mercredi 15 octobre 2014

Carmilla (Joseph Sheridan Le Fanu - 1872)



Dracula par-ci, Dracula par-là... le Prince des Vampires accapare les esprits et l'imaginaire depuis sa parution littéraire en 1897, et comment le lui reprocher ? Mais sachez que bien avant lui, il existait déjà de grands récits vampiriques qui ont largement contribué au succès de l'oeuvre de Bram Stoker. Qu'il s'agisse de classiques, de poèmes, de contes folkloriques, voir même de simples nouvelles, comme celle de Joseph Sheridan Le Fanu parue en 1872 dans le recueil In a Glass Darkly (Les Créatures du Miroir) et simplement intitulée par un nom : Carmilla.

Oeuvre gothique s'il en est, en plein boom du mouvement, l'histoire se déroule au début du XIXème siècle, dans un château reculé en Styrie. Laura, fille d'un riche gentilhomme britannique venu s'installer sur ces terres, est une jeune femme douce et candide, curieuse de tout et désireuse d'échapper à l'ennui qui règne au château. Alors, lorsqu'un accident lui permet de rencontrer la jeune et intrigante Carmilla, Laura s'entiche aussitôt d'elle et les deux femmes deviennent amies, presque sœurs. Cependant bien vite une certaine inquiétude gagne : d'étranges phénomènes se produisent dans le voisinage, et Laura elle-même semble victime d'un mal incurable qui la rend peu à peu apathique et sans forces, sans que le moindre remède ne puisse l'aider. Assaillie par les déclarations et les attentions de Carmilla à son chevet, Laura s'éprend de son amie et s'abandonne totalement à elle, sans se douter que le Mal rôde alentours et qu'il est peut-être déjà trop tard pour sauver son âme...

Carmilla est un récit formidable qui repose sur de nombreux thèmes, le vampirisme n'étant que la partie émergée de l'iceberg. On peut aussi voir dans cette histoire un témoignage du ''spleen'' qui touche beaucoup de personnes à cette époque, ce mal de l'ennui que rien ne semble pouvoir éloigner. Mais aussi et surtout, pour ce qui est sans doute l'une des premières fois, le thème de l'homosexualité féminine, traitée presque sans fard et sous le jour de la sensualité, presque de l'hypnose par les sentiments. Un pouvoir que l'on sait aujourd'hui fort attaché au culte des vampires, mais qui à l'époque était encore tout à fait nouveau pour cette littérature naissante. L'ambiance pesante, presque brumeuse, de la narration contribue à plonger le lecteur dans un brouillard où même ses pensées s'égareront, piégées peu à peu par le jeu de séduction du vampire et par la tourmente des sentiments de Laura, tandis que l'horreur s'installe doucement dans votre cœur, jusqu'au dénouement final qui vous glacera les sangs.
Cette nouvelle a été la source d'inspiration de nombreux autres ouvrages, livres comme films voir même jeux-vidéos et jeux de plateau. Pour l'exemple, la célèbre dynastie des Von Carstein dans l'univers de Warhammer est librement inspirée de l'héritage culturel laissé par Carmilla puis son petit frère Dracula bien plus tard.
Oeuvre fondatrice à plus d'un titre donc, de la culture classique et moderne du vampire dans l'imaginaire. Une œuvre qui a pour personnage central une femme, chose peu courante et qu'il convient de signaler. Tout le récit tourne presque exclusivement autour de la féminité et de sa condition, sociale comme sentimentale. Il est assez aisé d'y voir nombre de sous-textes, mais ce dont l'on peut vraiment être sûr c'est que l'auteur, Joseph Sheridan Le Fanu, s'est servi de cette histoire pour présenter les tourments de la femme, interdits pendant bien des années. Frappée de tabou, l'homosexualité féminine a toujours été mal considérée par la société, à l'heure où pourtant de nombreux gentilshommes ouvertement homosexuels n'étaient eux pas particulièrement inquiétés.
Enfin, ce sont là des débats qu'il convient de laisser à des professionnels de la cause, car nous sommes ici avant tout intéressés par le sujet principal de cette nouvelle et par sa dimension méconnue du grand public. Comme je l'ai déjà dit plus haut, Carmilla a été une véritable pierre fondatrice de tout un genre, issue du gothique pour devenir quelque chose de plus grand, de plus renommé encore. Elle fait partie de ces œuvres qui, des décennies plus tôt, préparèrent le terrain culturel populaire à l'arrivée du ''monstre'' Dracula et à son succès total. Sans Carmilla, sans Frankenstein, sans Le Portrait de Dorian Gray, il n'y aurait peut-être jamais eu de Dracula et peut-être jamais d'essor du vampire tel que nous avons pu le connaître durant plus d'un siècle par la suite (certaines scènes, vers la fin du roman de Bram Stoker, vous feront immanquablement penser à celui de Le Fanu). Qu'ils le sachent ou non, qu'ils en soient conscients ou non, de très nombreux auteurs de nouvelles, de romans, d'essais, de films, et même de jeux-vidéos, sont grandement redevables à Sheridan Le Fanu d'avoir écrit Carmilla et d'avoir ainsi démarré un long processus d'inspiration collective, qui porte encore de nos jours ses fruits et continuera de le faire sans doute pendant un long moment, du moins c'est ce que j'espère.

C'est donc avant tout pour cette raison que j'ai choisi de vous présenter cette nouvelle, afin de vous faire comprendre que même si le terrible Comte Dracula règne en maître incontesté sur les vampires de tous temps et de tous âges, il n'est que l'un des derniers-nés de sa génération, débutée quelques trente à quarante ans plus tôt... par des femmes. Voilà qui devrait normalement remettre quelques pendules à l'heure et convaincre certains de rendre à ces personnages féminins le mérite qui leur revient, sans qui aujourd'hui nous n'aurions sans doute pas grand chose à nous mettre sous les canines.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 11 octobre 2014

Dracula - La compagnie des monstres (Kurt Busiek et Daryl Gregory - French Eyes - 2012/2013)


Jusqu'à présent, j'ai surtout présenté des œuvres que je considère personnellement comme bonnes, voir excellentes, sur le thème des vampires. Parlons maintenant d'une que l'on pourrait qualifier de décevante, voir mauvaise.
Dracula – La compagnie des monstres, créée et scénarisée par Kurt Busiek et Daryl Gregory, avec au dessin Scott Godlewski et Damian Couceiro, parue chez l'éditeur French Eyes (filiale de Summer Média en France) entre le premier trimestre de l'année 2012 et début 2013.

Pour résumer l'histoire en quelques phrases rapidement : de nos jours, une compagnie véreuse dirigée par Conrad Barrington-Cabot, sur le point d'être dissoute, emploie une partie de ses ressources afin de mener des recherches poussées sur l'existence du Prince de Valachie, Vlad III ''Tepes'', dit Dracula. Souverain sanguinaire et guerrier expérimenté ayant fait naître la peur dans le cœur des Ottomans, c'est surtout l'incroyable nombre de récits et de légendes sur sa nature démoniaque de prince des vampires qui intéresse le directeur de cette compagnie, prêt à tout pour échapper à la justice et fonder son propre empire financier, même à renoncer à son âme. Son plan consiste à retrouver coûte que coûte les restes de Dracula et de procéder à une série d'invocations rituelles antiques afin de le ramener à la vie, pour que le Prince accepte ensuite de faire de lui un vampire des plus puissants. Mais rien ne va se passer comme prévu, et Dracula entend bien ne pas se laisser dicter sa conduite à présent qu'il fait de nouveau partie du monde des mortels et que ses pouvoirs ont été restaurés. Prenant la fuite, il appelle à lui des alliés de poids qui s'apprêtent à semer la terreur, tandis que Conrad entreprend de lever une véritable armée de vampires fraîchement transformés pour combattre le Prince et lui dérober ses pouvoirs. Une guerre couve et le massacre se fait de plus en plus proche à mesure que le temps passe, sans compter qu'une équipe de chasseurs de vampires impitoyables vient de débarquer de Roumanie pour détruire une fois pour toutes le Prince des Vampires et son engeance. Et au milieu de tout cela, un jeune homme, celui à qui Conrad a confié le soin de mener les recherches sur les rituels et sur Dracula, Evan Barrigton-Cabot, qui s'est rapproché involontairement de son sujet d'études et qui fait désormais partie de ses plans, pour le meilleur comme pour le pire.

Petit mot sur l'édition, tout d'abord. En V.O. cette série est parue chez l'éditeur Boom! Studios, ce qui n'est pas forcément un gage de qualité la plupart du temps. En V.F. nous avons eu droit à l'éditeur Summer Média et à sa branche French Eyes, connue notamment pour les comics Dr. Who. J'ignore ce qu'il en est pour cette série, n'en étant pas lecteur, mais pour ce qui est des petites licences malheureusement French Eyes n'est pas connu pour son soin méticuleux du produit fini. Peut-être à cause d'un manque de fonds, d'un budget assez maigre, je n'en sais rien mais toujours est-il qu'ici chacun des trois tomes est mal taillé, mal imprimé, dans le premier les crédits sont absents, et le papier sent assez mauvais. Ce n'est pas une blague, sentez si vous avez l'occasion. Ce ne sont généralement pas des détails qui mettent en confiance, et pourtant il y a tout de même des bons points : la traduction est bonne, tout semble avoir été fait pour coller le plus possible à l'esprit original, les références conservées. Cela dit, ça ne va pas loin même avec ça... de petits efforts ici ou là auraient été appréciables.
Quant à l'histoire elle-même, elle ne vole pas bien haut, malgré la présence de détails assez intéressants sur le personnage historique de Vlad III, même si ça reste relativement anodin. Il y a cependant un travail de recherches à noter concernant les traditions magiques Roumaines médiévales, ainsi qu'un peu d'arcanes. Pas de quoi sauter au plafond cependant, mais ça reste intéressant à lire et à apprendre. Le récit reste assez bas de plafond, beaucoup de facilités dans l'écriture et le déroulement des actions, tout comme dans les profils des personnages. Seul Dracula lui-même s'en sort assez bien à ce niveau, parvenant à conserver une aura mystérieuse et inquiétante telle qu'on est en droit de l'attendre pour ce protagoniste. Le reste n'est pas forcément à jeter mais là encore le manque d'efforts se fait ressentir cruellement, et le dénouement nous laisse totalement sur notre faim avec le sentiment de ne pas en avoir lu assez, ou au contraire d'en avoir lu bien trop.
Pour finir avec le dessin cette fois, il s'agit d'un style assez basique, voir parfois plutôt désagréable à regarder il faut l'avouer, c'est loin d'être dans la moyenne de ce qui se fait de bon dans le milieu. On appréciera cependant là aussi quelques efforts apportés pour créer des ambiances bien particulières suivant les scènes et les actions.

Au final, même si la lecture reste intéressante, on se retrouve avec un récit décevant et qui ne fera pas date, loin d'être original qui plus est. Quant au personnage de Dracula, il s'agit d'une interprétation séduisante du mythe comme de la personne mais là encore mal traité et ne parvenant pas à suivre les enjeux attendus, bien que la dimension biblique apportée vers la fin soit des plus alléchantes. Peut-être qu'une suite, ou du moins un quatrième tome, n'aurait pas été de trop.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !


mercredi 8 octobre 2014

Vampire Chronicles - La légende du Roi Déchu (Kyo Shirodaira et Yuri Kimura - Ki-oon - 2009/2010)


On ne va pas se mentir, les vampires dans le monde du manga il y en a des tas et des tas, très -trop- souvent ridicules. Les récits de bit-lit pullulent dans cette branche de la bd plus que n'importe où ailleurs, à faire pâlir de jalousie les ''romanciers'' du genre. Pourtant, il y a parfois de petites perles qui méritent qu'on y prête attention. Hellsing, Vampire Host, des titres connus qui ont bâti leur succès autant sur le nom de leur auteur que sur la qualité du récit et du graphisme. Aujourd'hui je vais vous parler de Vampire Chronicles – la légende du Roi Déchu, abrégez en Vampire Chronicles tout court pour simplifier.
Paru en France entre 2009 et 2010 chez Ki-oon, ce manga fruit de la collaboration au scénario de Kyo Shirodaira et au dessin de Yuki Kimura fait aujourd'hui office de véritable référence pour les connaisseurs, œuvre d'une qualité très soutenue autant dans la narration que dans la gestion des personnages, et surtout bien entendu le graphisme, magnifique au demeurant.

C'est l'histoire d'un amour tragique, d'une passion brisée, d'un couple maudit. L'histoire d'un jeune roi des vampires, Akabara ''Strauss'', fou amoureux de sa reine, Adelheid. Mais un jour, une horrible trahison précipite la fin de ce royaume et de cette ère de paix, lorsque Adelheid perd soudainement le contrôle de sa puissance magique et devient une source de mort et de destruction. Scellée à tout jamais pour endiguer le fléau qu'elle représente désormais, la reine est gardée par de puissants sortilèges et de valeureux guerriers. Strauss quant à lui jura de tout faire pour la libérer de sa prison, quitte à affronter les humains et les hybrides Dhampires durant des millénaires, seul contre tous. Pour contrer l'effroyable pouvoir du Roi Déchu, un être d'exception fut créé et fusionné à l'âme d'une guerrière, devenant ainsi le Cygne Noir, créature magique destinée à tuer le roi des vampires au terme d'une multitudes de sanglantes batailles. A chaque nouvelle génération, un nouveau Cygne Noir voit le jour et affronte Strauss, qui jusqu'à présent parvint toujours à les éliminer. Malheureusement, chaque nouveau Cygne Noir dispose de l'expérience et des talents cumulés de toutes ses incarnations passées, et le roi sait que tôt ou tard viendra un avatar assez puissant pour le vaincre. Sa quête n'en devient que plus violente et désespérée, une quête de vengeance et de haine... cependant, la vérité n'est pas telle qu'on l'imagine et beaucoup de choses restent encore secrètes autour de la motivation du roi à retrouver son épouse. Les Dhampires des plus hauts rangs semblent connaître une partie de cette vérité déstabilisante et veulent tout faire pour protéger les sceaux magiques qui retiennent prisonnière Adelheid, et empêcher à tout prix Strauss de la libérer. Secrets, trahisons, mensonges, manipulations, amour, haine... voici le cœur de cette histoire tragique qui vous entraînera dans les tourments de la passion et de la vengeance, à la recherche de la vérité unique, de l'aboutissement d'une vie d'efforts et du désir d'enfin connaître la paix.

Série terminée en 9 tomes, Vampire Chronicles est ce que j'appelle sans pudeur un chef-d'oeuvre du genre, associant avec maestria tradition vampirique et modernisme, culture victorienne et mœurs japonaises. Le design des personnages est magnifique, je pense que Shiori Teshirogi aurait pu travailler dessus tant les expressions des regards et des postures sont saisissantes, les couvertures sont somptueuses. Les décors quant à eux oscillent entre le somptueux et le beau ordinaire, tantôt baroques à souhaits tantôt assez subtils et effacés pour que vous puissiez apprécier les dialogues et les revirements de l'intrigue. Ou des intrigues, devrais-je dire, car la grande force de ce manga c'est surtout de vous proposer un grand nombre d'histoires en parallèles les unes des autres, ou différentes versions de la même histoire en tout cas, qui se rejoignent, parfois se contredisent et s'affrontent, mais toujours apportent de nouveaux éléments au lecteur qui tentera de deviner le fin mot de tout ceci avant qu'il ne lui soit révélé.
Tout est beau dans ce manga : les personnages sont beaux, les décors sont beaux, l'histoire est belle, les thèmes sont magnifiques et les sentiments bien présents et poignants. Et puis, en 9 tomes seulement, on aurait tort de passer à côté ! Il est encore relativement récent pour rester trouvable il me semble, donc foncez dessus si vous avez l'occasion d'en voir un dans votre point d'approvisionnement quotidien. Et gardez bien à l'esprit, durant votre première lecture, que rien n'est jamais acquis et que tout, je dis bien tout, peut toujours être remis en question.

J'ai délaissé l'horreur cette fois-ci, elle ne fait clairement pas partie des thèmes de ce manga, mais n'ayez craintes je vous reviens tout prochainement avec de quoi vous satisfaire à ce niveau !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article ! 

 

dimanche 5 octobre 2014

Dracula l'Immortel (Dacre Stoker et Ian Holt - Michel Lafon - 2009)


Y'a-t-il jamais eu récit vampirique plus célèbre que celui de l'Irlandais Bram Stoker en Mai 1897, Dracula, au passage chef-d'oeuvre du style épistolaire également ? Si les histoires de vampires existent pratiquement depuis la nuit des temps, avec un furieux essor durant le XIXème siècle, c'est bel et bien avec ce roman que le genre s'attire les plus ferventes admirations. Très souvent repris ou adapté, parfois à tort, souvent de travers, le Comte Dracula fascine et fédère comme aucun autre monstre littéraire avant ou après lui. Et pourtant ! Le connaissez-vous réellement ? Combien sont ceux qui savent vraiment d'où est tirée la légende ? De plus en plus nombreux certes, mais toujours pas assez pour faire taire les mauvaises idées qui germent à foison à Hollywood et ailleurs.
Et pourtant, encore ! Le véritable Dracula, celui que Bram Stoker avait réellement l'intention de décrire dans ses romans, au pluriel eh oui, nous ne l'avons jamais connu. Nous n'avons que cette vision du monstre, de la créature infernale, rejeton de l'Enfer sur Terre, tourmenteur éternel de l'humanité, issu d'un unique premier tome. La vérité mes amis est toute autre. Pour des raisons de gestion malhabile des droits d'auteurs, la famille Stoker a très tôt perdu toute chance de poursuivre les travaux du grand écrivain, et ses personnages connurent de nombreuses vies et déformations sur grand écran pendant des décennies, assez souvent désastreuses quand on y repense.
Mais c'est alors qu'à la fin des années 2000, le descendant de Bram Stoker, Dacre, lui aussi écrivain, s'empare courageusement des notes secrètes de son illustre aïeul et s'associe au prestigieux ''vampirologue'' Ian Holt pour permettre à l'histoire légitime de voir le jour, revue et corrigée pour un nouveau public cela va sans dire. C'est donc en Octobre 2009 que paraît enfin, chez l'éditeur Michel Lafon, la suite si longtemps attendue du grand classique : Dracula l'Immortel, d'après les notes, volontés et recherches de Bram Stoker pour offrir une nouvelle vie à son roman.

Un quart de siècle s'est écoulé depuis la victoire inespérée des forces du Bien sur celles du Mal lorsqu'en 1888 six courageux aventuriers ont réussi à détruire le terrible Comte Dracula sur ses terres maudites des Carpathes, en Transylvanie. Vingt-cinq ans, durant lesquels les héros d'antan se sont séparés et ont chacun suivi des destins différents, ayant pour la plupart perdu le contact avec le groupe, en bons comme en mauvais termes. Mais soudain, des meurtres d'une monstrueuse sauvagerie vont raviver les anciennes blessures et les cauchemars d'autrefois. De Londres à Paris, l'horreur se répand comme une traînée de poudre et la terreur saisit même les cœurs les plus vaillants. Aux yeux des vainqueurs de jadis, une seule créature serait capable de telles atrocités... pourtant, le Prince des Ténèbres est mort sous leurs yeux il y a bien des années, personne n'a oublié cette nuit terrifiante au cœur des montagnes les plus reculées de Roumanie. Se pourrait-il qu'il s'agisse d'un autre vampire, à la violence et à l'appétit de mort aussi brutaux que puissants ? Ou bien celui dont nul n'ose encore prononcer le nom serait-il bel et bien de retour dans le monde des vivants, assoiffé de revanche... enfin, combien de temps encore avant que l'un d'entre eux, les cinq survivants, ne soit la cible du monstre ? Entre vengeances, jalousies et rivalités, amours et amitiés brisés et révélations sur le passé de certains personnages emblématiques, cette histoire nous entraîne dans une direction insoupçonnée et s'attaque à d'autres grands mythes Européens du vampirisme, le tout à un rythme passionnant qui ne vous laissera pas le temps de souffler !

Qu'on se le dise, il n'est absolument pas indispensable de lire cette suite pour tout lecteur du premier Dracula, mais ça reste un sacré plus à mon sens ! Déjà parce que le personnage historique de Dracula y est enfin traité en détails, et ensuite parce que l'on y découvre des informations capitales pour comprendre certains passages prêtant trop souvent à mauvaises interprétations du précédent roman (comme la mort de Lucy, par exemple -ne venez pas me dire ''attention spoilers !'' ça fait plus de 120 ans !-) et d'autres qui prennent soudain une toute nouvelle dimension. Aucun détail n'est cette fois laissé au hasard et tout est fait pour coller le plus possible aux volontés originelles de Bram Stoker lorsqu'il débute ses recherches en vue d'écrire ses romans. Vous découvrirez ainsi que le vrai méchant de l'histoire n'est pas forcément celui que l'on croit...
Cette parution des plus risquées est selon moi un tour de force admirable de la part d'une famille qui lutte depuis des générations maintenant pour reprendre ce qui devrait normalement lui revenir de droit des mains des grands studios Hollywoodiens qui se font largement plaisir avec la licence DRACULA depuis la mort de l'auteur. Une belle tentative, certes désespérée étant donné que le nom ainsi que tout ce qui s'y rapporte font désormais partie du domaine public, mais qui mérite d'être saluée et soutenue. En plus l'histoire est vraiment prenante et bien écrite, on abandonne cette fois le style épistolaire mais la narration plus directe permet de gagner en intensité. Vous apprécierez en outre le soucis du détail historique pour coller au mieux à l'époque réelle traitée, en cette veille de Première Guerre Mondiale où les nations du monde sont à cran et où le crime est roi.

Dracula l'Immortel, une histoire à lire absolument pour tous ceux qui veulent enfin rendre justice à un récit trop longtemps mal compris et mal traité. A noter que Michel Lafon nous offre dans cette édition de 2009 de nombreux bonus prestigieux pour agrémenter le manuscrit, qu'il s'agisse de nouvelles anglophones comme francophones considérées comme étroitement liées à la genèse de Dracula ou de bibliographies bien pratiques pour approfondir l'expérience, ainsi que beaucoup de faits historiques sur le vrai ''Dracula'' (famille, dynastie, batailles, situations géo-politiques), pour faire taire une bonne fois tous les mythes erronés. Faites confiance à cette suite qui, sait-on jamais, accouchera peut-être dans le futur d'un troisième opus, car il reste encore des choses à dire !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 1 octobre 2014

Vampire Hunter D - Bloodlust (Yoshiaki Kawajiri - Mad House - 2000)



Pour démarrer cette spéciale Halloween sur le thème des vampires, je vous propose d'ouvrir avec un film d'animation américano-japonais des studios Mad House, assez reconnus dans leur domaine, sorti en 2000 et adapté des aventures du célèbre chasseur de vampires, D.
Dans un monde post-apocalyptique, sur lequel ont jadis régné les vampires en maîtres absolus de l'humanité, au sein d'immenses forteresses et de complexes spatiaux aujourd'hui désaffectés, les choses ont fortement changé depuis le grand cataclysme. Les hommes vivent de nouveau comme à l'âge du Far West, les restes de technologies sont considérés comme des reliques plus ou moins sacrées et surtout les vampires et autres monstres sont pourchassés sans relâche par des Hunters, des experts de la traque et de la destruction de créatures surnaturelles, faisant payer leurs services un maximum. D est considéré comme le meilleur de tous les chasseurs de vampires existants, et pour cause car c'est un hybride humain/vampire, un enfant interdit, un Dhampire, fruit de l'union du légendaire Roi des Vampires avec une simple mortelle. Traversant le monde à la recherche de son passé, de son identité et du secret de ses origines, combattant un ennemi restant perpétuellement dans l'ombre, D se trouve parfois en mesure d'aider les populations à vaincre les monstres qui les oppressent encore.
C'est dans ce contexte que notre histoire commence, lorsqu'une jeune femme du nom de Charlotte Elbourne est enlevée de nuit par un vampire des plus puissants encore en vie, Meier Link, dont on dit qu'il déteste profondément l'humanité. D est chargé par la famille de Charlotte de la retrouver coûte que coûte et de la ramener vivante auprès de son père, sauf si Meier l'a mordu : dans ce cas, D devra la tuer et rapporter une preuve du succès de sa mission. Pour encourager l'efficacité des recherches, la famille Elbourne mandate également les célèbres Markus Brothers, une bande de chasseurs brutaux mais aux résultats excellents, qui entendent bien être les premiers à sauter sur le pactole et à massacrer du vampire. A travers tout le pays et la lande désolée la traque commence, il faut parvenir à récupérer Charlotte à temps avant que Meier ne décide de la tuer ou pire, de la transformer à son image. Pourtant, le cruel vampire semble bien attentionné et sensible avec la jeune femme, comme s'ils partageaient tous deux un lourd secret, un passé inavouable. Aidés dans leur fuite par une mystérieuse bienfaitrice qui les accueille dans son château, Charlotte et Meier vont vite s'apercevoir qu'ils sont eux aussi les pions d'une machination bien plus complexe qu'il n'y paraît, et que leur amour interdit risque de causer leur perte et celle de toute l'humanité en provoquant le retour d'une créature infernale, jadis bannie par le Roi des Vampires en personne pour ses méfaits. Une personne qui semble aussi connaître une partie du passé de D, ou du moins en savoir assez pour redouter que le Dhampire n'apprenne un jour la vérité sur sa propre nature. Le combat sera rude et intense, des sacrifices seront nécessaires, et par-dessus tout la vengeance sera de mise, la vengeance pour la mort d'un amour sincère, pour une société qui refuse cette union, pour un monde qui ne se comprend pas lui-même.

C'est un film vraiment magnifique, aux animations extrêmement détaillées et fluides, une vraie merveille du genre. Quand on voit certaines productions actuelles, on se demande ce qui a bien pu se passer pour en arriver à un rendu si pauvre alors qu'il y a presque 15 ans Mad House pouvait pondre un chef-d'oeuvre absolu de technique. Les textures sont merveilleusement retranscrites à l'image, les couleurs également, les décors sont tous plus somptueux les uns que les autres, témoins d'un passé d'une richesse phénoménale et d'un monde superbement développé. La musique, signée Marco D'Ambrosio, vous transportera dans un océan de sensations et de sentiments, allant de la colère à la tristesse, du bonheur à la peine et à la douleur, et même vous fera aimer les personnages, quels qu'ils soient. ''Sublime'' serait le mot idéal pour décrire ce film, mais en vérité il faut bien plus d'un seul mot pour arriver à lui rendre justice. Le meilleur conseil que je puisse vous donner c'est de tout faire pour réussir à le voir, rien qu'une fois, si vous aimez les belles histoires d'amour tragiques et les mythes vampiriques victoriens. En France le film est disponible grâce à TF1 Vidéo il me semble, mais pour ma part je préfère largement la version américaine car les voix sont juste magnifiques à entendre, les mots harmonieux et les dialogues si poignants et maîtrisés ! Si vous le pouvez, regardez-le en VOSTFR (version américaine toujours), ça vaut franchement le coup. Et vous verserez peut-être comme moi plus d'une larme à la fin, d'une poésie magistrale qui achèvera même les plus durs d'entre vous. Une beauté, une perle.

Un petit mot pour finir sur le manga, car oui Vampire Hunter D c'est aussi et surtout un manga, scénarisé par Hideyuki Kikuchi et dessiné par Saiko Takaki, disponible chez Kazé par chez nous si vous êtes curieux de découvrir d'autres aventures de D, poursuivant sa quête d'identité. Le tome 3 du manga correspond au film Bloodlust justement (tandis que le tome 1 correspond au tout premier film-animé daté de 1985, que je ne vous conseille pas du tout en VF), mais avec une histoire légèrement différente bien que toute aussi triste. A vous de voir !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mardi 30 septembre 2014

Halloween 2014 : Mois spécial sur les Vampires, par Flo

Salut tout le monde ! Halloween approche, j'ignore ce que vous ferez pour l'occasion (une soirée entre amis, films d'horreur, tournée des maisons, lâchez-vous !) mais en ce qui me concerne je me propose de vous offrir un mois d'Octobre entièrement consacré au thème des Vampires !

Vous aurez ainsi un total de 9 articles durant ce mois, tous au sujet d'une œuvre sur le vampirisme, qu'il s'agisse de littérature, d'art séquentiel, de cinéma, etc. 9 articles qui auront pour but non pas de vous effrayer (malheureusement) mais de vous présenter, comme toujours, des œuvres méconnues ou mal connues du grand public. Ainsi, je vous rédigerai comme d'habitude des articles ayant pour vocation de vous présenter quelque chose, de vous initier en quelques sortes ou tout bêtement vous inciter à faire vos propres recherches par la suite pour en savoir davantage. Je conviens naturellement qu'un bon nombre d'entre vous risque de déjà connaître les œuvres en question, mais je continue de penser dans une logique de présentation plutôt que de review.

Ah, et j'anticipe d'ores et déjà les éventuels commentaires du genre : ''Oh mais c'est nul il n'a pas parlé de telle ou telle œuvre'', ''Mais pourquoi il n'a pas mis ça dans son top, c'est tellement évident pourtant !'' et autres. Sachez que ces articles seront rédigés sur la base de mes préférences personnelles et de ce que j'ai envie de partager avec vous, et qui me semblera digne d'intérêt pour une raison ou pour une autre. Les œuvres trop connues, je passe. De même, il se peut que certaines choses très aimées du public ne figurent pas dans mes articles, c'est tout bêtement parce que moi je ne les aime pas ou parce que je n'ai pas jugé, vu leur portée, qu'il était utile d'en parler pour les faire découvrir. Ce n'est pas un TOP que je réalise, c'est une sélection personnelle de ce que je voudrais partager. Donc pas de classement des meilleures œuvres sur les vampires ni rien de ce genre, simplement une suite d'articles pour partager et présenter ce que j'aime. Et vous trouverez même des trucs que je n'ai pas spécialement aimé dedans, juste pour en discuter avec vous !

Ainsi (je préfère le dire ici par avance comme ça c'est fait) ne figureront pas dans mes articles les œuvres suivantes :

1- les films de la saga Underworld
2- les films et livres de la saga Twilight
3- la bit-lit de manière générale
4- le film La Reine des Damnés
5- les films du genre Une nuit en enfer ou encore Blade
6- et enfin les films classiques de la Hammer, même s'ils seront abordés.

Voilà, donc si vous attendiez en particulier un de ces points, ce mois d'Octobre risque de ne pas trop vous intéresser. Mais vous serez toujours les bienvenus si le cœur vous en dit !

Au plaisir de vous retrouver très bientôt pour le début de ce mois spécial vampires, d'ici-là portez-vous bien et bons préparatifs d'Halloween à vous tous !

dimanche 28 septembre 2014

Danger Girl - Destination Danger (Glénat Comics - Juillet 2013)



Si je vous disais qu'il existe une série, en comics, qui rend hommage aux bons vieux films James Bond classiques, aux Indiana Jones et aussi aux fameuses Charlie's Angels (Charlie et ses drôles de dames en VF), me croiriez-vous ? Les vrais le savent, grâce au génie combiné d'Andy Hartnell et de J. Scott Campbell, cette série existe ! Elle s'appelle Danger Girl, et n'a pratiquement rien à envier à ses inspirations. Si la série originelle, finie en deux tomes chez nous du temps de Soleil (collection ''US Comics''), est aujourd'hui théoriquement introuvable, nous pouvons remercier Glénat qui en a repris la licence et a sorti, dès 2013, la suite des aventures du trio d'espionnes le plus sexy de tous les temps ! L'occasion de suivre de nouveau les péripéties et les aventures d'Abbey Chase, archéologue et chasseuse d'antiquités experte dans le maniement des armes à feu, de Sydney Savage, aventurière Australienne affectionnant particulièrement le cuir et le fouet, et de Valerie Evans, la plus jeune de l'équipe et aussi la coordinatrice principale des opérations grâce à ses formidables connaissances et capacités en informatique de pointe. Le tout sous la houlette bienveillante de leur boss, Deuce, portrait craché et complètement assumé d'un Sean Connery ayant très bien vieilli, directeur de l'agence d'espionnage et de renseignement ultra-secrète Danger Girl.

Après avoir triomphé du terrible Empire du Marteau et de ses troupes fascistes, les filles ont bien mérité quelques semaines de vacances. Seulement le crime lui ne prend pas de congés, et où qu'elles aillent il y aura un vilain à combattre et des plans démoniaques à stopper ! De l'archipel d'Hawaï à Las Vegas, de l'Italie jusqu'au Japon, nous suivrons les aventures des Danger Girl au sein de 5 petites histoires indépendantes, dessinées par plusieurs artistes et chapeautées par le duo d'auteurs originel. Mais outre les situations sérieuses et dangereuses que les filles devront affronter pour sauver le monde, il y a aussi beaucoup de rigolade, d'autodérision et de fun ! Qu'il s'agisse de Valerie s'imaginant à la place de ses aînées dans de folles péripéties, ou bien des tentatives pitoyables de séduction de Johnny Barracuda, ou encore d'un délire total des scénaristes intitulé sobrement Les Soutifs à Motifs, rien n'arrête les espionnes de choc et de charme ! Même lorsqu'elles sont amenées à faire face à un nouvel empire du mal issu de l'impérialisme totalitaire nippon de la Seconde Guerre Mondiale, elles n'ont peur de rien et foncent dans la bataille pour la sauvegarde du monde ! Le tout dans les plus belles tenues qui soient, pour le plus grand bonheur du lecteur.

Ce gros volume constitué de plusieurs histoires s'intercale idéalement entre le premier gros arc de la série et les suivants, servant de transition parfaite avant de revenir à des aventures plus étudiées et sur le long terme. Bien que dans la dernière de ce recueil, Danger Girl – Kamikaze, l'on retrouve énormément de codes et de situations déjà vus dans la première série et qui en ont fait le succès et l'originalité. Une sorte de clin d'oeil interne aux fans et de promesse quant à l'avenir ! C'est un comics idéal pour les vacances, sur la plage, ou tout simplement pour passer un bon moment de détente et de lecture facile sans trop se prendre la tête. Et puis, comme je l'ai dis plus haut, la série regorge d'hommages aux films d'espionnage des années '60 et '70 ainsi qu'aux trois films d'Indiana Jones, un vrai régal ! Vivement la suite, qui arrivera bientôt ici sur Radiophogeek soyez-en sûrs.
Petite mention spéciale au travail formidable de Glénat et sans doute aux efforts de Thomas Rivière, car l'album est vraiment beau et agréable à posséder autant qu'à feuilleter et vaut largement son prix de 19,50€ légèrement supérieur à la moyenne.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

jeudi 25 septembre 2014

La Patience du Diable (Maxime Chattam - Albin Michel - Juin 2014)



Ca y est la voilà enfin, la suite tant attendue de La Conjuration Primitive dont je vous ai déjà parlé il y a quelques mois ! Maxime Chattam développe sa nouvelle saga thriller avec autant de rapidité que d'efficacité, reliant une fois encore nombre de ses anciens cycles dans cette nouvelle œuvre appelée à rester dans les mémoires.

Un an et demi après les événements du premier tome et la sombre découverte réalisée dans le nord du Québec, Ludivine Vancker et ses collègues de la SR (Section de Recherche) de la Gendarmerie Française estiment que le pire est derrière eux et qu'ils ont déjà affronté l'horreur véritable, en étant tous sortis blessés mais grandis. Ludivine, en mémoire d'Alexis, disparu lors de leur enquête, s'est rapprochée du grand criminologue Richard Mikelis afin qu'il lui livre tout son savoir en la matière et la forme pour qu'elle puisse prendre la relève, au cas où...
Et justement, alors que les esprits s'apaisent et que la tension retombe, le Mal frappe à nouveau. Deux adolescents montent à bord d'un TGV et se mettent à tirer sur tous les passagers, perpétrant un véritable massacre de guerre qui ne laissera personne indifférent, avant de se suicider tous les deux. Moins d'une semaine après cette catastrophe, la France est pratiquement à feu et à sang. De partout les actes désespérés surgissent, les instincts meurtriers se réveillent et n'importe qui semble pouvoir devenir du jour au lendemain une vraie bombe à retardement : un homme exécute froidement tous les clients d'un restaurant parisien avant de se tirer une balle dans la tête, un autre organise une attaque à l'acide sulfurique massive sur un centre commercial dans le Nord, des gens sont retrouvés chez eux littéralement morts de peur, de terreur même, le visage atrocement déformé, sans le moindre signe d'effraction nulle part, rien qui puisse indiquer une présence autre que la victime au moment du décès... le Diable marcherait-il parmi nous, désormais ? C'est que prétendent certains de ses ''adeptes'', interpellés par la Gendarmerie et n'ayant que ce mot-là à la bouche : le Diable... le Diable les a conseillé, il leur a donné les moyens de se révéler et d'accomplir leur destin, son service, pour préparer son règne à venir, très bientôt. Pour Ludivine, ça ne fait aucun doute : quelqu'un dans l'ombre s'emploie à réunir des psychopathes dans tous les coins de la France, des gens qui ne demandent qu'une petite poussée dans le dos pour se lancer, et fait d'eux des monstres sans pitié. Quelqu'un organise les tueurs en série, les meurtriers de masse, quelqu'un tente de les fédérer ou du moins de synchroniser leurs actions, de les former pour qu'ils frappent la société là où elle aura vraiment mal. Cette nouvelle enquête risque bien d'être encore plus angoissante et dangereuse que la précédente, car cette fois le Mal est préparé à la résistance qu'on lui opposera et il a appris de ses erreurs précédentes. Cette fois, le Mal est partout, et le fait savoir, dans un monde en crise au bord de l'explosion, où les citoyens de plus en plus stressés et mis sous pression risquent de craquer d'un moment à l'autre et de devenir, eux-aussi, des pions meurtriers au service d'un sombre dessein. Cette fois, le Diable pourrait bien remporter la victoire... à moins qu'il ne soit déjà trop tard.

Un second tome énormément attendu et que certains ont jugé décevant justement par rapport à ces attentes, pour ma part je l'ai lu d'une seule traite sans pouvoir le lâcher une seule seconde, en une nuit blanche des plus passionnantes. Le seule autre livre dans ma vie récente pour lequel j'ai vécu la même chose à la lecture est un autre roman de Maxime Chattam, Prédateurs (second tome sur les trois de son Cycle de l'Homme, que je vous conseille vivement). Je m'estime donc pleinement satisfait car ce livre a parfaitement rempli sa mission, me divertir, me distraire, me faire réfléchir et me tenir en haleine comme jamais. Il est vrai que l'enquête comporte quelques facilités, malgré les recherches très immersives de l'auteur pour coller au mieux aux méthodes de la réalité, mais ça reste une œuvre de fiction il ne faut pas non plus exiger qu'elle soit naturaliste !
Les personnages sont forts, intéressants, donnent envie de les suivre dans leur enquête et dans leurs péripéties, de se plonger dans l'histoire à leurs côtés et de ressentir leurs angoisses et leurs doutes. Un nouveau méchant, très charismatique et envoûtant à plus d'un titre (rassurez-vous je ne dirai rien de plus à son sujet pour vous garder la surprise, sachez simplement comme le précise Chattam lui-même dans le livre que ce personnage a un lien avec un autre, au sein de La Trilogie du Mal...) qui poussera les gendarmes et la belle Ludivine dans leurs tous derniers retranchements, sachant taper exactement là où ça fait vraiment mal. Jamais autant que dans ce tome vous ne ressentirez le stress et l'angoisse grimpante que Chattam instille en vous à mesure que vous dévorez les chapitres, aucun ne vous laissera en paix et ne vous permettra de lâcher prise. Des suites sont déjà annoncées, l'histoire ne s'arrête pas là et des liens restent encore à venir avec les anciens cycles de l'auteur, tous reliés ici pour le meilleur mais surtout le pire...

Vous l'aurez compris, je suis on ne peut plus enthousiaste et j'attends ces prochains tomes avec impatience, car je ne suis pas le Diable et je ne tiendrais sûrement pas jusque là tout seul. Ne jugez pas ce second volume trop sévèrement et gardez à l'esprit qu'il est le point d'articulation d'un nouveau cycle, d'une nouvelle saga, et qu'il trouvera sa finalité dans ses suites.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 21 septembre 2014

Succubes tome 2 - Roxelane (Thomas Mosdi & Adriano De Vincentiis - Soleil - Juillet 2011)



Et voilà, comme je vous l'avais promis me revoici à vous parler de la bd Succubes de Thomas Mosdi. Je ne me lasse pas de cette lecture, c'est proprement fascinant et j'espère parvenir à vous en faire partager mon intérêt !
Ce second tome est dessiné cette fois par Adriano De Vincentiis, dont le style tranche avec le tome précédent mais n'en est pas moins agréable et plutôt réaliste. Les corps féminins (puisque c'est là l'atout principal de l'histoire) sont correctement réalisés et représentés, rien de choquant ou d'exagéré à outrance, ça fait plaisir à voir pour une fois. De plus, l'atmosphère ici est radicalement différente puisque nous passons de la France de la Révolution aux fastes de l'Empire Ottoman de Soliman le Magnifique, quelques siècles plus tôt.

Alexandra Lissowska est une jeune femme vivant dans un petit village reculé de la Russie médiévale. Elle vit entourée des hommes de sa famille, et aspire à connaître autre chose que les frontières de son village enseveli sous la neige ou bien encore les préceptes religieux de son prêtre de père. Un soir, le village est attaqué par des pillards venant du Moyen-Orient, et Alexandra est capturée et violée après avoir vu son père assassiné sous ses yeux pour l'avoir défendue. Emmenée jusqu'aux sables de Crimée, elle est vendue comme esclave de plaisirs au grand vizir de Soliman, qui la destine à son sultan mais compte bien auparavant en profiter quelques peu pour la former. Accompagnée par Setkem, une Numide farouche elle-aussi destinée au harem du sultan, Alexandra va traverser les contrées menant au grand Empire Ottoman, en passant par Venise et les tractations politiques avec la Vieille Europe, tandis que dans l'ombre un complot se prépare. L'Eglise semble en effet s'intéresser de très près à ces femmes qui vont bientôt faire partie de l'entourage proche de Soliman, l'un des hommes les plus puissants et influents de son époque. Et si l'ordre des Filles de Lilith faisait ici une autre de ses tentatives pour prendre le pouvoir en manipulant les grands hommes ? Alors que le doute s'installe, Alexandra entend bien prendre son destin en mains : puisqu'elle sera désormais une courtisane condamnée à vivre dans le harem du sultan, elle sera la meilleure de toute et accaparera le souverain de ses charmes pour obtenir une place d'exception à ses côtés ! Mais, lorsque la véritable agent des Filles de Lilith est démasquée et échoue dans sa mission de se rapprocher de Soliman, Alexandra le vit comme un choc immense. Désormais, ses priorités sont réécrites et elle décide de prendre la relève de sa défunte amie pour poursuivre sa tâche et assurer la réussite et la survie des Filles de Lilith, en se rapprochant de Soliman pour doucement commencer à influencer ses décisions politiques... mais avant cela, il faudra l'isoler, le faire se méfier de ses conseillers et de ses proches, afin qu'il ne place sa confiance absolue qu'en sa favorite, celle que désormais l'on appellera Roxelane. Ainsi le jeu de la séduction opère-t-il à nouveau sur le monde politique, et la plus grande courtisane du monde s'apprête à instaurer un ''Règne des Femmes'' sur un Empire gigantesque et traditionnellement masculin. Les Filles de Lilith sont victorieuses, et ce n'est que le commencement...

Cette histoire se déroule donc quelques siècles avant celle de Camilla et de Robespierre durant la Révolution Française, dans le tome précédent. Ici, les prêtresses d'Isis sont quasiment à l'apogée de leur pouvoir et de leur influence sur le monde, l'Eglise les redoute et n'a pas encore les moyens de les traquer efficacement, et l'un des plus grands Empires au monde finit par tomber sous leur coupe. Un âge d'or qui se paiera très cher par la suite, comme on a déjà pu en être témoin dans le tome 1.
Succubes, malgré ou plutôt grâce à son titre racoleur, est une œuvre féministe assez intelligente qui séduit autant par ses protagonistes que par ses enjeux et sa qualité d'écriture.
Une fois encore ici un soin tout particulier est apporté afin de représenter les paysages et les lieux de l'époque, la culture Arabe et Moyen-Orientale de ce début de Renaissance, cet âge d'opulence et de merveilles à nulle autre pareilles. Les fastes de l'Orient, du désert, des palais du Sultan Suprême, les tenues, tout est extrêmement bien détaillé et a fait l'objet de nombreuses recherches pour paraître le plus réaliste possible. Si les systèmes politiques en eux-mêmes sont assez simplistes et finalement peu présents dans l'histoire, c'est aussi parce que l'enjeu se porte directement auprès du dirigeant tout en haut de la pyramide, celui qui est au-dessus de tout et ne joue pas dans la même catégorie que ses sujets. C'est maigre comme explication et ça peut laisser une certaine déception pour celui ou celle qui chercherait à retrouver les rouages si particuliers de tels systèmes politiques, mais finalement est-ce bien ce que l'on attend d'une bande-dessinée de cette sorte ? Saluons déjà les recherches et les efforts pour recréer un cadre historique plausible et jouer avec des personnalités ayant réellement exister, c'est déjà suffisant en soi !
En bonus avec ce tome nous avons droit à 8 pages de sketchs (déformation du monde des comics, excusez-moi), de croquis et d'esquisses pour le personnage d'Alexandra, son évolution et celle de son style et de ses attitudes. Agréable s'il on aime savoir d'où viennent les détails et les images que l'on admire, ce qui est mon cas. La somme de travail derrière une simple case vaut déjà à elle-seule un certain degré d'intérêt de reconnaissance (c'est vrai ici comme dans beaucoup d'autres bandes-dessinées et ça l'est surtout pour Wika, dont je vous ai parlé récemment).
Si l'on devait résumer par une phrase, une maxime, ce tome, ce serait sans doute celle-ci : finalement, l'exercice du pouvoir se joue surtout dans l'intimité.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

jeudi 18 septembre 2014

Les patients d'Arkham (Urban Comics - Juillet 2014)



Vous allez finir par penser que je ne lis que ça, des tomes de la collection ''DC Nemesis'' d'Urban Comics, mais non c'est une simple coïncidence ! Et puis vu les récits de qualité qui s'y trouvent, j'aurais tort de me priver de vous en parler non ? On est bien d'accord.
Sortie en Juillet 2014 chez nous et scénarisée par Dan Slott (oui, le monsieur très décrié aux commandes depuis très longtemps des séries Amazing Spider-man, puis Superior Spider-man puis de nouveau Amazing Spider-man actuellement), cette mini-série intitulée Les patients d'Arkham nous plonge dans le quotidien terrifiant et angoissant du fameux Asile d'Arkham, en périphérie de Gotham City, inquiétante bâtisse ancienne abritant les pires psychopathes de l'univers DC et semblant tout faire à part les soigner. Avec l'aide de Ryan Sook au dessin, Dan Slott nous propose une virée saisissante et malsaine auprès des plus grands criminels de la ville, et de ce qui fait sans doute de l'Asile d'Arkham un endroit à éviter à tout prix.

Warren White est un homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire et normal. Pas de super-pouvoirs, pas d'origines traumatisantes, pas d'accident, pas de mauvaise journée, rien. Si ce n'est que Warren White est sans doute le trader le plus insensible qui existe, et qu'il est jugé pour escroquerie à grande échelle, ayant fait perdre à cause de ses manipulations boursières des sommes considérables à de pauvres épargnants anonymes. Aussi riche que Bruce Wayne, dit-on, il s'arrange pour éviter la prison à vie en soudoyant ses avocats et en plaidant la folie passagère pour expliquer ses actions. Ca marche, et le jury le considère comme coupable mais non-responsable de ses actes. Warren est soulagé, il évite donc la prison... mais pourquoi le juge semble-il si satisfait malgré tout de ce verdict ? Après tout, ce n'est vraiment pas si grave, on décide simplement de l'envoyer dans un genre de maison de repos, un sanatorium ou quelque chose du même genre, où il passera quelques mois voir juste quelques semaines à discuter avec des gens avant de sortir comme si de rien n'était et de reprendre sa vie de débauche. A l'aise donc. Oui mais pourtant, tout le monde autour de lui, ses avocats comme ses proches, tous semblent paniqués à la seule prononciation du nom de l'établissement : l'Asile d'Arkham. Quoi, ce n'est pas grand chose enfin ! Rien qu'un endroit où sont soignés en douceur les gens ayant un peu perdu le sens des réalités... n'est-ce pas ?
Evidemment, nous lecteurs qui sommes aussi sains d'esprit que Warren, nous savons déjà combien il se trompe et dans quel enfer il vient de se condamner lui-même par ses manœuvres juridiques. Ce n'est pas un hasard si ce bon plan paraissait un si bon plan : personne, à Gotham, n'oserait plaider la folie pour échapper à la prison. Car cela voudrait dire qu'on serait immédiatement envoyé à Arkham, auprès de cinglés véritables comme Double-Face, Killer Croc, le Chapelier Fou, Poison Ivy, l'Epouvantail... le Joker. Tout cela, Warren l'ignorait ou ne s'en rendait pas vraiment compte. Les choses vont bien changer lors de son arrivée, obligé de passer la nuit dans la même cellule qu'un dangereux gourou de secte persuadé de parler aux morts et vivant avec les âmes de ses victimes. Qui occupent une bonne partie de la pièce et des couchettes. La nuit promet d'être longue... d'autant que tout le monde se réjouit de l'arrivée de ce nouveau patient, les autres lui ont même tout de suite trouvé un surnom adéquat. Dehors, Warren White l'insensible était le Grand Requin Blanc, prédateur de la finance, impitoyable. Ici, dans les murs d'Arkham, il est... Viande Fraîche. Et il n'aura jamais autant eu l'impression d'être un bout de viande sur pattes, cible de toutes les attaques, souffre-douleur de gens comme Killer Croc, esclave de Double-Face, compagnon de douche du Joker... et si cet enfer finissait par faire de lui, un homme sain et respectable, un véritable monstre à son tour ? Car en plus des patients et de la violence ambiante, Arkham dissimule bien des secrets atroces en son sein, de sombres origines et une histoire des plus glauques, propre à instiller la folie dans les cœurs les plus faibles...

Les patients d'Arkham, où une plongée effroyable du lecteur dans ce lieu que l'on a toujours préféré éviter, surtout depuis le passage de Grant Morrison. Dan Slott relève le défi de nous livrer un récit encore plus sombre et malsain, avec succès, nous présentant avec force détails la chute lente et inexorable d'un homme ''sain d'esprit'' qui deviendra un monstre semblable à ses nouveaux compagnons d'infortune. Mais Warren n'est pas le seul personnage que le lecteur suivra dans cette histoire, puisque l'Asile lui-même peut être considéré comme un personnage à part entière. Une grande partie de son passé sera reprise de ce que Grant Morrison avait déjà établi, mais de nouveaux éléments vont entrer en jeu et notre vision de l'endroit en sera à jamais changée. Pour les gamers, vous apprécierez de retrouver dans ce récit les prémices du jeu-vidéo Arkham Asylum, du moins les personnages clés de l'aventure qui vous serons ici présentés pour la première fois.
Une petite histoire en six chapitres, sans grande conséquence pour le reste de l'univers Batman, agréable à lire et qui fait réfléchir sur le destin des criminels de Gotham lorsque le Chevalier Noir n'est plus dans les parages pour les protéger. Oui, les protéger.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 13 septembre 2014

Succubes tome 1 - Camilla (Thomas Mosdi & Laurent Paturaud - Soleil - Avril 2009)



Dans la collection ''Secrets du Vatican'' l'éditeur Soleil fait paraître des récits qui explorent des recoins cachés de l'Histoire, avec une forte connotation religieuse la plupart du temps. C'est le cas de cette bande-dessinée écrite par Thomas Mosdi et dessinée par Laurent Paturaud pour ce premier tome, Succubes.

Le tome 1 raconte ainsi les dessous de la Révolution Française et plus particulièrement la période de la Terreur, sous le ''règne'' de Maximilien de Robespierre, entre 1793 et 1794 ici. Au-delà de l'Histoire officielle que nous connaissons tous ou presque, nous découvrons qu'il s'agit avant tout d'un vaste complot orchestré par une secte religieuse connue sous le nom des Filles de Lilith, dernières héritières et conservatrices d'un antique culte égyptien de la déesse Isis qui tend à placer certaines femmes dans l'ombre de grands hommes à travers les époques, pour contrôler leur destin ainsi que leurs actes, dans un but très mystérieux. Dans ce tome, Robespierre alors au sommet de sa popularité et de son influence sur le Comité est régulièrement visité par la belle et envoûtante Camilla, émissaire des Filles de Lilith, venue lui révéler les secrets de son culte et faire de lui l'élu qui restaurera à jamais la gloire d'Isis et le pouvoir de ses prêtresses. Est-ce un mal, est-ce un bien, nous ne sommes pas en mesure de le savoir, mais il faudra cependant toujours des sacrifices pour parvenir à cet idéal. Et tandis que l'orage de la Terreur gronde sur une France aux abois, les Filles de Lilith doivent également faire face au Vatican et à son ordre des Frères d'Adam, qui entendent bien éradiquer la menace de ces femmes qu'ils nomment avec dédain ''succubes'' et dont ils ont juré de jeter les idéaux et valeurs dans l'oubli le plus total. Quel est donc ce terrible secret que le Vatican semble redouter et qui lui fait tant craindre les prêtresses d'Isis ? Et quel est le but qu'elles poursuivent dans l'ombre, perdant de nombreux pions et précieux élus dans leur combat mais ne renonçant pourtant jamais ?

Cette série commence vraiment très bien, le récit démarre tout de suite et les faits historiques sont plutôt bien traités et représentés, il y a relativement peu d'extrapolation et de fausses notes dans l'ensemble. Bien sûr, la Révolution et la Terreur ainsi que leurs instigateurs et meneurs sont ici au second plan et nous assistons d'un regard assez lointain aux événements fatidiques de la fin de vie de Robespierre, nous rendons ainsi compte qu'il n'était en réalité qu'un pion sacrifiable parmi d'autres entre les mains des Filles de Lilith et de cette ensorcelante Camilla, qui se choisit à la fin du tome un autre protégé on ne peut plus important pour l'Histoire en marche. Comme si, finalement, Robespierre et son culte de l'Être Suprême ne devaient servir que d'avertissement à ce nouvel élu pour lui montrer le droit chemin...
L'histoire a beau paraître assez simple, elle comporte nombre de références assez précises et pointues sur la période traitée ainsi que sur les différents protagonistes tirés du monde réel. De même pour les prières adressées à Isis par ses prêtresses, qui sont vraiment issues d'ouvrages religieux spécifiques. En somme, il y a une vraie qualité présente dans cette bd et ça fait plutôt du bien. Le récit ne prend pas trop la tête du lecteur, il suffit de se laisser porter et tout se suit parfaitement et s'enclenche de façon fluide. Reste à attendre de lire les trois autres tomes (je vous en parlerai, n'ayez crainte) pour savoir enfin ce qui se cache derrière les Filles de Lilith et leur vrai dessein. Et en parlant de dessin, justement, celui de Laurent Paturaud est des plus agréables à regarder. Un gros effort de documentation a été fait pour retranscrire le Paris de la Terreur et les modes vestimentaires de l'époque, ainsi que les influences égyptiennes et chrétiennes pour les deux camps. Quant aux personnalités historiques, elles sont aisément identifiables même sans êtres nommées, on les reconnaît tout de suite pour peu qu'on en ai déjà vu un portrait.
Il va sans dire que parmi les différents thèmes abordés et traités par cette bd, le sexe et la séduction ésotérique/érotique sont en bonne place. Cela donne des pages absolument magnifiques, où la magie provient principalement de l'imaginaire du lecteur et où la sensualité est de mise, dans de magnifiques atours. A conseiller, vraiment ! La beauté des personnages féminins est sans égale, Camilla la première mais ses ''sœurs'' ne sont pas en reste, loin de là. Même les hommes sont soignés, à l'image de Robespierre le dandy qui ne trahit en rien sa réputation de bel homme.
Je vous tiens au courant pour ce qu'il en sera des tomes suivants, mais croyez bien que mon intérêt pour cette bande-dessinée ne va pas décroître de sitôt !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 10 septembre 2014

La saga de Ra's al Ghul (Urban Comics - Juillet 2014)


Attention, là c'est du lourd. Dans la collection ''DC Nemesis'' jusqu'à présent nous n'avons eu que des récits de qualité, sur les plus grands méchants de l'univers de Batman principalement, de Bane à Double-Face en passant par Deadshot ou le Pingouin. Avec cet album-ci, très imposant et tout aussi bien fourni, nous avons le plaisir de découvrir non pas un mais trois récits parus à la fin des années 1980 et au début des années 1990 sur le personnage de Ra's al Ghul, écoterroriste immortel dont le génie rivalise largement avec celui du Chevalier Noir. Trois histoires qui nous présenteront tour à tour les origines, les failles et les plus grandes réussites de ce vilain créé en 1971 et qui reste encore de nos jours l'une des plus grandes et des plus terribles menaces qui pèsent sur Batman et son entourage, ainsi que sur notre monde. Un personnage torturé, tourmenté par son passé, en lutte perpétuelle contre l'évolution et contre l'humanité, se plaçant en bienfaiteur de la planète tout autant qu'en meurtrier de masse pour le bien commun. Egalement un père soucieux de sa descendance et de son héritage, un homme vieux et fatigué qui refuse de rendre les armes tant que sa vision ne se sera pas accomplie ou que son rêve ne soit en sécurité entre les mains d'un digne successeur. Un temps ce rôle aurait pu être tenu par Batman lui-même, amant de Talia, la fille de Ra's, et que l'immortel considère toujours malgré leurs différends et oppositions morales comme son fils spirituel.

Grâce au travail d'Urban Comics, nous avons la joie de pouvoir lire en un seul recueil trois récits légendaires sur le personnage et sa relation avec Batman. Tout d'abord, dans La naissance du Démon (Birth of the Demon), les secrets des origines de Ra's al Ghul nous serons enfin dévoilés, par la bouche de sa fille Talia se confiant au Chevalier Noir avant que l'heure de l'affrontement final entre son père et son amant ne sonne. Les mystères de celui qui s'affranchît de la Mort elle-même et devint pire qu'un démon, de l'homme qui perdît toute humanité par la faute de la cruauté des hommes. Un scénario de l'écrivain Dennis O'Neil, ayant officié de nombreuses années à la tête du destin des séries de Batman et connaissant ses personnages sur le bout des doigts, un récit à la fois touchant et horrible, qui se finit en apothéose par un duel impitoyable entre les deux antagonistes, à la vie à la mort. Le dessin et les couleurs de Norm Breyfogle sont incroyablement beaux, chaque case ressemble à une petite peinture et l'ambiance du Moyen-Orient médiéval est parfaitement retranscrite. Saisissant, on ne peut qu'admirer les efforts colossaux pour la création de ce style si particulier au service d'une histoire toute aussi magnifique !

Ensuite, dans Le fils du Démon (Son of the Demon), récit de Mike W. Barr sur un dessin très clair et détaillé de Jerry Bingham paru initialement en 1987 (et merci à Urban par ailleurs d'avoir laissé la sublime préface de l'époque signée Mark Hamill, oui oui, grand fan de Batman devant l'éternel depuis sa plus tendre jeunesse et qui participera à de nombreuses adaptations animées en prêtant sa voix au Joker), retour au présent avec Batman enquêtant sur l'assassinat d'un scientifique, dont les recherches semblent liées à Ra's al Ghul. Découvrant finalement que le véritable assassin désire en réalité détruire Ra's et sa Ligue des Assassins ainsi que tous ses projets, Batman décide de s'allier avec le terroriste immortel afin de retrouver Qayin, ancien fils adoptif de Ra's dont les parents ont été tué dans le bombardement nucléaire du Japon en 1945 sur les ordres de ce dernier et qui désire depuis se venger, avant qu'il ne mette son plan à exécution et ne provoque une catastrophe diplomatique sans précédent en pleine Guerre Froide, qui pourrait déclencher un hiver nucléaire sur toute la planète. L'occasion pour Batman de se rapprocher comme jamais de Ra's et de sa fille Talia, nouant une idylle amoureuse avec elle et concevant même un enfant. Les heures sombres semblent alors s'éloigner et les esprits sont la fête, à l'union.
Mais bien vite la cruelle réalité refait surface et emporte avec elle son lot d'espoirs et de rêves brisés. L'enfant à naître n'est plus et Batman, dévasté par cette perte, s'embarque dans une croisade d'une violence rare aux côtés de Ra's al Ghul pour mettre un terme définitif aux agissements de Qayin. L'occasion pour Ra's de lui aussi connaître un changement très important, en choisissant pour la première fois de renoncer à ses idéaux et à ses rêves d'une planète libérée du fléau de l'humanité, se posant exceptionnellement en sauveur de celle-ci et faisant preuve d'un héroïsme dont on ne le croyait plus capable depuis bien des siècles. La preuve, peut-être, que tout le monde peut un jour changer, et qu'il reste toujours un espoir quelque part ? Malgré le côté très sombre de cette fin, un rayon d'espoir subsiste bel et bien car l'on découvre que l'enfant n'est pas mort en réalité et qu'il a été confié aux bons soins d'un orphelinat par sa mère, désirant conserver le secret dans un but des plus mystérieux (Grant Morrison, je t'ai vu !)...

Enfin, dans le troisième et dernier volet de cette saga, La fiancée du Démon (Bride of the Demon), c'est une nouvelle facette de Ra's al Ghul qui nous est dévoilée, celle d'un homme recherchant encore et toujours le grand amour, la femme digne de partager sa vie et ses rêves et également de porter sa descendance. Mike W. Barr et Tom Grindberg nous racontent comment Ra's développe son plus grand projet en parallèle de sa quête sentimentale, réalisant l'un et l'autre dans le même temps et faisant reposer autant d'espoirs sur chacun. Une fois encore aidé, de façon ambiguë, par Talia, Batman va remonter la piste de Ra's jusqu'à le dénicher dans sa base d'opérations secrète, où il découvrira avec horreur le projet le plus terrible et le plus grandiose de l'immortel pour rendre à la planète son aura d'antan, sa pureté d'avant la souillure de l'humanité industrialisée. Une œuvre démentielle qui rassemble la somme des rêves et des espoirs du terroriste, un désir farouche de rendre le monde meilleur quel qu'en soit le prix et quelles qu'en soient les conséquences, pour que son héritage perdure à jamais et que la nouvelle humanité à naître puisse être guidée par ses descendants éclairés. C'est le point d'orgue de plus de 600 ans d'existence pour Ra's al Ghul, son plus grand achèvement et sa plus grande entreprise, pour laquelle il est prêt à se sacrifier corps et âme sans réserve. Quitte pour cela à perdre l'amour de sa vie et l'affection de sa fille... mais un rêve ne connaît aucune limite, si ce n'est la folie.

Trois histoires magnifiques, toutes d'une façon différente, avec un style précis et unique à chaque fois. A ma connaissance jamais aucun personnage de cette envergure n'aura eu une telle aura auprès tant de ses auteurs que de ses lecteurs, et ces histoires d'anthologie rassemblées par Urban Comics sous le titre La saga de Ra's al Ghul forment une fresque presque parfaite, à laquelle rien ne manque, et qui constitue selon moi l'un des meilleurs albums que j'ai pu lire depuis Janvier 2012 et la création de l'éditeur français de DC Comics. Vraiment, jetez-vous dessus et ne regardez pas à la dépense, car ce gros album vaut largement son prix nettement plus cher que la moyenne pour cette collection. Si vous ne devez lire qu'un seul volume des ''DC Nemesis'', alors que ce soit celui-là, par pitié ! C'est une œuvre fascinante, prenante, triste, intense et tragique, qui ne vous laissera pas indifférent quoi qu'il arrive et qui vous fera découvrir une vraie qualité d'écriture et de représentation dans le monde des comics, de quoi faire taire les mauvaises langues pour un bon bout de temps.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !