissent la récupérer, ou jusqu'à ce qu'elle sombre dans l'inconscience suite à ses graves blessures. Qui des deux l'emportera ? Le requin sanguinaire qui n'est jamais bien loin, ou la surfeuse désespérée qui n'aura bientôt plus rien à perdre ?

Au-delà d'être un assez bon film d'horreur animalier (ou un thriller selon certains), Instinct de survie est aussi une publicité saisissante pour son actrice principale, la sublime Blake Lively, qui se donne à fond et nous fait croire à chacune de ses scènes et de ses péripéties dans ce décor paradisiaque. L'utilisation de l'incrustation à l'image des technologies digitales est également une bonne idée de réalisation, qui permet une immersion plus aisée du spectateur. A voir et à savourer, c'est aussi une belle interprétation d'un deuil difficile et d'une famille brisée qui cherche à se reconstruire.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 31 août 2016

Nerve (Henry Joost et Ariel Schulman - Lionsgate Film - 2016)


Quand les réseaux sociaux dérivent et en viennent à contrôler totalement votre vie...

Venus, aussi appelée Vee, est une jeune fille timide et un brin effacée, vivant dans l'ombre de sa meilleure amie plus populaire et exubérante. Très touche-à-tout en matière de réseaux sociaux, elle fait partie de la génération connectée en permanence. Quand elle entend parler pour la première fois de ce nouveau jeu en ligne, Nerve, elle reste dubitative... jusqu'au moment où elle accepte de s'y inscrire pour se pousser à sortir de sa peau. Les règles sont simples : deux catégories d'inscrits, les voyeurs et les joueurs. Les voyeurs paient pour que les joueurs réalisent des défis toujours plus difficiles et parfois dangereux, augmentant leurs gains et surtout leur popularité sur le réseau. Les voyeurs sont anonymes, les joueurs totalement transparents pour quiconque voudra les suivre. Ce qui au départ devait n'être qu'un simple jeu finit bien vite par prendre une toute autre dimension quand Vee fait la rencontre de Ian, un autre joueur avec lequel les voyeurs veulent qu'elle fasse équipe pour les défis suivants, jusqu'à la grande finale. Plus ils seront populaires, plus ils auront de chances de finir en finale et d'affronter alors l'ultime défi, la sensation forte absolue... à moins qu'ils ne trébuchent avant et ne sortent du cadre normal du jeu. Car Nerve n'est pas qu'un simple jeu ou réseau social... c'est une organisation gigantesque qui en vient rapidement à contrôler le moindre aspect de votre vie, la moindre donnée vous concernant. Et cela, Vee n'était peut-être pas prête à l'affronter...

Un film éprouvant, classé comme un thriller et qui fait énormément réfléchir quant aux dérives des réseaux sociaux et de l'hyper-connectivité à laquelle nous sommes tous reliés voir soumis. Le film est adapté du roman de Jeanne Ryan, Addict, qui porte très bien son titre. Pas grand chose à dire de plus sur le film en lui-même à part qu'il est techniquement très élaboré, on sent un réel travail sur l'étalonnage et sur l'image, le spectateur est vraiment plongé au cœur de l'action et du monde informatique et se rend bien vite compte qu'il fait lui aussi partie des voyeurs... Un film à méditer plus en profondeur une fois rentré chez soi, un film qui fait réfléchir et qui divertit en même temps, un goût doux-amer qui reste bien ancré à l'esprit.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 10 décembre 2014

La proie d'Hugo Strange (Urban Comics - Septembre 2014)


Encore un récit de la collection ''DC Nemesis'' de chez Urban, me direz-vous ? C'est vrai que c'est une collection que j'affectionne tout particulièrement, un peu comme ''Marvel Dark'' chez Panini, en raison de ses histoires plus sombres qu'ailleurs. Et les vilains de DC Comics sont tout de même, pour ceux de Batman, bien plus emblématiques et passionnants que la plupart de ceux de Marvel ! C'est d'ailleurs le cas de celui-ci, le professeur Hugo Strange, docteur en psychiatrie officiant à Gotham City et grand obsédé par Batman depuis l'apparition du justicier. Ennemi de ses premières heures, Strange a tout tenté pour briser psychologiquement la Chauve-Souris, l'amener à se trahir et découvrir son identité secrète, dans le but de le démasquer publiquement mais surtout de prendre sa place, symboliquement parlant. Pour faire cesser son obsession, Strange doit tuer le Batman, le personnage construit de ce héros trop parfait, de cet idéal inaccessible pour lui. Et si pour cela il doit également tuer l'homme sous la cape, qu'à cela ne tienne ! Doug Moench et le dessinateur Paul Gulacy nous replongent avec brio et intelligence dans les premières années d'aventures de Batman, revisitées pour les décennies suivantes (celles de la série Legend of the Dark Knight), en tâchant de retranscrire le ton très sombre et violent de l'époque, cette fin des années '30 où les récits pulps étaient encore la norme et où les enquêtes se terminaient souvent de triste manière.

Ainsi, dans cette histoire, nous assistons aux toutes premières apparitions du Batman à Gotham, comme dans Année Un. Tandis que l'opinion publique se divise rapidement sur les motivations et la valeur de l'action d'un tel justicier, le professeur Hugo Strange apparaît comme un sérieux détracteur du Chevalier Noir et propose ses services à la mairie afin de le démasquer et de le livrer à la police, en établissant son profil psychologique et en menant à la création d'une brigade d'intervention spéciale chargée de traquer et d'arrêter Batman par tous les moyens. Gotham devient alors le théâtre d'une sanguinaire lutte d'influence, entre Strange qui gagne peu à peu du terrain et Gordon qui tente tout son possible pour protéger son allié, quitte à se mettre lui-même dans une situation très délicate vis à vis des autorités. Sans parler du justicier, qui en vient doucement à douter de sa propre santé mentale et qui se perd dans les fantômes de son passé, les ombres de ses traumatismes et de la création du personnage de Batman à partir de l'enfant brisé que fut Bruce Wayne. Strange monte alors sa campagne d'un cran en faisant sien le pouvoir des médias, et lance une véritable propagande de harcèlement à l'encontre de Batman, arrachant un à un tous les détails le conduisant vers son inévitable conclusion, la véritable identité du Chevalier Noir. Dès lors, il ne peut plus y avoir qu'un dénouement possible : la disparition de la Chauve-Souris, ou celle d'Hugo Strange. Le duel psychologique entre les deux hommes prend une tournure de plus en plus violente à mesure que la fin se rapproche, inexorablement, et que les premières victimes collatérales s’amoncellent... et sur toutes les lèvres, y compris celles des protagonistes, la même question se pose encore et encore : qui est vraiment sain d'esprit ?
Après la conclusion brutale de la première histoire, nous avons droit à un second récit d'envergure, se déroulant quelques années plus tard, avec le retour d'Hugo Strange et la mise en place de son implacable vengeance, déterminé à détruire Batman une fois pour toutes et à se libérer de sa dangereuse obsession. Pour cela, il commettra l'irréparable et s'arrangera pour faire sortir d'Arkham le tristement célèbre Jonathan Crane, alias l'Epouvantail, psychologiquement brisé par ses premiers affrontements avec la Chauve-Souris, et que Strange va entreprendre de regonfler à bloc pour se servir de son gaz de terreur, tout en le maintenant sous son emprise thérapeutique. Mais cette fois, le psychiatre semble avoir trouvé plus fou que lui, et très rapidement la situation échappe totalement à son contrôle et l'Epouvantail se rebelle, ivre de rage et du désir de vengeance envers toutes les personnes l'ayant torturé et humilié durant sa jeunesse, jusqu'à Batman et Strange eux-mêmes. Ce qui était jusque là une machination bien huilée se transforme alors en véritable cauchemar, qui poussera Batman dans ses derniers retranchements et le plongera dans la folie de l'Epouvantail ainsi que dans ses propres peurs les plus secrètes et profondément enfouies, là d'où nul ne revient indemne. Quoi qu'il arrive, quelle que soit l'issue de ce combat désespéré pour la survie, les blessures infligées au héros ne se refermeront sans doute jamais complètement et feront de lui le justicier que nous connaissons...

Deux très très bonnes histoires, j'ai tout particulièrement aimé la seconde je dois dire, même si la première est vraiment magistrale de bout en bout, une sorte de thriller psychologique absolument intense qui nous tient en haleine jusqu'à la résolution finale, et même au-delà. Un véritable chef-d’œuvre d'écriture et de mise en scène, comme on en voit trop rarement depuis. Quant à la seconde histoire donc, c'est tout simplement sans doute la meilleure histoire que j'ai pu lire avec l'Epouvantail, ainsi que sur la relation naissante entre Batman et Catwoman (qui apparaît dès le premier récit) qui déterminera nombre des éléments futurs pour ces deux personnages. C'est une plongée merveilleuse dans le passé du héros et de son univers, de ses plus intimes combats, qui permet à un public plus jeune de comprendre un peu mieux les doutes et les faiblesses de l'homme chauve-souris et de s'enfoncer dans la noirceur de ses origines les plus douloureuses. Le dessin vieillot de la première histoire, Proie, est un bon moyen de voyager entre les époques et de retrouver l'ambiance feuilletonnesque des premières années des parutions sur Batman, tandis que le style graphique de la seconde, Terreur, est digne d'un film (vous noterez par ailleurs les petites références à la Gotham de Tim Burton, j'ignore qui est venu en premier mais tout est lié c'est assez clair) et est extrêmement agréable à regarder.
N'hésitez donc pas longtemps avant de vous prendre cet album, La proie d'Hugo Strange est une véritable mine d'informations pour les lecteurs les plus anciens comme les plus récents, il vous permettra de vous familiariser avec l'un des ennemis les plus acharnés et intimistes de Batman et vous proposera une virée dans la psyché du héros que vous n'êtes pas prêts d'oublier de sitôt. Toutes les promesses faites par Urban au dos de l'album lors du résumé et de sa présentation sont donc tenues selon moi !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 5 novembre 2014

Joyland (Stephen King - Albin Michel - Mai 2014)



Le Roi de l'Horreur n'en finit plus d'écrire sur ses vieux jours et le moins que l'on puisse dire c'est que son nouveau style lui va admirablement bien, ainsi qu'à son lectorat (moi) ! Voici son dernier-né en date, Joyland, paru chez Albin Michel en Mai dernier pour notre plus grand bonheur.

L'histoire se passe durant l'été 1973, dans un petit parc d'attractions aux allures de fête foraine. Nous suivrons le jeune Devin Jones, 21 ans, tandis qu'il obtient un petit boulot pour l'été et se faire un peu d'argent en vue de reprendre ses études à la rentrée prochaine, comme bon nombre d'étudiants dans son cas. Engagé comme travailleur saisonnier, comme ''bleu'', à Joyland, Devin va apprendre à se familiariser avec le milieu forain : sa vie, son atmosphère, son langage, ses codes, sa philosophie si particulière et si riche. Durant cet été de dur labeur, il connaîtra le chagrin, la perte du grand amour, le doute, la dépression, de nouvelles amitiés, l'ambition, la reconnaissance, le sentiment d'avoir trouvé une nouvelle famille, l'amour à nouveau peut-être... mais aussi la peur, bien entendu. Car Joyland a un secret, voyez-vous. Au sein de sa Maison Hantée, se trouve un fantôme qui n'est pas artificiel. Une jeune fille assassinée voici quelques années de cela, dont le corps fut laissé à l'abandon dans l'attraction et dont le meurtrier serait toujours en liberté, anonyme. Devin va entreprendre de lever le voile sur ce mystère et de faire partie des rares personnes à avoir vu ce fantôme de ses propres yeux. Pour lui, c'est bien plus qu'une simple histoire, une légende que se racontent les forains et les locaux pour effrayer les bleus et les touristes. Pour lui, c'est une seconde chance, l'occasion de faire enfin quelque chose de sa vie, de se prouver sa valeur. De rendre justice. Mais, en compagnie de ses camarades saisonniers, Devin va aussi se rendre compte petit à petit que le plus grand danger, à Joyland, n'est pas forcément de rencontrer les morts... et que la confiance est une chose rare.

Comme j'avais déjà pu l'observer dans ses dernières œuvres, Stephen King semble résolument se tourner vers une dimension plus humaine de ses récits, où la place du surnaturel est de plus en plus réduite, jusqu'à n'être plus ici qu'un simple prétexte à l'enquête du personnage principal et surtout à son évolution durant cet été fondamental de sa vie, celui où il passera à l'âge d'homme et où il connaîtra différentes expériences qui le forgeront et feront de lui un être plus sûr de lui et plus solide. Il y a tout de même toujours certains éléments typiquement ''Kingesques'', même à cette période très éclairée et contemplative de sa vie, comme par exemple cette prescience de certains personnages, souvent de très jeunes ou d'assez vieux. Énigmes du destin, messages de l'au-delà ; quelques éléments surnaturels qui ne sont ici que soutiens discrets d'une histoire très humaine, très réelle. Celle d'un jeune homme qui apprend à grandir avec les souffrances de son âge, à accepter le changement et les pertes, la découverte, l'évolution, et à trouver son utilité dans ce monde. A l'image du roman lui-même, l'histoire est somme toute assez courte et simple à suivre, et ce n'est en rien une déception. Cela correspond simplement aux nouvelles préoccupations de Stephen King, l'envie de sortir de ce carcan de l'horreur dans lequel il s'est enfermé depuis le début de sa carrière pour, à l'âge de retraite, parvenir enfin à traiter des sujets bien humains et concrets, à délivrer des messages sincères et d'une portée bienveillante, avec toujours ce zeste de critique un brin cynique (mais plus aussi désabusée) de la société et de ses travers. Un King sur ses vieux jours, désireux d'explorer de nouvelles pistes et, comme l'on pouvait le noter dès la lecture de Docteur Sleep, de simplement porter son regard et celui de ses lecteurs sur des sujets moins horribles, moins surnaturels et irréels qu'à son habitude, et nous offrir plutôt une sorte de réflexion sur nos propres expériences, passées et à venir. Certains cracheront un peu dans la soupe en faisant remarquer qu'il s'agit de plus en plus de romans assez courts et très faciles à lire (police plus grosse, pages avec davantage d'espace, etc.), mais je leur ferai remarquer quant à moi que le Vieil Homme a une carrière très bien remplie derrière lui, et qu'à son âge et à son niveau il peut se permettre de se lâcher un peu la bride et de faire partager ce qui lui plaît. Pour ma part j'apprécie tout autant de pouvoir lire ce genre de format que ceux de ses premiers gros romans, type Ça, où tout était assez petit et serré pour un volume très imposant. Le rapport d'adaptation depuis qu'Albin Michel édite Stephen King (2009-2010 il me semble mais je peux me tromper) est très satisfaisant. Et surtout, fidèle à l'esprit de chaque roman, Joyland en étant le dernier et meilleur exemple en date.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

jeudi 23 octobre 2014

Le Sang d'Immortalité / Voyage avec les Morts (Barbara Hambly - Mnémos, collection Icares - Mars 2010)


C'est sans doute l'une des meilleures histoires de vampires qu'il m'ait été donné de lire, et je tiens vraiment à vous la faire partager car on trouve très peu de récits de cette qualité et de ce niveau d'excellence (selon moi). Écrite par Barbara Hambly (une femme extrêmement active et intelligente, partageant à l'époque son temps entre sa carrière d'écrivain, de scénariste pour séries littéraires telles Star Wars, Star Trek ou son bébé Darwath, professeur d'Histoire Médiévale en faculté à ses heures et également de karaté, ainsi que modèle. Respect.) en 1988, Le Sang d'Immortalité nous entraîne dans un récit captivant de bout en bout, où se mêlent intrigues romanesques et fantastiques, au diapason de l'horreur dans sa plus pure tradition héritée de l'ère Victorienne. Avec aussi beaucoup de mise en abîme, de réflexion interne sur le récit vampirique en cette fin de siècle et sur toute cette culture folklorique dont il est issu, ainsi qu'une farouche volonté de briser les clichés et les facilités du genre dans lesquels il s'enfonce depuis des décennies. Oubliez les vampires qui brillent, oubliez les amours à l'eau de rose, ici nous entrons dans un univers sombre, cruel, cynique et froid dans lequel les vampires sont de redoutables prédateurs jouant sur leur anonymat parmi nous, au sein de notre société civilisée ; dans lequel la séduction tient un rôle primordial, presque hypnotique, et où chaque parole exprimée peut dissimuler une toute autre vérité. Un monde de charisme, aussi, un monde de manières et de charme, de prestance, d'éducation.

Début du XXème siècle, l'an 1907. James Asher, autrefois ''agent de renseignement sous couverture'' pour le gouvernement britannique, aujourd'hui simple professeur d'ethnologie et linguistique à Oxford et marié à une jeune femme admirable en tous points, découvre en rentrant chez lui un soir une singulière surprise. Toute sa maisonnée est profondément endormie, comme envoûtée, un silence de mort plane sur la demeure et une aura ténébreuse semble émaner de l'atmosphère, inspirant tout en même temps la peur et l'apathie. Dans son bureau, un homme, d'aspect tout à la fois jeune et ancien, très ancien même, des plus distingué et élégant, l'invite à écouter une étrange proposition, qui commence d'emblée par cette révélation :

« Mon nom est Don Simon Xavier Christian Morado de la Cadena-Ysidro, et je suis ce que vous appelez un vampire. »

Délire d'un psychopathe jouant avec sa victime avant de massacrer tous les habitants de la maison au couteau ? Jeune imbécile cherchant à faire peur ? Mauvaise blague ? Ou bien n'est-ce, comme Asher craint de le ressentir, que la stricte vérité dévoilée sans aucun artifice ? Celui qui se fait ainsi appeler Ysidro dit tenir en son pouvoir tous les proches d'Asher, sous son emprise mentale, et être disposé à les relâcher s'il consent à lui rendre un service, un service que seul un homme possédant ses compétences et ses connaissances, un esprit ouvert par ses années d'espionnage et de recherches folkloriques dans toute l'Europe, puisse appréhender sans détaler en hurlant de terreur. La communauté des vampires de Londres, relativement ancienne et très bien implantée dans la cité, dans le plus grand secret cela va de soit, est en émoi depuis quelques temps après la découverte de plusieurs corps carbonisés dans leurs cercueils. La conclusion première : quelqu'un entreprend de tuer les vampires un par un en découvrant leurs cachettes et en les exposant à la lumière du soleil, sans aucun moyen de se défendre ou de se protéger. Ysidro se tourne vers Asher, contre l'avis de ses semblables, pour lui demander de mener l'enquête sur ces meurtres et de retrouver l'assassin avant qu'il ne frappe à nouveau, ou du moins avant qu'il ne commence à faire des dégâts trop importants. Pourquoi lui ? Pourquoi pas un vampire pour exercer cette vengeance ?
Eh bien parce que ce mystérieux tueur, qui sait exactement où chercher et comment atteindre ses victimes, exerce ses méfaits de jour, lorsque les vampires sont plongés dans leur sombre sommeil au sein de leurs antres, attendant la nuit prochaine pour revenir à la vie et se nourrir. Et donc, il faut un mortel pour pouvoir traquer ce tueur durant la journée, mais aussi et surtout pour veiller à ce qu'aucune autre cachette de vampire ne soit violée durant ce laps de temps. Ysidro remet entre les mains d'Asher le destin et la survie de son espèce à Londres, lui révélant coup sur coup que les vampires existent bel et bien, se nourrissent chaque nuit du sang et de la mort de dizaines d'innocents, et que cela dure dans le plus grand secret depuis bien des siècles. Chacun est à lui seul responsable de plusieurs milliers de décès, de disparitions et d'horribles assassinats à travers l'Histoire. Ce sont des monstres, de vrais monstres, des prédateurs, soudainement menacés par quelque chose qu'ils ne comprennent pas et qui les effraie. Bien entendu, Asher songe tout d'abord à laisser ces infernales créatures payer le prix de leurs crimes et brûler toutes au soleil, avec la grâce du tueur, pour libérer le monde de leur présence et du mal qu'ils infligent. Mais le jeu est double : si Asher possède toutes ces informations sur les vampires désormais, remises par l'un des leurs, il est vrai également que les vampires connaissent désormais tout de lui en retour : sa vie, ses foyers, ses proches, sa famille, sa femme. Si Asher fait mine de vouloir s'enfuir, ou de trahir les vampires et de rejoindre la noble quête du tueur diurne, il suffira d'un seul d'entre eux pour détruire toute sa vie en l'espace d'une seule nuit. Ysidro s'en remet ainsi à Asher, semblant se confier à lui, mais ses crocs ne sont jamais loin de sa gorge et n'attendent qu'un seul dérapage pour agir et ôter la vie, à lui comme à toutes les personnes qui l'entourent et qui ignorent tout de cette situation. Ce mortel jeu d'ombres, entre vérité et mensonges, entre dissimulations et tromperies, quelles qu'en soient les conséquences, va changer la vie de James Asher à jamais. Car à présent, il sait ce qui rôde la nuit, dans les ténèbres. Il sait que les légendes sont en parties vraies, qu'un prédateur impitoyable se terre dans le noir et attend sa pitance chaque fois que la Lune se lève. Et aujourd'hui, il sait aussi qu'il devra protéger ces créatures, quitte à y perdre son âme.

Tout est de très haut niveau dans ce roman, qu'il s'agisse des personnages (Ysidro est sans doute le vampire le plus charismatique qui soit, incarnant et déjouant à la fois la plupart des idées reçues et des stéréotypes, et souvent mis en contradiction avec ses pairs plus frustres et brutaux), de l'atmosphère lourde de cette ère d'industrialisation massive en cette veille de Première Guerre Mondiale, des ''décors'' que l'on imagine avec la plus grande aisance tant les descriptions sont à la fois précises et discrètes, du fonctionnement de cette société du début du XXème siècle, de l'extrême précision apportée à certains détails et aux réflexions d'Asher sur son dilemme et sur la vraie nature des vampires, etc. Il s'agit d'un thriller, d'une enquête presque policière dans un contexte fantastique voir horrifique, où rien n'est jamais vraiment ce qu'il paraît et où tout peut basculer d'un instant à l'autre. C'est une histoire qui m'a totalement passionné, par tous ces aspects et bien d'autres encore que je vous laisse découvrir si jamais cette lecture vous intéresse. On sent l'influence de la professeur d'Histoire de niveau universitaire, de la chercheuse autant que de la romancière, qui se demande comment fonctionnent et évoluent ces créatures irréelles qu'elle met en scène, qui lève le voile sur les mystères dans l'ombre de ces êtres maléfiques et nous apprend, en même temps qu'Asher, à mieux les connaître, ou à les craindre davantage. On découvrira que les vrais monstres ne sont pas forcément ceux que l'on croit, ou pas totalement, et que rien n'est tout blanc ou tout noir.

Pour en revenir spécifiquement aux personnages, qui sont la plus grande force de cette histoire, ils sont développés dans le digne héritage de l'auteur Anne Rice et de ses célèbres chroniques, dont je vous parlerai bientôt. Tous sont uniques, ont leur propre caractère et leur propre fonctionnement, tous jouent à différents niveaux au même jeu mortel du chat et de la souris avec Asher ou entre eux ; ils sont tous extrêmement complexes et étudiés, en somme, et tous criants de naturel. Mention spéciale aux personnages féminins, et pas forcément les vampires, puisque Lydia la femme de James Asher aura également un grand rôle à jouer au sein de ces deux histoires. Femmes fortes, indépendantes, intelligentes, douces comme terrifiantes, elles représentent à elles-seules toute la complexité de ces récits et de leur écriture, des multiples intrigues qui se croisent et s'entrecroisent sans cesse. Ce n'est pas forcément un hasard si l'auteur a choisi de donner à son vampire principal, Don Ysidro, des traits de caractère et de comportement que l'on pourrait fort bien attribuer à l'esprit féminin dans tout son génie critique.

Qu'ai-je écris, au juste ? Plusieurs histoires ? Eh oui, car dans cette édition (parue chez Mnémos dans leur collection ''Icares'' en Mars 2010) se trouve aussi le roman faisant suite au Sang d'Immortalité, intitulé Voyage avec les Morts et développant de nouvelles relations entre les mêmes personnages, Asher, Lydia, Ysidro et d'autres vampires Londoniens, dans un contexte encore plus sombre et tortueux que précédemment et en approfondissant encore davantage toutes les qualités et voies de réflexions du premier. Un diptyque excellent, complet et fort sympathique au demeurant, qui se lit assez facilement malgré sa complexité et qui a le mérite, en plus de bien d'autres, de poser au lecteur des questions d'ordre éthique et intellectuel sur la littérature vampiriques et ses personnages, ses clichés et ses mauvaises habitudes. A la place d'Asher, par exemple, qu'auriez-vous fait ?
C'est donc un récit de très grande qualité, toujours selon mon avis bien entendu, que j'ai vraiment adoré et que je recommande chaudement, c'est peut-être même mon gros coup de cœur parmi ces 9 articles que je vous livre ce mois-ci sur les vampires. Enfin, l'un de mes plus gros en tout cas, car le meilleur reste encore à venir.

« Take my hand, the best is yet to come. »

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une excellente lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

jeudi 25 septembre 2014

La Patience du Diable (Maxime Chattam - Albin Michel - Juin 2014)



Ca y est la voilà enfin, la suite tant attendue de La Conjuration Primitive dont je vous ai déjà parlé il y a quelques mois ! Maxime Chattam développe sa nouvelle saga thriller avec autant de rapidité que d'efficacité, reliant une fois encore nombre de ses anciens cycles dans cette nouvelle œuvre appelée à rester dans les mémoires.

Un an et demi après les événements du premier tome et la sombre découverte réalisée dans le nord du Québec, Ludivine Vancker et ses collègues de la SR (Section de Recherche) de la Gendarmerie Française estiment que le pire est derrière eux et qu'ils ont déjà affronté l'horreur véritable, en étant tous sortis blessés mais grandis. Ludivine, en mémoire d'Alexis, disparu lors de leur enquête, s'est rapprochée du grand criminologue Richard Mikelis afin qu'il lui livre tout son savoir en la matière et la forme pour qu'elle puisse prendre la relève, au cas où...
Et justement, alors que les esprits s'apaisent et que la tension retombe, le Mal frappe à nouveau. Deux adolescents montent à bord d'un TGV et se mettent à tirer sur tous les passagers, perpétrant un véritable massacre de guerre qui ne laissera personne indifférent, avant de se suicider tous les deux. Moins d'une semaine après cette catastrophe, la France est pratiquement à feu et à sang. De partout les actes désespérés surgissent, les instincts meurtriers se réveillent et n'importe qui semble pouvoir devenir du jour au lendemain une vraie bombe à retardement : un homme exécute froidement tous les clients d'un restaurant parisien avant de se tirer une balle dans la tête, un autre organise une attaque à l'acide sulfurique massive sur un centre commercial dans le Nord, des gens sont retrouvés chez eux littéralement morts de peur, de terreur même, le visage atrocement déformé, sans le moindre signe d'effraction nulle part, rien qui puisse indiquer une présence autre que la victime au moment du décès... le Diable marcherait-il parmi nous, désormais ? C'est que prétendent certains de ses ''adeptes'', interpellés par la Gendarmerie et n'ayant que ce mot-là à la bouche : le Diable... le Diable les a conseillé, il leur a donné les moyens de se révéler et d'accomplir leur destin, son service, pour préparer son règne à venir, très bientôt. Pour Ludivine, ça ne fait aucun doute : quelqu'un dans l'ombre s'emploie à réunir des psychopathes dans tous les coins de la France, des gens qui ne demandent qu'une petite poussée dans le dos pour se lancer, et fait d'eux des monstres sans pitié. Quelqu'un organise les tueurs en série, les meurtriers de masse, quelqu'un tente de les fédérer ou du moins de synchroniser leurs actions, de les former pour qu'ils frappent la société là où elle aura vraiment mal. Cette nouvelle enquête risque bien d'être encore plus angoissante et dangereuse que la précédente, car cette fois le Mal est préparé à la résistance qu'on lui opposera et il a appris de ses erreurs précédentes. Cette fois, le Mal est partout, et le fait savoir, dans un monde en crise au bord de l'explosion, où les citoyens de plus en plus stressés et mis sous pression risquent de craquer d'un moment à l'autre et de devenir, eux-aussi, des pions meurtriers au service d'un sombre dessein. Cette fois, le Diable pourrait bien remporter la victoire... à moins qu'il ne soit déjà trop tard.

Un second tome énormément attendu et que certains ont jugé décevant justement par rapport à ces attentes, pour ma part je l'ai lu d'une seule traite sans pouvoir le lâcher une seule seconde, en une nuit blanche des plus passionnantes. Le seule autre livre dans ma vie récente pour lequel j'ai vécu la même chose à la lecture est un autre roman de Maxime Chattam, Prédateurs (second tome sur les trois de son Cycle de l'Homme, que je vous conseille vivement). Je m'estime donc pleinement satisfait car ce livre a parfaitement rempli sa mission, me divertir, me distraire, me faire réfléchir et me tenir en haleine comme jamais. Il est vrai que l'enquête comporte quelques facilités, malgré les recherches très immersives de l'auteur pour coller au mieux aux méthodes de la réalité, mais ça reste une œuvre de fiction il ne faut pas non plus exiger qu'elle soit naturaliste !
Les personnages sont forts, intéressants, donnent envie de les suivre dans leur enquête et dans leurs péripéties, de se plonger dans l'histoire à leurs côtés et de ressentir leurs angoisses et leurs doutes. Un nouveau méchant, très charismatique et envoûtant à plus d'un titre (rassurez-vous je ne dirai rien de plus à son sujet pour vous garder la surprise, sachez simplement comme le précise Chattam lui-même dans le livre que ce personnage a un lien avec un autre, au sein de La Trilogie du Mal...) qui poussera les gendarmes et la belle Ludivine dans leurs tous derniers retranchements, sachant taper exactement là où ça fait vraiment mal. Jamais autant que dans ce tome vous ne ressentirez le stress et l'angoisse grimpante que Chattam instille en vous à mesure que vous dévorez les chapitres, aucun ne vous laissera en paix et ne vous permettra de lâcher prise. Des suites sont déjà annoncées, l'histoire ne s'arrête pas là et des liens restent encore à venir avec les anciens cycles de l'auteur, tous reliés ici pour le meilleur mais surtout le pire...

Vous l'aurez compris, je suis on ne peut plus enthousiaste et j'attends ces prochains tomes avec impatience, car je ne suis pas le Diable et je ne tiendrais sûrement pas jusque là tout seul. Ne jugez pas ce second volume trop sévèrement et gardez à l'esprit qu'il est le point d'articulation d'un nouveau cycle, d'une nouvelle saga, et qu'il trouvera sa finalité dans ses suites.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 17 août 2014

Les tourments de Double-Face (Paul Jenkins & Jae Lee - Urban Comics - Mai 2014)


Il n'y a pas à dire, la galerie de vilains de Batman est de loin la plus impressionnante et la plus charismatique de toutes. C'est d'ailleurs pour cela que la collection ''DC Nemesis'' d'Urban Comics est pratiquement entièrement consacrée à ceux-ci, depuis son lancement avec La revanche de Bane. Et aujourd'hui je vais vous parler d'un récit particulièrement poignant et dérangeant, que j'ai eu l'occasion de lire pour la première fois dans les pages de la revue Batman de Panini Comics à l'époque, sous le titre Jekyll & Hyde, et qu'Urban a publié en album cartonné en tant que Les tourments de Double-Face.

Tout le monde connaît désormais l'histoire tragique du procureur général de Gotham City, Harvey Dent, aspergé d'acide lors d'un procès crucial contre l'un des parrains de la ville. La moitié de son visage a été gravement touchée par cet attentat et Dent a depuis développé une double-personnalité obsessionnelle et anarchique, obnubilé par le chiffre 2 et la dualité en toutes choses, se servant de sa pièce fétiche comme moyen de prendre ses décisions, toujours à cheval entre le Bien et le Mal. Dans cette histoire, Paul Jenkins décide de nous entraîner au plus profond de la détresse de Harvey Dent, nous faisant enfin découvrir le coeur de ses blessures moins physiques que psychologiques. Ici le personnage principal n'est pas, une fois n'est pas coutume, le Chevalier Noir de Gotham, mais bel et bien Harvey lui-même, en lutte perpétuelle et permanente contre ses mauvais instincts et son autre personnalité, plus vivante que jamais et bien décidée à prendre enfin le dessus. Au travers d'une chasse à l'homme angoissante, nous plongerons dans les tréfonds du sombre passé de Dent, du crime atroce qu'il cache depuis toujours au plus profond de sa mémoire et qui fut la première pierre de sa folie présente. Et tandis que Batman et Gordon tentent le tout pour le tout afin d'empêcher une série de meurtres de masse, Harvey se débat seul au coeur de sa psychose, affrontant à la fois son passé et ses tourments, y faisant face avec la seule arme qui lui reste encore : l'espoir. L'espoir que tout cela finisse un jour, qu'il puisse enfin trouver la paix et abandonner ce monde si douloureux, qu'importe les moyens. Et lors de l'affrontement final entre Batman et Double-Face, c'est surtout un combat entre la vie et la mort qui se joue dans le coeur de Harvey, et même Batman ne pourra lui venir en aide alors que l'ancien procureur prend enfin seul la décision de sa vie, qui le changera à jamais.

Les tourments de Double-Face est un récit poignant, triste, tragique et assez glauque. Il méritait vraiment sa place au sein des ''DC Nemesis'', histoires plus sombres que la normale, un peu comme dans ''Marvel Dark'' chez la concurrence. Si vous aimez les personnages et l'univers de Batman, vous ne ressortirez pas totalement indemnes de cette lecture, un peu à l'image de son héros (mais lequel est-ce vraiment ?). C'est ici le chant du cygne d'un vilain on ne peut plus charismatique et important du Chevalier Noir, l'un de ses plus grands ennemis et sans doute sa plus grande faute selon lui. Le dessin de Jae Lee rend un immense service au scénario complexe de Paul Jenkins, souvent mal compris par le grand public. J'aimerais pouvoir vous en dire davantage au sujet de cette histoire mais il s'agit vraiment de celles que l'on doit lire soi-même pour comprendre comme il le faut, sans se faire spoiler ni gâcher le grand final. En tout cas, une chose est sûre, vous aurez peu lu d'histoires de Batman comme celle-ci dans votre vie, alors accrochez-vous.

Sur ce je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !


mercredi 18 juin 2014

La Conjuration Primitive (Maxime Chattam - Albin Michel - 2013)


Aujourd'hui place à une autre sorte de lecture, puisque je vais vous parler d'un livre ! Un vrai, sans images, avec des pages blanches et du texte !
Ce livre, c'est l'un des derniers-nés du jeune écrivain à succès Maxime Chattam, que certains (dont moi) surnomment le ''Stephen King Français'' au vu de son incroyable rythme d'écriture et des thèmes qui lui sont chers. Maxime Chattam est en effet un auteur de thrillers et de romans d'horreur, à l'instar du grand Stéphane Roi lui-même, à ceci-près que chez lui l'horreur est entièrement humaine, là où King fait intervenir le surnaturel pour nous filer les chocottes, ce qui effraie le plus chez Chattam c'est que le mal est en nous, ce sont nos propres démons que nous affrontons, les propres terreurs de notre société moderne et les conséquences de nos actes sur le monde que nous blessons.
Dans La Conjuration Primitive, nous suivons l'enquête d'une cellule spéciale de la gendarmerie pour traquer et arrêter un groupe de tueurs en série qui semblent liés les uns aux autres, agissant simultanément en plusieurs points de l'Europe et signant tous de la même façon leurs crimes bestiaux. Une véritable épidémie de violence et de carnage, qui semble orchestrée dans l'ombre par une sorte de meneur, comme une étrange secte dont les tueurs seraient les adeptes. Avec l'aide d'un criminologue réputé capable de se mettre à la place des assassins qu'il pourchasse, les gendarmes de cette cellule de crise vont plonger au coeur de l'horreur et tout mettre en oeuvre pour arrêter cette vague de crimes avant qu'il ne soit trop tard et que le point de non-retour ne soit franchi. Car il en va non seulement de la sécurité des innocents, mais également de la survie de notre espèce à court terme.

Les thèmes principaux que Chattam se plaît à exploiter sont ici tous réunis. On retrouve par exemple énormément d'éléments liés à son fameux Cycle de l'Homme (3 romans unis autour d'un même fil rouge) qui tentait d'expliquer cette augmentation drastique du nombre de tueurs en série, de psychopathes et de fous dangereux de part le monde, grâce à une théorie très poussée qui réussit à nous glacer le sang. On trouve également dans ce roman un pont inattendu entre ce cycle et La Trilogie du Mal, sans doute à ce jour l'oeuvre la plus retentissante de Chattam et également une de ses premières réussites, qui lui a permis d'entrer dans la cour des grands. Là je ne peux pas vous en parler en détail, c'est à lire, je ne voudrais surtout pas vous spoiler ce lien, si ce n'est que les fans de cette trilogie seront aux anges.
Alors, si vous aimez les histoires qui vous angoissent, qui vous font réfléchir à votre condition et à celle de toute notre espèce, à l'avenir de notre monde mais surtout à votre propre sécurité... lisez La Conjuration Primitive et si vous n'êtes pas familier des oeuvres de Maxime Chattam, jetez-vous dès que possible sur les romans du Cycle de l'Homme et de La Trilogie du Mal, je ne saurais trop vous les conseiller. La suite devrait d'ailleurs paraître dans peu de temps, là aussi jetez-vous dessus sans hésiter !

A noter que Chattam s'est également essayé à la littérature jeunesse, à travers sa saga post-apocalyptique Autre-Monde, en 6 tomes à ce jour, toujours chez Albin Michel. Ca vaut le coup d'oeil et nous y retrouvons certaines réflexions typiques de l'auteur.
Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et j'espère vous retrouver bientôt pour un nouvel article, d'ici-là bonne lecture et portez-vous bien !