La
Guerre Civile super-héroïque s'est achevée depuis quelques temps
maintenant, et les principaux concernés sont retournés à leur vie
tant bien que mal, faisant avec tout ce qui les oppose encore. Car
après tout, le monde a toujours besoin de ses héros pour le
protéger, n'est-ce pas ? C'est aussi le cas des Quatre
Fantastiques, touchés comme très peu de leurs collègues par cette
crise. Étant la première famille de super-héros de leur ère, ils
ont vécu la guerre civile comme un véritable déchirement qui
aurait très bien pu tout emporter sur son passage. Fort
heureusement, il restait assez d'amour dans cette famille si
particulière pour permettre de recoller les morceaux et de faire
abstraction de tout ce mal-être et ces non-dits.
Mais
alors que tout semble s'arranger peu à peu, voici que l'ex-petite
amie de Reed Richards débarque à New York pour lui parler de toute
urgence ! Et en effet, il y a une grosse urgence au programme :
la Terre se meurt. Les phénomènes climatiques extrêmes se
multiplient, ainsi que les épidémies, et d'après les recherches
d'Alyssa Moy ce serait tout bonnement la conséquence du dérèglement
qu'inflige l'humanité à sa planète-mère. Si l'optimisme était de
mise jusque là, il apparaît bien vite que cet état d'esprit est
dépassé, tout comme l'urgence climatique. C'est un fait, le monde
court droit à la catastrophe et plus rien ne pourra permettre de
faire machine arrière. Mais il reste néanmoins un espoir.
Dans
le plus grand secret, un consortium de multimilliardaires et de
scientifiques de pointe s'est rassemblé pour concevoir le projet le
plus démentiel de toute l'histoire humaine : une nouvelle
planète Terre, un NU-World, entièrement artificiel et capable
d'abriter la vie de tous les réfugiés de la première Terre quand
viendra le temps de l'exode. Et il viendra, c'est inexorable. Aucun
dieu, aucun super-héros ne peut aller contre cet état de fait, et
l'on n'a pas besoin de Mister Fantastic pour trouver une solution de
toute urgence. On a besoin de Reed Richards, le cerveau le plus
brillant de la planète, pour aider à finaliser ce projet fou et à
opérer la transition en douceur.
De
son côté, Ben Grimm rencontre un nouvel amour lors d'une sortie
exhibition, tandis que Sue Storm veille comme elle le peut sur ses
deux enfants tout en tâchant de garder une activité constructive en
vue avec son nouveau groupe d'intervention exclusivement féminin.
Johnny, lui... restera toujours Johnny, quoi qu'il arrive. Mais alors
que la dynamique du groupe s'essouffle et que chacun vaque à ses
occupations, voici qu'une série d'attaques frappe le Baxter
Building, la ville de New York et les laboratoires Richards.
Quelqu'un qui semble très bien connaître le fonctionnement de la
famille s'en prend à eux indirectement à travers leurs activités
et leur public, quelqu'un qui tente peut-être tout simplement de
leur communiquer une nouvelle information mais pas forcément de la
meilleure des façons.
Quand
un groupe de héros venu du lointain futur débarque soudainement
pour exiger que la Terre leur soit livrée et que tous ses habitants
l'aient évacuée avant l'arrivée de près de huit milliards de
réfugiés du futur partis pour prendre leur place, c'est un nouveau
problème qui se pose pour l'esprit le plus brillant de son temps.
Mais même si c'est de Reed Richards dont on a besoin au départ,
Mister Fantastic n'est jamais bien loin et il parviendra à trouver
une solution qui arrangera tout le monde ou presque : envoyer
les habitants du futur sur le NU-World, un monde parfait doté de
toutes les ressources et de tous les moyens imaginables pour
supporter la vie et l'activité humaine. Tout est bien qui finit
bien... sauf que primo la Terre est toujours menacée
d'autodestruction, et secundo les propriétaires du NU-World
n'entendaient pas vraiment accueillir toute la misère du futur sur
leur monde parfait ! Au contraire, cette Terre artificielle
devait être un havre de paix mais seulement pour les plus méritants,
les plus riches, les plus importants en somme. Le reste de l'humanité
était dès le départ condamné à périr dans le cataclysme. Une
vérité dérangeante qui une fois révélée fait exploser tout le
projet, tandis que Reed s’attelle d’arrache-pied à trouver une
autre solution pour sauver le monde, une fois de plus.
Pendant
ce temps, le Docteur Fatalis n'est pas bien loin lui non plus et
opère dans son propre rayon, même s'il a clairement failli y passer
durant l'affrontement entre les héros du futur et les Fantastiques.
A présent qu'il est fermement détenu comme prisonnier par la Cour
Pénale Internationale, Fatalis demande un dernier entretien avec
Reed Richards depuis sa cellule sur-mesure. Là, il lui révèle à
demi-mots l'existence d'une entité terrifiante, un être de pur
cauchemar, qui lui aurait appris pratiquement tout ce qu'il sait et
qui seul serait digne d'être appelé son Maître.
Incrédule,
Reed laisse cette information de côté pour se consacrer à ses
autres problèmes, mais l'idée germe doucement dans un recoin de son
esprit. Et si Victor avait raison ? Et s'il existait un être
assez puissant pour tordre la réalité elle-même et qui aurait pris
le déjà terrible Fatalis sous son aile bien des années auparavant
pour en faire le super-vilain que l'on connaît et redoute tant ?
N'y aurait-il pas, fort logiquement, bien plus à craindre de cet
être si mystérieux si jamais il venait à tourner à nouveau son
attention sur la Terre-616 ? En tout cas, les derniers mots de
Fatalis vont dans ce sens et ne souffrent aucune mauvaise
compréhension : ''Le Maître arrive...''.
Et
quand vient le moment fatidique, c'est un Fatalis tout juste libéré
par Norman Osborn durant le Dark Reign qui accueille son précepteur
en Latvérie. Mais sitôt après cette cérémonie improvisée,
Fatalis déchante quand son maître lui révèle qu'il est très déçu
des agissements de son ancien élève, et qu'il compte non seulement
le punir pour cela mais aussi et surtout reprendre tout à zéro et
combler chaque lacune lui-même, à commencer par l'existence des
Quatre Fantastiques ! Fatalis ose alors se rebeller et tenter de
combattre de toutes ses forces... mais il perd. Et meurt en sachant
que la Latvérie n'est plus que cendres sous ses pieds, et que le
reste du monde suivra bientôt. Tandis que le corps brisé de Fatalis
est envoyé dans les limbes du Temps pour y disparaître, le Marquis
de la Mort tourne maintenant son attention sur la famille Richards au
grand complet. Une guerre, ça peut se gagner en faisant certains
efforts et quelques sacrifices. Mais il ne s'agit plus d'une guerre,
c'est personnel, c'est une exécution pure et simple, un châtiment
cosmique qui détruira toute vie dans cette réalité, avant de
passer à une autre encore et encore. Et nul ne saurait empêcher
cela. À part Mister Fantastic, peut-être ? S'il y a bien une
chose de sûre depuis l'apparition des Quatre Fantastiques, c'est que
quoi qu'il arrive ils sont toujours soudés et unis autour de leur
leader, et dès lors rien ne saurait les arrêter ! Le compte à
rebours est lancé pour l'ultime mission, sauver l'univers et vaincre
le méchant à son propre jeu. Mais qui dit jeu dit aussi tricheurs
potentiels qui s'invitent dans la partie...
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Je
rêvais de lire ce run depuis sa parution en version française dans
la collection ''Marvel Icons'', aujourd'hui abandonnée par Panini au
profit d'une politique plus agressive centrée sur les omnibus. Mais
c'est vers la V.O. que je me suis tourné, surtout avec cette
magnifique couverture alternative de Marc Silvestri en personne et
cette vignette représentant un Fatalis désespéré, ça ne pouvait
que me séduire !
Bien
sûr, à l'intérieur c'est très différent visuellement parlant. Le
style de Bryan Hitch n'a pas grand chose à voir avec celui de
Silvestri, et pourtant je trouve que la comparaison est à l'avantage
des deux artistes à la fois. Hitch possède un sens pratiquement
unique des proportions et du réalisme, rendant chacune de ses
planches similaire à un arrêt sur image durant un film de type
blockbuster, un grand spectacle comme on en voit chaque Été ou
presque depuis bien longtemps. Fort peu de dessinateurs de comics
savent surfer sur cette vague et mettre en image le fantastique et
l'irréel avec une telle justesse, y compris dans l'apparence des
personnages qui ne va jamais chercher dans l'excès facile que l'on
peut souvent reconnaître à cette industrie du divertissement. Sans
aller jusqu'au photo-réalisme saisissant d'Alex Ross, Bryan Hitch
est capable de représenter des super-héros et des créatures
incroyables sans que cela ne nous paraisse anormal le moins du monde,
c'est exactement comme se poser dans son canapé et regarder un film
à gros budget sur un écran adapté.
Et
c'est là qu'entre en jeu le talent de Mark Millar comme conteur
d'histoires. Millar est au scénario et à la mise en scène ce que
Hitch est aux dessins, un véritable artiste qui s'échine à rendre
concret l'impensable, à faire entrer dans nos petits crânes des
visions et concepts totalement hallucinants sans que cela ne nous
dérange outre-mesure une fois que l'on prend le train en marche.
Comme un film, je vous dis ! Pas étonnant que ce run, assez
court finalement, soit tellement apprécié et si souvent décris
comme cinématographique.
L'alliance
de ces deux talents, qui nous avait déjà offert la série Ultimates
par le passé, nous plonge dans une intrigue à couper le souffle en
deux gros temps forts, qui remet en question l'existence même du
groupe des Quatre Fantastiques et leur raison d'être quand le monde
va mal à un point inimaginable. En tout cas ça l'était dans la
seconde moitié des années 2000, de nos jours c'est déjà bien plus
concret malheureusement. Comme quoi, les avertissements étaient déjà
là depuis un moment dans l'esprit collectif.
Pour
en revenir strictement aux histoires fictives racontées ici dans ce
bel omnibus, ma préférée est de loin celle concernant le Marquis
de la Mort, fameux Maître de Fatalis en personne, comme s'il pouvait
exister quelque part dans le vaste multivers un être dont la seule
présence puisse faire s'agenouiller un homme au cœur aussi dur que
Fatalis. Rien que l'idée donne déjà le vertige, alors
accrochez-vous bien quand vous le verrez apparaître pour de bon car
l'échelle de puissance est juste impensable. Et rien que pour la
façon dont tout ceci finit par se résoudre (je ne vous dirai pas
comment) je ne peux que vous conseiller cette lecture absolument
dantesque. Pour le moment et à ce jour j'ignore qui est le
scénariste qui est passé sur la série Fantastic Four
juste après Millar, mais ça ne
devait sûrement pas être de la tarte !
Cet
omnibus regorge aussi de suppléments, comme l'ajout de deux
mini-séries additionnelles signées Millar également. La première
concerne la Fantastic Force, à savoir les héros présents sur le
NU-World et en provenance de notre futur de l'an 2609, et leurs
difficultés à s'adapter à un monde qui ne veut clairement pas
d'eux ni de toutes ces bouches à nourrir. La seconde, c'est le
légendaire récit sobrement intitulé 1985
et qui offre une vision splendide de ce que c'est que d'être fan de
comics, à plus forte raison des comics de l'âge d'argent de la
Maison des Idées. Tout un pan de la culture pop est traité ici avec
un regard neuf, vif, et terriblement moderne en fin de compte. Là
encore, une vive recommandation de ma part si vous souhaitez
approfondir le sujet. Je crois même que Panini l'a sorti en version
française il y a quelques temps, c'est peut-être encore trouvable
si vous cherchez bien. Pas d'excuse pour passer à côté !
Enfin,
la galerie de bonus. Des pages crayonnées, des études de
personnages et des costumes, des éditos signés par de grands noms
de chez Marvel et une interview exclusive de Mark Millar à
destination des fans de l'époque, bref l'idéal pour plonger dans
cette fin des années 2000 et retrouver le contexte si particulier
qui était celui de l'univers créatif Marvel d'alors. Bilan, un très
bel omnibus, à taille humaine (comprenez lisible facilement
physiquement parlant) et offrant du grand spectacle en pagaille, que
demander de plus ? Vivement que Panini l'annonce en V.F. dans
une prochaine newsletter afin que le public francophone puisse en
profiter pleinement à son tour ! N'allez pas croire que je me
lasse de vous présenter ces histoires sur le blog, mais il y a
tellement à en dire et si peu de partages... n'hésitez pas à
donner votre avis sur vos histoires préférées des FF !