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Octobre 1715. Le Roy-Soleil, Louis XIV, est au crépuscule de sa vie
et de son règne, marqué par la guerre et la famine. Le royaume de
France, ainsi que toute l'Europe, attendent la nouvelle de son
trépas. Mais le destin en décidera autrement...
Transmuté
par un procédé encore inconnu et jalousement gardé secret, Louis
XIV échappe de peu à la Mort et devient le tout premier vampyre,
une créature faite de ténèbres et d'instincts meurtriers, qui à
son tour va transmettre cette malédiction aux membres les plus
fervents de la Noblesse. En peu de temps, le reste du continent voit
ses dirigeants succomber à l'étreinte du vampyre, de cette promesse
d'échapper à tout jamais à la vieillesse et à la Mort, et bien
vite c'est une toute nouvelle ère de l'Histoire qui s'ouvre :
l'ère du règne des Ténèbres, la Magna Vampyria.
En
l'an 299 du règne de Louis l'Immuable, souverain incontesté des
Ténèbres et maître tout-puissant de la Vampyria, la jeune Jeanne
Froidelac et sa famille partagent un maigre repas dans leur maison
perdue en plein milieu de l'Auvergne, sans se douter un seul instant
qu'il s'agit du tout dernier moment qu'ils passeront ensemble.
L'Inquisiteur royal qui débarque en trombe avec des accusations de
félonie à l'encontre de ses parents provoque un véritable
cataclysme, et la vie de Jeanne est brisée à tout jamais.
Contrainte
de fuir et de trouver refuge chez le nobliau local, elle finit par
prendre l'identité de sa récemment défunte fille afin d'éviter
d'être reconnue comme la fille de traîtres au royaume. En tant que
dernière survivante d'un carnage épouvantable, Jeanne, ou plutôt
désormais Diane de Gastefriche, est emmenée jusqu'à Versailles par
un vampyre, le vicomte Alexandre de Mortange, qui dit vouloir la
placer sous la tutelle du Roy et obtenir ainsi la reconnaissance du
souverain pour regagner ses faveurs. En tant que pupille royale,
Diane est inscrite d'emblée à la Grande Écurie, une académie où
se retrouvent les descendants de la fine fleur de toutes les
noblesses, dans un seul et unique but : être formés aux arts
de la Cour et pouvoir l'intégrer plus tard pour faire partie de ceux
qui comptent en ce monde.
Diane
ne va pas se faire que des amies en arrivant, prise aussitôt en
grippe à la fois par les étudiantes plus expérimentées et par le
personnel. Son envie de vengeance envers Alexandre de Mortange,
responsable du meurtre ignoble de ses vrais parents, l'oblige
cependant à faire profil bas dans la mesure du possible afin
d'acquérir toutes les connaissances qui pourraient lui être utiles
pour mettre à bien son projet suicidaire.
Très
vite, Diane va découvrir un monde dont jusqu'ici elle ne connaissait
que les légendes et les ragots, un monde bien sombre et cynique,
désabusé, dont elle doit absolument apprendre à faire partie
intégrante sous peine d'être démasquée pour ce qu'elle est en
réalité : une roturière, tout juste bonne à verser la dîme
du sang. Mortange devra attendre, tout à ses illusions de grandeur
retrouvée, car la jeune femme va vivre plusieurs mésaventures qui
lui feront petit à petit repenser son plan et lui ouvriront même un
tout nouveau champ des possibles. Pourquoi ne s'en prendrait-elle
qu'à un seul vampyre, quand leur maître à tous repose à quelques
centaines de mètres à peine de l'académie, au sein du Palais
Royal ?
Pour
cela, il lui faudrait intégrer la Cour bien plus tôt que prévu par
le cycle d'études habituel, à l'occasion de la Gorgée du Roy, une
série de quatre épreuves conçues pour évaluer l'excellence des
candidats dans les différents arts courtisans, afin de rejoindre en
bout de course la compagnie des Écuyers du Roy, ses plus proches
protecteurs. Bien sûr, cela voudrait dire absorber une petite partie
de son sang maudit et se voir changer par ses effets, mais cela
mettrait surtout Diane en situation d'attenter à la vie du souverain
des Ténèbres avant de succomber elle-même dans la foulée,
libérant ainsi le royaume tout entier de son emprise.
Mais
les choses sont loin d'être aussi simples, et même si Diane sait
pertinemment qu'elle n'a aucune chance de s'en tirer vivante, elle
est loin de se douter que la Cour abrite plus que son lot de complots
internes et de dissensions. Entre la mystérieuse Fronde, ce
mouvement populaire qui semble progresser à pas de loup dans les
campagnes et jusqu'au cœur des grandes villes, et les rivalités
entre membres de la Haute-Noblesse vampyrique, il y aura fort à
faire pour sortir son épingle du jeu et parvenir au dénouement
final. Et si, en réalité, ce n'était que le commencement ?
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Je
l'avoue volontiers, je suis allé à reculons pour entamer cette
lecture qui attendait depuis un certain temps dans ma pile à lire.
Et bien que les commentaires sur cette saga de fantasy dystopique
signée Victor Dixen soient majoritairement dithyrambiques, je ne
m'étais laissé séduire que par la couverture et le résumé, avant
de finalement opter pour cette réédition chez Pocket avec ce noir
mât et cette dorure terne du plus bel effet. Un choix éminemment
esthétique plutôt qu'une conviction personnelle, pour un roman que
je n'avais même pas encore démarré.
Et
maintenant, qu'en dire ? J'ai tout lu. En deux jours à peine.
J'ai été embarqué par la plume de l'auteur, son style prenant le
pas tout de suite sur mes appréhensions, le premier chapitre
m'entraînant droit au cœur de cet univers qu'il me restait à
connaître et à accepter sans réserves. Tel Louis XIV abreuvant ses
sujets de son sang providentiel, Victor Dixen m'a abreuvé d'un récit
que j'attendais sans trop y croire depuis très longtemps, avec
fougue et entrain, avec verve, et une personnalité aussi séduisante
que peuvent l'être les fameux vampyres.
Parlons
un peu d'Histoire avec un grand H. Cœur de mes études, jamais je
n'aurais imaginé qu'il y avait tout un univers de possibles
réécritures des grandes périodes traversées par la France et
l'Europe au travers du prisme de la fantasy et des romans gothiques
si chers à mon imagination. L'auteur parvient sans la moindre
difficulté à développer ce monde et à le rendre tangible, à le
faire éprouver au lecteur, ce dès le premier chapitre donc, sans
perdre en fluidité de narration à aucun moment. Utilisant le temps
présent et la première personne, c'est Jeanne qui nous raconte son
histoire à mesure qu'elle advient, nous prenant à témoin de ses
péripéties et de ses rencontres, de ses frayeurs comme de ses
projets les plus intimes et secrets honteux.
Le
descriptif fourni pour la Magna Vampyria, cette Europe soumise
intégralement aux vampyres et sous le joug immuable d'un Roy-Soleil
devenu Roy des Ténèbres immortel et proprement terrifiant, est
vraiment très travaillé, carte à l'appui, ainsi que le
développement du quotidien des gens de peu, les gens du peuple, ce
Quart État que tout écrase, dont Jeanne est issue et dont elle va
devoir se défaire pour entrer dans la Cour des grands. Il y a
énormément de détails historiques véridiques pour que tout cela
tienne le mieux possible de soi-même, mâtinés d'un travail
d'anticipation et de dérives fictives propres à ce domaine
littéraire, bref on sent tout de suite sans chercher plus loin que
Victor Dixen maîtrise son sujet et qu'il a fait de solides
recherches en amont pour préparer sa saga.
Et
quelle saga, si ce premier tome n'est effectivement qu'un
commencement ! Les personnages sont vraisemblables, attachants ou
détestables immédiatement, la confiance ne s'accorde jamais
pleinement sous peine d'être poignardé dans le dos de la plus
horrible des manières, et le folklore est proprement international
avec un casting de monstres et de sombres légendes venant des quatre
coins du monde, du lointain Japon féodal aux mystérieuses Amériques
où semble possible de vivre en liberté. On devine que les prochains
tomes nous feront faire davantage connaissance avec le reste de ce
monde, un monde resté bloqué culturellement et technologiquement à
la Renaissance tardive mais aux références claires et largement
compréhensibles. Les codes du vampirisme littéraire sont eux aussi
largement maîtrisés et rendus de la plus belle des manière, dans
un récit vivant, à la fois épique et réfléchi, évocateur comme
abjectement crû par moments. L'auteur n'a absolument pas à rougir
de ses nombreuses influences !
Résumer
le tout à une sorte de ''Harry Potter à l'école des monstres''
serait réducteur, tant les divergences entre les deux sagas sont
nombreuses et assumées. Les intrigues se mêlent et s'entremêlent à
un rythme fou, les retournements de situation sont légion, et notre
malheureuse héroïne va plus d'une fois devoir changer ses plans en
cours de route pour éviter de justesse une confrontation
malencontreuse ou au contraire hâter les événements pour atteindre
son but final d'une manière ou d'une autre. Je le redis mais il y a
ici une véritable science de la narration que je n'avais pas
forcément saisie à l'achat, me limitant disais-je à la couverture
et au résumé officiel. Il y a plus, tellement plus à voir, à
déguster et à imaginer dans ce seul premier tome, et j'ai donc
assez logiquement fort hâte de découvrir la suite lorsque
paraîtront les prochains dans cette même gamme spéciale qui m'a
séduit. Esthétique oblige.
Sur
ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite
une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un
nouvel article !