mardi 23 décembre 2014

Emission n°26 bis : Se dirige-t-on vers une overdose des adaptations de comics sur petits et grands écrans ?

Petite pause cette semaine dans les articles de Florent qui goûte à un repos bien mérité.
Cela nous permet de vous proposer en bonus de fin d'année la seconde partie de notre précédente émission.

Après vous avoir exposé la genèse des adaptations de comics à la télévision, nous nous penchons sur leur avenir au cinéma et sur le petit écran avec l'embouteillage (et surement le carambolage) qui se profile d'ici à l'horizon 2020.

Le débat est lancé : subira-t-on une overdose de comics suite à leur surreprésentation ?

L'équipe de Radiophogeek vous souhaite une bonne écoute et de bonnes fêtes de fin d'année !

N.B. : Cette émission a été enregistrée avant la présentation dans le détail des prochains films Marvel, ne vous étonnez donc pas si nous en parlons à l'état de rumeurs :)

samedi 20 décembre 2014

Marvel Knights : Spider-Man - Le dernier combat (Panini Comics - Février 2012)


En Février 2012 est sortie chez Panini Comics la réédition d'un Deluxe aujourd'hui introuvable, l'histoire complète connue sous le titre de Marvel Knights : Spider-Man, le dernier combat, une mini-série exceptionnelle sur le Tisseur du milieu des années 2000 et signée par Mark Millar au scénario, accompagné par Terry et Rachel Dodson au dessin et Frank Cho en soutien, rien que ça messieurs dames !
C'est pour moi un immense plaisir que de pouvoir vous parler de cette histoire, que j'ai lu pour la première fois en format kiosque VF il y a maintenant plus de 7 ans... eh oui... l'un de mes tous premiers contacts avec l'univers comics du Tisseur, avec le run de Straczynski en parallèle. J'ai découvert cet album tout récemment et totalement par hasard (un grand merci à Comicsplace) et j'en suis tombé à la renverse, le bonheur de retrouver cette histoire de mon ''enfance'' pas si lointaine, et tout bonnement l'une des meilleures histoires jamais écrites et dessinées sur Spider-Man selon moi. Oui j'ose le dire et je le maintiendrai coûte que coûte.

Spider-Man et le Bouffon Vert. Peter Parker et Norman Osborn. Deux ennemis jurés, deux opposés s'attirant inexorablement et connaissant chacun tout de l'autre. Alors qu'une trêve avait été instaurée entre le héros et le vilain, ce-dernier finit par la rompre, de lassitude, et s'en prend violemment à Peter en le poussant dans ses tous derniers retranchements au terme d'un combat épique et sanglant que rien ne semble pouvoir stopper. Finalement vaincu et incarcéré dans la prison pour surhumains de Riker's Island, Osborn semble enfin hors d'état de nuire et Peter s'apprête à goûter un repos bien mérité en compagnie de sa chère et tendre Mary-Jane et de sa non moins chère Tante May. Mais bien vite la paix sera de courte durée : un mystérieux kidnappeur enlève Tante May dans son nouvel appartement de Manhattan et oblige Peter à se lancer dans une course contre la montre désespérée et une véritable chasse à l'homme dans laquelle tous les coups sont permis. Isolé, sans alliés ou presque, Spider-Man ne devra compter que sur lui-même et sur son intuition, qui le guidera à travers les pièges des nombreux vilains qu'il croisera sur sa route. Mais tout n'est pas noir ou blanc et les ennemis de l'Araignée ont eux-aussi un rôle à jouer dans toute cette histoire, eux-aussi embarqués contre leur gré dans ce gigantesque jeu de dupes où la victoire est plus qu'incertaine et où le temps est compté. Osborn semble connaître la clé de l'énigme, et y être lié lui aussi d'une certaine façon, mais se refuse à aider son adversaire gratuitement. Pour sauver Tante May, Peter devra faire un choix crucial qui risque de le transformer à jamais : s'allier à son pire ennemi et le faire évader de prison avant qu'il ne soit assassiné par des comploteurs en sachant très long sur tous les protagonistes du récit. Vérité ou mensonge, peur ou machination, Osborn laisse à Peter le loin d'accepter ou non ce marché diabolique et de se remettre entre ses mains, quelles qu'en soient les conséquences. Il se pourrait bien que le plus grand héros de la ville ne devienne l'un de ses criminels les plus recherchés... et ne perde tous ceux qu'il aime.

Comme je l'ai déjà indiqué dans l'introduction, une histoire vraiment géniale selon mes critères, qui m'a transporté sans limites dans le récit magistral de Millar qui offre un tout nouveau regard sur le monde des super-héros et de belles réflexions en perspectives pour le lecteur sur certains événements passés, ainsi que des dessins superbes du couple Dodson, dont on sent qu'ils maîtrisent à fond le sujet et les personnages à traiter. Comme toujours Terry Dodson se fait plaisir à illustrer Mary-Jane et bien entendu la Chatte Noire, son personnage fétiche, jamais aussi séduisante et envoûtante que sous son tracé. Mais les hommes ne sont pas en reste, loin de là même, et chaque page est l'occasion d'admirer un peu plus de cette virtuosité si particulière et qui nous manque tant aujourd'hui je trouve. Comme le dit Stan Lee en personne dans la préface de cet album, il s'agit d'un récit ayant la dimension non pas d'un simple comic-book, mais bel et bien d'un film sur grand écran de cinéma, qui nous transporte et nous fait rêver et vivre l'histoire tout au long de cette lecture et de cette expérience presque unique en son genre. Pour moi, un réel bonheur sans limite que d'avoir pu relire ce récit que j'aimais tant et aime aujourd'hui plus encore.

Deux regrets à formuler concernant l'édition française de Panini. Premièrement, le chapitrage (fait d'intercaler les couvertures des différents numéros entre les numéros/chapitres en question, plutôt que compilées à la fin de l'album). Je veux bien comprendre qu'en France et en Europe nous avons l'habitude de lire des histoires complètes toutes d'un bloc au sein d'un album, et que les coupures sont rares dans ces cas-là, mais cette histoire-ci est la parfaite illustration de la nécessité de respecter le chapitrage pour les comics. Cette histoire est un film, ou un feuilleton, elle a été construite comme telle, illustrée comme telle, et donc il convient pour le lecteur de pouvoir marquer une pause visuelle entre la fin d'un chapitre tendu et le début du suivant. Ça casse un peu la tension, quand toutes les pages sont à la suite les unes des autres sans séparation définie dans l'action ''à suivre''. Enfin, cela n'empêche nullement d'apprécier cette lecture, et ce léger problème de Panini depuis quelques temps devrait être corrigé dans les mois à venir sur leurs prochaines parutions.
Secondement et dernièrement, la couverture principale. Je déplore le choix de celle du chapitre #2 comme illustration de l'album, là où une autre telle que celle du chapitre #1, du chapitre #10 ou du chapitre #11 aurait parfaitement fait l'affaire et réussi à retranscrire à merveille l'atmosphère du récit d'un seul coup d'oeil.

Une excellente histoire, d'excellents auteurs/dessinateurs à la barre, quasiment tous les meilleurs personnages de l'univers de Spider-Man réunis dans un seul et même récit, que demander de mieux ! Et surtout qu'attendez-vous pour le dégotter et le lire à présent ? C'est pour moi l'équivalent de ce que fut la saga Silence (Hush) pour le personnage de Batman et son entourage. Si avec ça je n'arrive pas à vous convaincre...

Sur ce, je vous laisse quand même vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 17 décembre 2014

Injustice tome 1 - Année 1, 1ère partie (Urban Comics - Décembre 2014)


Si vous faites partie des chanceux en ce mois de Décembre et en ces préparatifs enfiévrés de Noël, vous n'aurez certainement pas manqué la sortie de ce premier tome de la série Injustice en comics, cette préquelle au fameux jeu-vidéo Injustice – Gods among us par les créateurs de Mortal Kombat, sorti il y a relativement peu finalement. Cette édition spéciale proposée par Urban Comics nous offre la ''première année'' de cette série, ainsi que le jeu-vidéo sur PC en version Game Of The Year (attention édition limitée), vous pourrez y retrouver le récit que les plus veinards/riches d'entre nous ont eu la chance de découvrir en introduction dans le petit fascicule fournit avec les versions collectors du jeu à l'époque de sa sortie. Cette introduction de quelques pages devient donc un magnifique album complet adoptant le plus grand format de chez Urban pour notre plus grand plaisir, et nous proposant pas moins de 6 chapitres complets plus les trois disques du jeu, le tout pour 20€ seulement. De quoi avoir un petit avant-goût de Noël, non ?

Dans ce monde, très semblable à celui que l'on connaît chez DC, Superman est à la veille d'une toute nouvelle vie. Loïs Lane, sa compagne et collègue, est enceinte de lui, et tout le monde est en liesse et se réjouit d'avance de cet avenir qui s'annonce grandiose pour le héros de lumière. Malheureusement, à grand événement, grande réaction opposée. Le Joker enlève Loïs lors de l'un de ses reportages, et s'arrange pour que l'Homme d'Acier le sache dans les plus brefs délais. Fou de chagrin et de peur, Superman se lance dans une quête effrénée pour retrouver son grand amour, la source de tant de ses espoirs, tandis que tous ses amis et soutiens de la Ligue de Justice mettent tout en œuvre pour l'épauler et empêcher que le pire n'arrive. Mais lorsque Superman retrouve enfin Loïs, il est déjà trop tard. Le Joker a piégé l'Ange de Metropolis et lui fait commettre l'impensable en manipulant son esprit par la peur : il tue Loïs de ses mains. Cette perte tragique sera accompagnée par la disparition de quasiment tout Metropolis, atomisée par une bombe reliée au cœur de la compagne de Superman par le Joker. Commence alors pour le plus grand héros de la Terre une descente aux enfers qui se soldera par une reconstruction drastique de sa doctrine et de ses valeurs. Désormais, Superman ne se retient plus, il ne joue plus. Le monde va devoir apprendre à marcher au pas et à cesser toute violence envers les innocents. Guerres, crimes, complots, Superman s'oppose à tout cela et applique sa nouvelle loi d'une main de fer, secondé par Wonder Woman et la majorité des membres de la Ligue de Justice qui voient enfin une occasion de changer le monde en profondeur. Tous, sauf Batman, qui continue de penser qu'un tel changement ne doit pas se faire dans des conditions si rudes et si douloureuses et que l'éradication du Mal n'est pas la solution. Quand Superman commet l'irréparable sur la personne du Joker, l'opposition commence à rassembler petit à petit ses forces, tandis que les tragédies s'accumulent et que les tensions grondent. Bientôt, chacun devra se choisir un camp. La paix absolue et contrôlée voulue par Superman et Wonder Woman, ou bien la résistance et la liberté défendue par Batman et un petit nombre, prêts à se sacrifier pour leurs idéaux et rendre la raison à leurs anciens amis. Durant cette première année, beaucoup paieront leur choix de leur vie, et le fossé se creusera toujours plus à mesure que les pertes abonderont. Bienvenus dans le monde d'Injustice, dans un monde où les dieux combattent entre eux parmi les simples mortels, pour l'avenir de la planète toute entière.

J'ai pensé beaucoup de choses avant de lire cette série. Me référant tout d'abord au petit fascicule de la version collector du jeu-vidéo, je pensais qu'il ne s'agissait là que d'un coup marketing pour promouvoir le jeu et guère plus. Puis, en voyant que le comics continuait sa petite vie éditoriale et fonctionnait plutôt bien, j'ai pensé qu'il s'agissait surtout de développer l'univers du jeu sur papier et d'offrir un background sympathique et construit aux personnages en dehors des combats proposés et du mode histoire. Ensuite, j'ai décidé d'acheter ce tome sorti ce mois-ci chez Urban, principalement parce que le jeu est offert à l'intérieur et que ça c'est vraiment la classe, mais aussi par curiosité et intérêt personnel, me demandant comment diable une série née de la publicité pouvait se maintenir aussi aisément. Eh bien j'ai été sacrément surpris !
Injustice en comics, c'est un peu le Civil War de DC dans un univers alternatif/parallèle/ce que vous voulez. Ça n'a peut-être pas l'air de grand chose vu comme ça, mais la portée de ce récit est vraiment impressionnante, les personnages sont extrêmement bien caractérisés et représentés, dans toute leur humanité tout comme dans leurs côtés les plus extrêmes et sombres, les psychologies comprises et fouillées, et oui pour ma part j'y vois clairement des influences de la Civil War de Marvel, c'est peut-être même mieux amené ici comme concept que dans l’œuvre de la Maison des Idées. Injustice prend tout son temps pour s'installer et nous mettre dans le bain, ne nous fait aucune fausse promesse et nous propose simplement de nous laisser porter par le récit et ses implications futures, tout en restant d'une simplicité et d'une accessibilité assez bienvenue pour tout nouveau lecteur ou toute personne ne voulant pas se prendre la tête à chercher dans la continuité historique de tel ou tel personnage. La qualité graphique n'est peut-être pas vraiment au rendez-vous de chapitre en chapitre, il y a parfois des différences un peu gênantes à ce niveau d'un artiste à l'autre, mais globalement tout se suit et se complète assez bien, et les auteurs (sortis de je ne sais où je l'admets) connaissent apparemment leurs sujets sur le bout des doigts et nous offrent un magnifique ''What if...'' dont on aurait tort de se priver, jeu ou pas. J'irai même jusqu'à dire qu'on peut totalement faire abstraction du jeu, le comics a l'air de pouvoir prendre sa propre destinée en mains et de tracer sa route tout seul comme un grand, et je suis maintenant assez curieux et emballé à l'idée de lire prochainement la suite ! Un récit d'envergure mais qui sait ne pas prendre trop de place dans son propre univers éditorial, voilà qui a de quoi intriguer de nos jours.

A noter aussi la présence de magnifiques artworks du jeu, du plus bel effet, en guise de couvertures pour les chapitres. Des pages bonus grandement appréciables pour tout admirateur du genre !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 14 décembre 2014

Ekhö, monde miroir tome 3 - Hollywood Boulevard (Arleston & Barbucci - Soleil - Novembre 2014)


C'est après un certain temps maintenant mais toujours une joie immense que je reviens vous parler de la bande-dessinée Ekhö, monde miroir, de Christophe Arleston et Alessandro Barbucci, et dont le troisième tome tout nouveau tout beau a été édité par Soleil en Novembre dernier. Après le New York du music-hall, puis le Paris impérial, voici désormais les paillettes d'Hollywood pour une nouvelle enquête de Fourmille et Yuri dans ce monde si étrange et si séduisant, mais néanmoins dangereux.

En visite dans les plus grands studios d'Hollywood pour débaucher une actrice de renommée mondiale, Norma Jean, les membres de l'agence artistique Gratule vont se retrouver au cœur d'un phénomène médiatique sans précédent ! Norma Jean, celle que tout le monde aime et idolâtre, celle qui a chanté pour l'anniversaire du Gouverneur de Californie et l'a ému aux larmes, l'entêtée et délurée Norma Jean que rien n'arrête, est retrouvée noyée chez elle, dans sa piscine, avec à ses côtés plusieurs médicaments et une bouteille de champagne, vide. La conclusion tombe très facilement pour les autorités : suicide ou overdose. Mais ce serait plus simple si l'esprit de Norma n'habitait pas désormais le corps de Fourmille et ne continuait pas à mener sa vie comme elle l'entend, au détriment du bon sens et de la discrétion. Pour rendre à Fourmille son intégrité psychique, une seule solution, comme d'habitude : élucider le mystère de ce tragique décès. Qui aurait eu intérêt à ce que la belle idole de l'Amérique disparaisse de cette façon ? Les studios ? Des proches ? Une actrice rivale et jalouse ? Des questions assez habituelles dans ce genre de situation, mais qui cachent en réalité quelque chose de bien plus sombre qu'il n'y paraît. Cette enquête au final bouleversant laissera des traces et aura peut-être des conséquences dans l'avenir proche du tandem Fourmille/Yuri, pour le meilleur ou pour le pire. Déjà qu'ils ont... oups !

Un merveilleux troisième tome pour une bande-dessinée qui m'attire toujours autant, pleine de peps et d'énergie, de belles couleurs (grâce à Nolwenn Lebreton) et toujours cette apparente légèreté teintée de cynisme et de tragique, romancé bien entendu. Du très bon travail, qui se lit très facilement et s'en apprécie tout autant, et qui offre même au lecteur avisé de belles petites références à de nombreux films cultes du cinéma Américain (mais pas que !), en plus de traiter une fois encore d'une tragédie historique de notre monde réel en l'intégrant dans cet univers inversé et fantastique, tout comme dans le tome 2.
Je continue donc de vous conseiller de vous jeter sur cette série, prometteuse et très agréable, facile à lire et à appréhender, aussi adulte qu'il est nécessaire mais très positive et distrayante.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 10 décembre 2014

La proie d'Hugo Strange (Urban Comics - Septembre 2014)


Encore un récit de la collection ''DC Nemesis'' de chez Urban, me direz-vous ? C'est vrai que c'est une collection que j'affectionne tout particulièrement, un peu comme ''Marvel Dark'' chez Panini, en raison de ses histoires plus sombres qu'ailleurs. Et les vilains de DC Comics sont tout de même, pour ceux de Batman, bien plus emblématiques et passionnants que la plupart de ceux de Marvel ! C'est d'ailleurs le cas de celui-ci, le professeur Hugo Strange, docteur en psychiatrie officiant à Gotham City et grand obsédé par Batman depuis l'apparition du justicier. Ennemi de ses premières heures, Strange a tout tenté pour briser psychologiquement la Chauve-Souris, l'amener à se trahir et découvrir son identité secrète, dans le but de le démasquer publiquement mais surtout de prendre sa place, symboliquement parlant. Pour faire cesser son obsession, Strange doit tuer le Batman, le personnage construit de ce héros trop parfait, de cet idéal inaccessible pour lui. Et si pour cela il doit également tuer l'homme sous la cape, qu'à cela ne tienne ! Doug Moench et le dessinateur Paul Gulacy nous replongent avec brio et intelligence dans les premières années d'aventures de Batman, revisitées pour les décennies suivantes (celles de la série Legend of the Dark Knight), en tâchant de retranscrire le ton très sombre et violent de l'époque, cette fin des années '30 où les récits pulps étaient encore la norme et où les enquêtes se terminaient souvent de triste manière.

Ainsi, dans cette histoire, nous assistons aux toutes premières apparitions du Batman à Gotham, comme dans Année Un. Tandis que l'opinion publique se divise rapidement sur les motivations et la valeur de l'action d'un tel justicier, le professeur Hugo Strange apparaît comme un sérieux détracteur du Chevalier Noir et propose ses services à la mairie afin de le démasquer et de le livrer à la police, en établissant son profil psychologique et en menant à la création d'une brigade d'intervention spéciale chargée de traquer et d'arrêter Batman par tous les moyens. Gotham devient alors le théâtre d'une sanguinaire lutte d'influence, entre Strange qui gagne peu à peu du terrain et Gordon qui tente tout son possible pour protéger son allié, quitte à se mettre lui-même dans une situation très délicate vis à vis des autorités. Sans parler du justicier, qui en vient doucement à douter de sa propre santé mentale et qui se perd dans les fantômes de son passé, les ombres de ses traumatismes et de la création du personnage de Batman à partir de l'enfant brisé que fut Bruce Wayne. Strange monte alors sa campagne d'un cran en faisant sien le pouvoir des médias, et lance une véritable propagande de harcèlement à l'encontre de Batman, arrachant un à un tous les détails le conduisant vers son inévitable conclusion, la véritable identité du Chevalier Noir. Dès lors, il ne peut plus y avoir qu'un dénouement possible : la disparition de la Chauve-Souris, ou celle d'Hugo Strange. Le duel psychologique entre les deux hommes prend une tournure de plus en plus violente à mesure que la fin se rapproche, inexorablement, et que les premières victimes collatérales s’amoncellent... et sur toutes les lèvres, y compris celles des protagonistes, la même question se pose encore et encore : qui est vraiment sain d'esprit ?
Après la conclusion brutale de la première histoire, nous avons droit à un second récit d'envergure, se déroulant quelques années plus tard, avec le retour d'Hugo Strange et la mise en place de son implacable vengeance, déterminé à détruire Batman une fois pour toutes et à se libérer de sa dangereuse obsession. Pour cela, il commettra l'irréparable et s'arrangera pour faire sortir d'Arkham le tristement célèbre Jonathan Crane, alias l'Epouvantail, psychologiquement brisé par ses premiers affrontements avec la Chauve-Souris, et que Strange va entreprendre de regonfler à bloc pour se servir de son gaz de terreur, tout en le maintenant sous son emprise thérapeutique. Mais cette fois, le psychiatre semble avoir trouvé plus fou que lui, et très rapidement la situation échappe totalement à son contrôle et l'Epouvantail se rebelle, ivre de rage et du désir de vengeance envers toutes les personnes l'ayant torturé et humilié durant sa jeunesse, jusqu'à Batman et Strange eux-mêmes. Ce qui était jusque là une machination bien huilée se transforme alors en véritable cauchemar, qui poussera Batman dans ses derniers retranchements et le plongera dans la folie de l'Epouvantail ainsi que dans ses propres peurs les plus secrètes et profondément enfouies, là d'où nul ne revient indemne. Quoi qu'il arrive, quelle que soit l'issue de ce combat désespéré pour la survie, les blessures infligées au héros ne se refermeront sans doute jamais complètement et feront de lui le justicier que nous connaissons...

Deux très très bonnes histoires, j'ai tout particulièrement aimé la seconde je dois dire, même si la première est vraiment magistrale de bout en bout, une sorte de thriller psychologique absolument intense qui nous tient en haleine jusqu'à la résolution finale, et même au-delà. Un véritable chef-d’œuvre d'écriture et de mise en scène, comme on en voit trop rarement depuis. Quant à la seconde histoire donc, c'est tout simplement sans doute la meilleure histoire que j'ai pu lire avec l'Epouvantail, ainsi que sur la relation naissante entre Batman et Catwoman (qui apparaît dès le premier récit) qui déterminera nombre des éléments futurs pour ces deux personnages. C'est une plongée merveilleuse dans le passé du héros et de son univers, de ses plus intimes combats, qui permet à un public plus jeune de comprendre un peu mieux les doutes et les faiblesses de l'homme chauve-souris et de s'enfoncer dans la noirceur de ses origines les plus douloureuses. Le dessin vieillot de la première histoire, Proie, est un bon moyen de voyager entre les époques et de retrouver l'ambiance feuilletonnesque des premières années des parutions sur Batman, tandis que le style graphique de la seconde, Terreur, est digne d'un film (vous noterez par ailleurs les petites références à la Gotham de Tim Burton, j'ignore qui est venu en premier mais tout est lié c'est assez clair) et est extrêmement agréable à regarder.
N'hésitez donc pas longtemps avant de vous prendre cet album, La proie d'Hugo Strange est une véritable mine d'informations pour les lecteurs les plus anciens comme les plus récents, il vous permettra de vous familiariser avec l'un des ennemis les plus acharnés et intimistes de Batman et vous proposera une virée dans la psyché du héros que vous n'êtes pas prêts d'oublier de sitôt. Toutes les promesses faites par Urban au dos de l'album lors du résumé et de sa présentation sont donc tenues selon moi !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 7 décembre 2014

Sexe tome 1 - L'été du hard (Delcourt - Juillet 2014)


Les comics, ce n'est pas que Marvel ou DC. C'est aussi une myriade d'éditeurs moins imposants mais tout aussi importants dans l'industrie, ceux que l'on appelle les Indépendants, et dont le plus gros reste à ce jour et depuis sa création Image Comics. C'est chez eux que l'on trouve de petites merveilles telles que Saga, par exemple. Ou encore le comics dont je m'apprête à vous parler, sorti chez nous en Juillet dernier chez Delcourt, et sobrement intitulé Sexe. Scénarisé par Joe Casey et dessiné par Piotr Kowalski, ce récit passionnant nous propose un concept atypique : imaginez un super-héros semblable à ce bon vieux Bruce Wayne, ayant traversé un soudain passage à vide et décidant de raccrocher sa cape et son masque pour se consacrer entièrement à sa vie civile, au sein de sa cité idéale de modernisme ?

C'est le cas de Simon Cooke, milliardaire et PDG d'une compagnie internationale basée à Saturn City, la ville du progrès. Simon a aussi été connu pendant des années sous le nom du Saint en Armure, un justicier combattant le crime à l'aide de gadgets et d'un entraînement intensif, dans le but de nettoyer Saturn City de la vermine qui la gangrène dans l'ombre. Mais voilà, suite au décès d'une personne très proche de lui, Simon décide, après un temps de réflexion, de remiser son costume et d'abandonner sa vie de super-héros pour revenir sur le devant de la scène en tant que Simon Cooke, et rien de plus. Avec l'idée de changer les choses en plein jour et à la vue de tous dans le domaine public, il n'était cependant pas préparé à ce qui allait suivre : la difficulté de se réadapter au milieu des civils. Et surtout, en côtoyant chaque jour le vice et la décadence de cette ville trop parfaite où les pauvres sont livrés à eux-mêmes et où les riches ne demandent qu'à s'encanailler pour se distraire. Difficile de comprendre tout cela lorsque l'on a été l'un des êtres les plus vertueux de la ville durant des années, mais il faut pourtant faire bonne figure et accepter bon gré mal gré de se ''mettre à la page''. Il pourrait même y avoir de bonnes surprises, comme de retrouver une ancienne alliée costumée sous son visage civil également et commencer un nouveau genre de jeu du chat et de la souris avec elle, un peu comme au bon vieux temps finalement. A ceci près qu'il faut ajouter le stress de la position à temps plein de PDG d'une entreprise si renommée et cruciale pour l'économie locale et nationale, ainsi que la recrudescence du crime qui désormais ne se cache même plus pour mener ses affaires. Comme si finalement, l'action du Saint en Armure n'avait servie à rien durant tout ce temps, et que son départ n'ait fait qu'accélérer les choses. Dans ces conditions, à quoi bon rester droit et immaculé alors que tout fout le camp et que la tentation s'intensifie d'enfin connaître le mauvais côté de la vie, la décadence, le laisser-aller lascif des soirées mondaines, l'exercice du pouvoir social, celui de l'argent... le sexe. Sous bien des formes. Une nouvelle vie commence pour Simon Cooke, bien loin du héros qu'il était et qu'il persiste à vouloir rester, quoique moins vivement à mesure que le temps passe. Une vie dans laquelle il a encore tant de choses à apprendre, à découvrir... et dont il tâchera de profiter.

Grandeur et décadence d'une idole, non pas déchue cette fois-ci mais l'idée est bien présente. Que devient un héros lorsqu'il prend sa retraite, comment revenir à la vie civile et comme appréhender toutes les facettes de cette existence, partagée entre le bien et le mal, entre le vice et la vertu, où rien n'est tout blanc ou tout noir mais tout en nuances de gris (tiens tiens...) ? Sexe, c'est le récit inédit et novateur de cette chute morale, qui n'en est vraiment une que selon le point de vue que le lecteur choisira d'adopter durant son expérience de découverte. Beaucoup de questions morales et sociologiques, psychologiques, seront posées au lecteur dans ce premier tome, en guise de sous-texte faisant réfléchir à notre propre société et à ses valeurs si facilement déformables voir oubliables. Simon, après toutes ces années de droiture et de service aux autres, n'a-t-il pas le droit aujourd'hui de s'éclater comme une bête lui aussi et de bouffer la vie à pleines dents ? Un héros doit-il forcément s'interdire de connaître le plaisir, charnel ou autre, pour avoir le droit d'être appelé ainsi ? Est-ce vraiment la société qui fait chuter nos idoles, ou bien est-ce inscrit bien plus profondément dans notre nature ? Et bien d'autres questions possibles encore, suivant vos propres impressions et votre caractère.
Pour ma part ce fut une bonne surprise que ce premier tome, acheté un peu sur un coup de tête après de petites recherches, dans un moment de creux l'été dernier. Et je ne le regrette nullement à présent que je (crois) saisir les enjeux et questionnements de cette série, et tout le potentiel d’innovation et d'exploration qu'elle nous réserve encore. Comme quoi, et ça rejoint mine de rien le thème central de l'histoire, ce n'est jamais mauvais de vouloir tester de nouvelles choses et de découvrir de nouveaux horizons par curiosité, tant que l'on sait ce que l'on veut et ce que l'on aime !

Avertissement toutefois, Sexe se destine clairement à un public de préférence adulte ou du moins assez mature et averti pour en comprendre les images ainsi que la volonté, au-delà du choquant. A ne pas mettre entre toutes les mains et à ne conseiller qu'à celles et ceux qui sont prêts à appréhender correctement tout cela.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

vendredi 5 décembre 2014

L'héritage de Deathstroke (Urban Comics - Août 2014)


La collection ''DC Nemesis'' de chez Urban Comics continue de nous fournir chaque mois un récit de qualité sur l'un des méchants emblématiques de l'éditeur. Ici nous avons le plaisir de retrouver le scénariste Kyle Higgins (Nightwing) aux commandes d'une seconde série des New52, sur le personnage de Deathstroke le mercenaire impitoyable aux capacités augmentées, capable de tenir tête à la Ligue de Justice à lui seul en combat comme en stratégie. C'est en fait plus une mini-série qu'autre chose, arrêtée après 7 numéros, mais ça nous permet d'avoir un tome unique d'une histoire complète, un one-shot très sympathique à lire, plutôt bien rythmé et dessiné avec talent par Joe Bennett.

Tout le monde connaît le nom de Deathstroke. Mercenaire, tueur, guerrier. Sa réputation parle pour lui, et chacun tremble en pensant à ce qui pourrait se produire si d'aventure le combattant borgne décidait de se choisir une nouvelle cible. Du moins c'était encore le cas il y a quelques années, car à présent Deathstroke est un homme d'un certain âge, malgré ses capacités physiques améliorées, et il commence à ressentir le poids de l'usure et de la lassitude. Les missions qu'on lui vend ne sont plus aussi ''épiques'' qu'autrefois, il n'est plus aussi craint qu'avant, respecté, redouté. Une situation intolérable pour le mercenaire, surtout lorsqu'on l'oblige à faire équipe avec un commando de bleus à peine adultes pour une mission très décevante, qui aura le don de mettre ses nerfs à rude épreuve. Trois carnages plus tard, Deathstroke se montre clair auprès de ses employeurs potentiels : des missions de qualité, de son niveau, sinon rien. Seulement voilà, rien ne va se passer comme prévu après cela et le guerrier sera poursuivi partout où il se rendra par un mystérieux tueur tout entier dévoué à la cause de sa mise à mort, en guise de châtiment et de vengeance pour un crime récent dont les victimes refuseront à jamais de le laisser en paix. Bien vite l'on se rend compte qu'il s'agit de bien plus qu'une simple vengeance, car les commanditaires de ces tentatives d'assassinats semblent bien connaître Deathstroke et ses habitudes, sa mentalité et ses forces et faiblesses, comme s'ils l'avaient étudié en profondeur... ou qu'ils le connaissaient, intimement. Le passé revient doublement hanter Slade Wilson, en proie à une sensation qu'il déteste profondément pour la première fois de sa carrière : le sentiment de ne pas pouvoir, peut-être, aller jusqu'au bout. Son corps le trahit, ses forces s'amenuisent sensiblement, et ce nouvel ennemi acharné n'abandonnera pas avant de lui avoir tranché la tête. Dos au mur, le mercenaire devra affronter son passé et celui de sa famille, ainsi que les conséquences de la seule action qu'il ait jamais regretté au cour de sa vie.

Excellente histoire, très divertissante, pas forcément d'une qualité à tout casser mais au moins c'est un récit plaisant et agréable à lire, on ne se prend pas la tête, à l'image du ''héros'' de l'histoire on fonce dans le tas au cœur de l'action et on se contente de se laisser porter au fil des pages et des chapitres. Une bonne lecture pop-corn, pas forcément marquante ni même cruciale pour ce personnage en particulier, juste une bonne moyenne dans ce qui se fait dans l'industrie des comics. C'est loin d'être parfait partout, cette première série New52 sur Deathstroke a même laissé à désirer quelques fois, d'où son arrêt, mais qu'à cela ne tienne, ne nous privons pas de la lire en format one-shot qui n'engage à rien et qui permettra de passer le temps en bonne compagnie durant une petite heure. Le dessinateur est inspiré par ce qu'il fait, le scénariste sait de quoi il parle pour avoir bien étudié le personnage du fait de ses relations passées avec Nightwing. Laissez-vous tenter, ça pourrait bien vous plaire comme à moi et se révéler plus intéressant qu'il n'y paraît de prime abord.
Petite énigme, quant à la fabrication du tome : c'est à ma connaissance le seul et unique de tout le catalogue Urban à bénéficier d'une reliure cartonnée lisse/plastifiée, d'un très bel effet mais ressortant terriblement dans la bibliothèque au milieu du reste des albums de l'éditeur. Si quelqu'un a l'explication là-dessus, sur cette petite différence, je serais ravi de la connaître !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 30 novembre 2014

Ludwig Fantasy tome 1 (Tonkam - Novembre 2014)


La reine du shojo gothique est de retour avec la nouvelle et seconde partie d'une de ses séries les plus emblématiques et passionnantes, j'ai nommé Ludwig Fantasy, faisant ainsi suite aux quatre tomes parus lors de la décennie précédente de Ludwig Revolution et dont la fin nous laissait sur une immense ouverture. C'est donc avec un tout aussi immense plaisir que l'on peut désormais retrouver, toujours chez Tonkam dans une magnifique édition, les aventures débridées du prince Ludwig parti à la recherche du grand amour au sein du monde des contes de fées, revus et corrigés par l'auteur à l'humour des plus aiguisés !

Après avoir parcouru de fond en combles le continent de Grimm, dont il est originaire, et sans avoir trouvé le grand amour tant recherché, Ludwig décide de prendre la mer et met le cap sur une destination inconnue, toujours accompagné dans son voyage par son fidèle valet Wilhelm un rien victime de son maître et par la sorcière sado-masochiste Dorothéa, toujours déterminée à endurer les supplices les plus vils de la part du prince. Après une série de naufrages plus ou moins accidentels après avoir eu la bonne idée de confier la barre à Ludwig, les trois compagnons font escale sur le continent d'Andersen, où ils se retrouvent d'emblée impliqué dans une enquête au sein d'un royaume au bord de la mer, où le jeune prince se dit visité par une mystérieuse créature marine chaque nuit, et où une servante muette mais non discrète fait tourner son monde en bourrique. Puis il sera temps de faire route vers un petit archipel isolé de tout, pour rencontrer le roi Mikado et tenter de lui obtenir les faveurs et la main de celle que l'on appelle Princesse Kaguya, et dont la beauté est réputée dans tout le pays, pour le plus grand malheur de ses prétendants.

Un excellent nouveau départ pour les aventures perverses et parfaitement égoïstes de Ludwig, et de très bonnes retrouvailles pour les lecteurs de la première heure qui attendaient depuis des années sans trop y croire une suite à Revolution. Kaori Yuki nous fait le plaisir de nous entraîner de nouveau dans sa vision des contes de fées, si particulière et unique en son genre, rafraîchissante et délicieusement irrévérencieuse mais en même temps assez fidèle aux récits originels mine de rien (pour preuve, la documentation fournie par l'auteur et son éditeur afin de faire connaître ces contes aux lecteurs, hors versions Disney). C'est ainsi que l'on revisite avec humour et intérêt La Petite Sirène ou encore Le Conte du Coupeur de Bambous. Oui certes, nous débutons sur le continent d'Andersen mais force est de constater que nous aurons plutôt un fatras d'histoires toutes origines confondues, ce qui n'est pas pour me déplaire non plus ça change du cadre uniquement occidental pour une fois et nous permet, à nous aussi, de découvrir de nouveaux pans de la culture extrême-orientale.
Le dessin est magnifique, comme d'habitude avec Kaori Yuki, le style gothique des décors ainsi que des personnages (vêtements et attitudes) reste fidèle à ce que l'on connaît déjà venant d'elle, un très grand soucis du détail et de la diversité, les personnages sont caractérisés à merveille et donnent l'impression qu'ils nous ont simplement quitté la veille, alors que nous avons du patienter sans y croire pendant plusieurs années pour les revoir. Une lecture facile et très intéressante, amusante et intrigante, en un mot plaisante. Et une très agréable surprise que ces retrouvailles avec Ludwig et ses compagnons, que l'on espérait plus ! Vivement la suite à présent, sautez dessus n'hésitez pas et pour celles et ceux qui prendraient le train en marche, bienvenus et accrochez-vous bien à vos souvenirs de votre enfance bercée par Disney, vous risquez de vous sentir un peu malmenés !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 26 novembre 2014

Nightwing tome 4 - Sweet Home Chicago (Urban Comics - Août 2014)


Quatrième tome de la série Nightwing toujours signée Kyle Higgins au scénario mais avec Brett Booth au dessin, pour le plus grand plaisir des yeux. Paru en Août dernier, ce récit prend place juste après les dramatiques conséquences morales de l'arc Le deuil de la famille ayant touché toutes les séries autour de Batman et de ses alliés. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'un nouveau départ pour Nightwing et d'un grand bol d'air frais et neuf des plus agréables !

Après les agissements du Joker, la confiance entre les alliés de Batman et leur mentor est brisée, au moins en partie. Beaucoup ressentent alors le besoin de s'éloigner du Chevalier Noir pour réfléchir à leur avenir et à ce que le Clown Prince du Crime leur a à chacun révélé en secret. Aussi, lorsque Dick Grayson entend parler, par son amie Sonia Branch, de la présence du mafieux Tony Zucco à Chicago (l'assassin de ses parents lors du tristement célèbre accident au Cirque Haly), il saisit l'occasion au vol et quitte Gotham City pour se rendre à Chicago mener l'enquête et tenter d'attraper une bonne fois pour toutes le criminel en exil, et de le livrer à la justice pour enfin tirer un trait sur son passé. Nightwing découvre alors une ville traumatisée par ses ''masques'' et leur assassinat massif il y a quelques années de cela, une ville qui accueille assez violemment les quelques nouveaux héros qui voudraient y exercer leur juste cause, et au sein de laquelle sévit depuis peu un mystérieux cyber-justicier se faisant appeler Le Farceur, entreprenant de révéler aux citoyens de la ville le vrai visage de leur maire et de sa campagne, s'en prenant de façon très agressive aux criminels et se posant comme un héros du peuple. Malgré cela, Nightwing va réussir à trouver ses marques à Chicago et à rapidement se faire une place dans cette atmosphère cruelle et froide, alors que le Farceur sera bientôt le cadet de ses soucis et que la traque du meurtrier de ses parents prend un tour beaucoup plus politisé que prévu. Les criminels de la ville vont bientôt apprendre que les règles de Gotham s'appliquent aussi pour eux à Chicago, et qu'ils ne seront plus à l'abri du héros solitaire qui compte bien nettoyer son nouveau foyer, quitte à s'attirer les foudres d'individus hauts placés et responsables de la disparition des ''masques'' auparavant...

Un excellent tome une fois encore, pour une série qui ne déçoit jamais son lectorat et sait continuellement nous entraîner vers le haut, avec un savant dosage d'action, de noirceur et de sérieux mais aussi beaucoup d'humour et de lumière, Dick Grayson n'étant pas Bruce Wayne. Eddy Barrows se fait remplacer par Brett Booth et je pense que la série y gagne vraiment beaucoup au change, non pas que Barrows soit un mauvais dessinateur, au contraire, mais il avait eu tendance dans les chapitres précédents à baisser un peu la qualité de son travail, tandis qu'ici nous nous retrouvons avec un graphisme très agréable et fluide, lisible, absolument cohérent d'une case à l'autre, et aux couleurs et au découpage captivants. Aucun défaut selon moi, tout est dit dans ce début de nouveau statu-quo pour le personnage, l'histoire est traitée dans son entièreté et nous sommes prêts à passer à la suite au prochain tome. Une série de grande qualité une fois de plus parmi toutes celles composant les New52 de DC Comics, il est d'autant plus dommage qu'elle se soit arrêtée en VO (n'ayez crainte il nous reste encore de la marge chez nous avant de voir la fin) même si c'est justifié par ce qui se passe lors des events principaux de l'éditeur.
En bref une lecture facile, reposante, amusante et captivante, le tout pour un prix correct et sans prise de tête, que du plaisir je vous dis !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 23 novembre 2014

Succubes tome 4 - Messaline (Thomas Mosdi & Marco Dominici - Soleil - Mars 2014)


Et le voici enfin, le quatrième et dernier tome (actuellement) de la bande-dessinée Succubes de Thomas Mosdi. Ici le dessinateur change une nouvelle fois, c'est donc à Marco Dominici que revient la lourde tâche de parvenir à restituer l'ambiance et l'atmosphère si particulières d'une Rome Impériale lors des dernières belles années de la Première Dynastie.

An 48 après Jésus-Christ. Il est de notoriété publique que l'Empereur Claude est un faible, vieillard sur le déclin, et que le véritable pouvoir est entre les mains de son impétueuse épouse, Messaline, mère de ses enfants. Ce que l'on sait moins, c'est que l'Impératrice appartient en secret à l'ordre des Filles de Lilith et a été chargée par ces dernières d'utiliser le pouvoir dont elle dispose pour éliminer les menaces à l'encontre des membres de l'ordre, ainsi que de tout faire pour que sa juste cause en faveur de l'égalité entre les hommes et les femmes puisse un jour se réaliser durablement. Malheureusement, Messaline est une femme aux appétits brutaux et insatiables, et dont la morale douteuse constitue une entrave aux projets de l'ordre. Cependant, de part la position qu'elle occupe, elle n'en demeure pas moins l'atout le plus précieux et la grande prêtresse est assez réticente à l'idée de devoir se débarrasser de l'Impératrice avant qu'elle ne trahisse leur cause, aveuglée par sa propre soif de pouvoir et de luxure. En cela, Messaline ne diffère pas tellement des ennemis des Filles de Lilith, qui commencent d'ailleurs enfin à se rassembler et à s'organiser pour détruire ce culte de femmes qu'ils nomment Succubes. La Confrérie des Loups veille dans l'ombre et attend le premier signe de faiblesse de ses ennemies pour frapper et porter un coup fatal. L'occasion se présente lorsque Messaline s'embarque dans une tentative de coup d'état, alors que Claude se trouve éloigné de Rome elle choisit de divorcer publiquement et d'épouser un jeune sénateur plein d'avenir, rassemblant autour d'eux tout ce que la cité compte d'opposants au pouvoir impérial et de nostalgiques de l'ancienne République. La guerre de l'ombre fait rage entre les partisans des deux causes, les Filles de Lilith et la Confrérie des Loups, et nombreuses seront les victimes, tandis que Rome pourrait bien connaître ses dernières années de faste, alors que la tempête se rapproche dangereusement dans tous les esprits. Et au milieu de tout cela, une femme, dont l'envie de vivre et de profiter pleinement de tous les aspects de la vie pourrait mettre en péril des millénaires de lutte secrète pour une meilleure société, pour un monde plus juste. Pour les Filles de Lilith, ce sera le premier grand revers de leur histoire, qui leur sera presque mortel. Le salut et l'espoir viendront de la folie des hommes et de leur soif de vengeance et de pouvoir, en attendant que le monde change suffisamment pour que la cause des Succubes puisse alors refaire surface.

Ce tome m'a moins plu que les précédents, notamment parce qu'il traite assez crûment de la sexualité débridée de l'Impératrice Messaline. Cependant il y a énormément de points intéressants qui y sont traités, en premier lieu la face sombre de l'ordre des Filles de Lilith est pour la première fois représentée concrètement par une de ses agents, et ce que l'on pensait être une cause juste et immaculée se teinte alors de sombres nuances de gris et de noir. Thomas Mosdi prend même la peine de faire un petit topo historique à la fin du tome et de nous annoncer l'avenir de Rome après la disparition de Messaline et le règne de Claude, en nous introduisant les heures terribles de celui de Néron et de la fin de la Première Dynastie. C'est le premier véritable coup dur pour les Filles de Lilith, mais l'on se doute qu'elles sauront s'en relever par la suite et que tout espoir n'est pas encore perdu.
Concernant le dessin, il semble qu'aucun autre artiste que Marco Dominici n'aurait été mieux placé pour retranscrire à ce point la beauté et la diversité de cette Rome des premiers temps de l'Empire, où le faste le dispute au mystère des intrigues et de la décadence. Car il est aussi question de cela, le déclin lent et progressif d'une civilisation qui jusqu'ici incarnait ce qu'il pouvait y avoir de meilleur dans ce monde ancien et dangereux, à l'aube du progrès mais encore terriblement brutal. Messaline incarne tout à la fois l'héroïne et l'antagoniste principales de ce récit, déchirée entre sa condition de femme et son appartenance à Lilith, et entre son solide et inépuisable appétit pour la vie, le sexe, le pouvoir. Rien ne semble pouvoir arrêter l'Impératrice qui s'accroche de toutes ses forces à tout ce dont elle peut profiter, mais qui n'oublie pas pour autant d'où elle est issue et quels sont les risques qui pèsent sur elle. Image vivante de la décadence, en somme, qui préfigure de ce que deviendra Rome dans quelques siècles. Le style de Dominici est toujours assez réaliste et très similaire à ceux des deux dessinateurs précédents, on retrouve encore une fois ce soucis de préserver une certaine cohérence dans la représentation et un véritable effort pour coller le plus possible à ce qui a déjà été fait et illustré, tout en apportant sa touche personnelle au travers des décors et des styles des différents lieux et personnages. Vivement à présent le cinquième tome pour découvrir une toute nouvelle époque et peut-être le renouveau des Filles de Lilith et leur revanche sur les Loups, en gardant désormais à l'esprit que tout n'est pas noir ou blanc et que les deux camps comptent nombre de contradictions internes. Puisque l'on vient de traiter un personnage historique aussi ambigu et important que Messaline, après la vertueuse et héroïque Eanna, j'attends volontiers une autre de ces Impératrices farouches de légende telles que Jézabel ou Zoé !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 19 novembre 2014

Justice League tome 4 - La Ligue de Justice d'Amérique (Urban Comics - Juin 2014)


Après un troisième tome consacré à l'événement magistral que fut Le Trône d'Atlantide, Urban nous offre un tome 4 nous présentant les premiers numéros de la série Justice League of America, regroupée avec sa grande sœur pour des raisons assez logiques en termes d'arguments de vente et de place disponible dans le catalogue. Cette nouvelle série démarre un peu en parallèle du tome 3 de la Ligue de Justice que l'on connaît, et nous fait découvrir la réaction du gouvernement Américain devant l'apparition de ces êtres à pouvoirs qui peuvent être capables de très bonnes comme de très mauvaises choses... le tout chapeauté par Geoff Johns l'éternel et David Finch l'immense artiste au dessin.

L'A.R.G.U.S., l'agence para-militaire chargée d'encadrer et de surveiller les êtres surhumains tels que les membres de la Ligue de Justice, envisage depuis quelques temps de former et diriger sa propre équipe de super-héros afin d'avoir une force toujours à disposition sur le territoire en cas de besoin et de danger. Du moins est-ce la raison officielle, car le véritable motif est tout autre : il s'agit de rassembler une équipe qui, le cas échéant, serait à même de tenir tête voir de vaincre les membres de la Ligue de Justice au complet, si jamais ils devenaient une menace pour les États-Unis et pour le reste du monde. Mais on ne trouve pas des êtres du niveau tant physique que moral de Superman, Batman ou Wonder Woman, aussi va-t-il falloir piocher dans les cas ''à problèmes'' listés par l'agence au fil du temps et de ses enquêtes. Dangereux, psychotiques, implacables, peu sûrs, voir totalement inexpérimentés pour certains, c'est ainsi que ces nouveaux héros sont rassemblés sous le commandement du colonel Steve Trevor pour devenir la nouvelle Ligue de Justice d'Amérique, pour le meilleur ou pour le pire. Et sitôt formée, cette équipe de choc devra se concentrer sur la traque et l'éradication d'une nouvelle menace, baptisée Société Secrète des Supers-Vilains, dont Green Arrow est parvenu in-extremis à s'échapper et à en délivrer les principales informations à ses supérieurs avant de sombrer dans le coma. Hawkman, Catwoman, le Limier Martien (Martian Manhunter, pour les nostalgiques), Stargirl, Katana, le nouveau Green Lantern de la Terre et un certain Vibe, tous devront apprendre à se serrer les coudes et à découvrir l'héroïsme en eux sur le terrain, à la dure, et à surmonter leurs différences et traumatismes s'ils espèrent survivre à cette confrontation qui s'annonce impitoyable, et de laquelle semble dépendre bien plus que le sort de quelques vilains ou héros, mais bien celui du monde tout entier et à court terme...

Un tome 4 ma foi fort plaisant et entraînant, qui nous fait entrer dans les coulisses de la formation d'une équipe de supers-héros, à plus forte raison lorsque le gouvernement en est à l'origine. Pour de bonnes comme de mauvaises raisons, le plus souvent ces dernières d'ailleurs. L'on observe un peu l'envers du décors, les conséquences bien humaines et politiques de l'existence d'êtres tels que Superman ou Wonder Woman et les inquiétudes que peuvent soulever leurs combats comme leurs alliances, et la nécessité selon les représentants du pouvoir de disposer de gens aptes à les contrer si nécessaire. On retrouve un peu de la philosophie de Batman là-dedans je trouve, à l'échelle de tout un pays ce coup-ci, c'est assez familier pour nous rappeler des récits emblématiques de l'univers classique tels que La Tour de Babel ou Crise d'Identité ne serait-ce que pour la Justice League. La manipulation des médias comme de l'opinion publique, une démarche très ''commerciale'' dans la vente de cette équipe aux citoyens ordinaires, le tout dirigé d'une main de fer par des experts en communication... nous nous rendons compte assez rapidement que cette nouvelle Ligue est en fait davantage un ''produit'' qu'une réelle conviction, aux yeux de ses créateurs, Trevor mis à part. Et justement, tout le génie sera de nous faire nous attacher à ces personnages et à leurs agissements malgré ce côté très artificiel, et de finir par leur permettre de dépasser leurs ordres et ce que l'on attend d'eux pour devenir, à leur manière, de véritables héros à l'exemple de leurs illustres modèles.
Geoff Johns maîtrise ses personnages et son histoire et sait précisément où il veut les entraîner, et que David Finch s'éclate au dessin même si par moments on ressent quelques petites difficultés à gérer autant de designs différents les uns par rapport aux autres. C'est fluide, clair et facile à lire et à suivre, du bon boulot pour ces premiers numéros de cette nouvelle série, qui sera une partie primordiale de ce qui va arriver par la suite dès le tome 5, une fois l'action recentrée sur la Ligue de Justice habituelle. Une très bonne lecture donc, que je vous conseille, et qui vous offre toute un nouveau point de vue sur la question du super-héroïsme et de la façon dont les simples mortels peuvent le percevoir.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

dimanche 16 novembre 2014

Succubes tome 3 - Eanna (Thomas Mosdi & Gianluca Acciarino - Soleil - Janvier 2012)


Vous l'attendiez certainement aussi impatiemment que moi, c'est enfin le retour de la bande-dessinée Succubes de Thomas Mosdi au sein de mes articles ! Après avoir assisté à l'âge d'or et au déclin de l'ordre des Filles de Lilith, voici le temps de connaître ses origines et les circonstances de sa création, ainsi que de découvrir enfin le plan qui pousse ses adeptes à tenter d'influencer l'Histoire derrière chaque grand homme, quelles qu'en soient les conséquences...

Trois mille ans avant Jésus-Christ. La cité d'Ur, état royal idéal où il fait bon vivre, dirigée par un roi juste et bon, fou amoureux de sa reine, la belle Eanna au charme divin, qui lui rend son amour au centuple. Mais ce paradis en plein désert est menacé par les armées d'une cité rivale, Lagash, tenue d'une main de fer par le roi Mesilim, surnommé le Serpent en raison de sa sournoiserie et de son affection particulière pour ces reptiles. Alors que le siège d'Ur fait rage, une trahison insoupçonnée met en péril sa survie, et le roi Abban se sacrifie ainsi que sa garde personnelle pour donner le temps à sa reine de s'enfuir en mettant en sécurité le plus de monde possible. Malheureusement le traître rattrape Eanna et la fait prisonnière, la condamnant ainsi à servir d'esclave à Mesilim... ou de nouvelle reine, pour asseoir sa légitimité sur sa nouvelle possession. Refusant de se soumettre, Eanna blesse le tyran et est alors condamnée à mourir dans le désert, seule et sans aucune autre ressource qu'une maigre gourde d'eau. Mais, alors que la mort se rapproche, Eanna a une vision de Lilith, Première de Toutes les Femmes, égale d'Adam, née du même limon, qui lui intime de résister encore quelques instants car elle sera bientôt secourue, et trouvera une nouvelle raison de vivre. La vision disparue, Eanna est effectivement sauvée et recueillie par une tribu de nomades, et elle apprend à vivre anonymement parmi eux au sein de leur oasis, mettant au monde l'enfant qu'elle portait de son défunt époux et veillant sur lui, en sécurité. Mais lorsque des émissaires de son ancien royaume trouvent refuge dans l'oasis et la reconnaissent, son passé refait brutalement surface et elle sera confrontée à un choix des plus difficiles : rester parmi les nomades, à vivre paisiblement loin de tout, ou bien revenir à Ur et tenter de reprendre le pouvoir des mains de Mesilim, ainsi que venger la mort de son roi. Sa décision aura de très lourdes répercussions sur l'Histoire et le monde entier, plusieurs milliers d'années plus tard. Eanna, par amour et par vengeance, par volonté de justice et d'équité, va fonder au sein de son royaume un ordre dirigé par des femmes, pour permettre à toutes les filles de Lilith de part le monde d'un jour connaître la liberté et l'égalité face aux fils d'Adam. Celles que l'on nommera plus tard avec dédain les Succubes vont commencer à s'organiser et à influencer les grands hommes qui font l'Histoire, fondant un culte qui perdurera au moins jusqu'à l'ère moderne et qui n'aura eu de cesse, depuis sa création et même avant cela, de protéger et de sauver les femmes. Pour le meilleur et pour le pire à venir, les Filles de Lilith veilleront sur leurs sœurs.

Très bon tome une fois encore, une histoire lointaine qui précède de beaucoup les deux précédentes, et qui nous dévoile enfin les origines de cet ordre de femmes cachées derrière les grands de l'Histoire depuis de nombreux siècles. Il ne reste à présent qu'à assister à la naissance du conflit qui les opposera à l’Église toute-puissante, ainsi qu'à leur avenir après le règne de Napoléon Ier en France. D'ici-là, rien à redire sur le déroulement et l'organisation du récit, Thomas Mosdi semble très bien savoir vers où il se dirige et mène sa barque sans difficultés. Ce tome, plus que tous les autres de part les événements qu'il présente, est une véritable ode au féminisme et à l'amour non de la suprématie mais bien de l'égalité entre les sexes.
Concernant le dessin, je remarque avec un certain étonnement (mais pas désagréable) une ressemblance vraiment frappante entre les styles du tome 2 et du tome 3 (le 1 étant vraiment à part). C'est incroyable que des artistes différents puissent si bien correspondre les uns aux autres autour d'une même histoire et parvenir à en restituer le style si particulier, en en préservant tant le design que l'atmosphère et le soucis du détail, historique comme fictif. C'est vraiment très plaisant à observer, cette continuité graphique si chère à l'auteur, et il faudrait mettre cela plus en avant dans la promotion de cette série car ça relève d'une certaine prouesse tout de même !
A présent, j'attends la lecture du quatrième et dernier tome actuel pour savoir ce qu'il advient des Filles de Lilith quelques siècles plus tard, en espérant que la série ne se terminera pas de sitôt car il reste encore tellement à dire et à raconter ! Tant que cette qualité se maintient, je signe tout de suite.

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

mercredi 12 novembre 2014

Superman - A terre (Urban Comics - Mai 2013)


Dernier grand récit de la période Classique de Superman (1985-2011) avec laquelle nous avons quasiment tous grandit, signé par l'illustre mais peu présent J. M. Straczynski au scénario et Eddy Barrows au dessin, Superman – à terre paraît entre 2010 et 2011 pour clore l'immense historique de l'homme d'acier, au sortir de la plus grave Crise de l'univers DC mais également la plus grave crise personnelle pour le héros, après la découverte puis la perte à nouveau de son peuple d'origine à l'issue d'une guerre impitoyable avec son monde d'adoption. Nécessité était alors de relancer une toute dernière fois Superman sur les traces de ce qui a toujours fait son identité, les valeurs qu'il s'est autrefois juré de défendre et en lesquelles désormais il ne croit plus.

La Nouvelle Krypton n'est plus. Détruite à l'issue de la guerre contre le Général Zod, elle emporte avec elle l'ensemble des survivants de la planète Krypton, le propre peuple d'origine de Superman, qui se retrouve désormais réellement seul rescapé (si l'on excepte Supergirl). C'est un coup dur pour l'homme d'acier, qui perd petit à petit foi en tout ce en quoi il croyait jusqu'à présent. La réaction des Terriens à son égard ne se fait pas attendre, les doutes s'élèvent et beaucoup perdent également confiance en leur protecteur de toujours, se demandant si son allégeance va toujours à la Terre, son monde d'adoption et désormais le seul qui lui reste, ou bien s'il va s'en détacher comme il a tendance à le faire depuis quelques temps. Sommé de s'expliquer, Superman tente de rassurer l'opinion publique, mais il apparaît plus vulnérable que jamais moralement, brisé. Alors, lorsqu'une femme surgit de la conférence de presse et le gifle en plein visage, lui reprochant la mort de son époux qu'il aurait pu soigner s'il avait été présent sur Terre au lieu de se battre loin dans l'espace, c'est le point de non-retour. L'Ange de Metropolis va alors prendre une décision très importante et lourde de conséquences, après une période de profonde réflexion : il va tenter de renouer le contact avec la Terre, avec les gens ordinaires qu'il défend, et faire renaître la foi dans leur cœur ainsi que dans le sien. Pour cela, il va entamer un long périple et traverser l'ensemble des États-Unis... à pieds, uniquement. Suscitant tantôt le déchaînement des journalistes puis l'inquiétude de ses partenaires et amis de la Ligue de Justice, Superman ne reculera devant aucune objection et se forcera à poursuivre cette marche coûte que coûte, affrontant les problèmes du quotidien des gens ordinaires, de ce monde si éloigné du sien, sans super-pouvoirs, sans super-vilains ni menaces cosmiques, simplement des citoyens humains et des problèmes très humains. Une simplicité toute bête qui aidera Superman à prendre conscience de l'importance relative de son combat jusqu'à présent, et peut-être à apprendre à choisir ses véritables combats à l'avenir, pour devenir un meilleur protecteur de la Terre. Mais une série de revers et de surprises attendent encore le Kryptonien, qui sera mis à mal bien plus qu'il ne le croyait durant ce voyage, et dont la cassure morale risque fort de s'accentuer davantage. Au final, peut-être n'est-il plus fait pour être ce qu'il est. Au final... la Terre a-t-elle encore besoin et envie d'un Superman pour la défendre ?

C'est là la plus grosse et la plus grave de toutes les épreuves morales que Superman aura jamais eu à affronter, seul ou presque. S'il peut compter sur le soutien de Loïs ou de Batman, il n'en demeure pas moins isolé de tous, face à sa dépression et au contre-coup horrible que fut la seconde perte de son monde d'origine et le désaveux dont fait preuve à son égard son monde d'adoption. Une période extrêmement sombre donc, avec des propos et des réflexions assez dures que doivent encaisser autant le héros que le lecteur, et qui mettent à mal les fondements-mêmes d'un personnage tel que Superman et tout ce qu'il représente et défend. Une remise en question exceptionnelle et dramatique, mais pas sans issue ni sans espoir ! Car c'est là le véritable message, derrière toute cette noirceur du propos (qui m'a un peu fait penser au début de Civil War chez Marvel, par ailleurs, avec le dilemme moral auquel est confronté Tony Stark), derrière toute cette atmosphère lourde et déprimante et ces réflexions philosophiques plutôt désabusées : malgré tout cela, il faut continuer à garder espoir et à défendre coûte que coûte ses convictions, si l'on croit en elles. Au delà du titre de cette histoire, Superman est bel et bien à terre, autant physiquement que moralement, c'est la chute inédite d'une idole et d'un héros de lumière, qui va apprendre à côtoyer son côté sombre, ses doutes et ses peurs les plus profondes. Mais il s'en relèvera plus fort et plus resplendissant que jamais, prêt à croire en un nouvel avenir et à réaffirmer son attachement aux valeurs qui l'ont vu naître, Vérité, Justice. Une fin admirable pour le Superman de l'ère Classique, et qui fait d'ailleurs la jonction quasi-parfaite avec ce qu'il deviendra à ses débuts dans l'ère des New52 actuelle.

Straczynski signe donc ici un récit magistral où il permet au lecteur de faire connaissance, à la veille de sa fin, avec son plus grand héros jusque dans les plus sombres recoins de son esprit et de ses failles. Cette histoire me prouve quant à moi, par son audace et ses références multiples ainsi bien sûr que son traitement du personnage, que l'auteur connaît on ne peut mieux Superman et était le mieux placé à cette époque pour lui offrir une fin digne de ce nom, belle et spectaculaire, pleine de sens et d'une portée morale convaincante.

Sauf que...

Le mauvais point, selon moi, c'est que justement là encore Straczynski a renoué avec sa légendaire mauvaise habitude d'abandonner ses récits en court de route, obligeant l'éditeur à trouver quelqu'un d'autre en urgence pour les terminer. Superman – à terre n'échappe pas à cette règle, et en plein milieu c'est Chris Roberson qui reprend le bébé et l'accompagne jusqu'à la fin. Un changement d'auteur et de ton qui se traduit directement par un changement majeur dans l'histoire : les super-problèmes réapparaissent, alors que ça ne devait être qu'une longue marche à travers le monde ordinaire et ses difficultés. Roberson n'étant pas Straczynski, il ne peut maintenir l'intérêt et l'attention du lecteur sur un concept aussi peu mouvementé et donc il réintroduit d'un seul coup de grosses menaces héroïques dans l'entourage immédiat de Superman, dont le périple s'interrompt de plus en plus souvent jusqu'à n'être plus qu'un souvenir lointain vers la fin, totalement disparu derrière la nécessité de contrer ces menaces démesurées. Alors, comprenez-moi bien, je ne trouve pas que le message en soi soit gâché par cela, au contraire ça permet même de mieux illustrer Superman se relevant de sa chute et redevenant peu à peu un héros, mais quand bien même je ne peux pas m'empêcher de penser que je me suis senti un peu trahi en voyant ça, sur le coup. J'achète cette histoire justement pour son côté près de l'ordinaire et du quotidien, un retour aux sources magistral pour Superman, et je me retrouve avec toute une seconde moitié qui revient dans l'action super-héroïque loin du ''peuple''. Pour moi le pitch de base a été désavoué en court de route, suite au départ de l'auteur et à la reprise en urgence par un autre, ce qui a tendance à faire oublier tout le concept du début de cette histoire, pourtant la meilleure partie. C'est bien dommage, mais bon ça reste un récit de qualité malgré cela et ce n'est pas la faute de Roberson non plus, il a fait avec ce qu'il pouvait et ce que lui avait laissé Straczynski surtout, pas facile de passer derrière lui beaucoup d'autres peuvent le dire.

Pour conclure, ce récit m'a fait immédiatement repenser à un autre du même genre : Wonder Woman – L'Odyssée, paru globalement à la même époque et servant également au lecteur une telle déconstruction du personnage et de son univers proche, pour mieux s'en relever par la suite et porter un nouveau message d'espoir et de convictions. Tiens, étrange, cette histoire de Wonder Woman était aussi signée et initiée par J. M. Straczynski... et abandonnée en court de route pour être reprise en urgence par Phil Hester. Quelle drôle de coïncidence ! Surtout que dans Superman – à terre, il y a une référence très appuyée à ce qu'il advient de Wonder Woman dans le même temps. Je trouve le parallèle des plus intéressants, moi !

Bref, je termine et je conclue cet article déjà bien assez long, en vous répétant que cette histoire de Superman est magistralement menée de bout en bout malgré ses difficultés en interne, et qu'à mon sens je n'aurais pas pu imaginer plus belle fin pour le personnage Classique de Kal-El, elle lui va finalement comme un gant, peu importe les critiques (qui d'ailleurs sont bien représentées à travers les journalistes qui suivent Superman dans son périple, petite pique amusante je trouve). L'on assiste à la fin de Superman tel que nous le connaissons, et à son grand retour triomphal, plus fort et plus lumineux que jamais, prêt à la transition avec un nouvel univers DC plein de promesses et d'espoirs !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !

samedi 8 novembre 2014

Soleil Vert (Richard Fleischer - MGM - 1973)



Alors là, attention, on va parler d'un film dont je ne me suis toujours pas remis du visionnage, il y a trois semaines de cela, tandis que vous profitiez béatement de mes articles sur les vampires. Soleil Vert (Soylent Green), de Richard Fleischer, est l'adaptation cinématographique sortie en 1973 d'un roman de science-fiction/anticipation de Harry Harrison intitulé Make Room ! Make Room ! paru en 1966. Carrément dans les critères de Radiophogeek donc, et si je décide de vous parler de ce vieux film c'est avant tout parce qu'il m'a plu et qu'il porte énormément de réflexions qui sont encore, par anticipation, d'actualité de nos jours mine de rien, si ce n'est encore plus réalistes qu'à l'époque (un peu comme la faillite officielle de Detroit en 1987 dans RoboCop qui est devenue il y a quelques mois de cela une triste réalité).

En 2022, la population humaine a augmenté de façon drastiquement exponentielle, si bien que les ressources naturelles de la planète sont devenues des raretés s'arrachant à prix d'or et parfois de vie : la viande, les vrais fruits et légumes, le lait, les œufs... tout cela n'existe pour ainsi dire plus que dans les castes les plus aisées de la société, et encore en tant que produits de luxe. A New York, où l'on compte désormais près de 44 millions d'habitants dont 20 millions de chômeurs dans le dénuement le plus complet, le gouvernement n'a pas d'autre choix que d'organiser de grandes distributions publiques de nourriture aux foules affamées qui sont prêtes à déclencher une véritable émeute sanglante au moindre manque. La société Soylent commercialise et distribue des plaquettes de nourriture artificielle de substitution, baptisées Soleil Rouge et Soleil Jaune, sortes d'agglomérats de plancton et autres organismes primaires qui forment donc depuis des dizaines d'années la seule et unique nourriture connue des basses castes, au grand désespoir des rares anciens qui se souviennent encore vaguement du goût et de l'aspect de la vraie nourriture d'autrefois. Alors que sort un nouveau produit alimentaire baptisé Soleil Vert, l'un des dirigeants de la société Soylent est retrouvé assassiné chez lui dans sa résidence de luxe des quartiers riches de la ville, apparemment sans le moindre signe d'effraction ou de vol. Le policier Thorn va alors se charger de l'enquête, dans un premier temps par pur intérêt personnel afin de pouvoir prélever sur les lieux du crime tout ce dont il aurait envie et ainsi alimenter son petit réseau d'informateurs, mais bien vite il va commencer à s'intéresser de plus près à cette affaire qui dissimule une étrange conspiration du silence, où plusieurs grands noms se retrouvent mêlés et où l'avenir de l'humanité se joue peut-être. Est-ce un règlement de comptes ? Une vendetta ? Une menace ou un chantage sur Soylent et ses partenaires au sein du gouvernement ? Ou bien... une punition divine ? Thorn devra prendre toutes les précautions durant son enquête, car une fois cette vérité trop bien gardée enfin dévoilée, le monde pourrait bien basculer dans la folie la plus totale...

Je ne vous en dis volontairement pas davantage, je pense même en avoir déjà un peu trop révélé sans le savoir. Toujours est-il que la réflexion de ce film, et du roman qu'il adapte, est assez cynique et déshumanisée finalement, ce qui avait pour but de profondément choquer les penseurs de l'époque et de faire réfléchir aux conséquences possibles de l’appauvrissement de la planète et de ses ressources pour une humanité toujours plus nombreuse et exigeante. D'autres thèmes sont aussi traités, tels que l'esclavagisme moderne (au travers des femmes considérées comme du simple mobilier dans les appartements coûteux des riches et des profiteurs, destinées à convenir ou non à chaque nouveau locataire et à satisfaire ses moindres exigences), la crainte du peuple par ses élites dirigeantes, la vision de ce peuple comme une masse informe et terrible, grondante, qu'il faut considérer comme un animal sans libre-arbitre pour le priver de ce dernier et le manipuler. La mort assistée est aussi au nombre des thèmes abordés, de même que le suicide pur et simple, au début et à la fin du film et de différentes manières. Un bel hommage a d'ailleurs été rendu à ce film par Les Simpsons lorsque Grand-Père Simpson, humilié, décide de mourir et se rend alors dans un centre d'accompagnement spécialisé.
Soleil Vert, c'est un film qui fait réfléchir sur bien des choses, mais principalement sur les dangereuses dérives d'une société déshumanisée et au bord du gouffre, où tous les moyens sont bons pour subsister et se maintenir dans son rang. Et qui, par le fait, reste encore très vrai même de nos jours, malgré le petit côté arriéré des technologies que l'on imaginait à l'époque pour 2022. Ça pourrait limite être la petite touche d'humour involontaire et bienvenue du film si on le regarde aujourd'hui, pour permettre de détendre un peu l'atmosphère qui ne manquera pas de grandement s'alourdir devant cet ensemble de plans-chocs, d'idées-chocs et de propos-chocs. Et de toute façon ça ne fera aucun mal à votre culture, bien au contraire !

Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et je vous souhaite une bonne séance, en espérant vous retrouver bientôt pour un nouvel article !